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L’écrivain que nous allons rencontrer ensemble porte un nom
connu dans les Doukkala. Celui d’une grand’mère et d’un grand-père qui furent, tous deux, au début du siècle dernier, médecins à El Jadida, les docteurs Eugénie et Pierre Delanoë. Deux
rues, près de l’hôpital Mohammed V portent leurs noms. Leur petite fille, Nelcya Delanoë, vient régulièrement à El Jadida, en devoir de mémoire, mais aussi, parce qu’elle y a greffé de
solides amitiés...
Nelcya Delanoë est professeur de l’Université française, historienne des Amérindiens et des Etats-Unis, et elle a dispensé son savoir de Paris à Vancouver, de New-York à Hanoï…Elle a
publié une quinzaine d’ouvrages. L’un d’entre eux a été récemment réédité par les Editions marocaines EDDIF, « La femme de Mazagan », ce qui lui a valu d’être invitée au dernier Salon de
l’Edition et du Livre de Casablanca.
M.Amengual : Quel regard portez-vous sur ce genre de manifestation littéraire et commerciale autour du Livre et quel bénéfice un écrivain peut en tirer ?
Nelcya Delanoë : Un regard curieux et intéressé, d’abord. C’est toujours un honneur que de pouvoir être associé dans un pays arabophone ou francophone, à une manifestation où le livre et
les gens qui les écrivent sont honorés. Et puis c’est ma ville, où je suis née et où j’ai passé mon enfance. Donc j’ai toujours beaucoup de bonheur à venir dans cette foire immense, une
très belle pièce d’architecture avec de très belles lumières à l’intérieur. Et puis c’est au bord de la mer, sur la corniche. Il y avait là un aquarium magnifique, que mon oncle,
architecte avait conçu et qui était bien à sa place en bordure de mer. Mais la vie passe, l’aquarium a disparu et j’ai un petit regard nostalgique sur les bâtiments qui le remplacent.
Donc je suis rentrée dans celle halle magnifique, avec le cœur battant
Cela vous a-t-il donné l’occasion de rencontrer des lecteurs et des éditeurs potentiels ?...
Nelcya Delanoë : Je voudrais tout d’abord remercier les éditions EDDIF qui ont réédité ce livre, qui était épuisé après avoir été édité aux Editions Seghers à Paris. Et le fait d’avoir
été invitée à ce salon m’a surtout donné l’occasion de rencontrer des éditeurs que je connaissais déjà et c’était un grand plaisir de revoir un certain nombre d’amis qui travaillent à la
fabrication de livres, à leur lecture,et puis j’ai eu l’occasion d’assister à des débats, à des rencontres, notamment celle organisée autour de Fatima Mernissi, dont je suis les travaux
depuis longtemps et dont j’admire la belle énergie de sa véhémence, de sa beauté intérieure et extérieure ; et tous ceux qui l’entouraient étaient formidables. C’était un beau moment.
J’ai eu aussi le plaisir de passer de longs instants chez des bouquinistes ; c’est toujours très intéressant de fouiller dans les vieux livres ; mais franchement, je trouve que sur le
plan pratique, un si beau salon, avec si peu de repères ou d’endroits pour se retrouver entre auteurs, c’est un peu frustrant. Nous sommes au Maroc et pourtant, il n’y avait aucun moyen
de boire un petit verre de thé à la menthe, avec une corne de gazelle…De ce point de vue là, je me suis demandé pourquoi on ne cultivait pas plus la gourmandise.
« La femme de Mazagan » que vous avez présenté à ce salon, c’est l’histoire de votre grand’mère, Eugénie Delanoë, la célèbre « toubiba » qui, au début du siècle dernier, dans les
années 1912, a consacré une grande partie de sa vie de médecin à Mazagan. Quelle image avez-vous de cette grand’mère ?
Cette « Femme de Mazagan », s’appelait Eugénie Rubinstein, épouse Delanoë, Au début je n’avais aucune image d’elle; je n’avais même pas une photo d’elle chez moi. Donc, peut-être ai-je
fait cette recherche pour mieux la connaître ; et je suis reconnaissante à Eddif d’avoir mis une photo d’elle sur la couverture. Ce que je n’avais pu obtenir des éditions Seghers qui
avaient mis une photo ringarde et exotique que je n’aimais pas du tout.
