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Le blog de:  azizsalaheddine@hotmail.com

HISTOIRE :"La question du Maroc"3/3

25 Mai 2009 , Rédigé par saladin Publié dans #Histoire et socièté

 139 — 

pays qui doit être mis en valeur. C'est à nous, Fran-
çais, que ce double rôle doit revenir, le moment est
venu pour nous d'ouvrir le Maroc à l'expansion euro-
péenne, de le civiliser, d'établir, sous une forme ou
sous une autre, notre domination sur le dernier pays
de la Berbérie qui soit encore indépendant de nous et
d'achever ainsi notre empire colonial africain.




CHAPITRE V
La coNQuÊTi: pacifique di: Maroc par la France



Xous avons vu (juelle était Tunilé géographique de
la Berbérie, les consécjueiues désastreuses qu'aurait
pour nous ro((U|)alion du Maroc par un état autre
que la France, cpiel merveilleux champ d'action éco-
aomique il constitue. Or, il semble que nul, mieux
que la France, n'est à même d'accomplir la tôche déli-
cate de réorganiser cet état et de l'ouvrir à la civili-
sation ; que l'établissement de sa prépondérance sera
conforme à la i'ois à ses droits et à ses intérêts et à ceux
des autres puissances.

La France a, en effet, des droits supérieurs à toutes
sur le Maroc. Alors qu'à part les prétentions espa-
gnoles et les visées anglaises sur le détroit de Gibral-
tar, elles n'ont que des intérêts économiques, nous
seuls, par les L200 kilomètres de frontières com-
munes, les rapports entre les tribus oranaises et maro-
caines, avons de véritables droits politiques sur ce
pays. — Au point de vue commercial, nous tenons le
premier rang, grâce à notre commerce algérien. Il



~ 141 -

faut insister sur ce point, car, ainsi que Ta fait consta-
ter M. Raiberti, les Anglais se vantent de posséder
43 % du commerce marocain, alors que la France n'en
posséderait que 37 %, mais le monopole du commerce
par terre fait qu'en réalité, nous possédons plus des
2/3 du commerce total. — Voici d'ailleurs, les chiffres
donnés par M. Déchaud dans son rapport ^ :





Importation


Exportation


Total


Angleterre,


23.555.556


9.484.388


33.039.944


France,


13.001.781


5.275.697


18.277.478


Algérie ^


887.556


15.893.751


16.781.307


Espagne,


624.703


8.821.731


9.441.434


Allemagne,


3.442.842


2.986.676


6.429.518


Etats-Unis,


»


2.745.772


2.745.772


Belgique,


. 2.215.338


j>


2.215.338


Italie,


132.<999


1.315.378


1.448.877


Autriche,


1.069.539


»


1.069.539


Portugal,


4.725


429.840


434.565



Un article anonyme intitulé « L'œuvre de la France
au Maroc », paru dans la Revue politique et parle-
mentaire du 10 février 1904, donnait ces chiffres pour
1901 : France et Algérie : 40 millions (38 % du com-
naerce total), Angleterre 35 millions (33 %), Espagne
11 millions 1/2 (11 %), Allemagne, idem ; 3 millions
pour la Belgique, 1 1/2 pour l'Italie et pour l'Autriche,
2 1/2 pour la Hollande, le Danemark et les Etats-
Unis, soit 7 % pour ces dernières puissances "* :



1. Bulletin du Comité de l'Afrique française, février 1904.

2. On ne peut tenir compte dans ces chiffres de la contre-
bande et des achats des travailleurs marocains.

3. On peut comparer ces chiffres avec ceux donnés en 1884



I




— 142 —

Pour le nombre des navires el leur tonnage, M. Dé-
rliaud donne celle slalisiique :



Angleterre,


721 navires.


511.399 tonneaux


Allemagne,


534 —


320.877 —


France,


409 —


271.097 —


Espagne,


897 -


200.294 —


Italie,


24 —


36.842 —


Autriche,


17 —


29.064 —



Sur les huit compagnies de navigation desservant
les ports marocains de l'Atlantique, deux sont anglai-
ses (Mersey sleam ship C, Forwood), deux alleman-
des (Oldenburg-Portugiesische, Wœrmann Linie),
une française (C* Paquet), une de Gibraltar et trois
esj)agnoles, mais à départs irréguliers. Ces statisti-



par M. Castonnet des Fosses. Le Maroc, ses relations avec
TEurope, sa situation actuelle {Revue de Droit international,
vqI. XVI, p. 213 et 491 :

Sur un commerce international évalué au total à 44 mil-
lions, l'Angleterre faisait 24 millions, la France 15, l'Espagne
3, le Portugal 600.000 francs, l'Allemagne 200.000 francs, et
les autres Etats européens 300.000 francs.

On voit l'immense développement pris par le commerce
allemand par rapport au commerce français et même au
commerce anglais.

— Voici les chiffres de M. Camille Fidel (Nos intérêts éco-
nomiques au Maroc), pour 1901
France et Algérie.



Angleterre . . .
Espagne . ...
Allemagne . . .
Belgique ....
La part du commerce aigé



38 millions.
36.200.000 fr.

8.300.000 fr.

7.350.000 fr.

2.900.000 fr.
rien est, d'après lui, de 17.399.000,



dont 16.565.000 à l'importation, et 834.000 à l'exportation.



— 143 —

ques montrent donc bien la prépondérance de notre
action économique, grâce à notre commerce par la
frontière algérienne qui s'accroît tous les jours. —
Enfin, la prise de possession du Maroc par la France
est nécessaire à la sécurité de nos colonies nord-afri-
caines et non seulement à l'achèvement, mais à la
consolidation de notre œuvre, « pour couvrir notre
flanc gauche », a dit fort justement M. Delcassé. De-
puis 1830, le Maroc a, en effet, été le point de départ
ou d'appui de toutes les révoltes algériennes, la cita-
delle du fanatisme musulman et de la barbarie dressée
en face de l'Algérie et de la Tunisie, où nous nous
efforçons de répandre nos idées et notre civilisation.
La jalousie des autres puissances vis-à-vis de notre
œuvre a prolongé l'existence de cette menace, mais
plutôt que de donner prétexte à l'établissement d'une
puissance étrangère au Maroc, nous avons préféré
supporter toutes ses attaques, nous n'avons même pas
voulu user entièrement de nos droits et surtout em-
ployer « la manière forte », préconisée en Algérie en
1897, en 1900 et en 1903, l'expédition militaire suivie
d'annexion de territoire. Notre politique a pu être
taxée de faiblesse, mais a eu l'avantage d'empêcher
une ouverture intempestive de la question marocaine :
pour les médiocres avantages que nous aurions obte-
nus par la conquête des régions d'Oudja et de Fi-
guig qui ne valent que peu de chose par elles-mêmes,




par l'extension et la pacification des frontières \ nous
nous serions exposés à voir le Sultan implorer la pro-
terlion des autres puissances : l'Angleterre, l'Espa-
gne, l'Allemagne et l'Italie auraient alors profité de
la situation pour faire régler la question par une con-
féience internationale et entamer le partage du Ma-
ro< : nous aurions dû, pour éviter un conflit grave,
nous résigner à les laisser s'établir dans les riches
contrées de l'Atlantique et de la Méditerranée. A quoi
nous aurait alors servi la possession des vallées de
la Moulouya, du Guir et même des oasis du Tafilelt, si
nous n'avions pu nous en servir comme des bases
(Tupérations bien placées pour étendre notre action
politique et commerciale dans les régions véritable-
ment productives du Maroc ? — La France se trouve
acluellement dans une situation beaucoup plus favo-
rable que l'année dernière même, nous sommes éta-
blis solidement dans les oasis dont la défense est
mieux assurée, les tribus de Figuig, du Guir et du
TaOlelt sont contenues par les maghzen qui ont été
organisés dans nos marchés, le Sultan sent davantage
son impuissance et l'Europe, en face de l'anarchie
marocaine, comprend qu'on ne peut plus se borne-



1. Le jour où lautorité du Maghzen s'exercera sous le con-
trc^le et sous la haute suprématie de la France, nous aurons
du même coup réglé, ou plutôt supprimé la question de Fi-
guig... (et de) la frontière oranaise. R. Pinon, L'empire de la
Méditerranée, p. 283.



