Histoire et socièté

Samedi 14 novembre 2009

RUSIBIS/MAZAGAN /ELJADIDA( UNE VILLE ):SON HISTOIRE REMONTAIT AVANT JESUS-CHRIST........

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MAZAGAN à AL-JADIDA : une histoire universelle à revisiter !

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Mazagan est le nom donné par les sources arabes et étrangères depuis au moins le XI ème siècle à une localité sur laquelle on ne sait presque absolument rien. Al-Idrissi (grand géographe universel du 12ème siècle) est le premier à avoir cité le nom exact de «Mazighan». Quand les Portugais accostent dans la baie de Mazagan en 1502, ils y trouvèrent une tour dite d’el-Brija où ils se sont réfugiés. Le nom prend une phonétique lusitanienne et se prononce désormais “Mazagão”. De cette appellation, des chercheurs ont sinistrement voulu attribuer et le nom et la construction à l’oeuvre des Portugais, ce qui est linguistiquement et historiquement erroné. Mazighan, nom d’origine berbère est une construction locale fondée des siècles avant l’arrivée des Portugais.

L’on a aussi voulu attribuer l’arrivée des lusitaniens à Mazagan au simple coup de hasard d’une tempête qui aurait conduit la flotte de Jorge de Melo sur la baie de Mazagan. Or, les documents et les circonstances historiques (surtout le conflit entre le Portugal et la Castille) démentent catégoriquement ce postulat. Etablissant des relations commerciales avec Massa, Safi, Azemmour et Mazighan depuis la deuxième moitié du 15ème siècle, les Portugais manifestent leurs intérêts expansionnistes et prennent Mazagan intentionnellement en 1502.

Ayant exprès investi la baie de Mazagan dans le cadre d’un projet d’une route vers les Indes par l’Atlantique, les Portugais y passèrent quelques années, dans une installation rudimentaire avant de construire en dur et pour l’éternité une citadelle (Citadela) en 1514, un monument carré porté sur 25 colonnes et piliers entouré de trois salles- galeries. La tour locale d’el-Brija constitua l’angle Sud de ce bâtiment carré à quatre tours et où la garnison vivait sur la terrasse avec son Eglise de la Miséricorde. C’est cette première Citadelle que l’on appelle la Citerne portugaise, le joyau indélébile du Maroc.
Les architectes de cette citadelle (cidadela) furent les frères Francisco et Diogo de Arruda, illustres par des travaux qu’ils ont menés aussi bien au Portugal que pour la fortification des médinas occupées au Maroc, telles Sebta et Azemmour. La célébrité des ingénieurs de Mazagan fut une nouvelle fois mise en évidence avec l’élargissement de la citadelle en forteresse en 1541 après la perte, la même année d’Agadir, Safi et Azemmour. En effet, le plan de cette forteresse fut tracé par le célébrissime italien travaillant au compte du Portugal, Benedetto de Ravenna considéré comme le créateur du style donné à Mazagan et qu’il a déjà appliqué à d’autres places fortes dans d’autres pays. Une autre célébrité a marqué ce nouveau Mazagan. Le gouverneur de la forteresse de 1541 à 1548 ne fut autre que Louis de Loureiro, l’un des très connus gouverneurs portugais des places lusitaniennes élevées de Ceuta (Sebta) au Brésil et de Mogador à Timor.

En 1541 donc la citadelle est agrandie pour devenir une forteresse, une première du genre au Maroc et dont on n’aura plus du similaire. Suivant un plan magnifique de Benedetto di Ravenna, qui nous rappelle les esquisses de Leonardo da Vinci, la forteresse prend la forme séduisante d’une étoile à quatre branches, une forme en trèfle. Les murailles ne sont plus rectilignes, mais savamment infléchies en leur milieu vers l’intérieur et dont les extrémités (intersections) sont terminées par des bastions chic et massifs dits de Saint-Esprit, de l’Ange, de Saint-Sébastien et de Saint-Antoine. Le Bastion du Gouverneur, le cinquième et de moindre dimension, ne garde que des vestiges sur la Porte Principale d’entrée, touché comme le rempart Sud-West par les explosifs laissés par les Portugais en évacuant Mazagan le 11 Mars 1769 sur un pacte passé avec Sidi Mohamed Ben Abdallah et qu’ils ont trahi.
Le chemin de ronde qui constitue le circuit pittoresque sur la muraille fait de 07 à 10 m de large pour laisser circuler les chariots porteurs de canons massifs de cette Europe renaissante. Le parapet de la muraille qui est de 02m de large est percé de canonnières aux bords en pierre qui suscitent l’admiration. De ce chemin de ronde l’on a aujourd’hui une vue prenante sur toute la ville d’Al-Jadida, sur l’Océan et sur le Golf Royal de Haouzia et la magnifique Station balnéaire Mazagan Resort beach.

L’accès aux remparts se faisait par trois rampes du côté du bastion Saint-Esprit, du bastion Saint-Antoine et de la Porte de la Mer. La forteresse elle même possédait trois portes : La porte de la Mer (Porta do Mar) en décrochement dans le rempart Nord-Est formant un petit port, la porte des Bœufs (Porta das Boas) au rempart Nord-Ouest (Bab Deouez) et la porte principale en double arc au milieu du rempart Sud-West qui était lié à la terre par un pont-levis, puisque toute la place était entourée d’un fossé d’environ 20m de large et 3m de profondeur que l’eau de mer alimentait par un système en sorte de vanne. Le fossé fut comblé du temps du protectorat français et une nouvelle porte fut en même temps percée près de la porte principale sur la grand-avenue de la forteresse appelée rua da Carreira (rue Hachmi Bahbah).

Avec son élargissement en forteresse, Mazagan connut une explosion urbanistique. Des maisons, des bâtiments civiles et militaires virent le jour en un temps record, entre 1541 et 1548 essentiellement. C’est de cette époque que date la transformation de la Citadelle en Citerne, chose à laquelle je n’y crois pas sincèrement. Cependant, le plus frappant et le plus remarquable de cette opération monumentale fut l’oeuvre religieuse. Vers la fin du 16ème siècle, l’étroite place forte renfermait au moins quatre églises dont les plus importantes sont celles de l’Assomption, église paroissiale, et l’Eglise de la Lumière. Dans ces circonstances historiques, les Portugais élevaient des lieux de culte à l’intérieur de leurs enclaves et n’agissaient dans aucune opération sans avoir consulté les prêtres. Les Marocains, dans l’arrière pays et à travers le territoire national multipliaient la consécration des marabouts (tels Al Moujahid Al-Ayyachi ou la tumultueuse Aïcha Qandicha) dans l’espoir de gagner leur guerre sainte (Jihad). Mazagan, comme les autres places portugaises du Maroc, nous rappelle cette époque du fort besoin religieux.

Après 267 ans, mêlés de guerres et de paix, de méfiance et de contacts artistiques et civilisationnels, l’épopée lusitanienne de Mazagan s’achève sur un terrain d’entente entre deux grands peuples que l’Andalousie avait bien unis avant, depuis 711 J-C. Le Sultan Sidi Mohamed Ben ‘Abdallah (1755-1790), ayant campé dans Ribat Lemjahdine et Ribat Fahs Oulad Douib non loin de Mazagan, assiégeait la forteresse et l’asphyxiait depuis le début de 1769 quand la décision vint de Lisbonne de quitter la place dont la défense appartenait désormais au monde de l’impossible. Le Sultan, qui fut le premier dans le monde à avoir reconnu l’indépendance des Etats Unis, accorda une paix totale aux Portugais à une seule condition : Tous les gens doivent sortir par la Porte de la Mer vêtus de leurs vêtements, sans prendre absolument rien de leurs biens ni d’équipements sur les bateaux.

L’amour de la terre que les compatriotes de Vasco da Gama avaient tant adorée raviva dans leur esprit une astuce permettant de venger cette portion de terre devenue pour eux ancestrale. Ils placent des mines et des explosifs à l’entrée de la porte principale et aux pieds du rempart de façade qui s’explosent une fois les Marocains forcent la porte se précipitant de reconquérir leur honneur et font ainsi beaucoup de morts d’après les récits de l’époque. Ces explosions sont également à l’origine de l’effondrement du bastion du Gouverneur et d’une bonne partie du rempart principal qui fut reconstruit et, de ce fait, il n’est pas parfaitement identique aux trois autres remparts de la cité. Mais l’amour étant plus fort que la vengeance, la nostalgie de ces Mazaganais portugais les amena à aller fonder au Brésil, au Macapa sur l’Amazone, Vila Nova de Mazagão (la ville nouvelle de Mazagan) sur ordre du Roi et l’instigation du célébrissime Marquis de Pombal, son Premier Ministre et le reconstructeur de Lisbonne suite au tremblement de 1755.

Les Marocains reprennent alors la place mais ne la peuplent pas officiellement. Restée quasiment désertée pendant presque 50 ans, la cité, en partie détériorée, prend le nom de al-Mahdouma (la Ruinée), mais ce nom n’est jamais devenu un nom de la ville, contrairement à ce que postulent certains chercheurs. Au cours des années vingt du 19ème siècle, le Sultan Moulay ‘Abderrahmane ibn Hicham (1822-1859) ordonne à son Pacha de la région de reconstruire les bâtiments délabrés, d’élever une mosquée et de repeupler la cité portugaise. On interdit de prononcer le nom de Mazagan que l’on nomme désormais Al-Jadida, “la Neuve” ou “la Nouvelle”.

AL-Jadida est alors dotée d’une mosquée, qui ne manque pas de monumentalité, signe de purification d’une cité habitée jadis par des gens de foi différente. Cependant, cette purification, ou sacralisation de l’espace, n’empêcha pas les Marocains de conserver les témoins de l’époque précédente, y compris les lieux de culte. L’église portugaise, quoique non plus affectée au culte, se dresse intacte face à la mosquée, la synagogue et même des synagogues prêchaient le Šabat et le culte ibraïque dans d’autres coins de la cité. Cette cohabitation spirituelle et religieuse à distance fut même renforcée par la construction d’une Eglise-couvent espagnole (de Saint Antonio de Padova) vers fin 19ème et par une autre cohabitation non moins importante. En effet, à l’intérieur des remparts vivaient les musulmans et les juifs, tous des marocains, du début 19ème jusqu’aux années quarante du 20ème siècle. Ceci explique que l’appellation «Mellah» est une autre erreur historique grave puisque la Cité Portugaise n’a jamais été exclusivement réservée aux Juifs Marocains.

La coexistence et la cohabitation des religions et des races s’illustrent encore une fois à partir de la deuxième moitié du 19ème siècle quand de nouveaux européens, commerçants, missionnaires, consuls ou des citoyens en quête du soleil et du calme, élisent domicile à l’intérieur des remparts plus que dans les nouveaux quartiers extra-muros. Leurs oeuvres sont là pour en témoigner dans une ville surnommée par le Maréchal Lyautey “Le Deauville marocain”. Ce grand Général, tant méprisé par certains, a doté le Maroc des plus importants monuments art-déco et les meilleurs monuments coloniaux d’Al-Jadida sont l’œuvre de Lyautey, tels le Théâtre, la Poste, Bank Al-Maghrib, la Chambre de Commerce, la Trésorerie et autres immeubles et villas que l’on ne cesse de massacrer ces dernières années devant un silence totale de la société jdidi et de l’Ambassade de France.

Bref, dans la Cité portugaise comme dans la ville nouvelle, les bâtiments d’Al-Jadida, avec leurs structures architecturales, leurs éléments architectoniques et leurs décors ainsi que des us et coutumes nous retracent tous les péripéties de l’histoire de cette ville marocaine chargée de mémoire collective pour les Marocains, les Portugais et autres peuples et qui est drapée de trois couleurs, islamique, juive et chrétienne.

 

Auteur : Aboulkacem CHEBRI

Eljadida.com

 

 

source:eljadida.ma
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Jeudi 18 juin 2009
1/ا1/-اصول الزاوية
يعود تاسيس الزاوية الدرقاوية(الشادلية)الى القرن 12الهجري من طرف مولاي العربي الدرقاوي المزداد في بني زروال بجبالةسنة 1150هجرية والمتوفي سنة 1239هجرية'شمال فاس)
2/-الزاوية الدرقاوية بالجديدة
يوجد المقر الرئيسي للزاوية الدرقاوية في الجديدة بزنقة درب الطويل تاسست حوالي 1864 ميلادية على يد سيدي الزوين العبدي والذي خلفه على راس الزاوية سي الحاج محمد بن يوسف الدكالي المتوفى سنة 1897ميلادية وهذا الاخير كلف سي محمد بن طاهر الشياظمي بادارة  الزاوية بدكالة.
3/-الزاوية الدرقاوية بحي الصفا(درب اشتوكة بالضبط).انشا  مقدم  الزاوية الدرقاوية محمد بن الطاهر الشياظمي في 1898 ميلادية بعد ان حصل على موافقة شيخ الزاوية الدرقاوية مولاي عبد الرحمان
فالاخوان (اتباع الزاوية)يجتمعون كل يوم الجمعة بزاوية درب الطويل ويحيون في 15 شتنبر تقريبا من كل سنة موسما حيث يحج التباع للزاوية ويقيمون حفلا دينيا

اما بالنسبة لزاوية الصفا فالاخوان او الاتباع يجتمعون كل مساء  ويحيون كذلك كل سنة موسما دينيا
4/-المقدم الشياظمي هوشخص مثقف وذكي كان عمره 55 سنة(المرجع الكتاب مدن وقبائل مغربيةالمجلد 10/منطقة دكالة الجزء الاول  دكالة الطبعة 1932النسخة الفرنسية)وقد توفي سنة1928.
وباعتباره مسؤول عن الزاوية كان كثير الحركة والتنقل بمجال دكالة مما جعله يمثن علاقاته بالقبائل ويحظى بثقة السكان و تجب الاشارة الى انه لعبا دورا هاما قبل الحماية  اثناء فترة الفوضى وزحف القبائل المهاجمة على مدينة الجديدة لدفع هذه الاخيرة الى الانسحاب والتراجع عن المدينة والتزام باحترام ذلك
اما سي اسماعيل اخ المقدم(الشياظمي)فانه تولى منصب مقدم الزاوية بعد وفاة اخيه سنة 1928.فقد كان يشتغل في هيئة المراقبة المدنية ككاتب وكان يمارسه عمله بصدق ..
كانت توجد بالجديدة/مازاكان زاوية ثالثة.
5/-الزاوية الدرقاوية بدرب القلعة
 كانت توجد بدرب القلعة زاوية ثالثة(درقاوية)انشئت سنة 1906من طرف المقدم سي الحسين الزرهوني والتي لم يكن اتباعها يتجاوز العشرين ولم يكن لها مستقبل في التوسع وذلك بفعل معارضة المقدم الشياظمي لسي الحسين .فالسي الحسين كان انذاك في عمر 80سنة  وقوي الذكاء/ذاكرته قوية وكان قد اتى من زرهون الى مازاغان جوالي 1898ميلادية ولم تكن له علاقة بالسلطة المحلية وقد اثر العزلة .واثناء قدومه  للجديدة استقبله المقدم الشياظمي واواه ونظرا ل=كائه عينه المقدم (الشياظمي نائبا عنه وكلفه بمهام لدى القبائل .استغل السي الحسين الوضع لينمي شعبيته بدكالة ثم توجه بعدذلك لمعارضة المقدم مما ادى الى تدخل مولاي عبد الرحمان كبير الزاوية الدرقاوية حيث اعفى السي الحسين من مهامه واقر/ثبت المقدم الشياظمي على راس الزاوية بالجديدة مما حدا بالسي الحسين الى تاسيس زاوية له بحي القلعة سرعان ما اختفت بعد وفاته
اما فيما يتعلق بالممتلكات (المحبسةعلى)الزاوية الدرقاويةلدرب الطويل فتشمل فندقا صغيرا ومنزلا بالجديدة وارض فلاحية باولادفرج.
 6/-مجال نفوذالزاوية الدرقاوية بدكالة
..ان الزاوية الدرقاوية لها امتداد ونفوذ بدكالة سواء باولادفرج(اسسسها البقال بن امحمد >>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>بنعبدالرحمان زكراوي)وباولاد ابي عزيزوازمور ولها اتباعبجنوب دكالة قدروا بحوالي

س1400>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>

 

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Jeudi 28 mai 2009
Il s’agirait de vestiges d’une très ancienne ville relatée par des textes historiographiques
· Ce serait «le vieux Mazigan» dont les activités seraient liées à un port naturel

C’est le Centre des études et de recherches du patrimoine maroco-lusitanien (CERPML) relevant du ministère de la Culture, qui a annoncé la découverte du site archéologique médiéval appelé «Maziren». Le site est situé non loin du phare de Sidi Misbah et des ruines de la ville des Moujahidines (combattants), à 4 km environ au nord d’El Jadida.

Au XVIe siècle, les Portugais avaient cité dans leurs textes historiographiques une ville très ancienne en ruine comme étant «Mazagao Velho» qui veut dire le vieux Mazagan. Il s’agirait d’un village dont les activités étaient reliées à une baie faisant office de port naturel. Maziren aurait été habitée par des populations berbères, des Masmoudas ou des Sanhaja.

La ville ancienne est actuellement complètement rasée du fait de son ancienneté. Les multiples travaux agricoles et de constructions ont aussi contribué à occulter ses repères. Néanmoins subsistent encore des traces de 3 anciens cimetières avec des mausolées délimités par des pierres sous forme de «Haouchs». Les pierres peintes à la chaux blanche auraient été retirées des fondations même de Maziren.

Des pratiques superstitieuses et religieuses se pratiquent encore maintenant par la population avoisinante. Des cierges s’allument autour des mausolées selon des rites entretenus par une tradition orale. Des zones archéologiques riches en matériels céramiques avec parfois présence de la pierre taillée ont été également mises à jour. Présence aussi de silos et de «Matfias» et qui sont des sortes de citerne. Et qui servaient à la conservation de céréales et de l’eau. La ville antique est actuellement en cours de délimitation. Mais la tâche n’est pas aisée. A part quelques parties des cimetières, le site est empiété sous formes de petites propriétés privées servant de champs pour les cultures.

Les chercheurs archéologues auront malgré tout à cœur de décoder une page de l’histoire de la région. Ils auront à se référer à des textes anciens pour leurs travaux. Il existe des textes ainsi que le fameux livre du géographe Chérif Al Idrissi, paru à la moitié du XIIe siècle (au moment où s’édifie la mosquée de Marrakech) et qui parle de la «Marça de Mazigan», c’est-à-dire le port de la mer. Il parle d’un port de Mazigan et donne toutes les dimensions de la Marça par rapport à Anfa (ancienne ville de Casablanca) et d’autres villes du Royaume. Ces explications confirmaient déjà l’existence d’un port de mer au milieu des XII et XIIIe siècles appelé Mazigan. Site où s’érigera par la suite Mazagan la portugaise, devenue l’actuelle ville d’El Jadida.

Des textes de Said Al Mourrakouchi parlent du Cap de Mazigan, de la ville de Breija et de son port qui exporte du blé. A citer aussi le livre de Hassan Al Wazzan dit aussi Léon l’Africain, qui a été capturé par les corsaires et vendu en Italie. Léon parle de Mazigan comme étant une très ancienne ville.

De notre correspondant,Mohamed RAMDANI
Source : L'économiste
http://www.yabiladi.com
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Jeudi 28 mai 2009
El-Jadida
Les intrépides Phéniciens y arrivèrent les premiers. Les Portugais l'appelèrent Mazagan, la reconstruisirent et la fortifièrent, ce qui leur permit de résister deux siècles et demi. Une vaste plage y attire des essaims de vacanciers marocains en été. A El-Jadida («la nouvelle ville», ainsi rebaptisée après le départ des Portugais), l'héritage lusitanien est particulièrement marqué dans les remparts et les bâtiments de la vieille ville. A l'intérieur de son enceinte se trouvent le palais du gouverneur, un hôpital, une prison et une église aujourd'hui désaffectée et flanquée d'une mosquée. L'endroit le plus magique est sans doute la citerne portugaise (XVIe siècle), un réservoir souterrain dont les voûtes soutenues par 25 piliers se reflètent dans l'eau.
http://www.kuoni.fr/kuoni/infopays/AFRI,MA,Maroc,MAMA1,A_voir,3.htm
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http://www.limag.refer.org/Volumes/2003Tt.pdflink
Le Livre de Poche,. L'Enfant du peuple ancien. (Réédition). ...... commence à Fès en 1897 et se termine à Mazagan en 1960. Raïssi voyage vers Dieu.
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http://auteurs.unlivre.com/page47/section88.html
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l'Histoire de la ville d'El Jadida


Extrait du site: [lmaghrib-diali.skyrock.com]

El Jadida (la nouvelle ou la neuve en arabe)est une ville côtière du Maroc, à 96 km de Casablanca. C'est la préfecture de la province d'El Jadida.

C'est l'amiral carthaginois Hannon qui a été le premier à parler d'El Jadida vers 650 av. J.-C pendant son long voyage le long de la côte ouest du continent africain.

Plusieurs siècles plus tard, Ptolémée, en décrivant la côte ouest africaine, parle du port de Rusibis qui se situait au niveau 6°40 en latitude dans son système de coordonnées qui correspond à la ville d'El Jadida actuelle (32°10).

À cause de son emplacement stratégique sur la côte ouest du Maroc, les Portugais occupèrent la région et y fondèrent la ville en construisant une forteresse vers 1506. Il l'ont baptisée Mazagan.

