Médina d'Azemmour - un Patrimoine en Péril
Médina d'Azemmour - un Patrimoine en Péril
L'Histoire d'Azemmour
La médina d'Azemmour a une histoire très ancienne, caractérisée par une succession de périodes de prospérité et de décadence:
Déjà à la fin du 8ème siècle, elle était sous la dynastie des Idrissides (1ère dynastie Arabo-musulmane) après avoir été sous l'influence directe des Berghouta de Tamesna qui sont des Kharijites qui menaçaient énormément le pouvoir central. Au 12ème siècle elle était sous le règne des Al Mouravides, où elle a connu un développement sans précédent, c'est à ce moment là qu'il y avait l'apparition du mouvement moraboutique (Zaouïas, Marabout) au Maroc. En 1120, elle est devenue l'enjeu entre les représentations de deux dynasties "Al Mowahades" et "les Mérinides". Ces derniers l'ont pris en 1266 date à laquelle la ville passait par une période la plus agitée. En 1513 , la ville a été occupée par les portugais. A cette époque, elle a connu une nouvelle extension: la Kasba . Et malgré l'apparition de la dynastie des Saadiens en 1541, elle est restée sous l'occupation portugais jusqu'à 1719. Entre 1719 et le début du 20ème siècle , on n'a pas parlé de cette ville. Au début du 20ème siècle sa population comptait 10 000 habitants qui travaillait essentiellement en agriculture, la pêche, l'artisanat et la commercialisation des produits locaux (Tisserands, forgerons potiers…)
Azemmour entre le passé et le présent
Un passé riche avec une économie prospèreOrigine du nom AZAMA (= port naturel), ce port a été utilisé par la population de la région où les échanges se faisaient en troc avec les commerçants venus de l'Afrique noire, de l'Espagne et du Portugal. Ses fondements sont donc basés sur la fonction commerciale, ainsi au moyen âge était le lien relais des caravanes de commerce reliant le sud et le nord du pays. Les activités étaient diversifiées et le trafic était énorme: l'or, les produits agricoles, le lin. La ville comptait environ 5000 ménages (soit presque 25 000 habitants) contre 6000 à Meknes, 5000 à Taza, et 4000 à Safi.
Après la reconstruction du port la pêche devenait l'activité principale des habitants directement ou indirectement (par la fabrication des baraques etc). Puis il y avait le commerce et l'artisanat qui étaient organisés en corporation, chaque unité artisanale organisée de façon hiérarchique: le maître (maâllem) dirigeait les compagnons (Sanâa ) et les apprentis (Metâallem).
A la tête de la corporation il amin représentait le métier auprès des autres métiers, intervenant entre clients et producteurs pour assurer la quantité des produits . Ainsi entre 1822 et 1859 les principaux métiers étaient organisés de la façon suivante:
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Métier
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Nombre
d'ateliers |
Nombre de compagnons
et d'apprentis |
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1-Tisserands 2-Fileuses 3-Cordonniers 4-Tanneurs 5-Forgerons 6-Potiers 7-Menusier |
40 - 60 - - - 60 |
500 400 250 300 150 180 250 |
L'approvisionnement en matières premières de chaque métier ainsi que la commercialisation des produits finis en cours , se faisaient par métier suivant des souks spécialisés.
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La laine Souliers (Belgha) Bois |
Souk EL Ghezel : Samedi et Mercredi Souk EL Kharrazine Samedi |
Les Juifs d'Azemmour avaient la spécialité exclusive de certaines métiers : les bijoux, l'argent et la fabrication des ustensiles en fer blanc.
Un présent de déclin avec une perte de certaines activités
En 1924 la construction du pont sur la rivière privait la médina d'être une station relais, d'où la disparition d'un certain nombre d'activités relative à la population hôte. En 1926 le relâchement du commerce a suscité le départ massif des juifs et de certaines familles musulmanes, la principale cause c'est l'émergence des deux pôles économiques très proche d'Azemmour: El Jadida et Casablanca. En 1932 la disparition des aloses en provenance de la rivière Oum Rabia à cause de l'établissement du barrage sidi Said Maâchou où la pêche est devenue désastreuse. Azemmour s'est résignée donc à son sort sans tirer aucun profit de son voisinage de la mer. Son tissu ancien na pas profité non plus des mesures conservatoires des autorités françaises après le protectorat 1956.
- Les selliers ne travaillent plus depuis que le cheval a cédé la place à l'automobile.
- La broderie, ou en faisait beaucoup dans les milieux juifs, ne se fait guère avec le départ des juifs.
- Le tissage des Djellabas et de la fabrication des Belgha ne restent que le nom des rues qui rappellent l'existant Derrazine, Kherrazine.
Les Principaux Sites
- Les quartiers du tissu ancien sont complètement entourés des remparts , de portes de bastions
- A l'angle nord -ouest de la muraille se trouve Borj sidi Ouaâdoud
- Le Mellah à l'intérieur des remparts avec une porte permettant le passage des juifs à la médina musulmane .
- Borj Foundouk EL Henna , à coté du quel il y a une prison d'origine portugaise.
- Le quartier des Zaouiyas.
- Bab sidi EL Mokhfi .