- 145 -

à maintenir le statu quo. Notre immixtion dans les
affaires marocaines peut donc être plus facilement
acceptée. — Le moment est venu de sortir de notre
réserve et de recueillir les fruits de notre patience,
il est temps d'en finir avec cette irritante question ma-
rocaine, il faut qu'aux rivalités internationales, fasse
place un accord qui permette de faire sortir le Maroc
du désordre dans lequel il se débat, d'y introduire la
civilisation et d'exploiter, comme il mérite de l'être,
ce pays que la nature a comblé de tant de dons et que
les hommes ont rendu stérile.

En plus de la supériorité de ses droits, il semble
maintenant indiscutable que, seule, la France peut
remplir ce rôle d'une façon qui sera profitable non
seulement à elle, mais à tous les intéressés.

Seule, en effet, elle possède une expérience suffi-
sante des affaires musulmanes, étant elle-même une
grande puissance musulmane ; seule, elle a des fonc-
tionnaires, particulièrement un service des affaires
indigènes connaissant à fond Arabes et Berbères, qui
saura agir sans blesser leurs coutumes et leurs
croyances. Seule, enfin, elle est en mesure d'exercer
une action efficace au Maroc, parce qu'elle a une base
d'action territoriale en Algérie, une armée algérienne
bien exercée et un élément d'influence puissant consti-
tué par ses sujets indigènes désormais domptés et
acquis à ses idées. L'histoire nous riiontre que ce

Bourassin. 10




— 146 —

n'est pas par l'ouest, par les ports que le Maroc a pu
être conquis, mais par terre, par la Porte du Maroc,
le défilé de Taza, la roule de Tlemcen à Fez : alors
que les Espagnols, les Portugais et les Anglais se sont
brisés dans leurs attaques par mer, les Phéniciens,
les Romains, les Byzantins et les Arabes réussirent
à s'emparer du pays par cette voie qui tournait et
isolait les massifs berbères, centre de la résistance
la plus acharnée aux envahisseurs. Il faut ajouter
aussi qu'alors que les Espagnols et les Anglais sont
détestés par les Marocains, la France compte au con-
traire des sympathies dans le Riff, chez les Beni-Snas-
sen de la Moulouya, à Ouezzan, et même dans le Sous
dont les habitants viennent en grand nombre travailler
en Algérie et en Tunisie et peuvent voir combien leurs
frères de race et de religion y sont plus heureux que
dans l'Empire chérifien. — Donc, au lieu de l'expédi-
tion longue et coûteuse, également préjudiciable au
pays conquérant comme au pays conquis, que toute
puissance autre que la France serait obligée 3'enlre-
prendre, celle-ci par les avantages de sa position, tant
politique et territoriale que morale, pourra seule
entreprendre la <( conquête pacifique », qui n'entraîne
pas les misères et les haines que cause la conquête
armée.

Mais, en France comme en Europe, cette idée a été
longue à s'imposer : les rivalités internationales ont



''"^W*:



— 147 —

fait maintenir jusqu'à ce jour un statu quo préjudi-
ciable à tous, parce qu'il laissait le pays en proie à
un désordre empêchant de tirer profit de ses res-
sources naturelles et le fermant presque absolument
au commerce extérieur. Plutôt que de voir une puis-
sance s'établir au Maroc, les autres préféraient se
lier elles-mêmes les mains, accepter les restrictions
que les Sultans imposaient aux importations comme
aux exportations et laisser dans l'insécurité ceux de
leurs nationaux qui osaient se risquer dans ce pays.

Heureusement, nous pouvons considérer comme
terminé le temps de cette politique étroite et néfaste.
— Le gouvernement français si longtemps timoré et
hésitant, l'opinion si longtemps ignorante et indiffé-
rente en matière coloniale, se sont pénétrés de l'idée
de la nécessité de notre action au Maroc et, en même
temps, un mouvement favorable à l'action française
s'est dessiné en Europe.

Le public français commença à s'occuper de la
question du Maroc seulement au moment de l'occupa-
tion des oasis sahariennes et des attaques qui en ré-
sultèrent sur notre frontière oranaise. La presse
commença à le renseigner sur ce pays qu'il connais-
sait mal ou pas du tout. L'action française au Maroc
fut préconisée par de nombreux journaux et revues

(Temps, Journal des Débats, Matin, Eclair Revue

politique et parlementaire, Revue des Deux-Mondes,




— «48 —

Revue de Paris, Revue des questions diplomatiques ■

et coloniales), sans compter <Ies livres comme ceux de i

MM. Mouliéras /'Le Maroc inconnu), Pinon (L'Empire ]

de la Méditerranée), des brochures comme celle de ]

M. Rouard de Gard (La Irontière Iranco-marocaine et i

le protocole du 20 luillet 1901) ; enfin des sociétés ]

comme l'union coloniale, la réunion d'études algé-
riennes, la société de géographie d'Alger, l'alliance
française, le comité de l'Afrique française, au sein
duquel se fondait en décembre 1902 le comité du Ma- \

roc \ le gouvernement général de l'Algérie faisaient
connaître le Maroc par ses bulletins, ses conférences,
l'envoi d'explorateurs et de missions commerciales
comme celle de M. Doutté en juin 1901 et de M. Dé-
chaud en septembre-octobre 1903. — Le groupe colo-
nial de la Chambre interpellait M. Delcassé sur ses
intentions, sur l'attitude de notre diplomatie ; les con-
ventions de 1901 et de 1902 furent examinées, discu-
tées, approuvées par les uns, attaquées par les autres.
La révolte de Bou-llamara, la situation précaire du
Sultan et de son maghzen, les conséquences qui pou-
vaient en résulter pour notre colonie africaine ne
firent qu'augmenter l'intérêt du public français pour la
question : les idées d'intervention se précisèrent. —
Le 11 mars 1903 eut lieu à la Chambre des députés un



1. Président : M. Etienne ; vice-président : M. Charles
Roux ; secrétaires : MM. Terrier et R. de Caix.



— 149 —

grand débat sur la politique extérieure : M. Delafosse
exposa l'état intérieur du Maroc, les convoitises euro-
péennes, il demanda au gouvernement de négocier
pour obtenir la liberté d'action au Maroc et en entre-
prendre la conquête pacifique. M. Raiberti critiqua
vivement l'attitude du gouvernement français, qualifia
de politique de dupe et d'abdication la politique de
maintien du slaiu quo que nous y pratiquions, il traça
tout un programme d'action politique au Maroc, de-
manda le prolongement immédiat vers la frontière
marocaine du chemin de fer de Tlemcen qui nous met-
tait à même d'agir énergiquement tout en respectant
l'intégrité du pays et le pouvoir du Sultan. M. Del-
cassé répondit que nous ne tolérerions jamais l'ingé-
rence d'une autre puissance dans les affaires maro-
caines, mais que nous devions agir avec prudence.
M. Ribot montra l'insuffisance de cette action en face
des agissements de l'Angleterre et l'impossibilité d'un
partage du Maroc. — Les 19, 20 et 23 novembre 1903
eurent lieu des séances plus importantes encore à pro-
pos de la discussion du budget des affaires étran-
gères à la Chambre : des hommes des partis les plus
différents y prirent part, et il ressortit du débat ce
remarquable résultat que tous furent d'accord sur la
nécessité d'une prompte action de la France au Ma-
roc et ne différaient que sur les moyens de l'exercer.
Tous voulaient une conquête pacifique, mais tandis



— 150 —

que MM. Deschanel et Jaurès critiquaient la politique
(le collaboration avec le Sultan, et préconisaient l'en-
tente directe avec les tribus, que MM. Boni de Castel-
lane et Gauthier de Chagny attaquaient l'entente avec
l'Angleterre et l'Italie, si elle avait pour but d'établir
la première à Tanger et la seconde en Tripolitaine,
MM. Delcassé et Etienne soutenaient la méthode d'en-
tente avec le Sultan. M. Thierry résumait ainsi la
discussion ' : c( Deux systèmes sont en présence : il
s'agit de savoir si la diplomatie française, sous la
haute autorité 'de M. le ministre des affaires étran-
gères doit suivre son action, pacifique bien entendu,
... avec le gouvernement régulier dans toute la mesure
où celui-ci peut donner son concours et dans la me-
sure où on peut agir de concert avec lui. — Il s'agit
ensuite de savoir si notre diplomatie doit s'exercer
autrement, c'est-à-dire contre ce gouvernement régu-
lier et avec les tribus nomades et insaisissables qui
sont en révolte contre lui ».