Cette nouvelle ville devint très vite un port commercial de première importance grâce aux produits agricoles de la région de Doukkala. Les Portugais, chassés d'Azemmour et d'Agadir, affluèrent dans la ville qui fut fortifiée dès 1542 ; en effet, une ceinture d'épaisses murailles donnait à la cité son aspect actuel et en faisait une citadelle redoutable

Le Maroc a essayé de libérer la ville pendant longtemps. Durant deux siècles, Mazagan résista aux assauts. Les Portugais ont même dû transformer le grenier en citerne pour stocker l'eau potable afin de tenir longtemps face à ces assauts. La ville un des derniers bastions portugais du Maroc. Après un long siège, Sidi Mohammed Ben Abdallah s'empara de la cité en 1769.

A la veille de l'assaut dont la conclusion n'était guère douteuse,l e général commandant La place reçut l'ordre d'évacuer la ville.

Les habitants ne devaient emporter que leurs vêtements : les portugais brûlèrent les meubles, tuèrent les chevaux et autres bêtes et brisèrent les armes.

Tous les bastions furent minés et un homme fut désigné pour rester dans la cité et mettre le feux aux poudres. Dès que les Portugais furent au large, une série d'explosions détruisit les murailles, faisant de nombreuses victimes parmi les assaillants qui s'étaient empressés de libérer la citadelle.

De la date de libération de la ville et jusqu'au début du XIXe siècle, la ville était détruite et portait le nom de Mahdouma (en ruine).

Le Sultan Moulay Abderrahman décida de restaurer la forteresse en 1832 et de reconstruire ce qui a été détruit. Il la baptisa El Jadida ou la Nouvelle

Dans la seconde moitié du XIXème siècle, la vieille ville d'El Jadida a été peuplée par une importante communauté juive fut transformée en Mellah (quartier juif), puis désertée dans les années 1950 par une grande partie de ses habitants, émigrés en France ou aux Etats-Unis ou qui ont fait l'Aliyah (immigration en Israël)

C'est en 1912, sous le protectorat, que la ville reprit le nom de Mazagan. Elle déborda vite les anciennes limites de la cité portugaise. Une ville nouvelle fut organisée autour de l'enceinte.

Dès les premières années du protectorat français, les Français ont été charmés par cette belle ville. Elle devint ainsi un centre balnéaire du fait de son climat doux et de ses plages. Le Gouverneur général Lyautey (et il n'était pas le seul) l'appelait la "Deauville du Maroc" en faisant référence à la ville de Deauville en France
Après l'Indépendance, en 1956, Mazagan redevient El Jadida.

Le 30 juin 2004, lors de la 28ème session du comité du patrimoine mondial, tenue à Suzhou en Chine, la ville portugaise de Mazagan (El Jadida) est proclamée patrimoine mondiale

Aujourd'hui El Jadida attire les amateurs d'histoire curieux de découvrir la cité fortifiée par les Portugais et les cinéphiles marchant sur les traces d'Orson Welles.

P.S: - La ville d'El Jadida n'est as loin de la ville d'Azemmour dite Mazagan aussi qui fût contruite par les Doukkali Senhaja qui habitaient vers OUM rbi3, Titnfeter (Ain Lfeter) et Oulad Frej, ...
- De cette ville d'El Jadida est parti le premier gouverneur de la Floride: Said Ben HAddou dit Rais Estivanico. Il y a une association à la ville d'EL Passo aux USA qui célébre chaque année ce brave marocain parti avec les portugqis à la conquête d'Amérique.
source....
http://www.yabiladi.com/



Par saladin
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Mercredi 27 mai 2009
voilà du nouveau sur l'histoire de mazagan publier à : [www.telquel-online.com] :
Par Abdellatif El Azizi
Mémoire. Mazagan, la ville déportée

La citerne portugaise
à El Jadida (DR)
Il y a deux siècles, colons, administrations et richesses de Mazagan (El Jadida) avaient été transférés par les portugais à Mazagào, au Brésil. Depuis, la ville antique est une ville en ruine. Et sa cité portugaise, une relique vouée à l'abandon.


Mazagão, la ville qui traversa l'Atlantique : du Maroc à l'Amazonie. Laurent Vidal* n’a pas terminé de signer son dernier ouvrage que la cité portugaise d’El Jadida est devenue subitement la coqueluche de plusieurs centres de recherche scientifique. Le tout couronné par une émission de France Culture animée par Arlette Farge, professeur au CNRS et Jean Hébrard, de l’EHESS, et diffusée le 12 Septembre 2005.
Dans son essai, Vidal a repéré une situation pour le moins particulièrement rare, celle d’une ville transportée corps et biens au Brésil.

Après avoir enquêté dans les fonds d'archives les plus diverses au Maroc, au Portugal et au Brésil, ce spécialiste de l’ancienne colonie lusophone, nous conte une épopée extraordinaire. L’histoire remonte à 1514 : le trône portugais en guerre contre les maures, installe un comptoir important à Mazagào, entre Azzemour et El Oualidia. “La cité portugaise a été construite probablement sur l'emplacement d'un ancien comptoir phénicien fondé au milieu du 5e siècle avant Jésus-Christ et connu sous le nom de ‘Portus Rusibis’” rappelle un professeur d’histoire. Baptisée Mazagan, cette nouvelle ville (d’où son appellation ultérieure : El Jadida) devint très vite un port commercial de première importance grâce à l’exportation des produits agricoles de la région des Doukkala. Durant deux siècles, les différents monarques qui se sont succédé au Maroc ont tenté de libérer la ville.

Un siècle après, le comptoir agonise, faute d’intérêt de la part de la métropole portugaise engagée dans la conquête de l’Amérique. Harcelés par les attaques des autochtones, les portugais se plaignent sans arrêt à la Couronne. Une situation qui va devenir intenable avec le siège de 1769, car les 2000 Portugais réfugiés derrière la forteresse, affamés, assoiffés, ne peuvent plus tenir face aux 120 000 soldats arabes et berbères qui se sont installés au pied des remparts.
C’est à ce moment là que la décision de déplacer les occupants portugais de la ville de Mazagào, ainsi que les richesses qu’ils y ont accumulées, est prise par Joseph Ier Emmanuel dit Joseph le Réformateur. Comme, de l'autre côté de l'Atlantique, le Portugal a commencé la colonisation de l'Amazonie, la destination de ses protégés est toute trouvée. La Nova Mazagào, sur le fleuve Amazone, est appelée à devenir la nouvelle perle de l'Empire. L’auteur raconte que ce déplacement des populations correspond à une véritable odyssée. Avec l’embraquement des familles, les Portugais emportent notamment les objets de culte et les livres de l’administration.


Le 11 mars 1669, les 2092 habitants qui constituent la présence portugaise dans la région sont embarqués pour un périple qui va durer près de deux ans. Pragmatique, l’administration centrale brûle tout ce qui peut l’être et jette les canons à la mer. Le déménagement se fait en deux phases avec une escale de six mois à Lisbonne. À Belem, c’est une nouvelle escale de plusieurs années qui attend des voyageurs particulièrement fatigués. Ils fondent alors Nova Mazagão, sur l’embouchure du grand fleuve. Aujourd’hui encore, chaque année, au Brésil, les “descendants” des Mazaganistes célèbrent, lors de la Sao Tiago (Saint Jacques), les luttes de leurs ancêtres chrétiens contre les Maures. La présence portugaise aura perduré jusqu'en 1769 quand la ville a été libérée par le Sultan marocain Sidi Mohamed Ben Abdellah.
à El Jadida “les maures” d’aujourd’hui ne sont pas très au courant de l’ouvrage de Vidal. Pour Azzedine Karra, le directeur du Centre du Patrimoine Maroco-Lusitanien, situé à El Jadida, ce qui est plus intéressant pour la partie marocaine, ce sont les départs des Marocains vers Lisbonne et il cite le travail effectué par Ahmed Bouchareb sur le déplacement en 1521, d’une communauté importante de Doukkalis vers le Portugal : “Fuyant une famine terrible, des douars entiers de la région avaient accepté de traverser l’Atlantique pour s’installer et vivre au Portugal”. Une présence marocaine confirmée d’ailleurs par Mustapha Machiche Alami qui tente par de nombreux voyages au Portugal de renouer le contact avec cette communauté et d’installer un pont culturel entre les deux pays. Il rappelle, quant à lui, une particularité de la colonisation portugaise : “Contrairement aux autres Européens, ils n’hésitaient pas à se mêler à la population locale et à contracter des alliances par mariage”.


Aujourd’hui, entre Mazagan, ville du souvenir et Mazagào, la brésilienne, les ponts sont coupés. Seule relique de ces temps ancestraux, la cité portugaise d’El Jadida a été, le 30 juin 2004, consacrée patrimoine mondial de l’humanité lors de la 28ème session de l’UNESCO, tenue à Suzhou en Chine. Un an plus tard, le site respire l’abandon. Joyau de la cité, la citerne portugaise est le seul bâtiment encore intact. Les voûtes sont bien accrochées, les colonnes bien éclairées et le bâtiment bien nettoyé. L'étudiant en Beaux-Arts y trouvera certainement l'essentiel de l’art architectural portugais pour son prochain exposé. Le cinéaste ou l’amateur exigeant de photographie trouvera matière à faire de beaux clichés. Mais tant les amateurs d’histoire que les touristes doivent s’abstenir.

Contrairement aux textes imprimés sur les panneaux pédagogiques, la cité portugaise va mal. Il suffit de faire le tour des remparts, après avoir observé le bastion de Saint-Antoine, la Tour de l’Ange ou encore la Porte de la mer, pour se rendre compte de l’état de délabrement avancé des murs et des bâtiments qui peuvent s’écrouler à tout moment. Et pour cause, les habitations anarchiques peuplent la cité. Véritable bidonville entouré de murailles, la cité est squattée par des familles pauvres à la progéniture nombreuse. Murs en ruine, portes bricolées, terrasses qui partent dans tous les sens, la cité sent la misère et le laisser-aller. “C’est scandaleux, il y a l’argent versé au ministère de la Culture par les visiteurs de la citerne portugaise, il y a le budget de la commune ; et puis à quoi ça sert d’inscrire la cité comme patrimoine de l’humanité”, s’indigne un habitant de la cité qui milite au sein d’une association locale. Ce dernier, comme beaucoup d’autres connaisseurs, se souvient ironiquement du surnom collé à Mazagan au début du XIXème siècle, suite au transfert des colons et des joyaux de la ville. On l’appelait, alors, “Mhdouma” (ville en ruine). Deux siècles plus tard, elle n’est pas mieux lotie.

* Maître de conférence à l’université de La Rochelle


Mazagao la ville qui traversa l'Atlantique.
Du Maroc a l'Amazonie 1769-1783.

par Laurent Vidal Disponible chez Aubier.






Par saladin
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Mercredi 27 mai 2009


la ville d'el jadida a connu un grand changement dès la fin des années 70 du 20 émé siècle :elle commence a perdre les traces d'hier par des nouvelles constructions des batiments après la destruction des anciens édifices,actuellement ,les haryas du boulvard de mohamed 5 et de jamaa arabia disparaissent et c'est des nouveaux batiments qui les remplacent.
:je vois que la topographie d'el jadida la menace des innondations dans la saison les plus pluvieux ,c'est pour celà qu'il y'avait des dayas(lacs) avant :darb dayas aussi à la sortie d'eljadida au nord de hippodrome(route de casa) ...JE crois que mazagan n'a pas pu etre habité avant 1821 c'est à cause de ces innondations et les épidimies liés à des marecages (voir aussi :l'tablissement des premiers européens de mazagan au cours du 19éme siècle:l'écrivain réserve une partie importante au juif de mazagan et c'est le livre principale que jmahri s'est basé pour écrire son livre sur la communauté juive de mazagan).








Par saladin
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Mardi 26 mai 2009
L'histoire du croiseur Lamotte-Picquet

(d'après une notice historique du SHM - texte d'Albert Moreau, octobre 1978 ; La bataille de Shangaï, Y. Le Gall 1987)

Sa construction votée par la loi du 18 avril 1922, le montage de sa coque commence à l'arsenal de Lorient le 17 janvier 1923 dans le bassin de la "Fosse aux Mâts" où il sera mis à flot le 21 mars de l'année suivante.

Le capitaine de vaisseau Jean Cras (E.J.P.), après un stage d'un mois à Brest où s'achève le Duguay-Trouin, est chargé de suivre à partir du ler septembre 1925 les travaux du Lamotte-Picquet pour en prendre ultérieurement le commandement le 28 janvier 1926. Le bâtiment entre en armement pour essais le ler février.

Premiers essais

Vers le 20 mai le Lamotte-Picquet est remorqué en rade de Lorient. Il appareille un mois plus tard, au début de l'après-midi du 21 juin pour être en mesure d'effectuer le lendemain, à partir de 8h30, un essai préliminaire de bon fonctionnement en route libre pendant deux heures, sur la base des Glénans.

C'est ainsi que le 22 au matin, par beau temps et mer calme, les machines sont poussées jusqu'à 94.000 CV et le croiseur peut atteindre 32 nœuds. Malheureusement, au cours de l’après-midi d'importantes fuites d'huile et une marche très incertaine des auxiliaires font interrompre l'épreuve. Remorqué par le Mastodonte, le Lamotte-Picquet mouille à la nuit tombante sous les Errants. Le lendemain il reprend son corps mort en rade de Penmané.

Le 2 juillet, la reprise de l'essai préliminaire en route libre se déroule par une mer calme. Pendant deux heures le fonctionnement est très satisfaisant. C'est un succès ; aussi, l'épreuve de présentation en recette est-elle déclarée acquise. Après un mouillage de nuit sous les Errants, le Lamotte-Picquet est de retour à Lorient le lendemain.

Une autre épreuve, officielle cette fois, a lieu le 16 juillet. Il s'agit d'une marche à toute puissance. Commencée à 11 heures, elle se poursuit jusqu'à 17 heures dans d'excellentes conditions par beau temps. A 21 heures le croiseur revient mouiller à Penmané.

Le 20, un essai officiel de consommation en route libre à 15 nds se déroule pendant huit heures sur une mer peu agitée et donne de très bons résultats. L'épreuve est acquise et le croiseur rentre au port le 21.

Dans la nuit du 23 juillet, le Lamotte-Picquet, en surcharge de 1000 tonnes, mouille devant Groix avant d'appareiller le lendemain à la première heure pour ses essais d'endurance et de consommation pendant vingt quatre heures. Le premier jour la mer est peu agitée, il n'en sera pas de même le 25. Néanmoins, sur trois parcours des Glénans la vitesse moyenne obtenue est de 30 nds.

Ces dernières épreuves s'étaient déroulées sous la direction du contre-amiral Gilly, Président de la Commission centrale d'essais, assisté du Mécanicien Général Bertrand. Le fonctionnement de tous les appareils avait été très satisfaisant. La trépidation à l'intérieur du navire avait été très réduite et personne n'avait eu l'impression d'une vitesse exceptionnelle tant le croiseur fendait l'eau avec aisance.

Tous les essais officiels avaient eu lieu dans le temps record de neuf jours (16 au 25 juillet), ce qui était tout à fait remarquable au point de vue fonctionnement du matériel. Par contre, si un maximum de 115100 CV avait été développé à 33 nds, dépassant la puissance prévue (102 000 CV), la vitesse de 34 nds escomptée, n'avait pas été atteinte. Il en a été de même pour les autres bâtiments de la série ; mais, le Lamotte-Picquet est, néanmoins, celui des trois qui a atteint la vitesse maximale la moins élevée, d'une façon infime, d'ailleurs.

Aussitôt après les essais, les démontages sont entrepris. Le Lamotte-Picquet entre en armement définitif le ler septembre et passe au bassin pour un carénage dont il sort le 22. Au point de vue artillerie, une direction de tir provisoire est installée en attendant celle, définitive, qui ne sera complètement mise en place que plus d'un an et demi plus tard.

A l'issue des démontages, une épreuve officielle de bon fonctionnement en route libre a lieu le 29 octobre. D'une durée de quatre heures à 30 nds, elle se passe par beau temps et donne des résultats satisfaisants. Le croiseur arrive à Brest le 11 novembre.

Par décret du 31 octobre 1926, le contre-amiral Pirot qui, depuis peu de temps, commandait en Méditerranée la Division légère des croiseurs ex-allemands avec pavillon sur le Metz, est nommé au commandement d’une lère Escadre légère qui est constituée à cette date dans le cadre plus symbolique qu’existant d'une Escadre de la Manche et de la mer du Nord. L'amiral met sa marque, le 19 novembre, à Brest, sur le Lamotte-Picquet. Il reçoit peu après l'ordre d'effectuer une croisière dite de l'Atlantique-Est.

Départ pour une croisière en Atlantique

Le 25 novembre, le Lamotte-Picquet, battant le pavillon de l'amiral, quitte Brest en compagnie du Duguay-Trouin. Ces deux croiseurs qui composent maintenant la 3ème Division légère (avec le Primauguet à Brest), rencontrent du très mauvais temps entre le raz de Sein et le cap Finisterre. Puis, après avoir très joyeusement fêté le passage du Tropique, le Lamotte-Picquet mouille à Port-Etienne le 29 au soir où il attend le Duguay-Trouin qui effectuait un essai le mettant en retard d'une trentaine de milles. L'état major du navire-amiral descend à terre pour une visite extrêmement brève qui lui permet de recevoir le meilleur accueil du Capitaine d'infanterie, Commandant le poste militaire ainsi que des représentants de la Société des Pêcheries.

Le 30 novembre dans la soirée, le Lamotte-Picquet et son compagnon arrivent à Dakar. Ils y sont rejoints le 3 décembre par un groupe léger composé du contre torpilleur Chacal (Capitaine de Frégate Brohan), des torpilleurs Tempête, Simoun, Bourrasque ainsi que des sous-marins Souffleur et Narval venus respectivement de Cherbourg et de Toulon. Ce groupe, mis sous les ordres de l'amiral Pirot, était parti bien avant les croiseurs, de Brest et de Lorient les 11 et 12 novembre. Bloqués pendant près d'une semaine dans le Tage par un temps exécrable, le Chacal et ses torpilleurs avaient ensuite fait escale à Casablanca (24 au 27), à Agadir, également le 27; Puis, du 29 au ler décembre, à Santa Cruz de Ténériffe.

Toutes les unités de la division séjournent à Dakar jusqu'au 5 décembre où ont lieu plusieurs réceptions en présence de l'amiral Pirot, du Gouverneur Général Carde et des grands chefs indigènes.

Le 5 décembre les deux croiseurs quittent Dakar pour Conakry. A bord du Lamotte-Picquet prend passage M. Poiret, Lieutenant Gouverneur de la Guinée, qui fait sur ce navire un retour du meilleur effet sur ses administrés de Conakry. Les croiseurs y séjournent du 6 à 14 heures au 9 à 18 heures et mettent alors le cap sur Las Palmas (Canaries). Pendant ce temps le groupe Chacal était arrivé à Saint Vincent du Cap Vert le même jour dans la matinée.

La concentration de la division de l'amiral Pirot se fait aux Canaries, à La Luz. Les croiseurs, d'abord obligés de rester sur rade à cause du mauvais temps, doivent finalement appareiller. Plus maniables, le Chacal et les torpilleurs peuvent entrer dans le port où, pendant plusieurs jours, vont se dérouler fêtes et réceptions franco-espagnoles.

De leur côté, le Lamotte-Picquet et le Duguay-Trouin, après une relâche le 14 décembre à Agadir et des exercices de tir, entraient à Casablanca le 15. Rejoints le 18 par le groupe Chacal, toute la division appareille le soir même et mouille le lendemain à Cadix. Trois jours durant, les 19, 20 et 21 décembre de nombreuses visites et manifestations de sympathie sont échangées avec les autorités espagnoles. Le 22, la division met le cap sur la France, le Lamotte-Picquet et le Duguay-Trouin respectivement pour Lorient et Brest où ils arrivent le 24, les autres bâtiments en direction de Toulon afin d’être incorporés à l'Escadre de la Méditerranée.

A Lorient, le Lamotte-Picquet est rentré dans l'arsenal pour recevoir ses appareils définitifs de direction de tir.

1927

Le 10 janvier le capitaine de vaisseau Huau prend le commandement du Lamotte-Picquet. Il avait été désigné plusieurs mois auparavant comme Capitaine de pavillon de l'amiral Pirot quand celui-ci commandait la division des croiseurs ex-allemands, en Méditerranée. Les circonstances, d'ailleurs, n'avaient pas voulu à ce moment que le Strasbourg fut disponible pour porter l'amiral. C'est le ler février, en conséquence de la dissolution à cette date de la Division de la Manche et de la mer du Nord, que le contre-amiral Pirot - déjà commandant de la lère Escadre légère et de la 3ème Division légère - devient Commandant de la 2ème Escadre créée à cette même date. Quant au capitaine de vaisseau Cras qui quittait le Lamotte-Picquet il fut désigné quelques jours plus tard pour commander le cuirassé Provence.

Les passerelles des croiseurs de 8.000 tonnes seront estimées très inconfortables par les commandants. A la suite de leurs doléances, il est décidé à partir du 23 février, d’effectuer immédiatement des modifications et additions provisoires aux passerelles du Lamotte-Picquet et du Primauguet, plus tard en ce qui concerne le Duguay-Trouin.

Le Lamotte-Picquet passe au bassin du 4 au 16 mars. C'est au cours de ce mois que sont effectués à bord des travaux destinés à améliorer la ventilation dans les rues de chauffe. Ces travaux sont semblables à ceux qui venaient d'être terminés sur le Duguay-Trouin.

Une coque particulièrement fragile

Le 29 mars il appareille pour la première fois avec son nouveau commandant, pour effectuer des tirs et divers essais rendant quarante huit heures. Il doit rentrer à cause de la grosse mer rencontrée au large. A son arrivée, par suite d'une fausse manœuvre, le remorqueur Renne l'aborde et lui occasionne une avarie à l'avant. L'avarie n'est pas grave, il s'agit de changer environ lm50 de surface de tôle au dessus de la flottaison. Au début des premiers essais il avait été constaté que la coque de ce type de croiseurs était très fragile et qu'il fallait en tenir compte au cours des manœuvres de port et d'accostage.

