Eljadida,Azemmour et l'Oued Oum Er Rbia
Azemmour et l'Oued Oum Er Rbia
De Casablanca (Dar el Beida) la route côtière 320 mène en direction sud-est jusqu'à Azemmour. Après de longues plages presque vierges, la route tourne plein sud pour offrir une vue panoramique sur la façade Est de la ville baignée par l'oued Oum Er Rbia (mère du printemps). Azemmour est une ville ancienne, peut-être édifiée par les phéniciens ou les carthaginois, même si les berbères revendiquent aussi son origine. Un marocain m'a raconté qu'on disait autrefois "ville d'Azemmour, village de Fès", Fès n'était donc encore qu'un village quand Azemmour était une grande ville réputée et active. Driss Chraïbi y situe l'action de son livre "La mère du printemps".
Côté terre, Azemmour est presque aussi jolie qu'au long du fleuve, même si le mobilier urbain laisse un peu perplexe.
Azemmour plage et l'embouchure
Proche d'Azemmour l'immense plage El Haouzia est un spot de kite-surf fantastique. Il y a tellement de vent qu'un fer à repasser pourrait s'y envoler. Mais à l'abri derrière l'escalier qui descend sur la plage, on peut rester là assis quelques instants. Pour la baignade, s'ils arrêtent le vent peut-être... A pied, en remontant vers le nord au long de la plage, on découvre l'embouchure avec l'épave d'un bateau ensablé.
La route côtière Azemmour - El Jadida
Depuis la plage proche d'Azemmour, on peut prendre une petite route côtière qui longe la mer sur une dizaine de kilomètres. Il n'y a presque rien au long de cette route: un émetteur radio, un hôtel Sofitel avec un golf, des travaux qui empêchent de passer pour construire la station touristique Mazagan du plan Azur. 8500 lits sont prévus dans cette zone restée jusque là plutôt sauvage. En s'approchant d'El Jadida, il y a la proue d'une bateau qui transportait des bois précieux et s'est échoué pas loin de là. Remarque: avec la tempête que j'ai vue pendant mon séjour, n'importe quel bateau se serait échoué s'il était passé trop près des côtes. Cette plage est vraiment très belle et sauvage et c'est aussi le terrain d'entraînement des chevaux du harras régional d'El Jadida. J'ai essayé d'y faire du jogging, mais faire la course avec des purs sang ce n'est pas très encourageant.
El Jadida
El Jadida, la nouvelle, dont on trouve des traces dans l'histoire jusqu'en 500 avant JC offre un mélange d'influences étonnant et accueillant. Les français qui l'appelaient Mazagan à l'époque du protectorat la considéraient comme la Deauville du Maroc. Ce sont les portugais qui au XVIème siècle y installèrent un port fortifié. La ville et les fortifications furent en partie détruites quand le Sultan Sidi Mohamed Ben Abdallah reprit la ville, puis reconstruites au milieu du XIXème. Désormais la cité portugaise est classé patrimoine mondial de l'humanité. André Gounelle a écrit à propos de cet endroit: Je me souviens de la petite ville de Mazagan, qu’on appelle aujourd’hui El Jadida, où dans les années 1940-1960 sur une même place se trouvaient la mosquée, la synagogue, l’église catholique et un minuscule temple protestant. De nombreux autres européens installés là entre 1910 et 1960 ont écrit la douceur de vivre à Mazagan.
Evidemment la plage est belle dans El Jadida, avec un patio, des terrasses sympa par endroit
Et puis, Boulevard Mohammed VI, il y a un parc qui donne sur la plage, c'est là que nous résidions, avec une vue magnifique sur les arbres et la mer au fond, d'une jolie couleur marron à cause de la tempête.
Les Doukala
D'El Jadida nous partîmes vers le sud Est pour visiter la région des Doukala et suivre un peu le lit de l'Oued. Déception, cette région agricole regorge de blé, betteraves, petits pois, courgettes et même de vignes, le tout sur un paysage plat à des kilomètres alentour. Un paysage vite lassant, sans grand intérêt, mais qui montre bien sa richesse et sa fertilité. Autour de Boulaoune, on a bien du mal à reconnaître les vignes: pas de rang, pas de treille, les pieds sont laissés à eux-mêmes.
L'Oued arrive à creuser un petit peu de relief, mais on est loin de l'Atlas... Un peu plus loin, au milieu de rien, le barrage de Daourat, un havre de paix. Le barrage a sans doute été construit par des français, venus avec un pavillon de banlieue qu'ils ont reproduit en grand nombre. Le village qui surpomble le barrage est constitué de multiples répliques de la même maison, désormais inhabitées pour la plupart. Comme si on avait téléporté un morceau de Trifouillis sur Oise au milieu des Doukala. Autrefois il y avait même une école primaire.
Au sud, vers Oualidia
La route 301 descend vers le Sud Ouest. Après quelques kilomètres le Cap Blanc donne une vue superbe sur le port commercial de Jorf Lasfar. Mais sur le Cap Blanc s'écrasent les vagues de l'Ouest, ce qui provoque de magnifiques gerbes d'eau qui tombent en grosses gouttes de pluie salée. Un peu plus loin Sidi Abed et sa plage, quelques photos en pleine tempête de sable.
Au sud de Sidi Abed il y a une lagune, avec des marais salants, et puis vers Sidi Brahim, à nouveau de la terre a pied sec pour rejoindre la plage derrières les dunes, si on n'est pas étouffé par le sable qui vole.
Et enfin, la magnifique lagune de Oualidia. Là aussi il y a des salines, entre la terre cultivée et la dune cultivée elle aussi. Derrière la mer fait des gerbes d'eau en se jettant à l'assaut de la dune, qu'elle a crevée par endroit, ce qui provoque le flux et le reflux dans la lagune. Un jour un français a eu la bonne idée d'amener des huîtres à cet endroit. Elles s'y portent bien, jusqu'au très gros calibre 000.
Oualidia
Un peu plus loin, Oualidia, station balnéaire encore peu visitée par les touristes étrangers, mais prisée depuis des lustres par les marocains. Mohammed V lui-même y avait fait construire une résidence d'été, désormais vide. Une plage magnifique, une eau calme à l'abri des dunes, mais l'on voit nettement les perçées de la mer. A Oualidia, on peut rester dans la lagune ou aller sur les dunes, voir l'Océan en face. Sur ces photos, tempête la nuit précédente et coefficient de marée (trés) élevé.
Epilogue
La côte de Casablanca à Oualidia est vraiment magnifique, l'intérieur des terres trop plat à mon goût mais tellement fertile qu'il faut quand même aller voir. A chaque fois je me dis "c'est beau ce pays". Et à chaque fois je me demande "et dans l'avenir ?". Quelques mots empruntés à Chraïbi:
Sais-tu pourquoi notre société Islamique, après des temps de gloire est devenue à la traîne du monde entier ?(...) A la base de toute société, il y a la commune. Et le noyau de la commune c'est bel et bien la famille. Si au sein de cette famille la femme est maintenue prisonnière, voilée qui plus est, séquestrée comme nous l'avons fait pendant des siècles, si elle n'a aucune ouverture sur le monde extérieur, aucun rôle actif, la société dans son ensemble s'en ressent fatalement, se referme sur elle-même et n'a plus rien à apporter ni à elle-même ni au reste du monde.
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