L’image que j’ai d’elle maintenant ? Ce livre a été publié pour la première fois en 1981. L’image a changé entre le jour où j’ai fini ce livre et aujourd’hui. Parce ce que moi j’ai
vieilli, donc elle, a rajeuni. J’ai l’image d’une femme courageuse et audacieuse. Car quand même, au début du XXème siècle, être perdue dans un bled de la Pologne russe, juive, très
traditionaliste , oppressante et oppressive des femmes, ce n’était pas facile, et à fortiori de vouloir devenir médecin. Elle a donc pris son courage à deux mains et cela mérite, me
semble-t-il, un coup de chapeau. C’était en même temps une époque où on pouvait faire ses études en Russie ; elle est allée à Saint-Petersbourg et là elle a rencontré un monde moderne ;
Saint Petersbourg était une des villes les plus avant-gardistes de l’Europe, au début du XXème siècle, ce qu’on a tendance à ne pas savoir, en tout cas, ce que je ne savais pas ; il y
avait le téléphone, on parlait toutes les langues,et les femmes avaient beaucoup d’aura sociale, et elles pouvaient étudier. Et c’est là que ma grand’mère a appris à faire tout ce qu’elle
a fait ensuite, c’est-à-dire, découvrir le monde. Et ça, c’était très méritoire quand on faisait tout pour que les femmes ne puissent pas se faire valoir. Elle était aussi éprise de
sciences, de rigueur scientifique ; je ne sais pas d’où elle sortait ça, et c’est pour cela que la médecine lui plaisait, le coté recherche, microscope, vérification…et enfin elle était
éprise de progrès social. C'est-à-dire qu’elle allait apporter le soulagement aux populations qui, en Russie, étaient accablées de tous les maux et très peu aidées. Des petites gens, des
femmes en particulier. Et donc elle allait aider le peuple.
Et puis, l’histoire que j’ai essayé de reconstituer s’est accélérée ; elle a milité et elle est allée à Berlin, puis à Paris. A l’époque, tout le monde voulait aller à Paris. C’était la
ville des lumières, de la mode, des arts ; une vie légère. C’était l’ouverture. A Paris, comme elle avait des équivalences de diplômes, elle a refait une sorte de licence de sciences
naturelles qui lui a permis d’avoir un doctorat de médecine, mais comme les études de médecine étaient trop chères à Paris, elle est descendue à Montpellier pour finir ses études et c’est
là qu’elle a rencontré celui qui allait devenir son mari : Pierre Delanoë ; Lui venait d’un autre monde, un monde colonial étrange puisqu’il venait de l’Ile de la Réunion….Bien que d’une
famille très appauvrie à la suite de diverses péripéties, il a eu la chance d’aller faire ses études à Montpellier. Donc, ils se sont mariés, mais ils étaient pauvres tous les deux,ils
étaient mal vus de la société française tous les deux, lui parce qu’il venait de nulle part, et elle parce quelle venait d’une arriération judéo-polonaise. Et donc comme la France
développait l’Empire par le Maroc et le protectorat, Lyautey qui avait cette particularité de demander des femmes savantes plutôt qu’un bataillon, a demandé à avoir des femmes
médecins….Après de nombreuses péripéties, c’est cet engagement de femme médecin et de médecin pasteurien qui a fait qu’ils ont pu venir au Maroc.