Trois semaines plus tard, le 20 avril, le Lamotte-Picquet effectue une sortie à la mer pour des tirs de rapidité et arrive à Brest le lendemain en soirée pour se préparer à un voyage qu'il doit faire en Angleterre du 30 mai au 4 juin. Au cours de son séjour Brestois il reçoit la visite du Commandant de la Marine Lettone.

Le 5 mai, le Lamotte-Picquet mouille à Port-Haliguen pour des expériences de ses appareils de réglage de tir et, quelques jours après, le 11, il effectue en compagnie du contre-torpilleur Jaguar des écoles à feu sur l’îlot Mendu ; il rentre à Brest le lendemain.

C'est à cette époque qu'on installe en supplément et provisoirement sur sa première cheminée une Sirène provenant du vieux croiseur ex-allemand Colmar, celle d'origine ne donnant pas satisfaction. Chose presque étonnante, cette installation provisoire ne sera pas définitive et une dépêche ministérielle du 23 février 1931 invitera le port de Toulon à expédier d'urgence et à grande vitesse aux Constructions Navales de Lorient l'ancienne Sirène du Colmar qui, entre temps, avait été démoli. Là s'arrête pour nous l'histoire de cet instrument sonore. Nous ignorons ce qu'il en advint à Lorient. Toutefois, plus de deux ans plus tard, le 19 mai 1933, les Constructions Navales ordonnaient la fabrication d'une Sirène à vapeur. du "type Colmar". On est obligé de penser que ce modèle devait être vraiment sensationnel.

Parti de Brest avec le Duguay-Trouin le 28 mai à 9 heures, les deux croiseurs ralentis par la brume, n'arrivent à Cherbourg qu'à 7 heures du soir. Ils y rejoignent les contre-torpilleurs Jaguar, Tigre et Chacal ainsi que les torpilleurs Bourrasque, Orage et Ouragan qui, le 16 mai, avaient accompagné l’Invicta à bord duquel se trouvait le Président Doumergue qui se rendait à Londres. Toute la division appareille de Cherbourg le 30 mai au matin pour Portsmouth où, pendant plusieurs jours vont se dérouler de nombreuses fêtes et réceptions, tant à bord des bâtiments qu'à terre. Ces réceptions sont honorées de la présence de notre Ambassadeur, M. de Fleuriau, du Premier Lord de l'Amirauté le Rt Hon. W.C. Bridgeman, du Commandant de notre division navale et des plus hautes personnalités maritimes britanniques, telles que l'amiral de la Flotte Earl Beatty, et du Premier Lord de la Mer, Sir Osmond de Beauvoir Brock etc…Ayant quitté Portsmouth le 4 juin à 9 heures, notre force navale rentre à Brest le soir ayant accompli la traversée à 24 nds.

Le Lamotte-Picquet en Amérique du Sud

A peine rentrés d'Angleterre le Lamotte-Picquet et le Jaguar appareillent de Brest le 9 juin au soir pour une croisière aux Antilles et en Amérique du Sud. Entre Brest et Saint-Vincent du Cap Vert nos deux croiseurs effectuent de nombreux essais de consommation entre 14 et 20 nds. Arrivés le 15 en soirée en baie de Porto-Grande, ils trouvent un excellent accueil jusqu'à leur départ qui a lieu le 18.

Puis, ce sont les Antilles : Basse-Terre du 24 au 28, les Saintes, et Fort-de-France du ler au 8 juillet avec des fêtes, des réceptions et l'accueil toujours chaleureux de nos compatriotes antillais. Le Gouverneur, M. Tellier, se rend aux Saintes sur le navire amiral; ensuite, sur le Jaguar, il va à Saint-Martin et à Saint-Barthélémy, îles isolées hors du trafic commercial.

Trinidad (9 au 11 juillet), est une courte escale pour se ravitailler en mazout avant de mettre le cap sur Cayenne où, en raison des petits fonds et de la houle, le Lamotte-Picquet et son compagnons arrivés le 13, doivent rester mouillés à 7 milles au large. Aussi, les communications avec la terre sont-elles longues et difficiles. Après un déjeuner offert par l'amiral Pirot au Gouverneur, l'appareillage a lieu le 15 à 18 heures.

Puis c'est le Brésil avec Pernambouc où le navire amiral et son fidèle Jaguar s'amarrent à quai le 20 juillet à 9 heures. Après un très sympathique séjour de quatre jours, nos navires reprennent la mer le 24 à 14 heures, en route pour les îles Abrolhos à 700 milles de là et où ils jettent l'ancre du 26 juillet à 17 heures au lendemain à 8 heures du matin. Le Lamotte-Picquet et le Jaguar arrivent à Rio le 28 juillet à 17 heures; ils mouillent sous l'île des Cobras. De nombreuses fêtes et réceptions se déroulent pendant leur séjour dans la capitale brésilienne. Le 29 juillet, l'Ambassadeur de France présente l'amiral Pirot et ses commandants au Président de la République, M. Washington Ruis, qui honore notre pays en assistant le 3 Août à une matinée dansante sur le Lamotte-Picquet. Les amerrissages dans la baie de l'hydravion Bessons du navire-amiral - piloté par le lieutenant de vaisseau Braxmeyer - remportent un vif succès auprès des autorités brésiliennes. Enfin, le 5 août à 7 heures la division française quitte Rio en direction de l'Argentine.

Après avoir embouqué le chenal de Buenos-Aires le 10 août à midi, le Lamotte-Picquet et le Jaguar sont à quai à 15 heures. En Argentine également, fêtes et réceptions se succèdent et le 13 Août, comme au Brésil, le Président de la République, M. Marcele T. de Alvear, visite nos navires. Pendant son séjour argentin le Jaguar a même l'occasion de faire une escale à Rosario. Le 18 à 7 heures du matin le Lamotte-Picquet quitte Buenos-Aires en direction de la capitale uruguayenne avec à son bord M. Juan Carlos Blanco, Ministre d'Uruguay en Argentine.

Arrivé le même jour à 17 heures à Montevideo, le Lamotte-Picquet qui est rejoint le 20 par le Jaguar venant de Rosario, y séjourne jusqu'au 26 août, toujours au milieu de réceptions et de manifestations de sympathie.

A Santos, le 28 août, nos navires s'amarrent à quai jusqu'au ler septembre ; ils vont ensuite se ravitailler à Pernambouc pendant quarante huit heures. La division appareille le 8 septembre pour Saint-Vincent du Cap-Vert où elle arrive le 12 pour une journée.

Au cours de l'escale à Madère du 16 au 18 septembre, l'amiral Pirot dépose une gerbe au cimetière de Funchal à la mémoire des marins de notre canonnière Surprise torpillée et coulée par le sous-marin allemand U38 le 3 décembre 1916.

Enfin, le 20, après une très courte escale à Tanger, le Jaguar rentre à Brest où il arrive le 22, quant au Lamotte-Picquet, il prend le chemin de Toulon, arrivant le 23 septembre pour passer au bassin et subir une révision.

Au cours de cette croisière sud-américaine de 23000 milles tout avait bien fonctionné et le croiseur avait donné une nouvelle preuve de son excellente tenue à la mer.

Désigné pour représenter le Gouvernement Français le 20 octobre à la commémoration de la bataille de Navarin, le vice-amiral Violette, qui venait de quitter le commandement de la lère Escadre, met son pavillon sur le Lamotte-Picquet.

Arrivé à Phalère le 18 octobre dans l'après-midi, le Lamotte-Picquet quitte ce port à 4 heures du matin le lendemain pour Navarin où il entre de conserve avec le cuirassé britannique Ramillies et occupe la place qu'avait la Sirène de l'amiral de Rigny le jour de cette mémorable bataille contre la flotte turco-égyptienne. Il en est de même pour le bâtiment anglais qui prend la position qu'avait l'Asia.

A l’issue de plusieurs cérémonies militaires, sa mission terminée, le Lamotte-Picquet rentre à Toulon le 25 octobre.

Il quitte une nouvelle fois Toulon le 3 novembre à 22 heures et, après une très brève escale à Marseille, se rend en Sicile, à Sciaccal où devait être inauguré le 6 un monument à la mémoire des victimes de notre dirigeable Dixmude, englouti dans la nuit du 21 décembre 1923.

Arrivé le 5 au matin à Port-Empedocles, le Lamotte-Picquet y trouve le croiseur Brindisi (amiral Cuturi) représentant la Marine italienne ainsi que notre contre-torpilleur Enseigne Gabolde venu de Bizerte avec des représentants de l'Aéronautique Maritime.

Le lendemain, le Lamotte-Picquet, ayant à son bord M. R. Besnard, Ambassadeur de France à Rome, mouille vers 9 heures devant Sciacca avec les autres bâtiments. Après un défilé italo-français, le monument est inauguré en présence de nombreux représentants des familles des disparus transportés à Palerme par un paquebot des Messageries Maritimes.

La cérémonie achevée, le Lamotte-Picquet qui ne revenait pas à Toulon mais devait rentrer directement à Lorient pour terminer définitivement l'installation de ses appareils de conduite de tir, est dérouté sur Bizerte où il arrive le 7 novembre afin d’être présent le 10 au moment de la visite dans ce port du Roi d'Espagne Alphonse XIII. Le souverain arrivé le 10 au matin sur le croiseur Principe Alfonso, honore le Lamotte-Picquet de sa visite. Très intéressé par les choses de la mer, il prête une vive attention au matériel qui équipe notre nouveau croiseur.

Après une rapide escale à Tanger le 14, le Lamotte-Picquet arrive enfin à Lorient le 18 novembre où il est amarré dans l'arsenal et devient indisponible.

1928

Les travaux du Lamotte-Picquet sont longs. Ce n'est, finalement, que le 8 juin qu'il quitte Lorient pour Brest, effectuant pendant le parcours des exercices de conduite de tir. Le 17, il va aux Sables d'Olonne avec le Duguay-Trouin et deux torpilleurs.

La lère Escadre, venue de la Méditerranée sous le commandement du vice-amiral Docteur, arrive à Brest le 22 juin et la 2ème Escadre - à laquelle manque le Primauguet, pas encore prêt - se range sous ses ordres.

Le 3 juillet, en rade du Havre, le Président Doumergue passe en revue nos escadres réunies où figurent les deux croiseurs de la 3ème Division légère. A l'issue de cette grande manifestation maritime, le Lamotte-Picquet revient encore à Lorient le 5 pour quelques petits travaux d’ultime mise au point. Le 20 juillet, il appareille pour des épreuves de conduite de tir au large et rentre le lendemain en instance de départ pour Toulon.

Ayant quitté définitivement Lorient le 24, le Lamotte-Picquet rejoint la lère Escadre à la mer et, avec elle, il va à Santander et à Mers el-Kébir pour arriver le 4 Août à Toulon. Le Duguay-Trouin détaché en mission aux Açores n'arrivera que quelques jours plus tard.

La durée du commandement de l'amiral Pirot touche à sa fin. Le 20 septembre, à Toulon, il rentre son pavillon, remplacé le même jour sur le Lamotte-Picquet par le contre-amiral Dubois (L.A.). De son côté, à la même date également, le capitaine de vaisseau Duplat (E.A.H.) succède au commandant Huau.

Le Lamotte-Picquet accompagne la lère Escadre au cours de sa sortie du 8 octobre au 7 novembre en Corse, Algérie et Tunisie. Il est seul de sa division, le Duguay-Trouin faisant un séjour dans l'arsenal pour une mise au point d'artillerie. Il va à Philippeville du 19 au 22 octobre en compagnie de la 5ème Division légère (Panthère, Chacal, Tigre) ainsi que des torpilleurs Simoun, Siroco, Cyclone et Mistral.

Au cours de la dernière sortie de l'année, du 4 au 20 décembre, le Lamotte-Picquet et le Duguay-Trouin accompagnés de bâtiments légers mouillent aux Salins d'Hyères, tandis que les cuirassés vont au Golfe Juan.

1929

Sorti avec 1a lère Escadre du 22 janvier au 15 février à l'époque des fêtes du Carnaval, le Lamotte-Picquet mouille au Golfe Juan avec le Duguay-Trouin qui rentre à Toulon le 11 pour partir en mission au Maroc. Ensuite, avec les contre-torpilleurs et torpilleurs, le Lamotte-Picquet effectue ses écoles à feu les ler et 2 mars. C’est probablement à partir de cette date que commence, sur des affûts doubles, l’installation de ses mitrailleuses de D.C.A.

Deux mois et demi plus tard, le 17 mai, le Lamotte-Picquet appareille de Toulon pour Barcelone, à l'occasion de l'Exposition internationale, avec une partie de l'Escadre sous le commandement de l'amiral Docteur, sur la Provence. Nos navires y séjournent du 25 au 28.

Le 31 mai notre croiseur est à Alger avec le Duguay-Trouin, la 5ème Division légère et des torpilleurs. Ensuite, appareillage pour des manœuvres avec les autres navires de l'escadre ainsi qu'avec ceux de la 2ème Escadre et séjour à Casablanca du 8 au 17 juin. Au retour les escales prévues à Tanger et Port-Vendres ne peuvent avoir lieu à cause du mauvais temps, aucune communication avec la terre n'étant possible.

A partir du 27 juin nos bâtiments - y compris nos croiseurs - font escale à Sète et dans le golfe de Fos jusqu'au 5 juillet avant d'aller à marseille. Dans ce port de nombreuses fêtes et réceptions se déroulent jusqu'au 11, malgré un temps défavorable, avant le retour à Toulon.

Le Lamotte-Picquet, toujours en compagnie de son fidèle compagnon le Duguay-Trouin, effectue ses écoles à feu les 23 et 30 juillet. Le 7 août, nos deux croiseurs font leurs tirs d'honneur puis rentrent à Toulon le 9 après l'inspection générale du Commandant en chef.

Parti de Toulon pour une courte croisière au Levant, le Lamotte-Picquet relâche à Bizerte le 14 Août. Arrivé à Beyrouth le 18, il visite successivement Latakieh et Alexandrette puis revient à Beyrouth le 25. En septembre il mouille à Rhodes où une délégation de 11 équipage va s'incliner sur les tombes des marins de notre patrouilleur auxiliaire l'Indien, torpillé sur cette rade le 8 septembre 1915 par le sous-marin allemand U34.

A Phalère, le 10 septembre, le Chargé d'Affaires de France offre une réception en l'honneur de l'amiral Dubois et de personnalités gouvernementales grecques. Le Lamotte-Picquet rentre à Toulon la 17,

La lère Escadre appareille en direction de l’Algérie et de la Tunisie le 16 octobre; elle est, pour la première fois, commandée par le vice-amiral Durand-Viel. Le Lamotte-Picquet, qui attend à Toulon le retour de ses permissionnaires partis plus tardivement que ceux des autres bâtiments en raison de sa croisière au Levant, doit rejoindre l'escadre plus tard. Le Duguay-Trouin, quant à lui, est dans l'arsenal pour travaux et le contre-amiral Dubois doit hisser provisoirement sa marque sur le Primauguet qui est, enfin, arrivé à Toulon le 27 septembre pour compléter la 3ème Division légère.

Le 2 décembre le Lamotte-Picquet, en compagnie du Primauguet, sort avec l’escadre pour la côte est de Provence. Après des exercices d'ensemble nos deux croiseurs et les cuirassés mouillent au Golfe Juan jusqu'au 10 décembre et l'escadre rentre à Toulon le 13 au soir.

1930

Le Lamotte-Picquet appareille de Toulon le 6 janvier pour Oran, où, le lendemain, il embarque pour ramener 128 officiers-élèves et 150 hommes d'équipage évacués du croiseur-école d'application Edgar Quinat qui venait de s'échouer.

Croisière sur la côte d’Afrique

Cette mission du Lamotte-Picquet retarde de deux jours son départ pour une croisière sur la côte d'Afrique avec les contre-torpilleurs Panthère et Guépard (5ème Division légère) ainsi que du Primauguet pour les Antilles.

Partis le 17 janvier de Toulon, nos navires s’arrêtent à Casablanca du 20 au 22 et à Dakar le 26. C'est de ce port que le Primauguet mettra le cap sur les Antilles et la Guyane le 7 février.

De leur côté, le Lamotte-Picquet, la Panthère et le Guépard visitent la Guinée et la Côte d'Ivoire en allant successivement à Conakry du 7 au 9 février et à Grand-Bassam le 11. Le croiseur se rend ensuite, le 20, à Cotonou (Dahomey) pendant que les deux contre-torpilleurs de la 5ème Division légère mouillaient à Grand-Popo le même jour. La Panthère et le Guépard rejoignent le Lamotte-Picquet le lendemain à Cotonou.

Les bâtiments de l'amiral Dubois appareillent de Cotonou le 25 février, à 16 heures. Arrivés à Douala (Cameroun) le 27, ils y séjournent jusqu'au 7 mars avant de jeter l'ancre deux jours plus tard à Libreville. Nos navires ne font que passer dans ce dernier port, continuant sur Port-Gentil, autre port gabonnais, où ils restent du 10 au 12.

Notre croiseur, la Panthère et le Guépard mouillent à Pointe-Noire (Congo) le 13 mars.

Prenant le chemin du retour, les trois bâtiments de l'Escadre légère appareillent le 15 de Pointe-Noire pour de nouvelles escales à Conakry (21-25 mars) et à Dakar (26) où ils restent jusqu'au 7 avril.

Les deux contre-torpilleurs mouillent à Mogador le 11 avril. Poursuivant leur route, le Guépard arrive à Mazagan le 13 et la Panthère le même jour à midi, à Casablanca. Au cours de cette même journée du 13 avril, le Lamotte-Picquet se trouve à Safi qu'il quittera le lendemain à 21 heures pour Casablanca où aura lieu le 15 avril le ralliement de l'escadre.

Après une escale à Port-Say, nos navires jettent l'ancre à Mers el-Kébir et c'est dans ce port que le 28 avril, le contre-amiral Morris (E.M.J.) succède à la tête de la lère Escadre légère à l'amiral Dubois, arrivé au terme de son commandement. Le même jour également, le capitaine de vaisseau Le Bonzec (J.) devient commandant du Lamotte-Picquet en remplacement du capitaine de vaisseau Duplat.

La division se retrouve au complet à Alger le 29 avril et participe le 10 mai, à l'occasion du Centenaire du rattachement de l'Algérie à la France, à un défilé naval devant le Président Doumergue dont le pavillon flottait sur le Duquesne. Le Lamotte-Picquet est également présent à Oran le 12 au moment du départ pour la France de la Division Présidentielle qui est composée des Duquesne, Suffren et Colbert.

A l'issue d'exercices avec 1’escadre, le Lamotte-Picquet, toujours flanqué de ses deux compagnons de croisière, touche Ajaccio le 25 mai avant de rentrer à Toulon.

Une explosion à bord !

Le Lamotte-Picquet sort avec l’Escadre le 15 juillet, dans les parages du Golfe Juan où des manœuvres se déroulent en présence du vice-amiral Violette, Chef d'Etat-Major Général de la Marine.

Le 19 août, à 13h45, deux explosions se produisent dans un compartiment situé sous le carré des officiers. Un matelot est tué sur le coup et il y a trois blessés atteints de graves brûlures dont un, le lieutenant de vaisseau Bossenec, succombera quelques jours plus tard.

L'incendie, consécutif à ces explosions qui avaient été provoquées par une fuite d'essence dont les vapeurs s'étaient répandues dans les locaux est éteint à 15 heures. Les dégâts occasionnés au Lamotte-Picquet sont relativement importants… le pont d'acier au dessus duquel se trouvait le carré avait été crevé.

Le croiseur est envoyé pour réparations à Bizerte où il arrive le 3 septembre. Placé en disponibilité armée, le Lamotte-Picquet entre en travaux pour un grand carénage dont la date était, d'ailleurs, prévue avant cet accident. Le croiseur revient à Toulon le 23 décembre, travaux terminés.

1931

Pendant la majeure partie de l'année, jusqu'au ler septembre, le Lamotte-Picquet restera en position de disponibilité armée à Toulon. Le 19 août le croiseur avait changé de commandant, le capitaine de vaisseau Le Bonzec passant sur le Duguay-Trouin avait été remplacé par le capitaine de vaisseau Ven (C.E.) venant du Primauguet.

Sorti de l'arsenal, le Lamotte-Picquet hisse le 8 septembre la marque du contre-amiral Traub (M.E.F.) qui commandait depuis le 20 avril, sur le Primauguet, la 3ème Division légère exclusivement. En effet, la lère Escadre légère avait été dissoute à cette dernière date ; les contre-torpilleurs qui en faisaient auparavant partie ayant fait l'objet d’un commandement à part, confié à un autre Officier Général.

Le Lamotte-Picquet participe aux sorties de l'escadre du 13 octobre et du mois de novembre. C'est ainsi qu'au cours de manœuvres, un groupe placé sous les ordres de l'amiral Traub et composé, en plus du navire-amiral, du croiseur Colbert, des contre-torpilleurs Panthère, Chacal, Guépard, avec les torpilleurs Cyclone, Simoun, Siroco, Foudroyant, Boulonnais et Forbin, séjourne à Majorque (Baléares) en mouillant à Palma, Pollensa et Alcadia du 17 au 20 novembre. Revenu à Toulon avec l'escadre le 27, le Lamotte-Picquet sort une nouvelle fois avec elle en se rendant à Marseille du 16 au 18 décembre.

