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Souvenirs marocains, El Jadida au temps du protectorat - UN LIVRE MAGISTRAL

1 Juillet 2009 , Rédigé par saladin Publié dans #Souvenirs

Monsieur Jean-Louis Morel, président de l’Amicale des Anciens de Mazagan écrit dans le bulletin trimestriel N° 64 Le Jdidi une note de lecture sur le dernier livre de Mustapha JMAHRI.

Il est des moments dans la vie d’un peuple où chacun sent plus ou moins confusément que l’histoire est en train de changer et qu’un ordre nouveau est sur le point de s’instaurer. La jeunesse surtout, prompte à s’enthousiasmer, est toujours prête à participer à ce futur changement car elle a le sentiment enivrant que son avenir est entre ses mains et qu’il suffit de le construire. Ce fut le cas en France en 1789, en 1830, en 1848, et, plus près de nous, en 1968.

C’est ce qui s’est produit également au Maroc entre 1950 et 1960, une période que nous avons traversée sans avoir toujours une claire conscience de ce qui se préparait. Il faut dire que pour le décagénaire que j’étais alors, j’avais autant de conscience politique qu’un étourneau et j’étais surtout préoccupé par la chasse, les études et les filles...

il en allait tout autrement pour nos amis marocains qui vivaient une période d’intense effervescence intellectuelle, politique et culturelle. Les rêves d’indépendance, de démocratie, de justice sociale, de liberté syndicale semblaient possibles. L’exil du roi Mohammed V à Madagascar, l’établissement d’un roi fantoche étaient autant de fautes des gouvernements français et cela, qui s’ajoutait à la guerre d’Algérie, allait hâter la fin du régime du protectorat.

C’est cette période que Mustapha Jmahri évoque dans son dernier ouvrage intitulé Souvenirs Marocains El Jadida au temps du Protectorat. Il s’agit d’un recueil de témoignages de Jdidis ayant vécu cette période essentielle du passé récent du maroc. J’avoue avoir un faible pour cette histoire où des êtres de chair et de sang disent simplement ce qu’ils ont vécu et ressenti.

J’ai été admiratif de la conscience de ces Jdidis qui s’opposaient au régime politique mais pas au peuple français qu’ils côtoyaient dans la vie de tous les jours. Peut-être était-ce dû au caractère paisible du Doukkali mais le fait est que nous n’avons pas eu de bombe au marché central comme à Casa, ni de massacre comme à Oued Zem. Il n’y eut que des incidents limités. Ce que Ali Atif souligne ainsi : "A part ces incidents limités dans le temps, la relation entre musulmans, juifs et chrétiens étaient des plus normales. Les Français, dan la société, ne se comportaient pas en éternels dictateurs. Nous, jeunes et moins jeunes, circulions librement, jouions à la plage sans aucune interdiction et assistions aux festivités du 14 juillet avec les Français et les membres ses autres communautés. Nous traversions même les quartiers habités, majoritairement ou exclusivement par les Français sans être le moins du monde inquiétés.".

De même, Mustafa Ennassiri souligne : "dans ce quartier qui m’a vu naître, j’ai ouvert les yeux sur les trois communautés : musulmane, juive et chrétienne à telle enseigne que l’appel du muezzin provenait de la mosquée en parfaite harmonie avec la cloche de l’église et le passage des juifs à la synagogue. Les trois maisons de Dieu se juxtaposaient dans l’espace serré de la cité portugaise. quelle image sublime et quelle leçon de tolérance !".

Hassan haikel ajoute enfin : "Aujourd’hui, âgé de 85 ans, je dis franchement qu’au temps du protectorat notre pays était dominé par la France mais, avouons-le, l’administration, le service de santé, l’enseignement, les Travaux Publiques et les services municipaux étaient plus équitables et plus efficaces.".

Enfin, on retrouvera dans ce livre une foule de noms de marocains, de juifs et de chrétiens qui chantent dans la mémoire de chaque Mazaganais. Ils étaient élèves, commerçants, enseignants, médecins, fonctionnaires ou simplement nos voisins et c’est toujours un bonheur de les retrouver comme un écho de notre propre jeunesse...

L’ami Mustapha Jmahri, qui nous avait habitués à l’excellence, signe là un livre magistral.

Jean-Louis Morel

http://www.rusibis.com/spip.php?article318

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