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Abdelaziz Mouride
Ce livre comme son auteur, Nelcya Delanoë, mérite tout l’intérêt des chroniqueurs comme des lecteurs marocains, celui que l’on accorde généralement aux hommes et aux femmes dont
l’histoire personnelle, et souvent celle de leur famille sur plusieurs générations, croise celle plus générale, de la société marocaine, sans compter qu’elle se déroule sur le sol
marocain. C’est le cas de Nelcya Delanoë dont le père le docteur Guy Delanoë s’est illustré dans les années cinquante, en tant que Président de Conscience française, par son
opposition à la présence française au Maroc.
Ce n’est pas de son père, cependant qu’il s’agit dans ce livre. La femme de Mazagan renvoie à sa grand-mère Eugénie (1887-1951) la première de la famille Delanoë à venir
s’installer au Maroc, à Mazagan, El Jadida aujourd’hui, plus précisément en tant que médecin, dès 1913, à peine une année après l’installation du pays sous la tutelle française .
née Rubenstein, d’une famille juive russo-polonaise, Eugénie avait quitté la tyrannie tsariste dès 1904 pour aller s’installer à Paris qu’elle a tant aimé. C’est en tant que
citoyenne française que la doctoresse Eugénie Delanoë, la première femme médecin au Maroc, débarque à Mazagan, la ville dont elle passe toute sa vie, où elle était connu avec son
mari , lui-même médecin, dans la population marocaine sous le nom « Monsieur et Madame Delanuit » , ou plus fréquemment encore sous la qualificatif « T’biba ». C’est
à El Jadida également qu’elle est enterrée avec son mari.
Leur aura était tel que les deux rues attenantes à l’hôpital où les deux époux ont exercé, portent leurs noms depuis.
Nelcya Delanoë n’est pas à son premier essai. Ethnologue, professeur universitaire, Nelcya Delanoë, née au Maroc, a fait des études en France et aux Etats-Unis. Elle a également
séjourné longtemps au Viet-Nam durant la guerre. On lui doit particulièrement un livre qui retrace la vie des soldats marocains de l’armée française qui ont rallié les
vietnamiens. Il s’agit de « Poussière d’empire ». Un livre plutôt atypique comme d’ailleurs tous ses ouvrages essentiellement consacrés aux Amérindiens. On citera notamment
« L’Entaille rouge, terre indiennes et démocratie américaine » paru en 1982 ; « les Indiens dans l’histoire américaine » entre autres livres.
« C’est vrai, mon désir a toujours été d’écrire des objets non-identifiés » -explique-t-elle dans un entretien. « Des objets qui rendent aussi compte de la façon dont le
travail s’est fait, même s’il faut que cela passe, en effet, par la première personne. Mon objectivité passe par ma subjectivité - d’où ce que vous appelez la mise en scène des
enquêtes. Et ma subjectivité doit passer par le filtre de l’objectif : les photos, la transcription d’entretiens, les archives. »
Tout est dit dans ces quelques phrases à propos de ce livre : La mise en scène de faits réels attestés par des documents mais racontés d’une manière romancée où l’auteur
s’implique en tant que personnage sous le nom de Mélodie. C’est une technique qui permet en fait de faire d’une pierre deux coup : se raconter soi-même en racontant les autres.
Ici l’autre, c’est la grand-mère Eugénie dont l’auteur suit la trace à travers des témoignages de personnes qui l’ont connu, mais aussi à travers des documents qu’elle a laissé
dont des lettres et un livre qu’elle avait écrit sous le titre « Trente années d’activité médicale et sociale au Maroc » . Elle suit sa trace également sur les lieux de son
passage, en France puis au Maroc et aux Etats-Unis où elle s’était rendue en 1945.
Paru en France la première fois en 1998, « La Femme de Mazagan » de Nelcya Delanoë, n’a pas eu l’écho qu’il mérite au Maroc. Aujourd’hui édité chez Eddif, dans la
collection BAB, le livre est désormais disponible en librairie.
Qui est Guy Delanoé?
Native de Mazagan, Nelcya Delanoë est la fille du docteur Guy Délanoë, Président du mouvement Conscience française qui regroupe les libéraux français favorables à l’indépendance
du Maroc et au retour du roi Mohamed V, injustement déposé et exilé à Madagascar.
Fils de médecins Pierre et Eugénie Delanoë, installé à Mazagan au lendemain de l’instauration du protectorat, Guy Delanoë, a été l’une des rares personnalités française à se
ranger du côté du mouvement nationaliste marocain.
Il est l’auteur de trois ouvrages qui se rapportent à cette période :
-« Lyautey, Juin, Mohamed V, fin d’un protectorat »- Tome 1
-« La Résistance marocaine et le mouvement Conscience française »- Tome2
-« Retour du roi et l’indépendance retrouvée »- Tome 3
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