Le résultat direct de ces séances fut l'adoption par
451 voix contre 125, malgré l'opposition de M. Del-
cassé du renvoi aux commissions des affaires exté-
rieures et du budget d'une proposition de M. Jaurès
tendant à inscrire au prochain budget des crédits des-
tinés à développer notre action pacifique dans les



1. Journal Officiel, 24 novembre.



W^'^V~~^



— 151 —

tribus marocaines. Mais la commission des affaires
extérieures se rallia aux idées d'entente avec le Sul-
tan, sur les instances de M. Etienne, et refusa l'ins-
cription des crédits. Une conséquence plus importante
fut le dépôt, le 13 décembre, par le ministre des tra-
vaux publics d'un projet de loi ayant pour objet la
déclaration d'utilité publique du chemin de fer de
Tlemcen à Lalla Marnia ; M. Etienne fit de suite un
rapport sur ce projet au nom de la commission des
travaux publics et des chemins de fer, le projet fut
adopté après déclaration d'urgence et une convention
fut passée avec la Compagnie de l'Ouest-algérien, le
17 décembre, pour la construction de ce chemin de
fer. La convention fut approuvée par une loi, le 29
décembre ' : la ligne doit être exécutée en quatre ans
et exploitée par la compagnie de l'Ouest-algérien avec
garanties d'intérêts de l'Etat. Cette ligne avait été
classée depuis le 18 juillet 1879 dans le réseau des
chemins de fer d'intérêt général de l'Algérie, mais sa
construction n'avait jamais été votée. Tous les colo-
niaux réclamaient la construction de cette ligne qui
arrive à 14 kilomètres d'Oudja et à six jours de
marche de Fez, et sera la grande artère de pénétra-
tion politique et commerciale au Maroc, quand elle
sera prolongée sur Oudja, Taza, Fez, Mequinez et



1. Le 30 décembre fut promulguée la loi organisant les
territoires du Sud.




— 152 —

[«ahiit qui seront ainsi reliées directement à Oran,
Al^cr et Tunis : c'est un des meilleurs moyens d'éta-
IjIii' notre prépondérance effective au Maroc. — M.
Hi Icassé avait dit à la Chambre, le 23 novembre :
.r ,.... Lorsqu'on parle aujourd'hui d'une question
iiiurocaine, d'un problème marocain, l'idée que, dans
l;i -olulion, le mot décisif appartient à la France est
(lr\enue presque familière et paraît presque naturelle
!i i eux-là mêmes qui, en d'autres temps, se seraient
*')li5 obligés de la combattre avec le plus d'acharne-
inrnl, ( il y a) une évolution de l'opinion universelle
tnatitageuse pour notre pays ». — Le 26 décembre,
;nj Sénat, à propos également de la discussion du
lunlget des affaires étrangères, sur une question de
M. xMillaud, M. Delcassé, après avoir exposé la poli-
!i([iie au Maroc, fit cette déclaration : « La preuve que
Il nus sommes dans la bonne voie, c'est que la situation
-|nHiale, singulière, que crée vis-à-vis du Maroc la
l^o!5^ession même de l'Algérie n'est à cette heure con-
iLstée par personne, probablement parce qu'on se
wnd compte que l'action civilisatrice que nous som-
mes appelés à exercer au Maroc en y consolidant

lins intérêts prépondérants sera finalement profitable
nii Maroc et à Fensemble des intérêts étrangers ».

En effet, un revirement en notre faveur s'était des-
tine en Europe, même dans la presse anglaise et la
[►T-esse espagnole qui jusqu'alors n'avaient contenu



— 153 —

que des attaques contre nous, avaient dénoncé
comme des atteintes à l'intégrité du Maroc l'exercice
le plus légitime de nos droits dans nos possessions
algériennes, et même égaré une partie de l'opinion
française au point que certains de nos hommes d'état
avaient hésité à faire occuper les oasis sahariennes.
Les mieux disposés à notre égard nous reconnais-
saient seulement un droit à une part de l'empire ma-
rocain, et nous avons vu quelle était cette pari, la con-
trée la plus médiocre du Maroc, celle qui touchait à
notre frontière. — Mais à partir de 1898, et surtout
de 1901, la situation se modifia à notre avantage, l'Es-
pagne et l'Angleterre, en proie à des difficultés exté-
rieures, devinrent plus accommodantes, le ton de leurs
journaux devenait moins agressif. Alors qu'en 1894,
M. Torrès Campos ' parlait de la possibilité pour l'Es-
pagne de s'emparer du Maroc tout entier, un article
de la Leclura attribué à M. Silvela envisageait nette-
ment la nécessité d'un accord franco-espagnol pour
établir un condominium au Maroc. Dans la Revista
de Aragone, M. J. Ribcra préconisait également l'al-
liance française (il est vrai que d'autres, comme la
Epoca, conseillaient l'entente avec l'Angleterre et TAl-
lemagne contre la France). En 1898, un Anglais, M.
Usborne, déclarait, dans la Revue des Questions di-



1. Revue de Droit inlernalional, t. XXVI, p. 229 : « La ques-
tion de Melilla et la politique internationale de l'Espagne ».



- 154 -

ptomatiques el coloniales \ que ce qui empêchait
l'Angleterre de laisser le champ libre à la France an
Maroc était la crainte qu elle n'établît des tarifs pro-
hibitifs pour le commerce anglais ; il ajoutait qu'en
cas d'annexion (hi Maroc par la France, l'Angleterre
occu}>erait Tanger. Mais, en juillet 1900, Lord Bras-
î^ey déclarait qu'il fallait nous y laisser entière liberté
d'action, el en 1902, un article du journal anglais le
Specfalor, déclarait qu'on pouvait considérer le Maroc
» <!Omme le peculium de la France à condition que les

rives du détroit soient neutralisées, Tanger déclaré
port franc et que la France prenne l'engagement de
ne pas élever de droits de douane pendant vingt ans.
« „. Concordance significative, dit M. R. Pinon ^ ;
elle prouve que, de l'aveu même de nos rivales, la
France est seule en état d'exercer une influence paci-
fique assez forte pour rétablir l'ordre de l'Empire ma-
rocain et y assurer la sécurité du commerce. »

Le moment favorable était donc arrivé pour la
France ; mais, avant de pouvoir établir d'une façon
effective notre tutelle sur le Sultan, il fallait négocier
avec les puissances qui avaient des intérêts au Maroc,
profiler de leurs bonnes dispositions pour obtenir
d'elles qu'elles nous laissent agir au Maroc ; pour ar-






1. N« du 1«^ septembre 1898. L'Angleterre et le Maroc.

2. Le Maroc et les puissances européennes {Revue des
Deux-Mondes, 15 février 1902).



1



— 155 —

river à ce résultat, il fallait leur faire des concessions,
tenir compte de leurs intérêts, il fallait engager des
pourparlers par la voie diplomatique.

Il y avait surtout des obstacles à craindre de la part
de l'Angleterre, nous avons vu qu'en plus de son grand
rôle économique, elle a au Maroc un intérêt politique
des plus importants, la liberté du détroit de Gibraltar :
cette question plus que toute autre avait été cause de
l'hostilité acharnée et systématique que nous avions
rencontrée de la part de l'Angleterre du jour où nous
nous sommes établis en Algérie.

