ELJADIDA ET LES SITES
Lieu de mouillage pendant l'Antiquité, l'ancienne Mazagan enchanta Orson Welles, qui filma, dans
« Othello », sa citerne à ciel ouvert construite en 1541.
Sa vogue n'est pas encore revenue. Elle attend sans doute que la mode s'y mette, qu'une thalasso s'ouvre au Royal Golf (c'est prévu pour l'an prochain), que Sol Kerzner, l'homme de Sun, en Afrique du Sud, s'y installe avec un hôtel-casino. Et la prédiction du maréchal Lyautey, en 1913, qui y souhaitait l'émergence d'un « Deauville marocain », sera, peut-être, réalisée.
Pour l'heure, Mazagan vivote. Elle est devenue El-Jadida (« la neuve »), même si elle fut un lieu
de mouillage sous l'Antiquité. Ce village de pêcheurs, dont les Portugais firent un bastion en 1514, après la prise de la voisine Azemmour, puis une forteresse en 1541, après la perte d'Agadir,
a conservé les ruines de ses remparts, les venelles de sa ville ancienne et cette citerne qui vaut le voyage des amoureux du Maroc secret.
On vient là admirer les puissants bastions de l'Ange, Saint-Sébastien, Saint-A
ntoine et du Saint-Esprit, bâtis sur des remparts de plus de 1 kilomètre, avec leurs murs épais de 3 mètres qui ont vue sur
les bateaux et la mer. Détruits par les Portugais eux-mêmes en 1769, dépités de devoir abandonner la ville aux Marocains, après un accord entre le marquis de Pombal et le sultan Mohammed
ben
Abdallah, ils ont été reconstruits. Seul celui du Gouverneur, qui gardait jadis l'entrée de la ville, a disparu.
La cité portugaise a toujours le charme d'avant : ruelles tortueuses, demeures à pilastres, balcons
ouvragés, portails écussonnés, minaret qui est l'ex-tour de guet, Chapelle Saint-Sébastien devenue synagogue, où le peintre Najeb Zoubir a établi son atelier. Ce dernier, natif d'ici, qui
étudia à Paris, revenu chez lui, investissant ce lieu magique, laissé à l'abandon, tente, sur ses toiles sobres mais colorées, d'emprisonner la lumière du
ciel.
Mais le chef-d'oeuvre d'El-Jadida est sa citerne souterraine, toute voisine. Découverte presque
par hasard, en 1917, par un épicier juif, Joseph Benatar, construite en 1541 comme grenier, transformée en réservoir, elle a conservé une partie à ciel ouvert qui lui permet de recueillir l'eau
de pluie. La réverbération de vingt-cinq piliers de voûtes gothiques en pierre de taille sur cinq rangées dans l'eau stagnante lui donne son côté magique, sombre et lumineux à la
fois.
On reste longtemps sous le charme. Orson Welles vint y tourner quelques scènes de son « Othello », Alex Joffé y trouva un cadre pour son « Harem ».
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Le rêve de Lyautey
Mais on peut sortir de la cité portugaise sans avoir épuisé les char-mes de l'ancienne Mazagan.
Le souk, avec ses bijoutiers travaillant l'or et l'argent ou ses dames pratiquant le fin tissage de la laine jusqu'à la faire devenir transparente, donnant la djellaba Saissia, plonge le
visiteu
r dans une vraie ville du Maroc.
On lorgne encore les bâtiments coloniaux, comme le théâtre municipal de 1926, évoquant le rêve de Lyautey, son glorieux hippodrome, le haras voisin, de la même époque. Le modeste « Deauville » est prisé des amateurs de surf et de planche à voile sur la plage voisine de Sidi Bouzid. Mais c'est avec son golf, l'un des plus fameux du pays, que l'ancienne Mazagan retrouve sa gloire d'antan.
Réalisé, entre mer et forêt, à 7 kilomètres de la ville, sur la route côtière vers Casablanca, il
offre, sur 120 hectares, non seulement un parcours très technique de 18 trous, mais aussi un
bel ensemble reconstituant une sorte de village
idéal, avec 34 villas et son bâtiment central. C'est, géré par Accor, sous pavillon Sofitel, une des grandes étapes hôtelières du Maroc, mais aussi une des plus secrètes, avec ses suites à
terrasses sur la mer, ses pelouses soignées, sa vaste piscine en forme de vague, ses restaurants, dont le marocain Al-Jawhara, avec stucs et zelliges, son piano-bar dans les tons rouges. Bref,
un lieu idéal pour imaginer les destinées touristiques du Mazagan de demain