1932

Le Lamotte-Picquet qui est depuis plusieurs mois l'unique représentant de sa propre division naviguant avec l’Escadre, appareille avec celle-ci le 19 janvier. Le 23, il est une nouvelle fois à Marseille où il prend un mouillage à l'Estaque avec le contre-torpilleur Guépard et les torpilleurs de la 9ème Division (Foudroyant, Boulonnais, Brestois, Forbin). Après avoir exécuté tout un programme d'exercices, il jette l'ancre avec les autres bâtiments de la lère Escadre dans différents ports de la Côte d'Azur pendant la période du Carnaval et rentre à Toulon le 17 février.

Le 14 avril le Lamotte-Picquet quitte Toulon avec un groupe de bâtiments sous les ordres du contre-amiral Hervé, dont la marque flotte sur le cuirassé Jean Bart pour effectuer des manœuvres sur les côtes Algéro-Tunisienne. Le groupe comprend, outre les deux navires-amiraux, le croiseur mouilleur de mines Pluton et la 9ème Division de torpilleurs. Le Lamotte-Picquet se trouve à Tabarka le 16 avril, à Bizerte le 22, à Sfax du 7 au 11 mai, puis à Sousse le lendemain avec les mêmes torpilleurs. La croisière se poursuit ; le Lamotte-Picquet, toujours accompagné par les torpilleurs va encore à Bizerte. Il se trouve ensuite avec eux à Bône le 27 mai au matin, à Philippeville le ler juin et à Alger le 7 à 8 heures. Nouvelle touchée à Bizerte le 13 en soirée.

Une modification dans l'organisation de nos forces navales comportant un renforcement de la 2ème Escadre légère et l'affectation d'un vice-amiral à sa tête, prévoit l’envoi dans le Nord de deux croiseurs de 8.000 tonnes.

C'est ainsi que le Lamotte-Picquet parti de Toulon le 19 juillet, arrive à Brest le 24 à 9h3O après avoir été retardé par la brume. Le contre-amiral Traub se place immédiatement sous les ordres du contre-amira1 de Laborde, Commandant en chef de la 2ème Escadre légère. Le Lamotte-Picquet avait été précédé un mois plus tôt par le Duguay-Trouin arrivé à Brest le 29 juin et placé en disponibilité armée " réparations ".

Le 4 octobre le contre-amiral Traub quitte le Lamotte-Picquet et le même jour le vice-amiral Drujon prend le commandement en chef de la 2ème Escadre et met son pavillon sur le Lamotte-Picquet. Le 15 octobre, le capitaine de vaisseau Petit (V.) devient commandant du croiseur. Quant au capitaine de vaisseau Ven, il sera Capitaine de pavillon de l'amiral Dubois, Commandant en chef de la lère Escadre, sur le cuirassé Lorraine.

Le 20 octobre, le Lamotte-Picquet quitte Brest pour conduire la 2ème Escadre en Manche. Après avoir jeté l'ancre devant Brechech (N.O. de Saint-Quay) les 20 et 21, le croiseur s'amarre à Cherbourg le 22 à 10 heures. Il appareille le 24 à 13 heures pour mouiller d'abord au large de Saint-Vaast et partir ensuite pour Brest où il arrive le lendemain dans la matinée. A peine revenu, il part pour Saint-Nazaire où il entre le 27 octobre. A la suite d'une mauvaise manœuvre du remorqueur arrière, le Lamotte-Picquet touche le bajoyer sous le vent à l’entrée du sas. Il en résulte une avarie sans gravité qui se manifeste par un léger enfoncement de la coque au dessus de la flottaison, à hauteur de la passerelle.

Le Lamotte-Picquet appareille de Brest le 18 novembre à 9 heures pour une sortie d’entraînement de son Escadre à laquelle le nouveau croiseur Dupleix a été, depuis le ler octobre, provisoirement rattaché et qui participe à l’exercice. Cette sortie qui s'effectue par mauvais temps, mène successivement le Lamotte-Picquet aux mouillages de Groix (18 novembre), Port-Haliguen (19 au 22) et au Palais (Belle-Ile) le 23 avec retour à Brest le lendemain à 16 heures. Le 25, nouvelle sortie, mais seulement pour la journée.

Trois semaines plus tard, le 14 décembre dans la matinée, le Lamotte-Picquet appareille de Brest à la tête de la 2ème Escadre; le Dupleix figurant dans la 2ème Division légère avec le navire-amiral. Le Lamotte-Picquet arrive à minuit au mouillage de Port-Haliguen, après avoir été obligé auparavant de jeter l'ancre pendant une heure dans les coureaux de Belle-Ile, à cause de la brume. Le croiseur reste à Port-Haliguez les 15, 16 et 17 en effectuant, avec d'autres bâtiments, des tirs sur buts mobiles remorqués par le Mastodonte. Le 19 décembre le Lamotte-Picquet appareille et préside à des exercices nocturnes avec les contre-torpilleurs des 4ème et 6ème divisions légères. A 19h3O le 20, est capté un message de détresse de la Seine, transport côtier de la Marine, en perdition dans le golfe de Gascogne. Immédiatement, Lamotte-Picquet, Dupleix et les contre-torpilleurs Bison et Lion font route vers la Seine. A 22h30 le croiseur Dupleix, le moins éloigné, reçoit l'ordre de continuer seul. Il ne pourra qu'assister le lendemain soir au naufrage du transport dont l'équipage avait été recueilli par le paquebot Mexnes (Cie Gle Transatlantique) et le chalutier Goulphar.

Au point de vue commodité matérielle de l'exercice de ses fonctions, le commandant du Lamotte-Picquet regrette que l'abri de navigation placé sur l'avant du blockhaus soit mal dessiné et qu'il suffise à peine pour lui et l'officier de quart. Dans le même ordre d'idées, par une lettre au Ministre en date du 27 novembre, l'amiral Drujon, tirant argument que les circonstances atmosphériques du Nord sont très différentes de la Méditerranée, demande avec insistance la construction sur le toit de la passerelle de navigation d'un petit abri vitré. Cet abri permettrait au Commandant de l'escadre d'être protégé du vent et ce faisant de pouvoir suivre moins inconfortablement les évolutions des bâtiments avec les officiers de l'état-major. Comme nous le verrons plus loin, ce n'est finalement qu'au cours de son grand carénage de 1933-34 que le Lamotte-Picquet sera muni de cet abri vitré pour la majorité.

1933

Les premières manœuvres de l'année conduisent le Lamotte-Picquet à Saint-Vaast et Cherbourg (le 21 janvier). Son escadre qui comprend les contre-torpilleurs Bison, Lion, Vauban, trois torpilleurs de 1500 tonnes et des sous-marins accompagnés du Jules Verne rentre à Brest dans l'après-midi du 25.

Depuis son entrée en service en 1926 le Lamotte-Picquet avait eu quatre ruptures de sa chaîne tribord, ce qui était beaucoup ; et puis, successivement, à Saint-Vaast le 19 janvier et à la Pointe de Saire le 24, nouvelles ruptures de chaîne, ce qui était vraiment excessif et étonnait. Une explication tout de même : plusieurs maillons dataient du début du siècle et avaient déjà servi au croiseur cuirassé amiral Aube !

Une sortie d’entraînement se déroule du 16 au 22 février dans le secteur de Quiberon.

Au début de mars le Lamotte-Picquet passe au bassin avant d'appareiller vers le 13 en compagnie des contre-torpilleurs du contre-amiral de Pontevez qui a succédé sur le Bison à l'amiral Traub dans le commandement des 4ème et 6ème divisions légères. Trois torpilleurs de 1.500 tonnes et quatre sous-marins avec le Jules Verne complètent l'escadre dont les exercices sont gênés par le mauvais temps qui oblige les navires à rester le plus souvent au mouillage de Port-Haliguen.

La 2ème Escadre, conduite par le Lamotte-Picquet, se livre à des exercices sur la côte sud de Bretagne du 25 au 29 avril avant de partir de Brest, le 8 mai, pour effectuer jusqu'au Maroc des manœuvres d'ensemble avec la lère Escadre.

Pour cette assez longue croisière, le navire-amiral est accompagné par le croiseur Dupleix encore rattaché provisoirement à l'Escadre, par le Jules Verne, les contre-torpilleurs des 4ème et 6ème divisions légères, la lère Division de torpilleurs ainsi que par la.4ème Escadrille de sous-marins.

Toute l'escadre fait escale à Santander le 9 mai, au Ferrol le 15, sauf la 6ème Division légère qui va à La Corogne et sera finalement rejointe par le Lamotte-Picquet avec l'amiral Drujon et ce à la demande expresse du Gouverneur de la province. Le 19 mai, après des exercices de nuit, l'escadre regroupée entre à Vigo où elle séjourne jusqu'au 22 après avoir fait le plein de ses soutes.

La 2ème Escadre - à l'exception du Dupleix qui rentre en direction de La Pallice -fait alors route vers le sud à la rencontre de la lère Escadre pour effectuer les manœuvres prévues. Des escales ont lieu dans les ports marocains de Casablanca, Kenitra, Mazagan, Safi, Mogador et Agadir.

En revenant, la 2ème Escadre s'arrête à Lisbonne du 9 au 16 juin. La veille du départ a lieu à bord du Lamotte-Picquet un dîner offert en l'honneur du Ministre portugais de la Marine et auquel assistait le Ministre de France.

A Lorient le 17 au matin, l'escadre rentre à Brest le 24. Le Lamotte-Picquet ne reste pas longtemps inactif et le 4 juillet il appareille avec son escadre pour Cherbourg où il arrive le lendemain. Le 6 et le 7 de nombreux exercices se déroulent en particulier dans la baie de Seine. Le Lamotte-Picquet avec les contre-torpilleurs Léopard, Lynx, Lion va au Havre du 8 au 10 juillet avant de regagner Brest le 11.

Partie le 17 pour Quiberon, l'escadre y effectue ses tirs et lancements d'honneur.

Le 30 juillet, à l’occasion de l'inauguration de la gare maritime par le Président Lebrun, a lieu à Cherbourg une revue de la 2ème Escadre. En raison du temps brumeux et de l'état de la mer, le Président de la République, à bord du contre-torpilleur Vauban, doit se contenter de passer devant les navires mouillés en grande rade.

Malgré le bon état général de ses machines principales, le Lamotte-Picquet a besoin d'un grand carénage au cours duquel une partie de son vaigrage devra être refait. L'inspection générale a montré, d'ailleurs, que des traces de vieillissement du matériel se manifestaient déjà dans des détails.

En conséquence, au début du mois d'août l'aménagement transportable de navire-amiral est transbordé du Lamotte-Picquet sur le Duguay-Trouin qui, après d'importants travaux effectués par l’arsenal de Brest, est réarmé à effectif complet le 15 août afin de porter le Pavillon de l'amiral Drujon.

Le Lamotte-Picquet cesse d'appartenir à l'escadre et, pour compter du 16 août, il est remis à la 2ème Région pour grandes réparations dans la position de disponibilité armée. Un nouveau commandant le capitaine de vaisseau Mac-Grath (W.A.) en prend la charge le 25 août en remplacement du Commandant Petit qui suit l'amiral sur le Duguay-Trouin.

C’est à Lorient, son lieu de construction, où il arrive le ler septembre et passe sous le contrôle du Major Général, que le Lamotte-Picquet sera remis en état. Une note des Constructions Navales du 26 octobre 1933 approuve un certain nombre de modifications et d'installations nouvelles à effectuer pendant son grand carénage. Ces travaux avaient été proposés en date du 12 août précédent en vue d'améliorer le bâtiment dans l'éventualité d'une campagne lointaine. Nous ne retiendrons, en ce qui nous concerne que la partie militaire.

a) Pour la D.C.A.: installation de plates-formes de télépointage avec boîte à calcul et télécommande pour les pièces de 75mm et mise en place de 6 mitrailleuses doubles de 13,2 ainsi que 4 télémètres stéréoscopiques.

b) Remplacement de la tourelle de télépointage par une tourelle du type "croiseur de 10.000 tonnes".

c) Construction d'une passerelle-abri de majorité au dessus de la chambre des cartes avec deux ailerons en abord pour augmenter la visibilité de l'amiral - en s'inspirant de ce qui avait été fait sur le Tourville. Enfin, agrandissement des bastingages.

d) Aviation : came pour accélération progressive de la catapulte et mise en place d'un mât tangon pour hydravion.

Le port de Brest ayant déjà effectué des travaux similaires sur le Duguay-Trouin, Lorient est chargé de s'y référer.

De plus, une étude est ordonnée en vue d'une éventuelle modification de la mâture par la suppression du mât de flèche.

Toutefois, comme les autres croiseurs de la série, la valeur générale du Lamotte-Picquet ne peut guère être améliorée en son principe ; sa cible est énorme, sa protection quasiment nulle et son artillerie, peu nombreuse, est de faible calibre et de débit lent.

1934

Après la longue indisponibilité consécutive à son grand carénage, le Lamotte-Picquet est conduit en rade de Lorient vers le 15 décembre pour la régulation de ses compas.

Sorti pour un essai de bon fonctionnement, il devait rentrer de Quiberon le 19 décembre, mais, en raison du mauvais temps, il doit faire demi-tour et regagner Port-Haliguen.

1935

Du 16 au 19 janvier le Lamotte-Picquet effectue une série d'essais à la mer, coupée par des mouillages sous Groix. Au cours d'une autre sortie, il est une nouvelle fois gêné par le mauvais temps quand, le 14 février, il doit rentrer sans avoir effectué son programme d'exercices.

Le Lamotte-Picquet appareille le 21 février pour des essais d'artillerie ; mais, toujours à cause de la Tempête, il doit rester au Mouillage de Port-Tudy, puis part s'abriter à Quiberon en faisant le tour d'Houat et d’Hoedic.

Après une nouvelle série d'épreuves de bon fonctionnement encore perturbée par un mauvais temps persistant tout à fait au début de mars, le Lamotte-Picquet, tous essais terminés, quitte enfin Lorient dans l'après-midi du 6, pour Brest.

Arrivé le lendemain, il est conduit au poste d'embossage et quelques jours après, le 15 mars, il est incorporé à la 2ème Escadre où il rejoint le Duguay-Trouin. Le Lamotte-Picquet reste ainsi dans l'Atlantique alors qu'il devait primitivement relever le Primauguet en Extrême-Orient. Ce ne sera d'ailleurs que partie remise.

Les deux croiseurs forment un groupe de complément, à effectif réduit, qui constitue la 2ème Division légère.

Le 14 mai le Lamotte-Picquet appareille de Brest dans la matinée pour une sortie d'exercices de quelques jours, sortie qui comporte tout d’abord des lancements de torpilles dans la baie du Fret.

Les 4 et 5 juin, il effectue des essais de consommation à 15 nds d’une durée de cinq heures ainsi que des exercices de conduite de tir et des tirs réduits de ses 155mm, avec mouillage le soir en rade de Brest. Le 12, nouvelle sortie et nouveaux exercices de tir suivis de lancements de torpilles au Fret en compagnie des torpilleurs L'Adroit et Basque.

Le 27 juin, au cours d'une inspection par M. Piétri, Ministre de la Marine, des lère et 2ème Escadres réunies dans la baie de Douarnenez, le Lamotte-Picquet et le Duguay-Trouin sont présents à Morgat. Il faut préciser, toutefois, que l'effectif réduit des deux croiseurs ne les autorise pas à participer à tous les exercices de la 2ème Escadre, ce qui sera le cas au début de juillet.

Le Lamotte-Picquet est en réparations au cours du mois de juillet. Le ler août il cesse de faire partie de la 2ème Escadre ; il est désormais rattaché à la 2ème Région et on parle déjà de son affectation possible en Extrême-Orient.

Un nouveau commandant, le capitaine de vaisseau Bastard (M.V.E.R.) en prend le commandement le ler septembre. Après un séjour dans l'arsenal du 17 au 25, le croiseur est armé à effectif complet le 15 octobre pour remplacer le Primauguet dans les F.N.E.O.

Sur l'aspect extérieur du Lamotte-Picquet au moment de son départ, nous n'avons aucune photographie. Toutefois, il est certain, probablement même depuis la fin de 1934 ou le début de 1935, à l'issue de son grand carénage, qu'il n'avait plus de mât de flèche à son tripode. C'était déjà à ce moment, le cas du Duguay-Trouin en Métropole et du Primauguet en Extrême-Orient. En tout cas une vue prise au mois d'août 1937 montre que ce mât de flèche du Lamotte-Picquet n'existait plus. Toutefois, ultérieurement, apparaîtra derrière le tripode un minuscule mâtereau semblable à celui dont était muni le Primauguet en octobre 1937.

Départ pour l’Extrême-Orient

 

En partant de Brest le samedi 2 novembre, jour des morts, le Lamotte-Picquet a déjà son destin scellé, il ne reverra plus la France. Depuis le 31 octobre il a un passager dans la personne du capitaine de vaisseau Pavie (P.M.M) qui doit faire le voyage pour prendre à Saïgon le commandement du Primauguet et le ramener en Métropole.

Le Lamotte-Picquet touche à Bizerte du 8 au 12 novembre et Port-Saïd du 16 au 18. Il est à Djibouti du 30 novembre au 3 décembre avant d'aller à Aden du 3 au 5. Notre croiseur s’arrête ensuite à Colombo du 12 au 18 décembre et à Singapour du 23 au 27. Arrivée à Saïgon le 30.

1936

Le 8 janvier, à Saïgon, le vice-amiral Esteva transfère son pavillon de Commandant en chef des F.N.E.O. du Primauguet, qui rentre en France, sur le Lamotte-Picquet.

Le nouveau croiseur-amiral appareille de Saïgon le 20 janvier pour une croisière qui le conduit successivement à Tourane du 22 au 26 et à Port-Dayot jusqu'au 2 février. Remontant la côte indochinoise, le Lamotte-Picquet retourne à Tourane du 3 au 10 février. Il continue sa route en mouillant à Haiphong le 11. Après un séjour en baie d'Along du 18 au 22, il se rend à Kouang-Tchéou-Wan (24-26). A son passage dans les eaux tonkinoises une cérémonie du souvenir s'était déroulée le 16 février devant la tombe du Commandant Rivière dont le monument avait été fleuri par l'amiral Esteva entouré des autorités civiles et militaires.

Le Lamotte-Picquet arrive à Hong-Kong le 27 février. Quand, quelques jours plus tard, le 5 mars, il appareille de ce port pour Shanghaï, l'amiral ne sera pas à bord. En effet, celui-ci a mis son pavillon sur l'aviso colonial Amiral Charner avec lequel il visite Swatow (5 mars), Amoy (le 8), Fou-Tchéou (le 11) et Ningpo (14 mars). Pendant ce temps le croiseur était arrivé le 9 mars à Shanghaï. Le 18 l'amiral remet sa marque sur le Lamotte-Picquet qui reste à Shanghaï jusqu'au 23 avril, date à laquelle il part pour Tsing-Tao où, à partir du lendemain, il sera rallié notamment par les avisos Rigault de Genouilly, Amiral Charner, Tahure et restera jusqu'au 14 mai.

Continuant ses escales en allant à Dairen (15-19 mai), notre croiseur arrive à Wei-Hai-Wei le ler juin où l'amiral Esteva était arrivé l'avant-veille, mais, cette fois, à bord du Rigault de Genouilly. Le Lamotte-Picquet arrive à Chemulpo le 4 juin à 23 heures.

Le 13 juin dans la matinée, le Lamotte-Picquet mouille devant le rocher de Fusan où il restera jusqu'au 18 avant de prendre la route du Japon. Il arrive à Miyajima le 19 et à Takamatsu le 26 avant de séjourner à Kobé, du 29 juin au 14 juillet ainsi qu'à Yokohama avec l’Amiral Charner à partir du 16 où le Lamotte-Picquet reste jusqu' au 30.

Le croiseur poursuit son voyage autour des îles du Japon en arrivant à Muroran le ler Août sans la présence de l’amiral à bord. Ce dernier se trouvait sur le Charner avec lequel il était arrivé le 31 juillet à Siogama d'où il appareille le 2 Août pour rejoindre son croiseur le 4 à Muroran sur lequel il remet immédiatement sa marque. Le Lamotte-Picquet, accompagné par l'Amiral Charner, arrive à Hakodaté le 6 Août et à Omori le 11. Nous suivons ensuite notre croiseur le 19 à Tsuruga pendant que l’amiral Esteva navigue de son côté sur le Charner. L'aviso, après avoir jeté l'ancre à Nuguta au cours de la soirée du 17, fait également route sur Tsuruga où, arrivé le 21, le Commandant en chef débarque pour revenir sur le Lamotte-Picquet. Le croiseur fait une escale à Hamanochasdate du 28 au 30 avant de séjourner à Nagasaki du ler au 21 septembre très certainement pour passer au bassin.

La courte indisponibilité du Lamotte-Picquet ne diminue pas pour autant l'activité de l'amiral qui met une nouvelle fois son pavillon sur l’Amiral Charner qui se trouvait à Nagasaki depuis le 29 Août. L’aviso se dirige vers Kagoshima dès le 10 septembre et arrive à Fukuoka le 15. A l'issue de cette rapide tournée le Commandant des F.N.E.O. revient à Nagasaki et retourne sur le Lamotte-Picquet le 19 septembre.

Le croiseur appareille le 21 pour Tsing-Tao où il arrive le 23 tardivement dans la soirée. Il est rejoint dans ce port par les avisos Amiral Charner et Tahure. Le Lamotte-Picquet quitte Tsing-Tao le 5 octobre pour se retrouver le lendemain à Shanghaï avec les deux avisos.

Après un séjour d'un mois dans le port chinois, le Lamotte-Picquet, suivi du fidèle Amiral Charner, fait route vers Hong-Kong le 4 novembre où nos navires mouillent deux jours plus tard.