Dès le mois de janvier, M. Delcassé se mit à l'œu-
vre, il trouva le gouvernement anglais favorablement
disposé à une entente réglant tous les différends qu'il
pouvait avoir avec la France dans le monde. Les né-
gociations furent poussées avec activité par Lord
Landsdowne et M. Cambon, et, le 8 avril 1904, fut si-
gnée à Londres une convention par laquelle les deux
gouvernements terminaient leurs litiges en se faisant
des concessions réciproques. Une déclaration spéciale
concernait le Maroc et l'Egypte : il y était dit :

a Article 2. — Le gouvernement de la République

française déclare qu'il n'a pas l'intention de changer l'état
politique du Maroc. De son côté, le gouvernement de S. M.
Britannique reconnaît qu'il appartient à la France, comme
puissance limitrophe du Maroc sur une vaste étendue, de
veiller à la tranquillité de ce pays et de lui prêter son assis-
tance pour toutes les réformes administratives, économiques,
financières et militaires dont il a besoin. Il déclare qu'il




— 156 -

n'entravera pas raction de îa France à cet effet sous réserve
que cette action laissera intacts les droits dont, en vertu des
traités, conventions et usages, la Grande-Bretagne jouit au
Maroc, y compris le droit de cabotage dont bénéficient les
navires anglais depuis 19^>1.

..... tf Article 4. — Les deux gouvernements également
attachés au principe de la liberté commerciale tant en Egypte
qu'au Maroc, déclarent qu'ils ne s'y prêteront à aucune iné-
galité, pas plus dans rébiblj>s*^ment des droits de douane
ou autres taxesj que dans rétablissement des tarifs de trans-
port par chemin de fer. Le commerce de Tune et de l'autre
avec le Maroc et avec l'Egvfite jouira du même traitement
pour le transit par les possessions françaises et britanniques
en Afrique... Cet engageinenl réciproque est valable pour
une période de trente uu^. Faute de dénonciation expresse,
une année au moins à Favance, cette période sera prolongée
de cinq en cinq ans. Toutefois, le gouvernement de la Répu-
blique française au Maroc, et le gouvernement de S. M.
Britannique en Egypte se réservent de veiller à ce que les
concessions de routes, choiuins de fer, ports, etc., soient
données dans des conditions telles que l'autorité de l'Etat
sur ces grandes entreprises d'intérêt général demeure en-
tière ».

a Article 5. — Le fjtfuvprnement de S. M. Britannique dé-
clare qu'il usera de son influence pour que les fonctionnaires
français actuellement au service égyptien ne soient pas mis
dans des conditions moins avantageuses que celles appli-
quées aux fonctionnaires anglais du même service.

Le gouvernement de la République française, de son côté,
n'aurait pas d'oppnî?ition à ce que des conditions analogues
fussent consenties aux fonctionnaires britanniques actuelle-
ment au service marocain rt.

fl Article 7. — Afin d'assurer le libre passage du dé-
troit de Gibraltar, les deux gouvernements conviennent de
ne pas laisser élever de fortifications ou des ouvrages stra-
tégiques quelconques sur la partie de la côte marocaine com-
prise entre Melilla et les hauteurs qui dominent la rive droite
du Sébou exclusivement. Toutefois, cette disposition ne s'ap-



— 157 —

plique pas aux points actuellement occupés par TEspagne
sur la rive marocaine de la Méditerranée.

« Article 8. — Les deux gouvernements, s'inspirant de
leurs sentiments sincèrement amicaux pour l'Espagne, pren-
nent en particulière considération les intérêts qu'elle tient
de sa position géographique et de ses possessions territo-
riales sur la côte marocaine de la Méditerranée et au sujet
desquels le gouvernement français se concertera avec le gou-
vernement espagnol. Communication sera faite au gouverne-
ment de S. M. Britannique de l'accord qui pourra intervenir
à ce sujet entre la France et l'Espagne.

« Article 9. — Les deux gouvernements conviennent de
se prêter l'appui de leur diplomatie pour l'exécution des
clauses de la présente déclaration relative à l'Egypte et au
Maroc ».

Ce traité constitue un succès diplomatique indé-
niable pour la France. En effet, si nous renoncions à
entraver désormais l'action anglaise en Egypte, si
nous lui laissions la libre disposition des excédents
annuels accumulés par la caisse de la dette, si, en un
mot. nous reconnaissions le fait accompli, l'Angle-
terre nous reconnaît en échange la suprématie sur le
Maroc, sans doute avec des restrictions concernant
les droits d'établir des tarifs différentiels de douanes
et de construire des fortifications, mais la première de
ces restrictions est réciproque et temporaire, et la se-
conde est préférable à la création d'une zone neutre en-
tre Tanger et Ceuta, qui aurait été administrée par le
Maroc seul \ l'Espagne ou même une puissance com-



I. Lorin, La question du Maroc {Revue politique et parle-
mentaire, n° de juillet 1903).



••r



— 158 —

me; la Delj^iijuc ', un surtoul par une commission in-
ternationale. Jamais le minislèie brilannique, le mieux

disposé à noh'e éganf, n aiirail \m ubtenii" du pays
où Ton a si longlcmps demandi} l oecupalion de la
rive Sud flu délroil, que la France pùl y élever des
fortifjcalioris : d'ailleurs, celle prélenlîon de nolri'
pari aurait jH'uvoïpié rbostililé de loules les puis-
.sanees méditerranéennes. Le détroit tlevrail être libre,
r.Vnglelerj'o à Gibrallar bénéficie du fail accompli el
de la longue iKissession.

Il sesl trouvé des journaux en PVante, comme La
Libre Parole*, pour déplorer celte convention, (t L'An-
gleterre met la main pre.sque sans opposition sur celle
terre merveilleuse de TEgyple, terre de Thisloire,
terre de la richesse, inépuisable source de fécondité, h
— Il ne semble pas que nous devions nous associer
aux regrets de M. Drumont ; nous avons par notre
faute, par ravenglement de nos cliambres, perdu la
partie en Egypte, nous avons refusé, en 1S82,
raction commune que TAngleterre nous y pro-
posait, nous Lavons laissée s'y établir seule, il vaut
mieux maiiUenanl s'incltner, cesser la politique de
coups d'épingle, de tracasseries, de fausses manœu-
vi-es, comme l'envoi de la mission Marchand, (pii n'a
pu aboutir qu'à Léchée de Faclioda, par laquelle nous



1, V. Collin, Le Maroc el tes inïéréis belges.

2. NMu 11 avril 1904



— 159 —

avons essayé de gêner l'œuvre de l'Angleterre en
Egypte ; elle n'a eu pour résultat que de prolonger
l'hostilité entre les deux pays et d'amener des repré-
sailles. En janvier 1904 \ le Comité du Maroc disait
à ce sujet :

«... Pour faire admettre notre prépondérance (au
Maroc), nous devrions consentir ailleurs à des sacri-
fices, quelque pénibles qu'ils fussent, à des sentiments
anciens et contraires à des traditions séculaires..., re-
noncer à nous attarder sur des rêves condamnés par
nos propres fautes, (faire) de la politique réaliste... »
Le Maroc n'a peut-être pas la même valeur que
l'Egypte, mais il a l'avantage, pour nous, de sa proxi-
mité, de sa magnifique situation sur l'Atlantique et
la Méditerranée ; sa possession nous permet surtout
l'édification définitive de notre empire africain. (Enfin,
nous gardons en Egypte certains privilèges et élé-
ments d'influence, et la liberté du canal de Suez est
assurée). <( En Egypte, comme au Maroc, dit M. R.
de Caix ^ chacune des deux nations sauvegarde
l'accessoire, mais cède le principal, s'inclinant devant
la situation de fait prépondérante, prise par l'autre, et
qu'elle ne pouvait contester que les armes à la main
par une guerre à laquelle ni l'Angleterre, ni la France