- Le saint My Bouchaib est considéré comme un grand Saint réputé par les miracles des ses merveilleux dons. A l'intérieur du mauselée il y a une mosquée.
- Le saint Juif appelé Rebi Abraham Moulniss dont la réputation est très répandue dans les milieux juifs du Maroc et de l'étranger.
- Bab EL Medina: La Kissaria près de la porte principale. Les rues où étaient installées les principales corporations d'artisans et de commerçants ceinturaient la Kissaria. Autour du Jamâa EL Kbir existait des commerces qu'est plutôt un prolongement du noyau organisé autour du Kissaria.
Les Caractéristiques du Cadre Bâti
Le cadre bâti de cette cité remplit les trois fonctions suivantes: Habitat (= l'essentiel du bâti), les équipements
socio-économiques, les monuments historiques.Les Équipements Socio-économiques
- Commerce
- Bains Maurs et fours
- Les équipements culturels: la Mosquée de la Kasba; la grande Mosquée; Ses Zaouias (en majorité ont un patio avec une fontaine, une salle de prière puis une école coranique: Z. Tijania, Kadiria, Touhamia); Mausolée Sidi Kacem Houeida, Sidi Abdellah Ahmed (un certain nombre sont soit délabrés soit en ruines); Mausolée de saint Juif Berri Abraham Mouhniss est en béton armé et possède une porte métallique; la synagogue est en train de tomber en ruine.
- La seule école primaire construite vers les années 40 qui existait dans cette cité menaçait ruine et a été abandonnée.
- Le foyer féminin même âge que l'école, son organisation spatiale et traditionnelle.
- Les remparts: l'action de restauration menée par le Ministère des Affaires
- Culturels en 1970 n'a pas touché l'ensemble des monuments (Borj Sidi Owaâdoud). Remparts et portes non touchés sont dans un état très délabré.
- La Citadelle Portugaise (Dar EL Baroud) située dans un lieu stratégique qui contrôlait la Kasba et la médina, actuellement elle est en ruine.
- Des passages couverts et des arcades qu'on trouve dans certaines impasses (ou Derb). Saha, Dar Zaitoun sont dans une situation très critique.
Le Phénomène des Constructions en Ruines et leurs Effets Divers
Sur le plan physique, les constructions du tissu de la médina qui étaient jointives les unes par rapport aux autres
sont de plus en plus confrontées à une discontinuité du bâti causée par la présence des ruines. Ensuite, les locaux mitoyens tenant sur les murs en les ruines ont subi des fissurations, des
infiltrations de pluie et l'humidité; les plafonds sont aussi menacés lorsqu'ils sont placés à un niveau plus bas par rapport aux murs des ruines qui risquent de s'ébouler d'un jour à l'autre sur
le toit voisin.Donc la présence de ruines engend une déformation des murs à cause du vide et l'obstruction de l'espace, ce qui contribue à la dégradation de l'image du tissu ancien et touche à son aspect visible.
La présence des ruines est la source de plusieurs problèmes relatifs à l'hygiène et à l'environnement . Ces espaces se transforment avec le temps en dépotoirs d'ordures, donc constituent une source de pollution urbain.
La dévalorisation de l'image de l'espace ancien et partie intégrante de son manque de dynamisme. Car il y a un drainage des activités vers l'extra-muros concernant la densité, si elle n'est que de 460 habitants/ha (inférieur à la moyenne nationale: 560 habitants/ha, Rabat: 750 habitants/ha).
Le taux d'occupation des pièces est 2,5 personnes par pièce. C'est un signe de forte densité des logements ce qui contribue à accélérer de plus en plus le phénomène de dégradation des logements et met la population de ces quartiers en danger. De plus le phénomène des logements qui tombent en ruine jour après jour pousse les habitants à s'entasser de plus en plus dans l'espace qui se réduit avec le phénomène de la cohabitation.
Les équipements linéaires d'infrastructure de base souffrent d'une déficience technique, portant atteinte à l'état du bâti dans les différents quartiers de la médina (ruelles étroites non pavées, chaussées mal revêtues). Le réseau d'assainissement date de 1927, il est unitaire (drainant les eaux usées et les eaux pluviales). Les habitants non raccordés utilisent des puits perdus ou déversent directement dans l'oued Oum Rabia. De même le réseau d'électricité date de 1926.
Conclusion
Le tissu ancien d'Azemmour est l'exemple type d'une médina qui a subi négativement les effets des mutations
socio-économiques qu'a connue le Maroc depuis son indépendance .L'apparition des nouveaux produits sur le marché et des moyens rapides de transport ont marginalisé puis ruiné les structures
traditionnelles d'Azemmour, avec un déclin , voire même une disparition de la plupart des activités dynamisant l'espace bâti qui a dévalorisé des locaux d'activité et les logements , les sites et
monuments anciens.Donc en guise de conclusion , la conservation de la Medina d'Azemmour ne doit pas se limiter uniquement à la conservation du bâti mais aussi au maintien et à la perpétuité de la vie dans ses différentes composantes.
Said Elazrak
ICOMOS Maroc
ICOMOS Maroc
References http://www.international.icomos.org/risk/2002/maroc2002.htm
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