Et ils ont débarqué à El Jadida, dans des barcasses, des filets… Elle avait déjà un garçon,…Puis il y a eu la guerre de 14 ; ils ont donc été très vite séparés, et elle a donc régné toute
seule sur sa maison, sur son hôpital, aujourd’hui l’hôpital Mohammed V, mais à cette époque il n’y avait que trois baraques, essentiellement consacrées aux femmes pour dépister les
maladies les plus répandues du moment, qui affectaient les yeux, le système oto-rhino, les poumons , et pour les femmes les problèmes gynécologiques et obstétriques. Et en même temps,
comme elle était intelligente, elle a appris beaucoup de ces femmes-là. Elle a raconté cela dans un livre aujourd’hui épuisé et qu’il serait intéressant de rééditer, pour l’histoire du
pays. (« Trente années d’activité médicale et sociale au Maroc »).Il faut dire aussi qu’elle était assez appréciée des femmes notamment, car elle avait un sens pratique aigu,efficace,
qu’elle avait essayé d’apprendre l’arabe qu’elle parlait presque couramment, même avec un gros accent, parait-il. Qu’elle s’intéressait par ailleurs à beaucoup d’autres choses : à
l’horticulture, à la musique ; elle élevait ses enfants avec des enfants marocains dans la langue du pays ; mon grand père allait vacciner dans le fin fond de la campagne où l’un et
l’autre étaient très connus ; ils allaient en calèche partout, elle soignait aussi bien de simples patientes que des femmes prestigieuses, comme des princesses. Donc, elle était connue du
haut en bas de l’échelle sociale, mais aussi de la société européenne, anglo-franco-judéo- allemande ;elle s’occupait aussi également de la maison close locale, et ses occupantes
n’étaient jamais malades. Elle avait donc une énergie étonnante, elle ne prenait jamais de vacances. Elle était petite de taille, elle n’avait pas l’air costaud comme ça, mais elle a fait
un abattage de travail qui m’a toujours impressionnée.
Elle était aussi très prestigieuse parce qu’elle, comme son mari, a fait beaucoup de recherches. Donc tous les deux ont dispensé beaucoup de soins pour le trachome par exemple, le typhus.
C’étaient aussi des chercheurs ; ils faisaient donc de la thérapie et de la recherche, et l’un renforçait l’autre. Tous deux ont démontré que beaucoup de choses étaient possibles.
Puis Eugénie Delanoë est partie aux Etats-Unis !
Nelcya: Elle n’est pas partie aux Etats-Unis. Elle a été radiée de l’Ordre des médecins parce qu’elle était juive et que la France était pétainiste. Et elle qui avait su traverser, pour
être médecin, quelques océans et quelques fleuves - c’était son ambition et sa gloire - et qu’elle a eu du mal à supporter d’être radiée de l’Ordre des médecins, elle est donc partie aux
Etats-Unis rejoindre de la famille de Pologne qui avait émigré en Californie et elle a travaillé là-bas jusqu’à la fin de la guerre.
La guerre terminée, elle est revenue au Maroc ; c’est à cette époque-là que je l’ai rencontrée et elle m’a beaucoup impressionnée. Mais elle souffrait de problèmes cardiaques Elle en est
morte et comme elle avait demandé à être enterrée à El Jadida, au cimetière des étrangers, elle y repose depuis, au côté de nombreux étrangers de toutes confessions.
Mais avant de mourir, elle s’était convertie au catholicisme et ce, pour plusieurs raisons, dont la principale était que parce qu’elle juive, elle était persécutée et qu’elle a toujours
voulu protéger sa famille, d’abord en dissimulant pendant longtemps le fait qu’elle était juive et ensuite, en assumant qu’elle l’était, ce qui lui a valu d’être radiée de l’Ordre des
médecins, et finalement en rejoignant quelque chose qui s’apparente à un certain conformisme. Par exemple, elle avait demandé à l’Ordre des médecins de la réinscrire, après la guerre,
mais il fallait payer, et le prix était très élevé, et elle n’en avait pas les moyens.
Revenons à votre ouvrage, « La femme de Mazagan »…Ce livre est, me semble-t-il, un aller-retour permanent entre elle et vous .Comme si vous vous cherchiez à travers elle ?