1. Bulletin du Comité de l'Afrique française, n° de janvier
1904. A propos du Comité du Maroc.

2. Bulletin du Comité de l'Afrique française, avril 1904.




— 160 —

ne seraient allées de propos délibéré ». — La com-
pensation que nous donne l'Angleterre (800.000 kil.
rarrés et à peu près 15 millions d'habitants) en vaut la
[teine et, même, quand on a vu les campagnes menées
ca Angleterre pour la prise de possession de Tanger,
les intrigues anglaises au Maroc, nous pouvons nous
élonner de la facilité et de la rapidité avec laquelle sa
politique a évolué et nous reconnaît une suprématie
qu'elle avait toujours contestée et combattue jusque-
bi. — On a émis l'opinion que de nouveau l'Angleterre
voulait nous amener à une de ces « ententes cor-
diales », qui, sous Louis-Philippe et Napoléon III
avaient eu pour résultat une quasi-vassalité de la
France pour tout ce qui concernait la politique exté-
rieure : il est certain que toute notre histoire nous
enseigne qu'il faut se défier des Anglais aussi bien
comme amis que comme ennemis, qu'ils ont toujours
su se délier de leurs engagements en nous faisant tenir
les nôtres, nous entraîner dans des actions communes,
lies guerres même dont ils retiraient tous les profits
alors qu'elles ne nous rapportaient qu'une gloire sté-
rile. Mais il faut actuellement considérer que la situa-
tion politique et économique de l'Angleterre a beau-
coup changé. Jusque ici sa seule rivale commerciale,
maritime et coloniale avait été la France, c'est pour-
(;uoi elle cherchait soit en s'alliant avec elle, soit en
la combattant, à entraver son action. Mais mainte-



'«TvV^^.--



- 161 -

nant, dit M. Alphonse Humbert ^ : « Les Anglais sont
tout à fait revenus du splendide isolement. Ils ne se
croient plus de force à imposer leur volonté aux deux
hémisphères. Depuis qu'un grave péril — la montée
de l'Allemagne industrielle, commerçante, coloniale
et qui sait, ambitieuse même de la suprématie navale
— a surgi à leur horizon, ils ont perdu leur superbe,
leur foi aveugle en eux-mêmes, leur dédain des con-
venances d'autrui, leur arrogance brutale jusqu'à la
perfidie. Ils sont devenus loyaux depuis qu'ils courent
risque de mort à ne pas l'être ». — De son côté, M.
Jean Darcy "* dit que l'Angleterre, en face de la con-
currence de l'Allemagne, des Etats-Unis, de la Rus-
sie, du Japon même, des faiblesses révélées par la
guerre du Transwaal, des éventualités menaçantes du
conflit russo-japonais « s'est aperçue qu'elle était im-
puissante à s'insurger davantage contre l'essor gran-
dissant de tout l'univers que, dans l'intérêt même de
ce qui restait de sa prééminence, elle devait faire la
part du feu. De là, les avances prodiguées à notre
pays qui, de tous ses concurrents, semble le plus

facile à amadouer et son désir sincère d'aplanir

les difficultés.

On ne peut donc que louer la clairvoyance de notre



1. Eclair, n° du 10 avril 1904.

2. Sir Charles Dilke et l'entente cordiale {Revue politique
et parlementaire, mars 1903).

Bourassin. 11



f



— 162 —

diplomatie en celle circonstance : elle a su choisir
[)Our négocier et profiler des avances que nous faisait
l'Angleterre pour signer d'abord avec elle un traité
d'arbitrage, puis terminer d'un seul coup toutes leâ
questions litigieuses communes, le moment où elle
était disposée à faire des concessions. — D'ailleurs,
toute la presse européenne y a vu un événement de
la plus haute importance et les journaux ont tous
constaté, les uns avec sympathie, les autres avec
amertume, le succès que la France a remporté dans
la solution de la question marocaine. Certains jour-
naux anglais chauvins {le Globe, la Sainl-James Ga-
zelle, le Morning Posl, la Pall-Mall Gazelle) firent
certaines réserves dans leur approbation du traité,
trouvèrent que l'Angleterre donnait plus qu'elle ne
recevait (ce n'était en effet pas son habitude jusque-
là), mais l'ensemble de la presse, tant conservatrice
que libérale, accueillirent l'accord avec satisfaction.
En Autriche, le Zeil, le Tagblall et le Fremdenblatt
\ antèrent l'heureux résultat obtenu par la diplomatie
française : il en fut de même en Italie. Il fut commenté
avec plus de froideur en Allemagne et en Russie, mais
le mécontentement fut grand en Espagne : tous les
journaux montrèrent un grand désappointement, ac-
cusèrent le ministère Maura d'avoir laissé faire cette
convention sans intervenir pour que les droits de
l'Espagne soient respectés, ils déclarèrent que ce



— 163 —

traité consacrait la honte de l'Espagne et son expul-
sion du Maroc (El Globo, Diario universal, Corres-
pondencia).

Quant aux gouvernements, aucun ne protesta. Les
chambres anglaises approuvèrent le traité à Tunani-
mité. En Allemagne, M. de Biilow déclara au R-eichstag
que les intérêts allemands au Maroc étant d' « ordre
principalement économique », l'Allemagne avait aussi
« grand intérêt à ce que l'ordre et la paix régnent dans
le pays » et (( n'avait aucun motif de craindre que ses
intérêts économiques au Maroc soient mis à l'écart ou
reçoivent une atteinte du fait d'une puissance quel-
conque ». — Il semble que la France a engagé aussi
des négociations avec l'Italie et avec l'Espagne, mais
nous ne savons rien d'officiel sur leur issue. Nous
avons dit ce que nous pensions de l'accord avec l'Ita-
lie si, comme on peut en conclure des déclarations
de MM. Prinetti, Delcassé et Barrère en 1901, la
liberté d'action lui a été reconnue en Tripolitaine, en
échange du même avantage au Maroc. Quant à l'Es-
pagne, le 12 avril dernier, MM. Abarzuza et Rodri-
guez San Pedro, l'un ancien ministre, le second
ministre actuel des affaires étrangères, ont nié l'exis-
tence d'un traité d'action commune et de partage qui
aurait été conclu le 11 novembre 1902, mais il semble
que des pourparlers ont été commencés, mais inter-
rompus par suite des exigences de l'Espagne. En




— 164 —

tout cas, Tarlicle 8 du traité franco-anglais montre
clairement que la France est toute décidée à les re-
prendre.

Ce traité ne pouvait être que bien accueilli, car il
respectait les intérêts économiques de tous en accor-
dant la liberté commerciale et Tégalité de traitement
au Maroc. Les puissances intéressées ont tout à
gagner au point de vue de la sécurité et du développe-
ment de leurs affaires à l'établissement de la tutelle
de la France au Maroc. Lord Lansdowne disait, à ce
sujet, dans une dépêche à sir Edmund Monson * : « Le
gouvernement de S. M. n'est pas disposé à assurer
de telles responsabilités et à faire de tels sacrifices
(faire cesser l'anarchie au Maroc), et en conséquence,
elle a volontiers admis que si une puissance euro-
péenne doit avoir une influence prépondérante au Ma-
roc, cette puissance est la France ». On a dit en
France que cette liberté commerciale nous enlèverait
tout le bénéfice de la conquête, que nous allions en-
core une fois travailler pour les autres : il n'en sera
pas ainsi si nos commerçants savent agir, profiter de
notre situation politique et morale dans le pays qui
constituera à leur profit une grande supériorité sur
leurs rivaux étrangers ^ Sans doute, l'égalité com-



1. 8 avril 1904.

2. Comme le dit M. C. Fidel : « Nos intérêts économiques
au Maroc » : « La domination politique n'est jamais stérile



■i ^"^-^



— 165 -

merciale est dangereuse, mais ce n'était qu'à cette
condition que nous pouvions obtenir que l'Europe
ne s'oppose pas à notre établissement au Maroc.

La France peut donc maintenant se regarder
comme investie par l'Europe de la mission d'ouvrir
le Maroc à l'expansion européenne : à part les récla-
mations de l'Espagne, le côté diplomatique de la ques-
tion peut être considéré comme résolu.