Le 11 novembre l'amiral Esteva assiste aux cotés des autorités britanniques à la commémoration de l'Armistice de 1918. Chef infatigable, il part le lendemain sur l'Amiral Charner à destination de Port Jesselton - alors colonie anglaise sur la côte ouest de Bornéo. Arrivé le 16, l'aviso y reste deux jours et poursuit sa croisière aux Indes Néerlandaises en se rendant à Sandakan (nord-est de l'île) du 18 Au 22 novembre et à Tarakan du 22 au 24. Il jette l'ancre à Larantuka le 27.

De son côté le Lamotte-Picquet avait aussi fait route sur Sandakan, mais seulement le 18 ; Puis, il était arrivé le 24 novembre à Balikpapan pour une escale de deux jours avant de mouiller à Makassar dans la matinée du 27. Notre croiseur continue sa tournée en faisant, du ler au 5 décembre, une escale à Sanoer (île de Bali). Il y trouve le ravitailleur pétrolier Loing et surtout l’Amiral Charner avec le Commandant en chef qui revient aussitôt sur le Lamotte-Picquet. Le croiseur appareille le 5 pour Batavia où il séjournera du 7 au matin à l’après-midi du 13, en route pour Saïgon où il arrivera le 16 décembre à 8 heures.

Quand le Lamotte-Picquet avait quitté Batavia pour Saïgon, le Charner était parti également le même jour avec l'amiral Esteva mais, pour Soerabaya. Effectuant dans ce port une escale de deux jours (15 au 17), il rentre à Saïgon le 21 décembre où le Commandant en chef retourne immédiatement sur le Lamotte-Picquet.

1937

Un voyage au Siam de l'amiral, qui utilise encore le Charner pour aller à Bangkok (5-14 janvier), permet au croiseur de souffler un peu ; pas pour longtemps, d'ailleurs. Le 20 janvier, battant pavillon-amiral, le Lamotte-Picquet appareille de Saïgon pour les Philippines. Sa croisière sera très courte ; arrivé le 23 au matin à Cebu, il y reste 5 jours et rentre dès le ler février aux premières heures du jour.

Toujours actif, notre croiseur est à Cam-Ranh le 5 février, à Part-Dayot le 9 et se trouve à Tourane le 16 où il reçoit la visite de l'Empereur d'Annam, accompagné du Résident Général, puis il séjourne en baie d'Along du 22 au 26 février.

Le Lamotte-Picquet se dirige une nouvelle fois vers les Philippines, séjournant à Manille (île de Luçon) du 2 au 10 mars. Il continue sa navigation en se rendant à Hong-Kong du 12 au 20 et à Keelung (Formose) du 21 au 25 mars.

Une des habituelles croisières au Japon conduit le Lamotte-Picquet à Kagoshima du 27 au 30 mars ainsi qu’à Beppu. Il mouile à Fukuoka le 4 avril et séjourne à Nagasaki du 9 au 14. Le croiseur fait ensuite route vers Tsing-Tao où, arrivé le 17 de très bonne heure, il est rejoint par les avisos Dumont d’Urville, Amiral Charner et Tahure, tous restent jusqu'au 23 avril. Le Lamotte-Picquet mouille à Shanghaï le 25 avril.

Arrivé au terme de ses fonctions, l'amiral Esteva quitte son commandement le 18 mai, regagnant la France par avion de la même manière qu'il était venu en Extrême-Orient deux ans auparavant. Son successeur à la tête des F.N.E.O. est le vice-amiral Le Bigot qui prend son poste le 18 mai. Quelques semaines plus tard, un nouveau commandant, le capitaine de vaisseau Gribelin (R.M.), prendra la charge du Lamotte-Picquet au cours d'une escale à Yokohama, le 8 juillet.

En attendant, le croiseur stationne à Shanghaï jusqu'au 31 mai date à laquelle il appareille pour Nagasaki où il arrive le ler Juin et qu'il quittera le 12. A Miyajimi le 13 et à Kobé le 19, le Lamotte-Picquet accompagné de l’aviso Dumont d’Urville, se dirige ensuite le 8 vers Yokohama. Arrivé dans la nuit du 30, il y séjournera jusqu'au 10 juillet et mouillera le 13 à Shanghaï. Le Lamotte-Picquet ne fait que passer dans le port chinois qu'il quitte deux jours après pour Wei-Hai-Wei le 16, Chefoo du 23 au 27 juillet et Chin-Wang-Tao également le 27 où le croiseur arrive tout juste à minuit.

Nous trouvons le Lamotte-Picquet au mouillage de Shan Kai Kwan dans la nuit du 2 au 3 août. Il arrive une nouvelle fois le lendemain à Chin-Wang-Tao où il reste jusqu'au 6 avant de revenir à Chefoo très tard dans la soirée. Le 9, le croiseur appareille pour Shanghaï où il sera deux jours plus tard.

L'amiral Le Bigot y trouve une situation grave. Aussi, afin d'avoir une opinion encore plus exacte, transfère-t-il son pavillon sur le Dumont d’Urville qui va mouiller au "mille 31" sur le bas Yang-Tsé, dès le 12 dans la matinée. Il revient le lendemain à Shanghaï et l'amiral rembarque sur le Lamotte-Picquet.

Le fleuve Wang Poo, charriant des centaines de cadavres

Notre concession à Shanghaï, le "Bund", quoique située sur le Wang-Poo au sud des autres concessions étrangères et tout à fait en dehors de celle du Japon, n'en est pas moins exposée aux erreurs des avions chinois attaquant les nippons. C'est ce qui se produit effectivement au cours d'une attaque aérienne dont les bombes font des centaines de victimes parmi la population ; toutefois, seuls, quelques français sont blessés.

Le 14 août, de nouvelles bombes tombent, heureusement sans les atteindre, près de nos navires ancrés dans le port qui, outre le bâtiment-amiral, sont les avisos Dumont d’Urville et Savorgnan de Brazza ainsi que la canonnière fluviale Doudart de Lagrée. Les bombes font 445 morts et 828 blessés dans le Bund et 600 blessés dans le "Settlement", la concession internationale. Yves Le Gall, alors QM infirmier sur le Dumont d'Urville se souvient de la traversée de la ville "au milieu des cadavres d'hommes et de femmes dépecés et pendus à des crocs de bouchers", "les corps venaient se coincer contre l'échelle de coupée. Il fallait les décrocher avec des gaffes enveloppées de chiffons pour ne pas les crever"

Une vedette où se trouvait l'amiral Le Bigot manque également de sombrer au cours du bombardement. La situation exige la présence du Lamotte-Picquet pendant plusieurs mois et ce n'est que le 26 décembre qu'il appareille pour Haiphong où il arrive le 31 avec le Savorgnan de Brazza.

1938

Après avoir quitté Haiphong le Lamotte-Picquet se trouve le 4 janvier en baie d’Along, toujours en compagnie du Savorgnan de Brazza avec lequel il arrive à Tourane le 8. Le croiseur-amiral appareille le 13 au matin pour jeter l'ancre à Nhatrang le lendemain. Parti le 15, le Lamotte-Picquet rentre à Saïgon le 16 janvier où il devient indisponible pour travaux pendant trois mois. Ceux-ci sont entrepris dès le 19 janvier et comportent notamment la visite des turbines et l’allégement des mâts avant et arrière. Ce dernier est modifié comme l'avait été celui du Primauguet l'année précédente à Lorient ; c'est à dire qu'il se présente désormais sous la forme d'une espèce de double potence.

Ce n'est que le 14 avril en soirée que le croiseur reprend sa navigation pour se rendre à Port-Dayot où il arrive le 16 avec le Dumont d’Urville. Le Lamotte-Picquet y reste une semaine avant de se diriger le 23 avril vers la baie d'Along (24-28). Il effectue une escale à Fort-Bayard du 29 avril au 2 mai, en route pour Hong-Kong.

Pendant que son croiseur stationne à Hong-Kong pour carénage (3-15 mai), l'amiral Le Bigot met à profit cette courte indisponibilité du Lamotte-Picquet pour se rendre sur le Savorgnan de Brazza dans l’île portugaise de Macao (3-9 mai).

Le Lamotte-Picquet appareille le 15 mai pour l'archipel des Tshusan. Il mouille devant l'île Putu au cours de la matinée du 18 avec le Primauguet qui venait d’arriver de Shanghaï. Le 19 en soirée Lamotte-Picquet appareille pour remplacer le Primauguet à Shanghaï, quant à celui-ci il se dirige vers Hong-Kong pour caréner à son tour. A Shanghaï à partir du 20 mai, le Lamotte-Picquet stationnera jusqu'au 28 du mois suivant.

A la fin de ce séjour à Shanghaï, l'amiral Le Bigot met son pavillon sur l'aviso Dumont d’Urville pour remonter le Yang-Tsé. Aussi, le trouvons-nous le 21 juin à Chinkiang, le lendemain à Nanking et à Wu-Hu le 24. L'aviso rentre à Shanghaï avec l'amiral, de très bonne heure le 26 juin. Deux jours plus tard le Lamotte-Picquet appareille au cours de l'après-midi pour se rendre à Chin-Wang-Tao où il arrive le 30.

Notre croiseur s'arrête à Tourane le ler juillet, restant plusieurs jours dans ce port qu'il quitte pour aller à Chefoo le 12 et à Wei-Hai-Wei le 15. Il va ensuite à Tsing-Tao pour une très courte escale (20-21 juillet), avant de rejoindre Shanghaï le 23.

Le Lamotte-Picquet appareille pour la baie d'Along le 27 où il se retrouve avec le Primauguet au cours de la nuit du 31 juillet.

Après quelques jours d'exercices nos croiseurs se séparent ; le Primauguet pour arriver à Hong-Kong le 8 août, le Lamotte-Picquet, après une touchée le même jour à Port-Dayot, rentre le lendemain à Saïgon.

Dans le courant du mois d'août le vice-amiral Le Bigot est l'objet d’une citation à l’Ordre de l'Armée. Le 17, le Lamotte-Picquet appareille de Saïgon pour Singapour où il effectue une escale du 19 au 23 avant une croisière aux Indes Néerlandaises.

Cette croisière le conduit successivement à Scerabaya (26 août - 6 septembre), Bali (7-13), Makassar (14 et 15) et enfin à Port-Kudat (nord-est de Bornéo) du 18 au 21 septembre.

La situation en Europe est à ce moment très critique ; elle se terminera par les fameux " accords de Munich ". Le Lamotte-Picquet se trouve alors aux Philippines ; il est depuis le 23 à Manille avec le Primauguet et les sous-marins Le Tonnant et Le Conquérant qui se trouvaient en croisière d'endurance.

L'alerte passée, le Lamotte-Picquet se dirige vers Hong-Kong le 10 octobre ; le lendemain il est devant Port-Dayot, le 12 devant Tourane. Il arrive à Hong-Kong le 15 octobre et reste quatre jours avant d'aller à Shanghaï le 22.

Le Lamotte-Picquet séjourne tout juste un mois à Shanghaï, appareillant pour Hong-Kong le 22 novembre où il arrive le 7 après des exercices et un mouillage devant l'île Putu, une des Tshusan.

Nous trouvons ensuite notre croiseur en baie d'Along le 2 décembre, avec le Primauguet. Après quelques jours d'exercices, il se rend à Haiphong le 16 et mouille le 29 décembre à Tourane.

1939

Le 3 janvier le Lamotte-Picquet fait route sur Port-Dayot où il jette l'ancre du 4 au 6. Poursuivant sa croisière, il mouille au Cap Saint-Jacques (7-8 janvier) ainsi qu'à Ream (Cambodge) le 10 et le 11 ; passant ensuite devant Poulo-Condore avant d'arriver à Saïgon le 13 à trois heures du matin. A partir du 15 janvier le Lamotte-Picquet entre en travaux pour un grand carénage qui durera deux mois.

Malgré l'indisponibilité de son croiseur et la mission du Primauguet au Proche-Orient, l'amiral Le Bigot ne reste pas inactif. Il arbore sa marque sur l’aviso Amiral Charner avec lequel il part de Saïgon le 3 février pour une visite en Thaïlande, à Bangkok. Cette visite se déroule du 6 au 11 et à l’issue l'amiral rentre à Saïgon le 14 février. Il remet sa marque sur le Lamotte-Picquet.

Une dépêche ministérielle du 2 mars décide que les croiseurs affectés aux F.N.E.O., même à titre occasionnel, constitueront désormais la 5ème Division de croiseurs. Cette mesure, si elle concerne immédiatement le Lamotte-Picquet, ne concernera qu'un peu plus tard le Primauguet qui se trouvait détaché à Djibouti. Il était pratiquement toujours de règle, en effet, que tout bâtiment se rendant en Extrême-Orient ou en revenant cesse d'être ou passe sous les ordres directe du Ministre à son départ de Colombo (Ceylan) dans les deux sens. Pour le Primauguet, revenant de mission, c'est effectivement après avoir quitté ce port le 5 mai, que le lendemain il fera partie de la 5ème Division de croiseurs.

Disponible le 15 mars, comme prévu, le Lamotte-Picquet reprend la mer et le 17 il arrive à Tourane où il restera jusqu'au 20. En cours de route il avait effectué des essais de bon fonctionnement consécutifs à son grand carénage et jugés satisfaisants.

A partir du 21 mars, le croiseur est en baie d'Along avec l’aviso Rigault de Genouilly ; les 29 et 30 il est à Fort-Bayard.

Le Lamotte-Picquet va ensuite à Hong-Kong du 31 mars au 17 avril. Il passe au bassin du Taikoo Dock (2-3 avril) où son gouvernail, qui manifestait un jeu excessif est démonté et réparé. Egalement ses turbines B.P. tribord interne et H.p. tribord externe sont ouvertes et examinées. Le Lamotte-Picquet effectue des essais à grande vitesse ; mais, le 19 avril, en raison de la nouvelle tension en Europe (Tchécoslovaquie) il reçoit l'ordre de se replier sur Saïgon où il arrive le 23.

Le croiseur reste à Saigon jusqu’au 19 mai. Depuis le 12, le vice-amiral Decoux a remplacé l’amiral Le Bigot à la tête des F.N.E.O.. Le même jour, un nouveau commandant, le capitaine de vaisseau Bérenger (M.D.R.) a pris la charge du Lamotte-Picquet.

De Saigon, notre croiseur va à Cam-Ranh et en baie d’Along avant de se trouver les 23 et 24 mai à Amoy où les japonais menaçaient l’île de Koulang-Su, siège de la Concession internationale.

A Shanghaï le 26 mai, le Lamotte-Picquet quitte ce port le 5 juin pour conduire à Haiphong M. Henri Cosme, notre ambassadeur en Chine, qui allait à Chunking. Arrivé le 9, le croiseur reste à Haiphong jusqu’au 13 pour se rendre ensuite à Cam-Ranh.

C’est dans ce secteur de Cam-Ranh que le 15 juin, au cours d’un exercice, disparaît notre sous-marin Phénix (capitaine de corvette Bouchacourt). Aussitôt alerté, l’Amiral Decoux fait route à 15 heures de Cam-Ranh avec le Lamotte-Picquet. Il se trouve sur le lieu présumé du naufrage une demi-heure plus tard et poursuit jusqu’à la nuit d’infructueuses recherches. Le croiseur rentre le 17 à Saïgon où il reste jusqu’au 19, date à laquelle il part pour Singapour.

Du 21 au 29, juin le Lamotte-Picquet séjourne à Singapour où l’amiral Decoux assiste à une conférence franco-britannique réunie en raison de la situation déjà très inquiétante, en Extrême-Orient. L'Amiral se trouve ainsi en contact avec son homologue anglais Sir Percy Noble, Commandant en chef de la China Station.

Le Lamotte-Picquet mouille le ler juillet au Cap Saint-Jacques pendant une crosière le long des côtes indochinoises qui le mène, notamment à Nahtrang le 4 et à Cam-Ranh le 5. Il rentre Saïgon le 6 juillet où il reste jusqu'au ler août.

Avec le croiseur lourd de 10.000 tonnes Suffren qui venait d’arriver en Extrême-Orient pour remplacer le Primauguet en route pour la France, le Lamotte-Picquet croise le long de la côte d’Annam du ler au 3 août. Les deux croiseurs font escale à Port-Dayot le 2 et effectuent des exercices en baie d'Along du 4 au 12.

Le navire-amiral est à Amoy le 15 et du 18 au 20 se trouve à Tsing-Tao avant d'aller du 21 au 23 à Wei-Hai-Wei. C'est sur cette rade que les très graves nouvelles européennes amènent l'amiral Decoux à rejoindre Saïgon à grande vitesse où le Lamotte-Picquet arrive le 28.

La 2 septembre, veille de la déclaration de guerre, l'amiral Decoux appareille avec le Lamotte-Picquet pour Hong-Kong où il arrive le 5. Après un passage à Cam-Ranh (9 septembre), le croiseur revient à Saïgon le 12. Il part le 17 pour escorter un navire français transportant des tirailleurs et des travailleurs indochinois à destination de la Métropole. Au cours de cette mission le Lamotte-Picquet escale à Singapour (20-21) avant d'arriver à Colombo le 28 où il reste jusqu'au 3 octobre. Sur le chemin du retour, le croiseur s'arrête à Penang (7 au 8) et arrive à Saïgon le 11.

Du 12 au 25 octobre, le Lamotte-Picquet subit à Saïgon quelques travaux d’entretien en se tenant à quatre jours d’appareillage.

Le 27, il part pour Hong-Kong ou il reste trois jours, continuant sur Cam-Ranh et Saïgon (4 au 9 novembre) avant de revenir à Hong-Kong du 12 au 17. Le Lamotte-Picquet séjourne ensuite à Haiphong du 20 au 23 avec retour à Saïgon le 27.

Le 7 décembre, le Lamotte-Picquet appareille pour Singapour (9 au 10) et effectue du 12 au 31 décembre une croisière sur les côtes de Java et de Sumatra à la recherche d'éventuels cargos allemands qui, réfugiés dans les ports hollandais, tenteraient de sortir et à l’occasion se seraient transformés en croiseur auxiliaires.

Pendant cette croisière du Lamotte-Picquet aux Indes Néerlandaises l'amiral Decoux n'était pas à bord. Il était resté a Saïgon pour assurer la discrétion de cette opération de recherche et être en contact radio permanent avec son collègue anglais.

1940

Le Lamotte-Picquet séjourne du 1er au 11 janvier à Saïgon et va à Singapour du 13 au 14. Il effectue ensuite une nouvelle croisière de surveillance aux Indes Néerlandaises : du 15 au 31 à Java et du 1er au 7 février à Sumatra. Il revient à Saïgon le 8 où il devient indisponible pour grand carénage du 13 février au 15 mars.

Le croiseur reprend la mer le 16 pour Hong-Kong, vraisemblablement avec l’amiral Decoux. Il y reste du 19 au 27 et passe au bassin. Le Lamotte-Picquet croise au large des côtes d’Indochine du 27 au 31 mars avant de revenir à Saïgon du 1er au 6 avril. Il ne reste pas inactif et se trouve du 7 au 9 à Port Dayot, les 10 et 11 à Cam-Ranh ; du 12 au 16 il est en patrouille le long de la côte est indochinoise. Retour à Saïgon du 17 au 22 avant de repartir une nouvelle fois pour la côte est et la baie d’Along jusqu’au 30.

Avec le Lamotte-Picquet, l’amiral Decoux va une dernière fois à Hong-Kong du 1er au 9 mai et croise le long des côtes le 10 et 11. Du 12 au 22, séjour à Saïgon avant de nouvelles patrouilles du 23 au 29 et retour.

Le 17 juin, alors que la catastrophe nationale est pratiquement consommée et que Paris est déjà aux mains des allemands, le Lamotte-Picquet, venant de Saïgon, mouille en baie d'Along. Le lendemain l'amiral Decoux à bord de l'hydravion du croiseur se rend à Hanoï pour y rencontrer le Général Catroux, Gouverneur Général. Il est de retour le jour même et rentre le 22 juin à Saïgon avec le Lamotte-Picquet.

L’amiral ne reprendra plus la mer sur le croiseur; en effet, nommé Gouverneur Général de l’Indochine à la fin du mois de juin, il prendra ses fonctions le 20 juillet en remplacement du Général Catroux.

Le 12 août les F.N.E.0. sont dissoutes et tous les bâtiments - Lamotte-Picquet y compris - passe sous les ordres du commandant de la Marine en Indochine, le contre-amiral Terraux, (J.E.M.A.), en tant que Forces Navales détachées en Indochine.

Le Lamotte-Picquet quitte Saïgon le 15 août pour Haiphong . Il appareille de ce port le 26 pour la baie d'Along et mouille du 27 au ler septembre. Ensuite, séjour à Saïgon du 3 septembre au 16 octobre.

Un mois plus tard, le croiseur reprend la mer et mouille successivement à Phan-Thiut (17-18 octobre), Cam-Ranh (18-19), Nhatrang (19-21), Ving-Ro (21-22) et revient à Cam-Ranh qu'il quitte le 25, pour

arriver à Saïgon le 26 octobre.

Très courte sortie le mois suivant avec départ de Saïgon le 20 novembre et juste une escale à Phanthiet (21-22) pour revenir le 23.

Décembre comporte au début du mois (3-4) un aller et retour, du Lamotte-Picquet au Cap Saint-Jacques. Il appareille ensuite le 18 de Saïgon pour Poulo-Condore (19-20 décembre), avec un passage au Cap Saint-Jacques (20-21) et un retour à Saïgon le 21.

De très grosses réparations auraient dû normalement être entreprises au mois de novembre sur le Lamotte-Picquet. Apparemment le croiseur ne peut plus guère assurer un service actif, même réduit, que pendant six mois encore. Il faudrait un passage au bassin pendant un mois, mais la situation générale ne le permet pas.

Depuis quelque temps déjà, de nombreux incidents provoqués par les thaïlandais (siamois) le long de la frontière cambodgienne dégénéraient petit à petit en lutte ouverte. Tant et si bien que la France vaincue en Europe, décide de frapper un grand coup contre la Marine thaïlandaise pour faire respecter sa souveraineté en Indochine.