On peut dire ça, peut-être ; c’est le lecteur qui est seul juge. Mais en tant qu’auteur, je dirais cela autrement. Je dirai qu’il fallait la faire exister car il n’y avait pas de photo
d’elle, pas d’histoire, on en parlait pas. Ensuite, il m’a fallu faire une enquête, croiser les sources ; car elle était un personnage très contradictoire. Et puis, surtout je crois que
dans beaucoup de cultures, on dit que les gens qui n’ont pas été bien enterrés hantent. Ce que j’ai voulu faire, plutôt, c’est lui donner une sépulture. C’est à dire que j’ai dit qui elle
était, haut et fort, alors qu’avant, c’était chuchoté ;
Et qu’à partir de ce moment là, elle n’a plus hanté un certain nombre d’espaces intérieur et extérieur, et à partir de ce moment-là, j’ai été plus tranquille. C'est-à-dire que la
généalogie a pu se faire, la filiation. La transmission. Mais tant que les fantômes sont là, les autres sont mal.
Un autre fantôme, est celui de votre père, Guy Delanoë, qui a été l’un des rares Français, disons-le, à se battre, au péril même de sa vie, aux côtés d’autres intellectuels, pour
l’indépendance du Maroc. C’est pour vous le père-courage ?
D’abord, pour moi, ce n’est pas un fantôme. Ensuite, ils n’étaient pas très nombreux à se battre, mais quand même, il y en a eu beaucoup plus qu’on ne le dit. Dans différents milieux, à
différents moments.
Il était certes courageux, mais peut-être inconsciemment, car il ne mesurait pas tous les risques qu’il courait dans les rues de Casa….Il a été à la tête d’une pétition, le manifeste des
75, 75 personnes, dont beaucoup de femmes, de tous bords, catholiques, communistes, républicains, de toutes nationalités ; ils avaient en commun qu’il fallait soutenir les Marocains et
demander le retour du Sultan, Moulay Youssef, comme on l’appelait à l’époque qui avait été déporté. Mais l’OAS local, le mouvement Présence française, l’avait mis en tête de liste pour
lui faire la peau, car elle le considérait comme un traître à la France ; et le plus étrange, c’est qu’il était gardé par la police française,ce qui nous faisait plus peur que tout. Mon
père a demandé assez rapidement qu’on cesse de nous garder.
Votre père repose aux côtés de sa mère, votre grand’mère, dans le cimetière d’El Jadida…Et deux rues, près de l’Hôpital Mohammed V, portent encore le nom de votre grand’mère et celui
de votre grand’père. Votre visite à El Jadida, c’est pour vous un pèlerinage, un devoir de mémoire ?
Avant d’en arriver là, je voudrais revenir sur un épisode important. Mon père a vécu très longtemps, mais il a du quitter le Maroc à son grand regret. Pourquoi ? D’abord, parce qu’il a
été boycotté par la communauté française, parce qu’il était président de Conscience Française, qu’il aidait les Marocains ;on lui avait demandé de ne plus soigner les Marocains dans les
dispensaires, il a refusé ;il a reçu dans son cabinet beaucoup de personnes qui avaient été torturées, et qu’il avait fait des constat médicaux, signés de sa main, et qu’il les a gardés.
Donc, il ne gagnait plus sa vie, car il soignait les Marocains qui n’avaient pas d’argent, et il ne pouvait soigner les Européens qui le boycottaient. Il avait 4 enfants, dont 3 en âge
d’aller à l’université. D’autre part, il avait un service hospitalier à Casablanca où il avait créé le service de cardiologie, formé du personnel. Une fois parti pour quelques semaines de
vacances en France, à son retour, son poste n’existait plus pour lui dans le service qu’il avait créé, et personne ne l’avait prévenu. Qu’on le remplace par un Marocain, il n’y trouvait
rien à redire, mais c’était surtout le fait qu’il n’avait pas été prévenu qui l’a meurtri. Et il est reparti en France, la mort dans l’âme ; ça c’est clair et net. Mais il revenait tous
les ans, passer ses vacances au Maroc, chez ses amis marocains, jusqu’à sa mort. Et là il a demandé à être enterré à côté de sa mère, à El Jadida, où ses cendres ont été transférées. Mais
le jour du transfert de ses cendres à El Jadida correspondait à la cérémonie liée à la mort de la mère du Roi Hassan II. Or, une grande partie des ministres alors en activité à Rabat
voulaient venir à la cérémonie d’enterrement de mon père. Donc tout a été chamboulé ; on a avancé l’heure d’enterrement de mon père pour que les ministres puissent y assister, pour
regagner Rabat aussitôt après pour la cérémonie officielle. Cela m’a beaucoup touché.