Il nous reste maintenant une tâche délicate, celle
de nous établir au Maroc : « La tâche n'est pas facile,
dit M. Harris, correspondant du Times à Tanger \
Elle exigera une grande patience et un grand tact.
Les Anglais assisteront avec intérêt et sympathie à
cette grande entreprise civilisatrice ». — Comment
devons-nous agir au Maroc ? Faut-il en faire la con
quête militaire ou la conquête pacifique ? Que devra
être la conquête pacifique, si elle est employée ? En-
fin, quelle part faut-il faire aux prétentions espagnoler-
au Maroc ?

Il semble bien qu'à l'heure actuelle, personne ne
pense plus en France à renouveler les fautes que nous



en bénéfices économiques, ne serait-ce que dans le chapitre
des grands travaux publics ».

Tout est à faire en cette matière au Maroc, et l'article 4 de
la déclaration franco-anglaise concernant l'Egypte et le Ma-
roc, stipule expressément que l'Etat français concédera
comme il l'entendra les grandes entreprises d'intérêt géné-
ral.

1. National Review, 29 avril 1904.



— 166 —

avons commises en Algérie : on sait ce que la con-
quête armée nous a coûté de temps, d'hommes el d'ar-
gent, quelle maladresse nous avons l'aile en voulant
implanter en Algérie nos mœurs administratives sans
tenir compte de la différence du caraclère musulman
et du nôtre. — La conquête et le régime de prolerlorat
imposé à la Tunisie ont montré le progrès que nous
avions fait en matière coloniale : nous avons su nous
emparer de ce pays sans grande effusion île sang et
respecter le gouvernement indigène avec lous ses
rouages en ne faisant que le conirùler : il faudra agir
de laçon plus discrète encore au Maroc où la popti-
lation dans son ensemble est fanalique et plus hoslilc
aux étrangers que dans tout le ruste du monde musul-
man.

Nous devons d'abord rétablii' l'aulorilé du Sultan,
nous faire ses collaborateurs. Celle politique a été,
comme il a été dit, vivement attatpiée en Algérie el à
la Chambre par MM. Jaurès él Deschanel, partisan^
do l'entente directe avec les trfbus : on est même allé,
croyant la situation du Sultan plus désespérée qu'elle
ne t'était en réalité, jusqu'à parler de soutenir le pré-
tendant Bou-Hamara, de renvej^sei' le Sullan et de le
remplacer par son frère, Moulay-Mohammed, ou
notre protégé le Chérif d'Ouezzan ; mais celui-ci n'a
jamais tenu à exercer au Maroc le pouvoir temporel
il se contente de son autorité spirituelle et de Tadmi-



— 167 —

nislration des immenses biens de sa confrérie. Quant
au prétendant, il n'est qu'un vulgaire aventurier, un
chef de circonstance n'ayant pas pour lui le prestige
des Chorfa Filali qui occupent depuis 1664 le trône
du Maroc, nous savons d'ailleurs maintenant à quoi
nous en tenir sur sa puissance réelle, elle n'est pas
plus brillante que celle du Sultan, il n'a pas non plus
d'argent et d'armée. Pour ce qui est enfin de Moulay-
Mohammed, nous serions moins sûrs encore de î^':
fidélité que de celle d'Abd-el-Aziz qui, étant plus jeune,
sera plus docile. Le Sultan actuel est inexpérimenté,
mais plein de bonnes intentions, de désirs de réfor-
mes : nous n'avons qu'à lui inspirer une confiance
absolue, à lui montrer que nous seuls pouvons conso-
lider son pouvoir, à être pour lui des guides bien-
veillants qui l'émanciperonl dès qu'il sera mieux à
même de gouverner et qu'il aura acquis nos idées. —
Il ne faut donc pas nous laisser aller à une politique
d'aventures qui donnerait la tentation d'intervenir
aux puissances qui se sont résignées à contre-cœur
à l'établissement de notre prépondérance. Ne risquons
donc pas de provoquer le mécontentement du magh-
zen, ne nous créons pas de nouvelles complications,
nous aurons bien assez de résistances à vaincre. Con-
servons à chacun sa place au Maroc, Sultan comme
fonctionnaires, mais contrôlons leurs actes, répri-
mons leurs exactions et empêchons leurs abus. En-



— 168 -

voyons de suite prèn du Maglizen un (liplomale qui
sera, comme lonl Cromer en Egypte, le cooseiller du
Sulian le dirigera dans sa polilique intérieure el cxlé-
rieure. — Il faut faire régner l'ortire dans le pays, en
finir aver Bou-Hamara el autres rebelles. Le général
Derrécagaix, ,MM. Saballîer el Jaquèlon ronseillent,
pour arrivt*r a ce résuUat plus rapidement, d'appuyer
notre action par t'établissement de troupes à Oudja
el à Figuig, ou même dans le Bled-Siba tout entier
(bassin de la Munbniya, Hiff. Atlas, TafilelD, en ne
laissant |>ltis le Sulian gouverner- que les plaines du
versant de rAtlanlif]ue. Mais sansélro de Favis de >f,
Jaurès, qui croit que nous pourrons pénétrer de suite
au .Maroc en apoires de la paix e( de la civilisation,
que nous gagnerons les Marocains par nos seuls bien-
faits, il semble qu'il sera préférable d'user le moins
possible de l'action militai ï'c pai" l'armée française^
(seulement si nous y sommes absolument contraints
par les événemenls, si, en dêjiit de lous nos efforts,
la tt guei're sainte »> était déclarée contre nous, mais
une politique prudente pourra, espérons-le, éviter,
empêcher toute explosion de fanalisme). Il serait
peu polilicpie de commencer par porter atteinte à Tem-
pire chérifien au mépris de nos engagements avec
l'Angleterre, et [>ar alarmer le Sultan en lui enlevant
une partie de ce qu'il considère comme son empire
(c'est en 1844 qu'il aurait fallu le faire, c'est nous-




»<P"™"W"iPpP9!IP^



— 169 —

mêmes qui avons habitué le Sultan à se regarder
comme souverain effectif jusqu'à l'Oued Kiss et à Fi-
guig). Il ne faut pas tomber dans l'illusion que nous
pourrons nous établir au Maroc sans tirer un coup de
feu, mais c'est l'armée marocaine qu'il faut faire agir.
La première partie de notre tâche est de réorganiser
l'armée du Sultan ; il lui faut des cadres solides, les
éléments ne nous manquent pas pour la construire,
nous avons déjà notre mission militaire à Fez dirigée
par le commandant Fariau, des officiers à Oudja et
à Figuig ; nous pouvons facilement tirer de l'élément
indigène de notre armée d'Afrique des officiers et
sous-officiers tout dévoués à notre cause, suffisam-
ment capables, qui seront bien accueillis par les Ma-
rocains, étant leurs frères de race et de religion. Nous
fournirons à cette armée des armes et des munitions
et, quand elle sera équipée et instruite, nous pourrons
par de petites opérations de police énergiquement
menées, venir à bout peu à peu des rebelles irréduc-
tibles de l'Empire. Le Sultan aura à sa disposition
la force, si nécessaii^e en pays musulman, qui lui a
manqué jusqu'ici pour établir les réformes qu'il avait
projetées. — Mais, pour organiser et entretenir cette
armée, il faudrait de l'argent ; or, le trésor impérial
est vide et les impôts ne rentrent plus, nous devons
avancer au Sultan les sommes nécessaires: M. Zanga-
russiano, représentant de la banque de Paris et des



— 170 —

Payi^Bas, est en train de négocier avec lui à ce su-
jel ' : la Banque, qui agit comme mandataire des
grands élablissemenls de crédit français, rachèlera les
emprunts qu'il a contractés en France, en Angleterre
et en Kspagne, et lui fournira de nouveaux fonds
moyennant un gage sur les douanes des ports.