Dans ce but, nos bâtiments : croiseur Lamotte-Picquet (capitaine de vaisseau Bérenger), avisos Dumont d’Urville (capitaine de vaisseau Toussaint de Quievrecourt), Amiral Charner (capitaine de frégate Le Calvez), Tahure (capitaine de corvette Mercadier) et Marne (capitaine de corvette Marc) s’entraînent intensément en baie de Cam-Ranh (novembre, décembre et début janvier 1941). Parmi les avisos, les deux premiers sont assez modernes mais leurs moteurs sont fatigués ; quant aux deux autres ils sont bien âgés.

1941

Le début de l’année trouve le Lamotte-Picquet à Saïgon. Il appareille le 7 janvier pour Cam-Ranh où il arrive le lendemain et stationne quelques jours. Il quitte Cam-Ranh le 13 pour le Cap Saint Jacques,

Pendant ce temps, le Commandant de la Marine sait la flotte siamoise à la mer et les préparatifs français s'effectuent dans le plus grand secret.

La bataille de Koh Chang

Nos cinq bâtiments groupés pour cette opération sous le vocable de " Groupe occasionnel n°7 " appareillent de Poulo-Condore le 5 janvier à 21 heures sous le commandement du capitaine de vaisseau Bérenger du Lamotte-Picquet.

C'est ainsi que le 17 janvier à l'aube nos navires surprennent une partie de la flotte siamoise à Koh-Chang. Dès le début de l’action les torpilleurs n°32 (Cholburi) et 33 (Songkla) sont coulés, suivis du n°11 (Trat). Ensuite a lieu un engagement qui met aux prises le Lamotte-Picquet avec le garde-côtes cuirassé Dhonburi (4 canons de 203mm) qui est terriblement malmené. Au cours de l'affaire notre croiseur à l'occasion de pousser une pointe à 27 nds ; il talonne peu après dans la vase, mais sans conséquence fâcheuse. Néanmoins, la poursuite s’arrête à cause de la faiblesse des fonds. Quand nos bâtiments décrochent ils laissent le Dhonburi en flammes, il chavirera un peu plus tard. L'Ayuthia, autre navire du même type, s'échouera, très probablement atteint par une torpille du Lamotte-Picquet tout à fait au début de la bataille.

Malgré l'indiscutable succès naval de Koh-Chang les japonais interviendront rapidement pour imposer une paix franco-thailandaise qui accordera à ce dernier pays des avantages immérités.

Bref, rentré victorieux à Saïgon dans la matinée du 18 le Lamotte-Picquet se repose un bon mois. Son appareillage suivant n'a lieu que le 23 février pour Cam-Ranh (le 24) où il reste trois jours et se retrouve le 28 à Saïgon.

Sa sortie suivante, le 20 mars, le conduit à Fort-Bayard du 23 au 27 avant d'aller en baie d'Along le 28. Il quitte la baie le ler avril pour Tourane (le 2) où il reste jusqu'au 10, date à laquelle il appareille pour Doson (du 11 au 15) avant de revenir à Saïgon le 18.

Peu après Koh-Chang, promotion. amplement méritée, le capitaine de vaisseau Bérenger est nommé contre-amiral le 26 mars. Il devient Commandant de la Marine le ler mai à la place de l'amiral Terraux atteint par la limite d'âge. Il a pour successeur sur le Lamotte-Picquet le capitaine de vaisseau Commentry (A.J.B.) qui, nommé par un décret du 6 avril, prend vraisemblablement aussi ses fonctions le ler mai.

Pendant le mois de mai le Lamotte-Picquet appareille le 5 pour Tourane, y séjournant du 7 au 12. Il est à Nhatrang du 13 au 15 et le lendemain il revient à Saïgon.

Le croiseur est très actif en juin : du 6 au 11 il va à Can-Ranh et au Cap Saint-Jacques, ensuite à Quinhon (12 au 17) et à Duan-Dai (17-19). Il est de nouveau à Cam-Ranh du 20 au 23 avant d'arriver à Saïgon le 26.

Le Lamotte-Picquet passe les mois de juillet et d'août à l'arsenal de Saïgon. Depuis un certain temps déjà ses chaudières montraient des signes évidents de fatigue et sa coque exigeait un passage au bassin - celui de Saïgon n'était pas assez long pour le recevoir. En songeant à son état général, il ne faut pas oublier que le Lamotte-Picquet était en Extrême-Orient depuis plus de cinq ans et demi.

Aussi, après avoir vainement cherché à se procurer des tubes de chaudières jusqu'aux Etats-Unis, il faut se résigner à faire appel aux japonais.

C'est ainsi que le Lamotte-Picquet appareille le 8 septembre pour Osaka où il arrive le 15. Il effectue un rapide carénage dans l'arsenal japonais avec passage au bassin du 17 au 22. Dès le 27 il repart pour Saïgon en compagnie du cargo français Kindia des Chargeurs Réunis. C'est sur cet ancien bananier qu'avaient été embarqués les précieux tubes de chaudières. En cours de route les deux navires subissent un violent typhon du 30 septembre au 2 octobre dans les parages de Kiusiu. Pendant quarante huit heures le Lamotte-Picquet doit mettre à la cape et le Kindia et son chargement sont en grande difficulté.

Nos deux navires atteignent enfin Saïgon le 9 octobre. Le croiseur n'a pas d'avaries majeures. Néanmoins, il sera indisponible du 10 octobre au 17 novembre pour travaux consécutifs à ses avaries de mer.

1942

Sans la remise en état de ses chaudières le Lamotte-Picquet pouvait être considéré comme n'ayant plus aucune valeur militaire. Quoique toujours en situation " armé ", il devient indisponible à partir du mois de mars. Le Commandant de la Marine qui a fait entreprendre le retubage des chaudières ainsi que d'autres travaux, les fait exécuter en les fractionnant de façon que pendant toute leur durée - environ six mois - le bâtiment soit au plus à un mois d'appareillage. Il espère que quatre chaudières pourraient être terminées début août et que le Lamotte-Picquet, sauf imprévu - car la bataille fait maintenant rage dans le Pacifique - pourra être prêt au cours de la première quinzaine de septembre. A l’issue de ces travaux, estime l’amiral Bérenger, le croiseur pourra donner 25 noeuds et une nouvelle fois il sera apte à faire encore campagne pendant plusieurs années !

L’amiral n’était-il pas trop optimiste ? En tout cas, même si les réparations ont pu se dérouler selon le plan prévu, toute cette peine se révélera finalement inutile car le Lamotte-Picquet ne reprendra plus la haute mer.

Nommé par un décret en date du 23 mai 1942, un nouveau commandant, le capitaine de vaisseau Poher (E.E.Y.) prend au mois d’octobre le commandement du Lamotte-Picquet.

1943

Cet officier supérieur conservera ses fonctions jusqu'au 31 décembre. C'est vers cette date, après un dernier appareillage, que le croiseur sera mouillé en rivière dans le Donnai, devant la pyrotechnie de Thanh-tya-ha. En effet, les autorités ne disposent plus de mazout pour faire naviguer le Lamotte-Picquet qui est ainsi contraint à l'inactivité.

1944

Le croiseur abrite l’Ecole des marins annamites et depuis le 1er janvier, il est commandé par le capitaine de corvette Mottez (J.A.G.), son ancien commandant-adjoint.

1945

Muni par précaution d’un illusoire camouflage qui s’étend depuis le haut du télépointeur des 155 mm jusqu’à la passerelle, le Lamotte-Picquet atteindra ainsi le 12 janvier 1945.

Ce jour là, un bombardement aérien américain de la Task Force 38 – destiné en principe aux occupants nippons – oblige le commandant à en ordonner l’évacuation non sans qu’il y ait de nombreux blessés : une dizaine parmi le personnel français, dont le lieutenant de vaisseau de Beaufort, mortellement atteint, et une soixantaine parmi les marins annamites. Finalement, mitraillé, touché par plusieurs bombes, incendié, notre vieux et glorieux croiseur chavire sur bâbord. Il n’avait pas mérité cet injuste sort.

Quelques années plus tard, remplacé en Indochine par son frère aîné, le Duguay-Trouin, l’épave du Lamotte-Picquet rendra quelques services. C'est sur elle que les plongeurs du Duguay-Trouin récupéreront de temps à autre en 1947-49 des pièces de guindeau ou autres accessoires divers qui permettront le maintien en activité de ce vieux croiseur, loin de la Métropole.

En 1954, quand notre pays cessera son combat dans le but de conserver l’Indochine au sein de l’Union française, l'épave du Lamotte-Picquet était, toujours là, comme pour y rappeler la glorieuse période de la présence française.


[Sommaire croiseur Lamotte Picquet]. [Sommaire Net-Marine]
http://www.netmarine.net/bat/croiseur/lamotte/histoire.htm
Par saladin
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Mardi 26 mai 2009
http://www.sebtamlilya.net/sebta%20melilla%20et%20les%20ilots.htmllink
A travers un portrait historique cernant suffisamment la question, une analyse qui s'appuie sur une documentation variée écrite et orale, nous avons entrepris une mise à nu de la mentalité coloniale anachronique de l'occupant de nos territoires spoliés au Nord, à travers un travail appuyé sur des études approfondies et la confrontation de témoignages dits et imprimés d'éminents historiens, journalistes et politiciens.

Ce faisant, nous nous sommes efforcés de souligner une quantité de faits mal connus en usant de raccourcis attirants et explicatifs, et en donnant une explication juste à l'immense interrogation sur la présence espagnole dans les présides de Sebta, Mellilia et les ilôts de la méditerranée.

Ce travail met à l'évidence toute la légitimité de la revendication marocaine sur les places de Sebta, Mellilia et les îlots méditerranéens situés sur la côte rifaine. Les compléments aux analyses faites auparavant dans les essais de nos historiens, s'attachent surtout à démontrer comment l'espace méditerranéen mouvementé autour de quatre aires culturelles (Islam, Chrétienté, Orthodoxie et judaïsme) a cicatrisé l'histoire des relations hispano-marocaines et continue de nourrir l'égoïsme et l'allocentrisme nuisibles à l'émergence d'une conscience euro-méditerranéenne basée sur la confiance réciproque de nature à résoudre l'affaire de nos enclaves occupées.
Quelques repères historiques

En l'an 700, Moussa Ibnou Noussair est entré à Sebta qu'il baptisa de ce nom avant d'autoriser le conquérant Tarik Ibnou Ziyad et ses hommes à regagner l'autre rive avec pour mission d'y propager la religion musulmane. Depuis l'année 711 au cours de laquelle a eu lieu la Bataille de Guadalete marquant le début de l'ère de la présence des musulmans en Andalousie, le Maroc était devenu une nation rivale au Sud méditerranéen et un danger imminent pour la péninsule ibérique qui se déclarait chrétienne.

Les conquêrants Arabes et leurs renforts berbères ont traversé la médietrranée et ont continué vers l'Europe prenant donc l'Espagne (l'Andalousie) en 711-713. La conquête de l'Europe par les combattants de la foi n'a dû être arrêtée qu'à la suite de la défaite de Poitiers (en France) en 732 devant le roi des francs. Toutefois, l'immense empire Arabe allait comprendre toute l'Andalousie jusqu'en 1492.

Durant le califat andaloux, le Moghreb littoral (Al Aqsa) entretenait d'étroites relations politiques avec l'Andalousie et dépendait parfois d'elle, ce qui ne présentait aucun danger pour les places de Sebta et Mellilia, deux séculaires comptoirs commerciaux de la méditerranée Sud. Evidemment, les Royaumes de Castille et d'Aragon étaient coupés de tout appétit pour la terre d'Islam dont Sebta et Mellilia, et n'y pensaient même pas. Pourtant, le cours de l'histoire de l'Andalousie allait en décider autrement avec -les luttes intestines aidant- la décadence de l'émirat arabo-musulman d'al andalous (Mamalek Attaouaïf) et les chutes successives des émirats de Valencia en 1238, de Cordoba en 1246, de Sevilla en 1248 et de Cadiz en 1260, leurs prises, puis leurs reprises. Deux siècles durant, les combats se sont succédés jusqu'à la date fatidique du 2 janvier 1492, lorsque les dernier bastions musulmans de Granada et de Cordoba sont vaincus et durent capituler aux conditions d'Isabelle la Catholique et Ferdinand II, rois de Castilla et d'Aragon.

Il est certain que l'Europe chrétienne voyait en la circonstance la promesse d'autres succès sur le grand rival musulman. Deux ans après les fêtes de la Reconquista, les traités de Tordesillas du 7 juin 1494 vont marquer le premier partage du monde réalisé dans l'histoire au profit des deux puissances ibériques, berceau de la chrétienneté, prévoyant l'attribution au Portugal des terres marocaines, et à l'Espagne des terres de l'Algérie actuelle, dans le but prémédité de confiner los moros (Etrangers), de surcroit musulmans, dans leurs pays respectifs, les forcer au coup d'arrêt à abandonner les velléités qu'ils expriment pour la conquête de l'Europe et pour prévenir les progrès incessants des Othomans vers le siège de l'Eglise papale à Rome. La chute de Constantinople en 1453 a été un signal d'alarme sur le risque qu'encourt la chrétienté face à l'Islam.

L'idée était géniale et soutenue par la Papauté de Rome qui a appelé aux croisades. C'était un moyen d'affirmer la puissance du monde chrétien et sa volonté d'imposer sa marque au monde. Il s'inscrit ainsi dans un faisceau d'événements dont la découverte du nouveau monde par Chrisophe Colomb.

Déjà, le 31 mars 1492, le décret d'expulsion de la population juive fut promulgué et exécuté jusqu'en 1500. On appelait à l'unicité religieuse.

Harcelée, la minorité musulmane grenadine (les mudejares) se révolta en 1499. Elle fut vaincue après une lutte acharnée qui dura près de deux ans.

Les membres de cette communauté musulmane minoritaire se virent contraints à embrasser la religion chrétienne pour éviter les représailles. Dès lors, on les appela los Moriscos, dont une majorité s'est exilée à Tétouan, Fès et Tlemcen, et entrepris de s'en prendre aux tyrans et infidèles ibériens. En 1501, l'ordre fut donné de brûler, dans le royaume de Granada, tous les Corans, tous les livres ayant un lien avec l'Islam. Seuls furent épargnés les livres de médecine et de philosophie.

En 1511, la langue arabe fut interdite aux crypto-musulmans. De ce fait, le monde occidental chrétien, l'Eglise à sa tête, s'est ainsi volontairement coupé des influences arabo-musulmanes et entrepris de combattre l'Islam sur ses terres afin d'éviter toute invasion prochaine. Sebta, alors sous contrôle portugais, et Mellilia, occupée par le Duc de Medina Sidonia, Don Juan de Guzman, à l'insu même de la couronne espagnole le 17 septembre 1497, devaient servir de garnisons pour le lancement et l'orchestration des attaques contre les musulmans.

Le 4 août 1578, ce fut la cuisante défaite de l'armée portugaise sous la direction de l'ambitieux jeune roi Don Sebastien à Oued El Makhazine (la guerre des trois rois) et l'effacement de l'Etat portugais passé sous protection espagnole de Philippe II, oncle de Sebastien, pendant 62 ans. Isabelle la Catholique, venant par la suite au secours d'un royaume chrétien, allait en effet annexer le Portugal et ses colonies par un accord de protection signé le 7 juin 1556. Sebta que le traître roi déchu, Al Ghalib, avait livré aux portugais pour l'aider à reprendre sa prétendue couronne, passait sous tutelle espagnole avec le leg de l'armée de Sebastien.
Le 22 septembre 1609 les autorités espagnoles décidèrent d'expulser le premier contingent de crypto-musulmans qui gagnèrent les pays du Maghreb. En 1611, a eu lieu l'expulsion définitive de cinq cent mille Maures (Moricos). Faute de moyens, les moins fortunés d'entre eux s'établirent à Tétouan et Chechaouen alors que les familles riches, déjà en contact avec le comptoir commercial et la capitale spirituelle du Maroc, ont regagné Fès, Rabat et Marrakech.

On notera que la revendication marocaine et la lutte pour la récupération de ses terres et îlots n'a connu de cesse depuis la chute de l'Andalousie. On remarquera particulièrement les tentatives des Al Morabitines et des Al Mouahidines, les efforts sous le règne du Sultan Moulay Ismaïl entre 1674 et 1701 et le siège de Mellilia par Sidi Mohammed ben Abderrahmane en 1771 et 1774, quelques années après la libération de El Brija (Mazagan ou El jadida). Un siècle après, en 1858, Isabelle II d'Espagne et son président de gouvernement Leopoldo O'Donnell prirent la ferme décision de conquérir le Maroc. Ce fut l'expédition de Tétouan, financée par les bijoux de la reine, et la guerre du 10 août 1859. C'est donc le caractère hériditaire de l'hostilité envers le Maroc par une Espagne traditionnelle qui anime les aspérités impérialistes et colonialistes, et les visées territoriales de l'Espagne de l'époque qui estimait avoir des droits géographiques et historiques spéciaux sur la terre du Nord de l'Afrique. (Photos 3-4 : Occupation de Tétouan par les espagnols en 1859).
Le vrai mobile du contentieux territorial hispano-marocain.

A vrai dire, tout ce qui est d'importance aujourd'hui dans les relations séculaires entre Al Maghreb Al Aqsa et la Péninsule Ibérique, situés de part et d'autre du détroit de Gibraltar, tout ce qui est de portée dans les plaies de leur histoire commune et dans l'héritage socio-politique né des échanges bilatéraux, s'est décidé en 1492, l'annus mirabilis, selon l'Eglise, Souqoute Gharnata, selon de nombreux arabo-musulmans dont la conscience sociopolitique a été fondée sur la nostalgie de l'illustre ère d'or de cette "Al Andalous" multiculturelle.

En effet, le dernier roi déchu, Boabdil (Abou Abdillah), a été contraint de négocier sa déposition et sa sortie de Granada en vertu d'un accord signé dès novembre 1491. L'armée castillane qui avait reçu des renforts venus du monde de la chrétienté : d'Allemagne, de Suisse, d'Angleterre et de France, investit de nuit le palais d'Alhambra où elle réussit à hisser au sommet les étendards des rois catholiques durant la journée du 2 janvier 1492. le Calife déchu laissait place à Isabelle et Ferdinand pour lesquels la reprise de Granada était l'effort le plus considérable et le plus coûteux de leur règne.

Cette ultime victoire sur les musulmans fut perçue, dans toute la chrétienté, comme une revanche de la chute de Constantinople en 1453 et un coup d'arrêt aux progrès incessants accomplis par les Othomans qui s'étaient emparés de la ville italienne d'Otrante au moment où l'on y préparait une expédition vers Jérusalem. Sous l'émotion vive de la Reconquista, profondément imprégnée du climat d'exaltation, l'Eglise à Rome appelait les princes chrétiens à la Croisade. En cette année de 1492, aussitôt Granada reprise, pour immortaliser la victoire sur une religion adverse et en signe de reconnaissance, les intendances espagnoles ont commencé à délivrer aux membres des contingents venus en renfort des certificats d'anciens combattants de la guerre menée contre les musulmans.

Depuis lors, plusieurs évènements ont eu lieu faisant que les escarmouches se sont succédées entre armées régulières marocaines et espagnoles, et entre de volontaires moujahidines et la base fortifiée de Sebta dans le but de chasser les occupant de la terre marocaine. Cinq siècles et quelques années durant, les marocains et le Maroc officiel n'ont jamais cessé de réclamer la rétrocession des villes de Sebta et de Mellilia à la mère patrie.

Le Maroc moderne a choisi la voie de l'amitié, de la sagesse et du bon sens pour faire connaître ses droits, comme il l'avait fait pour le Sahara. Le 7 avril 1956, feu SM le Roi Mohammed V complétait avec le Gouvernement espagnol, dans une déclaration conjointe, la convention maroco-espagnole de 1912 pour mieux sceller les relations amicales et consolider la paix dans la région.

L'article 2 de ladite déclaration stipulait que l'Espagne s'engage à prendre les mesures nécessaires pour rendre effective l'unité territoriale du Maroc et à assister diplomatiquement et défensivement le royaume du Maroc. Le 10/4/1958, un accord de principe avait été ratifié dans ce sens, relatif à la zone du Sahara que devait quitter l'Espagne. Mais la mentalité franquiste et sous la pression d'évènements internes survenus en Espagne, le projet n'a été concrétisé jusqu'en 1975 grace à la Marche verte. Sebta et Mellilia, mais aussi tous les îlots et récifs occupés par l'Espagne, constituent le noyau dur qui fait grincer, de temps à autre, la crémaillère des relations entre les deux pays.

En 1978, on avait cru que la raison allait l'emporter sur la passion. Sa Majesté Don Juan Carlos 1er, Roi des espagnols depuis trois ans, laissa en effet entendre que l'Espagne restituerait au Maroc Sebta et Mellilia en 1981 (le quotidien "Al Mouharrir", organe de l'USFP à l'époque, dans sa livraison du 25 et 26 juin 1978). Il n'en fut rien et en Mars 2003, M. Zapatero et son ministre des affaires étrangères, M. Moratinos, proposaient leur médiation et exprimaient leur bonne volonté d'intervenir pour le règlement définitif du dossier du Sahara tout en passant sous silence le contentieux sur les deux villes et les fortifications insulaires. Et puis, c'est le motus et la succession des évènements que l'on sait. Qui tire donc les ficelles et qui a intérêt à faire perdurer le statu quo sur nos villes spoliées et les ilôts militarisés avoisinants ?