Parmi les livres que vous avez publiés, je voudrais relever un ouvrage qui m’a particulièrement touché : « Poussières d’empire », où vous nous racontez le sort de ces Marocains qui ont
été engagés dans l’armée française durant la guerre du Vietnam, et qui, une fois sur place, ont rejoint les maquis vietminh. Une histoire souvent dramatique, encore mal connue… ?
Ce n’est pas une histoire mal connue, c’est une histoire inconnue. Quand je suis venue ici pour faire mon enquête, personne n’était au courant ; c’était comme une histoire d’avant, avant
avant…
Ces gens-là s’étaient engagés dans l’armée française, souvent les plus pauvres des plus pauvres et les plus analphabètes des analphabètes ; ils étaient partis pour voir du pays…A
l’époque, on disait l’Indochine. Beaucoup d’entre eux avaient déjà combattu durant la Seconde Guerre mondiale, d’autres étaient tout nouveaux. Ils se battaient ils ne savaient pas
pourquoi, et petit à petit, ils ont découvert qu’ils se battaient contre un ennemi qu’ils admiraient beaucoup, comme beaucoup de Français d’ailleurs, qui était courageux, audacieux,..
J’ai retrouvé leurs traces
par les hasards des chercheurs, j’avais été au Vietnam, j’avais assisté à des colloques. A l’un d’eux, un Marocain, sociologue, originaire de Fès m’a dit : « Est-ce que vous êtes au
courant de… » J’ai donc cherché à rencontrer ces hommes ici, et leurs femmes vietnamiennes ; comme j’étais allée au Vietnam, j’étais assez à l’aise ; je connaissais la géographie,
l’histoire, un peu la langue, d’ici et de là-bas. Ils étaient très étonnés de me voir débarquer. Ils n’osaient pas trop parler, car,pendant longtemps on leur avait interdit de parler,
surtout qu’ils passaient pour des communistes,pas très à la mode ; ils avaient donc très peur et n’ont jamais rien dit. Et moi, j’arrive 50 ans après. Ils se demandaient donc ce que je
cherchais. Il m’a fallu gagner leur confiance. Mais comme j’avais fait des travaux préliminaire et consulté des archives, j’en savais déjà plus que ce qu’ils croyaient. Ils ont vu assez
vite que je cherchais à ce qu’ils me racontent vraiment leur histoire. Ce qu’ils ont fait. J’ai pu également interroger les femmes, les femmes vietnamiennes qui avaient épousé là-bas des
Marocains; elles ont été beaucoup plus secrètes. Je pense que le plus difficile, pour elles, c’était de parler. La pudeur, ici, a des limites parfois insurpassables. Il y a bien des
choses qu’elles m’ont dites et que je n’ai pu utiliser ; je pense que dans les guerres coloniales, les femmes sont les grandes, grandes blessées de guerre.
El Jadida est une grande ville universitaire (plus de 10.000 étudiants) mais aussi vous pouvez voir dans les rues de la ville, à la sortie des écoles, des centaines d’élèves, de
collégiens, de lycéens. Une jeunesse vivante. Quel message l’universitaire que vous êtes aimeriez-vous leur adresser ?
Oh ! Je n’ai pas de conseils à donner à des jeunes qui se battent si bien pour vivre tous les jours. Tout ce que je peux leur demander, c’est de ne jamais être tout seul. Toujours se
mettre avec des copains. L’individualisme qu’on essaie de transmettre me paraît une erreur. Moi je suis pour la communauté, et les affrontements d’idées avec les amis, le travail avec
eux, il n’y a que cela qui me paraît porteur, à mes yeux.
Parmi les ouvrages de Nelcya Delanoë, citons :
- La faute à Voltaire, Paris, Le Seuil, 1972, Prix des Journalistes universitaires
- L’Entaille rouge, terres indiennes et démocratie américaine, Paris, Maspéro, 1982
- Les Indiens dans l’histoire américaine, Colin, Paris, 1996
- Poussières d’empires, Paris, PUF / Editions Tarik, Casablanca, 2002
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