Quand Tordre et la sécurité régneront au Maroc,
quand la situation financière sera rétablie, nous pour-
rons réformer l'administration et la justice, le sys-
tème fiscal, mais en conservant des institutions an-
ncnnes, tout ce qui peut en être gardé : il faut une évo-
lution et non une transformation brusque qui serait
ma! comprise par les indigènes et les irrileiait ; il faut
ublenir clés fonctionnaires de tout rang plus de sou-
mission vis-à-vis du pouvoir central et plus d'honné-
tclé vis-à-vis de leurs administrés ; les choisir parmi
les infiigènes éclairés et favorables à notre expansion,
les faire aider par quelques Européens, il faudra
enliii qu'ils aient à leur disposition une force suffi-
sante i)our être respectés et obéis.

(''csl alors seulement que nous pourrons entamer
réellement la partie économique de notre programme
de pénétration : établissement de chemins de fer, de
routes, canalisation des voies navigables, creusement
et outillage des ports, il faudra étudier le pays au



h Temps, 7 avril 1904.




— 171 -

point de vue scientifique, agricole et industriel, con-
naître exactement les ressources qu'il présente. Il
faudra le mettre en valeur, y envoyer des colons sur
des terres que nous achèterons ou louerons aux indi-
gènes sans les exproprier comme nous l'avons fait à
tort en Algérie, des industriels, des commerçants qui
amélioreront le commerce intérieur et extérieur, il
faudra y développer les relations internationales, par-
ticulièrement avec l'Algérie, par la création de lignes

maritimes régulières, de primes à l'exportation

Nous pourrons enfin dans le Maroc pacifié et bien
administré, répandre nos idées, augmenter le bien-
être des habitants par la création de bureaux de
poste, marchés, institutions de prévoyance, de crédit,
de bienfaisance, faire en un mol cette politique de
<( conquête pacifique », telle que la rêve M. Jaurès. —
Mais ce ne sera pas l'œuvre d'un jour ni d'une année :
il nous faudra triompher de bien des défiances, vain-
cre bien des hostilités, être patients, prudents, mais
avisés et fermes, sachant nous attacher les uns et nous
faire craindre des autres, faire sentir quand il en sera
besoin le poids de notre force, mais ne l'employer
qu'à bon escient quand tous les moyens de concilia-
tion seront épuisés \ Nous devrons user de toutes les



1. Certaines personnes ont émis l'idée de nous attacher da-
vantage encore le Sultan en faisant de lui le Pape des Musul-
mans de rite malékite, mais cette extension de pouvoir



— 172 -

îniluennes dont nous pouvons disposer, soît dans le
maglvivu^ soit auprès des cheikhs et marabouts, agir
sur les Iribus, mais pour le compte du Sullan, créer
lies Iribus maghzen, sorte de milice, de police indi-
gène qui assurera Tordre sur leur territoire. Le jour
où le Sultan aura, grâce à nous, une année et une
adminisiration solides, où personne n^aura plus à
CI aindre la disette et les exactions des fonctionnaires,
il n y aura j)lus de bled-siba, de pays insoumis. Les
Berbères, pourvu qu'on respecte leurs institutions el
leurs i;oi dûmes, qu'on les taxe modérément, compren-
dront qu'ils ont moins d'avantage à se battre et à
piller qu'à se soumettre avec nous et nos indigènes :
c est ce qui commence à se produire sur les contins
franco-niarocains. Le récent voyage de M. Etienne à
Ondja, l'iguig, Béchar et Kenadsa, les bons rapports
des aulorilés d'Oudja et de Figuig avec les autorités
algériennes montrent les progrès de l'influence fran-
çaise dans ces contrées hier encore rebelles. Il y aura
bien sans doute encore quelques attentats, quelques
coups de main, mais ce sera l'œuvre de bandits iso-
lés, de criminels de droit commun, qu'il faudra clui-



I



pourrait être imprudente, il faudrait être bien sûr de sa fidé- |

lilé, car un pouvoir spirituel aussi étendu pourrait rencou-
rager h provoquer un mouvement de fanatisme iiostile aux
Européens.



i



•- 173 —

lier comme tels et non plus Tindice d'une lutte de
races et de religion.

C'est justement ce qu'il y aurait à redouter si noui^
agissions au Maroc de concert avec l'Espagne. — De
nombreux publicistes, MAI, Louis, S abat Lier, Sembat,
R. Pinon môme, sont d'avis de tenir compte des droits
de l'Espagne et de partager avec elle le Maroc.

Que valent d'abord exactement les droits de TEs-
pagne ? Sans doute, le Riff ressemble à T Andalousie,
les races qui habitent ces deux provinces ont de nom-
breux points communs ; TEspagne a entrepris depuis
le XV" siècle de nombreuses expéditions au Maroc ;
mais qu'en a-t-elle rapporté, de mauvaises forteresses
qui ne constituent même pas des bases sérieuses d1n-
vasion ni d'influence et la haine implacable des Maro-
cains qui fj*équenient peu leurs présides à cause des
vexations qu'ils y supportent \ Les luttes des Espa-
gnols contre les Maures ont toujours eu le caractère
de croisades ; elles ont été le heurt de deux fanatis-
mes. — Peut-être que maintenant l'action espagnole
au Maroc ne prendrait plus ce caractère, mais les sou-
venirs du passé sont encore trop vivaces dans Tâme
marocaine, les Espagnols sont détestés et un condo-
minium franco-espagnol amènerait à peu près forcé-
ment ce que nous devons tant chercher à éviter, ime



1. Méljtla ne doit la prospérité relative; de son marché qu*au
manque de communications par la frontière algérienne



— 174 —

expédition militaire. Les journaux espagnols en don-
nent la preuve en parlant déjà de renforcer les garni-
.son*4 des présides pour opérer simultanément avec
l'expédition française. L'Espagne a fait preuve en
louL temps d'une inaptitude complète en matière colo-
niale, elle a su conquérir, mais pas administrer : les
mallieurs qui en sont résultés pour elle l'onL-elle fait
rélléchir au point de lui faire changer sa manière d'a-
gir? Il est permis d'en douter. — Il faut voir les
choses à un juste point de vue, celui de notre intérêt
strict, sans nous laisser entraîner par une vague
sentimentalité, une conception plus ou moins exacte
de fraternité latine. L'Espagne, malgré tous les ser-
vices que nous lui avons rendus, aussi bien dans sa
politique intérieure que dans sa politique extérieure,
a toujours été l'alliée de l'Angleterre, alors que celle-
ci cherchait à entraver notre action non seulement au
Maroc^ mais même dans notre hinterland algérien.
Elle a tout fait pour nous supplanter quand la guerre
nous avait affaiblis, nous susciter des difTicullés, exci-
ter les Sultans contre nous. Nous ne sommes pas
responsables de la perte de ses colonies, ni des fautes
qu'elle a commises au Maroc en se fermant elle-
même l'accès du pays par son intolérance et ses hau-
teurs vis-à-vis des indigènes ; elle n'a su ni y prendre
solidement pied, ni y développer son influence mo-
rale, ni même son commerce en proportion de ce




i'5r'r3f7^î7!P;?KJsçaf«r^3?.'-'=



- 175 -

qu'elle aurait dû étant donné son voisinage, et cepen-
dant elle voudrait avoir une partie du Maroc. Et même
en 1894, M. Torrès Campos ' disait : « L'Espagne
doit prendre possession des côtes du Maroc jusqu'à

l'Atlas C'est là pour nous une question de vie

ou de mort... Nous, les héritiers naturels de l'Afrique,
nous ne devons manifester absolument aucune im-
patience d'en prendre possession. Il ne faut pas tolé-
rer qu'on fasse la guerre au Maroc parce que, pour
tout Espagnol sensé, l'intégrité de l'Empire du Maroc
doit être érigée en dogme. Plutôt que de reconnaître
les prétentions du Maroc sur Tanger, et celles de la
France sur toute la partie orientale du Maghreb, nous
devons faire tous nos efforts pour maintenir dans son
intégrité le pouvoir impérial et nous opposer énergi-
quement à un partage dans lequel nous aurions une
certaine part, alors qu'avec un peu d'habileté et de
patience, nous arriverons à obtenir le tout auquel
nous avons le droit de prétendre ». C'est justement
la ligne de conduite qu'a suivie la diplomatie fran-
çaise. Mais, maintenant, le moment d'agir serait arri-
vé, la question marocaine est ouverte et l'Espagne
sent bien qu'elle n'est pas prête à jouer le rôle auquel
elle prétendrait. « Toute l'opinion de nos voisins (d'Es-
pagne), dit l'auteur anonyme d'un article intitulé —



1. Revue de Droit inlernaîionaly t. XXVI, p. 229.



— 176 —

A propos des lierces puissances ' — à Téganl Wu Ma-
roc semble consister dans des rêves illimités^ dans
des ambitions vagues et latentes qui s'accommodent
parfaitement des ajournements, maïs s'irrite singuliè-
rement d'une solution en dehois de l'Espagne et
contre elle. Malheureusement, celle politique d'attente
ne saurait durer bien longtemps, l.e .sia/u quo maro-
cain n'est plus possible >».