La sagesse face à la langue de bois
Du point de vue des espagnols, bien que la volonté y est mitigée, rien de plus étonnant que le silence officiel entourant, depuis un demi siècle, la raison historique de leur présence dans ces deux principales enclaves. Tout aussi étonnants l'imprécision des concepts, la mystification de la réalité, les fausses allégations et les déséquilibres juridiques. La technicité des rapports entre christianisme, croisade et présence espagnole sur la terre d'Islam est une attitude qui participe de la même volonté d'interdire la lecture de la vraie histoire sur l'autre rive du détroit. Cependant, des voix savantes de journalistes, intellectuels et politiques sympatisants de la thèse juste du Maroc se sont élevées en Espagne même.

On pouvait lire avec intérêt, à cet égard, durant tout l'été de 1977, les articles de Pablo Castellanos, de Juan Goytisolo, et d'autres à "El Pais", "Ya", "Triunfo", "La Vanguardia", "Mundo Negro", "Cambio 16", "Diario de Barcelona"...etc dans lesquels leurs auteurs espagnols donnaient raison à la revendication marocaine et invitaient l'Espagne à quitter ces places au profit du Maroc. Pour faire taire ces voix, on parlait de manipulation journalistique menée par le Maroc, de thèses impérialistes et de pressions que la CIA américaine exercerait sur l'Espagne de l'époque. La machine espagnole s'était mise en marche pour contrecarrer la revendication marocaine. Et ce fut, entre autres, la programmation de l'entrée de l'Espagne à l'OTAN.

Les opinions sont toutefois diverses. Même parmi le clergé espagnol, on trouve des voix sages qui invitent l'Espagne à quitter les cinq territoires en sa possession dans la côte mediterranéenne au bénéfice de leur propriétaire légitime, le Maroc. Ces commentaires presque chaleureux confortèrent dans leur optimisme la diplomatie et le peuple marocains.

Ainsi, le "Plan Kissinger" prévoyait la restitution au Maroc de tous ses territoires méditerranéens occupés par l'Espagne et la mise en place d'un plan défensif de l'OTAN dans ces bases et à Gibraltar, Madère et les Açores.

En novembre 1977, les USA invitent officiellement l'Espagne à rétrocéder au Maroc Sebta et Mellilia. On parle en Espagne d'imperialisme yankée, de pressions de la CIA pour faciliter le déploiement américain dans le détroit, de manœuvres de l'Association nationaliste "Terrakia", constituée en Australie par les américains et britanniques avec objet de provoquer l'intégration au Maroc des territoires nord-africains occupés par l'Espagne, d'utlisation du clergé et de journalistes par la CIA pour valider ces thèses et favoriser les plans imperialistes américains, et d'imperialisme moscovite à la recherche de lieux d'implantation, d'avitaillement et d'exhibition de sa flotte de guerre. Dans ce climat quasi paranoïaque se produisent des appréhensions favorables à susciter un consensus national autour d'une idéologie défensive des intérêts espagnols au détriment d'une demande marocaine légitime et mondialement reconnue et soutenue.

Le 26 octobre 1977, en pleine polémique sur l'identité de ces territoires, la revue sevillane "El correo de Andalucia", des Editions Catholiques, voit que ceux qui soutiennent que si l'Espagne restitue les enclaves occupées au Maroc rien n'empêchera prochainement ce pays "hégémonique" à réclamer de même Al Hamraâ de Granada et la Mosquée de Cordoba, sont dans l'erreur. Et d'ajouter qu'il convient de lever le brin de paille de leurs yeux pour voir clair et s'apercevoir que les anglais paraissent plus confortables à Gibraltar que les espagnols à Sebta, Mellilia, Penon de velez de la Gomera, Penon d'Al Hoceima et les îles Chaffarines.

L'écrivain de l'article conclut logiquement que si Gibraltar, peuplé par des anglais, est espagnol, pourquoi nous n'admettons pas que Sebta et Mellilia, peuplées par des espagnols, ne soient-elles pas marocaines ?

Effectivement, le promontoire de Gibraltar, occupé en 1704, est devenu propriété de la Grande Bretagne en vertu de l'article 10 du traité d'Utrecht sur Gibraltar, signé en 1713 entre l'Espagne et la GB, qui stipule que le Roi Catholique, agissant en son nom et au nom de ses héritiers et successeurs, cède pour toujours à la couronne britannique la propriété de la ville, du château, du port et des forteresses sans accès ouvert sur le continent pour lutter contre le trafic frauduleux des marchandises.

SM Britannique s'était engagée par cet accord à ne pas permettre aux juifs et aux maures (judios y moros) d'habiter ou de résider à Gibraltar, et à la flotte de guerre marocaine (naves de guerra moras) d'accoster au port, au risque de couper les voies de communication de l'Espagne avec Sebta. Si toutefois, pour des raisons quelconques, la Couronne britannique a l'intention de vendre ou de se déssaisir de la possession du rocher de Gibraltar, elle devra en faire proposition, en priorité, à la Couronne espagnole.

Les termes de ce traité d'Utrecht continuent d'être appliqués par l'Espagne de nos jours. Notre petite communauté résidant et travaillant à Gibraltar en sait beaucoup. Remarquons que les territoires marocains du Nord ont été spoliés et occupés sans titre, et toute référence à des accords et à des reconnaissances qu'aurait ratifiés la Couronne espagnole avec Napoléon, les italiens ou les tunisiens, ni même avec l'OTAN ou d'autres unions régionales, n'est que mystification des faits et usurpation des droits légitimes du Maroc sur ces enclaves spoliées, les îles et récifs de la méditerranée.

Le Maroc existait bel et bien à l'époque en tant qu'Etat.

Certains en Espagne osent même affirmer que le Maroc n'existait pas à l'époque en tant qu'Etat pour prétendre à un droit quelconque sur les villes et les îlots. Le Maroc pour qui l'ignorerait du côté espagnol avait fondé son Etat du temps de Moulay Idriss, il y a douze siècles. Ajouter à cela qu'au fil des siècles, les espagnols ont fait la dure expérience des attaques marocaines et de la revendication incessante des territoires à l'Est comme à l'Ouest de nos côtes méditerranéennes. Qu'on se remémore la lutte armée menée par Abbou ben Mohamed sous les Mérinides en 1415 sur Sebta. Les incursions organisées entre 1426 et 1429 par Sidi Talha Derrij également sur Sebta.

Le siège organisé par le Sultan Mohamed Cheikh Al Wattassi assisté du Roi Don Fernando le Catholique en 1476 autour de la même ville fortifiée. La guerre des Trois Rois remportée par le Roi Saâdien Abdelmalek à Oued El Makhazine le 04 août 1578. Et les perpetuelles attaques à partir de Souani, une Tour située en face de l'îlot Nekkor à Al Hoceima ? Enfin, les 116 sièges et 130 attaques menées par l'armée de Moulay Ismaïl entre 1681 et 1702 sur Sebta ne sont pas sans significations. Ajoutons à cela le siège de Mellilia entre 1774 et 1775 sous Sidi Mohammed ben Abdellah au temps du règne du Roi Carlos III, et le siège de Sebta entrepris entre 1790 et 1792 par le Sultan Moulay El Yazid, sans succès pour le premier, en raison du retard mis par l'Algérie à prendre Oran d'assaut et pour le second en raison d'incidents internes imprévus.

La guerre de Tétouan qui a eu lieu entre 1859 et 1860, au temps du Sultan Sidi Mohammed ben Abderrahmane et son frère le Commandant Moulay Al Abbas, confronté à Leopoldo O'Donnell, allait mettre fin aux guerres classiques et laisser place à la voie pacifique. Ce choix qui devait coûter à Moulay Hassan 1er de payer un second dédommagement à l'Espagne en 1894 à la suite d'attaques menées par les populations rifaines qui réagissaient contre l'extension des limites de la ville de Mellilia du côté de Sidi Oueriach.

Pour ce qui est du traité de 1860, signé avec le jeune sultan Sidi Mohammed ben Abderrahman, intronisé le 28 août 1859, auquel se réfèrent certains historiens espagnols est un accord de paix en vertu duquel le Maroc avait dédommagé l'Espagne à la suite d'un raid de la tribu des Anjara contre une redoute nouvellement édifiée à l'extérieur de l'enceinte de Sebta (été 1859).

Les parties devaient confiner leurs troupes au bénéfice de la paix. En contrepartie, le Sultan du Maroc, dans un sincère désir de consolider cette paix, avait retiré ses troupes des hauteurs de la sierra Bullones (Belyounech), de Khandaq Rahma, du Mont del Renegado et de Oued Daouyet, et intimé l'ordre à son armée régulière de mettre un terme aux hostilités au profit de la sagesse, de la diplomatie et de la négociation. Ça n'a jamais été une reconnaissance ipso facto ou un désistement sur un droit légitime comme veulent le penser et l'invoquent ceux qui véhiculent cette thèse.

Au contraire, le rayon de sécurité de la place de Sebta, sensé être une zone tampon inhabitée pour la sécurité de la garnison et des familles de militaires espagnols, s'étend, pour ceux qui ont une connaissance parfaite de l'enclave, des fortifications et de la rivière adjacente à l'actuelle douane de Tarajal. Il comprend aussi Benzu, Principé, Cisneros, Piniès, Isabel II, le Mirador et les carrières de concassage, un arc de cercle envahi et colonisé par les espagnols, durant leur protectorat dans la zone du Nord du Maroc, commandés par la pression belliqueuse de l'opinion favorable à toute déclaration de guerre contre les Maures.

L'attitude espagnole devait changer de ton juste après la Marche Verte, la récupération pacifique du Sahara marocain et la déclaration de feu SM Hassan II lors d'une conférence de presse devant les médias espagnols le 17/01/1978 : "le Maroc ne renoncera pas à Sebta et Mellilia. Les deux places seront marocaines..." ; déclaration qui devait raviver les débats et les analyses autour des villes occupées.

Aussitôt, la décolonisation du Sahara fut considérée comme une agression par le Maroc, une défaite pour l'armée espagnole (chrétienne) et un mot d'ordre pour re-mobiliser les idéologues, les politiciens et l'opinion publique autour d'intérêts suprêmes de la Patrie et de l'espagnolisme contre "l'agression de l'unité physique et politique de l'Espagne perpétrée par le Maroc". On faisait parler la population comme désireuse d'une autonomie régionale, on fustigeait toute attitude politique ou religieuse en faveur de la paix et de la décolonisation des territoires sous domination et administration espagnoles, et on a fait du contentieux conjoncturel du Sahara une tension durable en vue de détourner les regards sur Sebta et Mellilia.

Le Ministre des Affaires Etrangères de l'époque, Maître M'hammed Boucetta, déclarait pour sa part, le 23/03/1977 : "quant à Sebta et Mellilia et les autres places sous domination espagnole, nous appuyons notre droit des mêmes raisons invoquées par l'Espagne quant à Gibraltar", ajoutant que "c'est une question de justice historique". Il déclarait le 31/08/1977 à la revue "Addoustour" paraissant à Londres : "Les villes de Sebta et Mellilia, occupées par l'Espagne, sont un sujet qui figure constamment dans notre programme.

Le Maroc ne cessera jamais de revendiquer ces deux villes". Effectivement, depuis 1960 et après affranchissement du colonialisme français et espagnol, le Maroc a formulé sans cesse plus de 65 déclarations auprès des organisations internationales et régionales au sujet de la décolonisation de nos places et îlots sous domination espagnole.

La résolution 1514 du 14/12/1960 illustre bel et bien le recours du Maroc à la voie diplomatique, à la tribune internationale de l'ONU, pour faire entendre ses droits légitimes. Le Secrétaire générale de l'USFP, Maître Abderrahim Bouabid, faisait savoir de son côté que la souveraineté marocaine sur Sebta et Mellilia est indiscutable et que leur situation actuelle est une séquelle de l'histoire et d'une époque révolue.

Pour sa part, M. Abbas El Fassi, Premier ministre marocain, s'est axprimé devant le Parlement, le 5 novembre 2007, au lendemain de la visite du roi d'Espagne dans les deux villes spoliées en ces termes : "L'Espagne doit se rendre à l'évidence que l'ère du colonialisme est définitivement révolue". Les déclarations de part et d'autre se suivèrent et les contre-déclarations se faisaient entendre et défendre, chacun selon son idéologie, sa position ou sa politique.

Les administrateurs locaux dans ces présides épousent les mêmes vision et terminologie officielles et se mettent aux ordres des gouvernants espagnols tout en affichant refus et crainte du débat autour de la question. On parle d'inexistance de liens éthniques, historiques, juridiques et même géographiques (bizarre !) entre le Maroc, ces places et forts occupés.

Les plus malins vont jusqu'à avancer l'architecture ghotique et l'existence de sépultures de dignitaires portugais pour justifier la souveraineté espagnole (chrétienne en fait) sur les places marocaines (terre d'Islam). A ces penseurs, nous dirons que l'architecture européenne et les tombes de leurs ancêtres et aïeuls se trouvent partout au Maroc, là où ils avaient séjourné en hôtes ou en conquérants, et ils y sont toujours. Nous leur dirons aussi que nous revendiquons les territoires et non les populations qui y seront toujours les bienvenues. Il nous appartient toutefois de créer, pour y parvenir, les conditions d'une confiance réciproque entre gouvernements et peuples.

Les plus chauvins passèrent maîtres dans l'art de trouver le dosage adéquat entre politique intérieure et la légitimité de l'occupation des territoires marocains. Ils parvinrent concurremment à imposer leurs idées aux politiciens et à susciter un maximum de consensus national autour de la question dans la société espagnole. Ils produisent alors la culture du déshonneur et de l'humiliation, et présentent la forme par laquelle le Sahara avait été restitué pacifiquement au Maroc comme une défaite militaire espagnole.

Pour eux, toute renonciation à la présence espagnole, donc chrétienne, sur Sebta, Mellilia et les îlots, serait une défaite et une reconquête islamique de ces enclaves. Et c'est ce qui explique l'ingérance longtemps entretenue dans le dossier du Sahara marocain, les manipulations des séparatistes, la crise de l'îlot "Leïla" sous le gouvernement de droite et l'exercice de force autour de ce rocher d'un hectare et 200 ares incultes, situé à un lancer de pierre de notre côte, inhabité et jamais visité par un seul espagnol.

C'est un berger du coin qui y largait ses chèvres quand le rocher n'est pas investi et utilisé comme tremplin par les trafiquants et les bandes organisées de l'émigration clandestine. A cela s'ajoutent les visites inopportunes et provocatrices dans les deux villes du chef du gouvernement socialiste José Luis Rodriguez Zapatero en janvier 2006 et celle du roi d'Espagne le mois dernier.

Qu'à cela ne tienne. Nos lecteurs qui liront cette dense fresque, crayon en main, seront surpris de la quantité considérable de données méconnues sur chacun des épisodes et des aspects de l'entreprise coloniale ibérique, à la fois multiforme et répétitive, dans le Nord africain et le Maroc en particulier.

Illégitimité et usurpation espagnoles
La logique du temps, d'après Jean Wolf cité par le Pr Mohammed Sossé Alaoui, voulait que Ferdinand et Isabelle (1492-1504) eurent à cœur de continuer leurs croisades au-delà de la Mediterranée pour, d'une part, combattre ces infidèles qui apportent secours si souvent à leurs frères les musulmans de l'Andalousie, et d'autre part, pour faire triompher le christianisme et la "civilisation" sur la terre d'Islam et des "bédouins". D'ailleurs, dans le conflit irakien, la même stratégie a été adoptée par G. W. Bush qui a déclaré devoir combattre le terrorisme at home pour défendre les USA et les américains.

Dans notre cas, le mobile religieux, la vengeance sur le Maroc pour son aide à l'Etat musulman de l'Andalousie, et l'empêchement de venir en aide à la communauté musulmane restée sur le sol ibérique, devaient être légués à l'Occident chrétien et à l'Espagne par testament post mortem par la reine Isabelle la Catholique.

Donc, la souveraineté réclamée par les espagnols sur les présides et les récifs méditerranéens ne peut être admise avec les seuls critères unilatéraux. Ce sont effectivement des points névralgiques de la stratégie mondiale et le centre de l'espace géographique hispano-maghrébin, la principale artère du globe. Le fait est pourtant là. Depuis les chutes de Valencia en 1238, de Cordoba en 1246, de Sevilla en 1248, de Cadiz en 1260 et de Granada en 1492, le Maroc musulman et ses terres sont devenus une cible de l'Espagne chrétienne et de l'Eglise. Au début du siècle passé, il était devenu un espace économique à coloniser. Au milieu et vers la fin du 20ème siècle, c'était la guerre froide, la stratégie mondiale et les conflits d'intérêt qui dictèrent au Maroc de temporiser sa revendication, sans toutefois l'abandonner, et d'espérer le moment convenable pour la formuler dans le cadre du parachèvement de son intégrité territoriale par les voies pacifiques, en comptant sur le bon sens de son interlocuteur espagnol, le respect de la légalité internationale, le sang-froid et le discernement.

Durant la période de la guerre froide, le risque et le danger, pour les espagnols et d'après certaines plumes ibériques, fut la possible mise en place de bases militaires russes ou américaines dans ces lieux. Lors d'une réunion sur la sécurité européenne en 1977 -l'Espagne n'était pas encore membre de l'OTAN et de la CEE-, Londres avait manifesté son inquiétude, en cas de restitution des places et des îlots méditerranéens au Maroc, sur la possibilité d'installation de petites bases d'approvisionnement des sous-marins atomiques et de plates formes de lancement de fusées de moyenne portée dirigées vers le Sud-Ouest européen dont le rocher de Gibraltar occupé par la Grande Bretagne. Cette déclaration avait assurément importuné l'Espagne du fait qu'elle appuyait ses thèses sur les enclaves marocaines qu'elle occupe en même temps qu'elle légitimait la présence britannique dans le rocher de Gibraltar.

Le Roi du Maroc, feu SM Hassan II, suivant avec intérêt la question de Sebta et Mellilia, allait inviter l'Espagne et le Maroc à réflechir ensemble sur l'avenir de ces enclaves et devait déclarer en 1978 que cet avenir dépend de celui que la Grande Bretagne allait réserver à Gibraltar.

Accueillant le 08/02/1963, le nouvel ambassadeur d'Espagne au Maroc, il disait : "Dans ce qu'on appelle le contentieux hispano-marocain, il y'a des problèmes qui doivent être réglés rapidement, d'autres, au contraire, dans lesquels le temps sera un élément important, je n'ai pas manqué de m'en ouvrir au général Munoz Grandes". Deux ans plutôt, devant la conférence des Pays Non Alignés, il qualifiait Sebta et Mellilia de blockhaus et Seguia Al Hamra, Sidi Ifni et Oued Eddahab de zones entières au Sud du Maroc qui continuent d'être occupées par l'Espagne.

Suivez quelques extraits des déclarations du défunt Roi telles que rapportées dans la langue de Cervantès : "Pocas naciones tienen el privilegio de dominar las entradas a un mar internacional. Espana, es una de ellas. La Comunidad internacional no permitirà este privilegio estrategico", "Reclamaremos y exigimos la entrega de Ceuta y Melilla cuando Espana recupere Gibraltar", "Espana constituye una nacion colonialista, con tierras sojuzgadas en nuestro continente".

En 1987, feu SM Hassan II invitait le Roi d'Espagne, Don Juan Carlos 1er à la formation d'une cellule hispano-marocaine de réflexion sur l'affaire de Sebta et Mellilia tout en prenant en compte les intérêts vitaux du pays voisin. C'était son ministre des A.E, M. Barrio Nuevo, en visite au Maroc, qui a été chargé de la missive.

Le temps est peut-être venu de faire le toilettage du passé des présides et des ilôts entre le Maroc et l'Espagne. L'entreprise multiséculaire de la Reconquista qui fut perçue dans toute la chrétienté comme une revanche de la chute de Constantinople en 1453 et un coup d'arrêt à l'avancée des Othomans en Méditerranée et vers le siège de l'Eglise à Rome, ne doit plus et en aucun cas, faire obstacle aux relations de bon voisinage, d'entraide mutuelle, de coexistance pacifique et d'avenir commun des deux pilliers du détroit de Gibraltar que sont le Maroc et l'Espagne. Nos amis espagnols doivent nous permettre de les qualifier d'occupants de nos deux villes comme l'est pour eux la Grande Bretagne qui occupe actuellement le rocher de Gibraltar. Ils doivent savoir que nous avons une histoire commune à faire valoriser et un avenir commun à bâtir dans la paix pour les populations des deux rives de la médieterranée.

L'alibi de la stratégie défensive
Du côté du camp militaire, le Général Primo de Rivera, alors gouverneur de Cadiz, proposait de troquer les enclaves et les récifs en échange de Gibraltar. En tant que Chef de Gouvernement, il changea d'opinion, soutena le droit espagnol sur les terres d'Afrique et mit en place le projet de débarquement à Al Hoceima pour mater le soulèvement des tribus rifaines. Pour cet officier de l'armée franquiste, le problème de l'Afrique doit être résolu par les armes et la diplomatie. Après un entretien avec le général Franco, Sanjurjo et Varela réussirent à convaincre Rivera de l'utilité stratégique de demeurer dans les territoires marocains, comme le rapportait le périodiste Rubio Cabeza dans la "Cronica de la dictadura".

Cette thèse espagnole n'a pas changé d'un iota depuis lors. En 1958, toutes les tendances politiques espagnoles offraient également Sebta et Mellilia, parfois même Canarias et Vascongadas, en contrepartie du soutien international à l'idéologie montante. C'est que le 10 avril 1958, un accord avait été signé entre l'Espagne et le Maroc par lequel l'Espagne s'engageait à abandonner au Maroc toute la zone Sud dénommée "Sahara espagnol" dans le cadre de la décolonisation des territoires marocains occupés, malheureusement le projet fut avorté pour des raisons de politique interne d'une Espagne rongée par la guerre civile et le franquisme.