Qu'elle revienne à une notion fïlus exacte de sa
situation réelle, elle a assez à faire à rintèrieur de son
territoire, nous aiderons volontiers à son relèvement
économique et financier, nous soutiendrons son gou-
vernement, mais qu'elle renonce à ses ambitions dé-
mesurées, à ses prétentions coloniales au Maroc ! " —
Il vaudrait mieux lui racheter à un prix avantageux
pour elle ses présides qui ne lui servent plus à rien,
au besoin lui faire quelques concessions au Rio de
Oro ou ailleurs, pour ménager ses susceptibilités, que
de la laisser s'introduire à nos cotés au Maroc. Par
ses procédés, sa manière de voir, différents des nôtres,
des difficultés, des malentendus, des froissements,
gêneraient notre action pacifique et peut-être ferait le
jeu d'une puissance comme l'Allemagne qui, sous son



1. Bulletin du Comité de l'Afrique jrançaizc, avril 1904,
p. 119.

2. L'établissement de la prépondérance française au Maroc
ne Tempécliera du reste pas plus qu en Algérie, d y envojer
des colons, des ouvriers industriels ou agricoles.



f



- 177 -

a[)|jLi!'ente bonnf! humeur officielle, cache un rerfain
malaise provenanl de la silualion crisolemenl dans la-
quelle elle SG trouve, une secrète irrîlalion contre
l'accord franco-anglais qu'elle sent bien au fond dirigé
contre elle, qui augmente la force des deux puissances
f on trac tan les, en supprimant leurs causes d'hostilité,
en contrarie lei^ projets qu'elle avait ébaucliés au sujet
de la totalité au au moins de la meilleure partie de
l'Empire chérifien \

C'est donc la France seule qui doit agir au Maroc :
toute autre solution de la question serait déplorable
pour nous et nous ferait perdre le bénéfice non seule-
meuL de Faccord du 8 avril, mais de toute notre poli-
tique antérieure en Afrique, ce serait toute notre
fïMivre compromise. Si, au contraire, nous parvenons
à nous établir au Maroc comme en Algérie et en Tu-
nisie, nous aurons un magnifique empire d'un seul
tenant de Mogador à Gabès, que nous pourrons join-
dre à nos colonies du Sénégal et du Soudan par un
Transsahaï'ien et qui fera de nous une granrle puis-
sance coloniale, nous reprendrons le rang que nous
avons perdu au XVII P siècle. Ka civilisation et la
colonisation du Maroc est une œuvre dont nous tire-
rons honneur et profit ; ce pays possède un climat



1. Protestation adressée à M. de Bulow par tes docteurs
Mohr, Fiïi^nher, ft ïe GomEe PfeiJ, au nom de la Société uiara-
caine de Berlin,



fiain, l</iiijKMi% un les Fi-anrais |>euven! facilemenl
vivre, où noUï> avon^ << la pussibilîté détendre noire
doiiiainc ellinîr|ue et linguj^liqiie » \ une lerre lerlileT
bien arrosée contenant des richesses minières et foi^s-
tîpres encore inexploilécs, qui [lout contenir encore
autant rl'tiabitants qu'il en nourrit aetuellemenl : cest
un cliainjunerveilleux ouverte notre activité. Sachons
en |ircïliler et arriver à faire de la lierbérie tout en-
tière une France d'outre-niej' qui, en face de l'Fmpire
anglais, cle Flùnturc allemand, de ri^^inpire l'u^^^e,
conslitiiei^a un des ineilleiirs a[i]uiis de la France nié-
Iropolitaine el sera peiii-éire, suivani le mol de Pre-
vost-ParadoL é< la dernière ressource ile notre gran-
deur. H

7 mai \\m. R. BOURASSIN,



1. BaUelin du Comiié de V Afrique français e^ jaovicr 1904*



Vu ; Vu :

Le Doyen^ Le Président,

J, Glasson. R, Estoublon.



Vu et permis d'imprimer ;
Le Vice-Eecieur de VAcB^démie de Park,

L, LiARD.



TABLE DES MATIÈRES



CHAPITRE r

Happorls entre la France et te Maroc de 1830 à Î88Ù.

Naissance de la question marocaine. — Unité de la Berbérie,
— Rapports frarico-inarocains antérieurs à 1830. — Allilude
(iu Maroc pendant la guerre d'Algérie. — Lutte contre Âbd-
el-Khader. — Guerre entre la France et le Maroc. — Trai-
tés de Ï844. — Appréciation de ces truites, — Politique de
la France vis-à-vis du Maroc de 1845 à Î880, — Exercice du
droit de suite. — Les demandes d'indemnités au Sultan et
leurs conséquences. .,.,...,..*. 9

CHAPITRE II
La question du Touat.

Les oasis sahariennes. — Comment la question du Touat s'est
liée à la question marocaine, — La pénétration française
dans le Sahara algérien. — Les intrigues marocaines dans
les oasis, — Hésitations et fautes de la France. — L'expé-
dition du Tafîlelt. — Mort de Moulay-Hassan. — La poli-
tique de M. Cambon. — La conquête des oasis salia-
riennes .,...*.,. 26

CHAPITRE III
La frontière de rOuesl Algérien.

Conséquences de Foccupation du TouaL — Nécessité d'assu-
rer les communications par la Zousfana et îa Saoura. —
Luttes contre les tribus de ces régions. ^ Les accortls de
lïKJl et de 1902. — L action mixte de la France et do Sultan
sur les tribus des frontières. — La question de Fi gui g. —




— l»0 —

Achèvement de l'occupation et de la paciflCâtioa de TOuest
algérien. — La situation actuelle* — L'action française dans
le Sud et de l'Ouest de rAl^-érie. ....... 52

CHAPITRE IV

V Empire marocain et la pénélralion européenne.

Aspect^ état économique et pulîtique du Maroc. — Situation
et intérêts des différentes puissances européennes au Ma-
roc. - Causes du maintien du slaîu quo, — Les rivalités
des puissances intéressées* — L expansion de la France
dans l'Empire chérifien. — Insuffisance des progrès ie
notre action. — La crise intérieure actuelle dans FEmpire
du Maroc. — Ouverture de la question marocaine. . 78

CHAPITRE V

La conquête pacifique du Maroc par la France.

Nécessité pour la France de s'assurer la possession du Ma-
roc. — Supériorité de ses droits. — Avantaf^es de l'action
française dans TEmpire chérifien. ^- Revirement en faveur
de l'action de la France dans Topinion française et étran-
gère. — L'accord franco-anglais, — Appréciation ; accueil
favorable en Europe. — Comment doit être effectuée la
conquête pacifique du Maroc par la France. — La question
des droits de l'Espagne. — Conclusion. — L'empire colo-
nial africain de la France 140






La Rochelle, Imprimehiiî Nouvelle Noël Texier.
http://www.archive.org/stream/laquestiondumar01bourgoog/laquestiondumar01bourgoog_djvu.txtlink



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