On allait assister par la suite à un revirement de situation dans la politique espagnole juste après la Marche verte que les chauvins ibériques avaient qualifié d'agression perpétrée par le Maroc contre l'armée espagnole qui aurait ainsi subit une cuisante défaite en se retirant du Sahara. Ils craignaient voir venir le tour de Sebta, Mellilia et les îlots au Nord. On a alors largement rebattu les cartes espagnoles et structuré le discours. On usait de divers stratagèmes pour remonter la tension, appeler aux Croisades et affaiblir la revendication marocaine sur ses territoires spoliés. Les représentants de Sebta et Mellilia au sein du Parlement espagnol qui se voyaient interdire la présence dans les hémicycles, devinrent le cheval de bataille pour faire admettre au monde l'hispanisation des enclaves, l'expansionnisme marocain et le danger qu'encourt l'Andalousie et l'Europe chrétienne en cas de parachèvement de l'intégrité territoriale du Maroc musulman.

Au nom de quoi les officiels espagnols devraient-ils continuer à penser que l'Islam est l'ennemi juré du Christianisme comme on l'avait dit, avant de le démentir, si l'Eglise estime que "les croisades" c'est du passé ? Faut-il se préparer constamment à une confrontation majeure entre l'Espagne et le Maroc sur des territoires dont la marocanité est établie et reconnue par l'histoire et la géographie ? Les opinions publiques espagnole et marocaine rejettent une telle éventualité. A moins que les objectifs visés par les politiciens ne soient masqués sous de faux prétextes simplificateurs (protection et défense du Sud de l'Europe, liberté de navigation, incursions terroristes, bases étrangères, lancement de missiles, ...etc.) précédés par des tapages médiatiques et littéraires massifs pour la manipulation des esprits comme pour la guerre contre l'Irak.


En réalité, ces concepts font partie de la stratégie du contrôle du détroit, fondée sur la protection des intérêts et sur la consolidation de la suprématie militaire dans un lieu géométriquement sensible aux tensions. En termes stratégiques et symboliques, l'Espagne veut avoir un rôle de pilier de l'Otanisme et se désigne comme le protecteur militaire principal des intérêts stratégiques de l'Occident dans une région de grande importance stratégique.

Aux yeux de notre voisin Euro-méditerranéen, Sebta et Mellilia, appelées "Plazas Mayores", constituent un écran protecteur pour le Sud de l'Espagne.

Les îlots dits "Plazas Menores", sans importance économique et politique, sont des fortifications militaires de grande importance pour la sécurité des places majeures. Ces places, aux côtés des Baléares, étaient au temps de l'empire des almohades des ports d'attache pour la force navale marocaine partie de Sebta vers la Palestine à l'appel de Salah Eddine Al Ayyoubi contre les croisés. A la tête de ces ports, il y'avait des chefs suprêmes, les maland. L'affaiblissement de la flotte allait toujours de pair avec celui de la dynastie régnante et ne devait servir que les desseins territoriaux du Portugal ou de la Castille.

1- les places majeures
Sebta (Superficie : 8 km2)
Au commencement, c'était un fort situé dans une péninsule marquée par le mont Hacho au Nord-Est (Punta Alpina), et dominée par l'imposante sierra Belyounech à l'Ouest. La légende parle des colonnes d'Hércule quand on évoque le mont Hacho et de Gibraltar visible à l'œil nu de la côte et des hauteurs avoisinantes. La situation privilégiée de son port et de sa baie a depuis toujours favorisé la navigation et le mouillage des flottes commerciales ou de guerre, et développé le mouvement des marchandises dans le détroit. Sur le plan stratégique, la navigation y a conquis ses lettres de noblesse entre les deux rives séparées de quelques miles marins.
Portugais et espagnols ont vécu dans cette ville forteresse qui s'est urbanistiquement déployée sur les terres constituant le rayon de sécurité par le traité de 1860 qui interdisait aux marocains et espagnols de s'y établir en signe de l'arrêt de la guerre et en attendant de réfléchir sur l'avenir de la ville.

Mellilia (Superficie : 14 km2)
La ville de Mellilia est située pieds dans l'eau à l'Est de la péninsule des Trois Fourches et sous l'auguste regard du mont Gourougou au Sud. Elle est traversée par un oued des crues "Rio de Oro" qui sépare la Medina (Melilla la Vieja) du quartier nouveau (Melilla la nueva) dont l'empiettement et l'extension avaient provoqué en 1894 l'ire et le soulèvement des populations rifaines du côté de Gourougou et de Sidi Oueriach.

Elle avait constitué pour les espagnols un poste avancé de caractère stratégique dans la mer "Al Boràn". Elle fut en l'an 700 conquise par Moussa Ibnou Noussair qui l'a baptisé du nom de Malilya. Le khalifa de Cordoba qui avait investi Sebta en l'an 931 avait aussi dominé Mellilia quelques années après et y eut exercé sa souveraineté au même titre que le Maghreb littoral.
Le Royaume de Castille l'a reconquise le 7 septembre 1497. En 1997, on fêtait en fanfares le 5ème siècle d'occupation chrétienne de la ville et construisit le plus grand immeuble dénommé "5° centenario". Mellilia est considérée stratégiquement comme un pôle militaire pour la sécurité du flanc Sud-Est de l'Espagne contre d'imaginaires agressions étrangères qui viseraient le détroit de Gibraltar.

2-Les places mineures
L'îlot Vélez de la Gomera
Ilot rocheux situé à proximité d'Al Hoceima, reconquis par Pedro Navarro en 1508 sur ordre du roi Fernando pour faciliter l'approvisionnement des grandes garnisons, récupéré par les marocains et repris par Felipe II en 1564. Il comprend un commandement et des campements militaires où vivent environ 200 personnes.

Les îlots d'Al Hoceima (Nekkor)
Très proches du continent et côtes marocaines, la grande roche est un fort militaire stratégique destiné à assurer la navigation de la flotte espagnole dans la zone. Les îlots ont pour noms l'île de la Terre, l'île de la Mer et le Penon, occupés par l'Espagne en 1560 avec la complicité du khalifa Al Ghalib.

Les îles Chaffarines (Al Jouzor Al Jaâfariya)
Situées à l'Est de Mellilia en face de l'embouchure de la Moulouya à hauteur de la localité de Ras El Ma, elles servent de refuges aux bâteaux espagnols et de défense militaire pour Mellilia. Occupées en 1848 sous Isabel II, elles sont au nombre de trois : île Congreso, île Isabel II et île del Rey.

Sous l'angle de la sécurité et de la défense (contre qui ?), l'Espagne perpetue sa présence injustifiée dans nos villes et îles, et dresse un rideau de fumée face à toute demande marocaine. En 1971, dans Mémoire d'un Roi, le Caudillo, le Général Franco, répondait à feu SM Hassan II en visite d'Etat en Espagne : "Ce que vous me demandez, Majesté, est un suicide auquel ni moi ni l'Espagne ne sommes disposés". Ce fut à une époque où l'Espagne cherchait encore à consolider son union nationale, était confrontée au problème de l'autonomie de ses régions et explorait la meilleure voie vers la démocratie et l'unité. Quand on sait que SM Juan Carlos avait exprimé son intention, en tant que Roi des espagnols, de restituer au Maroc ses terres méditerranéennes dès 1981 ; quand la communauté internationale appelle sans cesse l'Espagne à mettre fin à la colonisation de ces enclaves et que l'Espagne elle-même pilote le grand chantier international du rapprochement des civilisations ; l'on ne peut qu'appeler à la raison, à la lucidité, à la franchise et aux traités de bon voisinage pour proposer une solution courageuse et clore définitivement ce dossier.

Epilogue
La question de savoir si les populations de Sebta et de Mellilia doivent ou non être considérés comme véritablement espagnoles ou marocaines ne relève pas uniquement de la géopolitique. En effet, il s'agit largement d'une affaire de flux de communication et de perceptions réciproques entre politiciens des deux rives du détroit. Une fraction importante de la population a certes bien conscience de s'inscrire dans l'héritage euro-arabo-méditerranéen. Mais, elle a tendance à minimiser cette réalité lorsqu'on évoque son éventuelle appartenance au Maroc. La question politique occulte actuellement la perception d'une cohésion et d'une communauté culturelles avec le Maroc.

Historiquement, les sebtis et Melillis non européens, tout en étant marocains, ont activement participé à la vie culturelle européenne. Mais ils ont aussi combiné association culturelle et dissociation politique. L'autonomie est une valeur qu'ils affectionnent à telle enseigne qu'ils ont oublié qu'après avoir été longtemps méconnue par l'Espagne, l'influence de la pensée arabo-musulmane sur la culture européenne est aujourd'hui l'objet d'une sorte de reconnaissance à posteriori.

Les traditions anti-marocaines (Moros) et anti-islamiques de l'Espagne, qui servent de cadre légitimant la colonisation de Sebta, Mellilia et les îlots rifains, sont bien mises en évidence pour perdurer le statu quo sur ces territoires. Le scénario n'est plus culturel ou juridique, mais relève d'un montage de xénophobie traditionnelle par des personnes qui oublient que le monde a changé et les mentalités également. On ne saurait interpréter la revendication marocaine comme de nature exclusivement religieuse pour afficher le "niet russe".
Avec lucidité, l'unanimité nationale et internationale sur la question de nos terres spoliées pour des raisons de géostratégie dans le détroit est animée non par une culture théologique, mais par une revendication immuable à travers les siècles. L'occultation et le rejet de nos droits légitimes sur nos terres occupées sont une inscription en faux contre une politique colonialiste sensée être terminée avec l'émergence du 21ème siècle comme dans d'autres parties du monde : Hong Kong, Macao et Canal de Panama.

C'est de cette situation qu'il nous faut aujourd'hui sortir pour repenser l'avenir commun des enclaves et îlots, la culture espagnole et ses relations avec la culture marocaine dans des territoires à histoire mouvementée. C'est de la formule quasi hypnotique de l'opposition entre religions que les espagnoles doivent sortir. L'histoire de la colonisation n'est plus acceptable, ni, avec elle, la double amnésie ethnocentrique qui nourrit à la fois le discours xénophobe de l'extrême droite et le repli des voix savantes qui s'étaient élevées au profit de la décolonisation des territoires marocains sous domination espagnole.

En conclusion, après que SM le Roi Mohammed VI, ait exprimé ses meilleures intentions au sujet du contentieux des présides Nord-africains, on se réfère à la bonne volonté des dirigeants politiques des deux pays intimement amis, et aux peuples marocain et espagnol (hispano-andaloux), historiquement unis par le même destin, pour définir les vrais besoins en matière de leur sécurité commune et d'adapter le futur juridique des enclaves de Sebta, Mellilia et des îlots méditerranéens à ces besoins concrets. Plutôt que se demander, alors que le monde a évolué politiquement et idéologiquement, quelle nouvelle croisade il faudrait déclencher pour continuer à nourrir les malades de la confrontation entre religions et ethnies de part et d'autre du détroit de Gibraltar.
________________________________________
NB : Puisse cette contribution, essentiellement basée sur une lecture objective de l'histoire et vue d'un angle politique, être une entreprise méritoire et faciliter la compréhension de ce lamentable contentieux entre voisins monothéistes et consanguins.
Documentaire historique préparé et commenté par Hammou Sriri & Abou Fayçal
L'Opinion
suget:
Sebta, Mellilia et les îlots
Les détérminants historiques d'une revendication légitime
Sebta, Mellilia et les îlots
Les détérminants historiques d'une revendication légitime
Par saladin
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Mardi 26 mai 2009
Page 1
1
Jorge Correia
DAAUM Department of Architecture / University of Minho, Portugal
The Muslim City: Continuity and Change
Session Chair: Dr. Hicham Mortada, King Abdul Aziz University
Ceuta, Tangier and El Jadida: Muslim cities “interrupted”
Historical background
Both shores of the Strait of Gibraltar share a long past of social, military and
cultural interactivity between north and south. In 1415 Portugal initiated its
Overseas Expansion. The conquest of Ceuta began a settling process that
comprised several towns in Northern Africa which would last until 1769, with the
evacuation of Mazagão. Beyond the evident economical and commercial
benefits, Europe’s recognition and religious Reconquest were also aimed. This
aspect of the colonial history in Atlantic Northern Africa, which corresponds today
to the Kingdom of Morocco, has introduced decisive urban factors.
One can speak of two kinds of establishment in the territory: conquest and
foundation. The conquest was a much advantageous process to Portugal, not
only for providing an existing urban and commercial fabric, but also for the
average duration of these possessions
1
: Ceuta (1415-1640), Qsar es-Seghir
(Alcácer Ceguer) (1458-1550), Tangier (Tânger) (1471-1661), Asylah (Arzila)
(1471-1550), in the north, and also Azemmour (1513-1541) and Safi (1508-
1541), in the south.
The foundation was another form of approaching the territory, seeking strategic
points of establishment, but less fortunate for the Portuguese crown. New fortified
positions in geographically relevant sites allowed an ephemeral effect of
Portuguese pulverisation in the Northern African coast. The hostility of the local
tribes prevented these positions from a longer staying. The exception was
Mazagão (1514-1769), today’s city of El Jadida. Looking to the dates presented
in the picture, we can see a crisis period between 1541 and 1550, after which
only three places were kept under the Portuguese crown: Ceuta, Tangier and
2
Mazagão, which eventually would change hands again during the 17
th
and 18
th
centuries.
Ceuta, Tangier and El Jadida present three different case studies of how the
urban morphology has been conducted by the political changes. This paper
wishes to analyze the urban strata of these cities in order to point out traces of
continuity and rupture between Muslim and Christian rule. Three different urban
processes where the Muslim stratum, either suspended, interrupted or present,
has been the longest. This paper relies on both historical cartography and new
drawn proposition to present this parallel evolution.
Ceuta
Medieval Muslim Ceuta was formed by an urban nucleus, called medina, in the
narrowest part of the peninsula. To the east, several adjacent suburbs spread
until one gets to the largest suburb, the Almina that corresponds nowadays to
mount Acho. Westwards, the Out suburb and the later Afrag suburb extended the
city into mainland. The Portuguese apprehended this territorial division during the
conquest, crossing different walls or moats, later described in the chronicle by
Zurara
2
.
This was definitely a too large territory for the Portuguese to defend. Moreover,
being the solitary intrusion in Northern Africa for some decades, it suffered from
two bigger handicaps: object of constant attack from Fez and total dependence
from the metropolis. A shortening of the perimeter reduced the whole area to
14%, concentrated in the former medina area, in a procedure called atalho.
Within the walls, a central square connected the major spots: the castle (former
kasbah), the cathedral (former main mosque), the church Our Lady of Africa and
rua Direita (main street). This one ran east towards the wall and parallel to the
northern and southern maritime limits, organizing the whole east area of the main
square.
3
The course of the city was confined to those limits for more than two centuries,
when the Spanish took over in 1640. With the following arrival of Muley Ismail to
Moroccan power, with his new capital in Méknés, a long siege was imposed to
Ceuta in order to recapture the city to Muslim hands, but in vain. Spanish Ceuta
began to expand towards Almina, the former suburbs over the peninsula. To the
present, the city has been recovering much of its medieval area and extended
towards mainland, beyond its continental walls, in a process that reoccupied the
ancient Islamic domains. Curiously, a majority of Moroccan emigrants live in
these new neighborhoods nowadays.
Tangier
Tangier was the main urban settlement of the Strait of Gibraltar to gather a
classical mythology still present in the mid 15
th
century imaginary, giving to the
city a special appetite for its possession. Apart from being a Muslim stronghold in
Northern Africa or a strategic point between the Mediterranean Sea and the
Atlantic Ocean, Tangier was also a recognizable symbol of power, glory and
greatness and the king of Portugal was aware of the upcoming fame. 1471 would
definitely put the city into Portuguese hands.
The first level of speculation concerns the reconstitution of the former Merínid
perimeter of Tangier, in the 15
th
century, previous to 1471, of course. The city
was much bigger than the actual medina surface and the inland wall should have
run from the Kasbah, parallel to what it’s today the Hassan II Avenue, Place de
France and Khalid Ibn Qualid Street, down to the beach.
Nowadays, Tangier urban fabric still shows evidence of some layers of the
different inputs, either by addition or subtraction. And that’s exactly a subtraction
exercise which we are going to assist in the first period of occupation. The city
was too big for the Portuguese to keep as a sustainable settlement and the king
clearly refers the intention of reducing the surface of the city to a quarter (Fig. 3).
So, we are in presence of an effective perimeter and surface reduction
established by new short cut walls that can be clearly detected by its linearity,
4
very different from the more organic Islamic typology. The atalho, a dimensional
and military readjustment, was about to become a routine in Northern Africa.
This perimeter contraction led to a profound change in the sense of the city,
pushing Tangier to the sea, for defence and accessibility purposes. The sea was
the gate to Portugal whereas the hinterland was the enemy territory. The new
geometry housed the two major civil and religious equipments: the castle and the
cathedral.
From late 15
th
to mid 16
th
centuries, the urban nucleus suffered a public space
definition based on the street and square and inducing residential tissue
regularization. In Islamic cities perspective and alignment are fought in the street
layout, privileging privacy and, thus, originating a labyrinth of street ramification
from main axis to the house door. The Portuguese transformations, in this aura of
European first abolishment of medieval obstacles, searched exactly the opposite:
the street as the main element of the city, place of reunion, meeting and
exchange, sided by representative façades, and linking important equipments.
In 1661, Tangier was given to the British as a princess dowry, along with
Bombay, by the way. During this short occupation (around two decades), the city
kept its main shape, investing on a new mole and opening private gardens
among its residential tissue, until it was abandoned to the pressuring Moroccan
king.
Since Moulay Ismail times, from 1684 on, the labyrinth is back, interrupting
canals and “eating” the interior of semi-geometrical blocks. So, present medina is
still the result of the stretching of two walls opened in a ninety-degree angle back
in late 15
th
century. The notable buildings were once more replaced: a new
Sultan’s palace over the Portuguese castle and a new main mosque erasing the
Christian adaptation of the original Islamic temple.
Nevertheless, Tangier evolved to be one of the biggest and most important cities
in Morocco and its growth was first felt beyond a virtual line, as if the territory
between the present walls and the original Muslim ones was a no man’s land for
a long time, as the aerial photos of 1925 still indicate. That line wasn’t
unreasonably built in first place by the Caliphal dynasty but corresponded to an
5
important defence limit, later used by Portuguese and British to put advanced
control barriers, watch towers or forts.
Mazagão or El Jadida
In 1514 the Portuguese established a castle, over a former watchtower, in an
almost non-inhabited bay. A quadrangular plan was composed with wall curtains
linking four cylindrical towers, being one of them the primitive. The subsequent
decades are quite uncertain though the existence of some works in the interior of
this castle, willing to respond to a each day more demanding pressure from a
spontaneous growing urban assemblage around it, is predictable.
By 1541, the Portuguese decided to build a modern bastioned fortification, with
the foundation of a town in its interior, submitted to a grid project (Fig. 4). The
royal initiative was managed by a team of architects lead by Benedetto da
Ravenna and put into practise in loco by João de Castilho
3
. For more than two
centuries and a half, the inexpugnable Mazagão stood in the hand of the
Portuguese crown. Until 1769, we assisted to the consolidation of this project: the
fortified perimeter was defined by five big bastions, long inflected wall curtains
and a surrounding moat; in the centre, the former 1514 castle was adapted to
administrative headquarters housing a church, a hospital, store houses for
cereals and munitions, a jail and a huge water reservoir.
1769 marks the evacuation of the place due to sustainability problems and
another siege by Sidi Mohammed ben Abdallah sultan. The departure lead to the
destruction of the walls and bastions when leaving, so that it couldn’t be
appropriated by the besiegers, and conducted the 2000 inhabitants to Brazil,
where New Mazagão was founded
4
. Al-mahdouma, “the destroyed”, was the
local denomination for those ruins after the Portuguese abandonment. For almost
half a century, the once Christian stronghold rested empty of life and this period
accentuated the decay.
Eventually, after the 1820s reconstruction, mellah, or jewish neighbourhood
became the designation for the in wall area, as they were the first occupants.
6
Nevertheless, by 1861, descriptions mention 1500 souls divided into European,
Arab and Jew population, showing that the reconstructed fortress started slowly
to house a synagogue, a zawia and a mosque
5
. One of the four corners of the
primitive castle was replaced by the minaret and the mosque imposed a new
geometry to the main public space, next to the old church.
During the French protectorate (1912-1956), Cité Portugaise was a name that
invoked the Portuguese past, in a general effort by the French to enhance
heritage culture. It remains as one of the denominations by which this citadel is
known in the actual town of El Jadida, “the new one”. In the present time, housing
up to 3500 people, this portion of the city is decentralized taking into
consideration the “medina” area formed from the 19
th
century on. One can
observe daily changes on the urban fabric as if the Portuguese orthogonal plan
was suffering from an “islamization” process: streets are cut or shortened; the
demolition of some houses induces the creation of new public spaces;
alignments get inflected and perspectives are substituted by privacy and shadow.
A new urban order has been installed adapting the Portuguese matrix and
evolving into a more recognizable aspect by the exclusively Arab population of
the present situation. The former Portuguese circulation circuits were
transformed by the addition of the new buildings or the opening of new dead end
ways.
Conclusion
Summing up, Ceuta, Tangier and El Jadida present three different urban
processes where Muslim and Christian strata are confronted.
Ceuta, once an important Muslim commercial city during medieval times, suffered
a process of downsizing when the Portuguese conquered it in 1415, due to
sustainability issues. The Muslim occupation was suspended from then on and
although its original limits were regained, the Islamic urban fabric was drastically
altered and the city image transformed according to European desire to erase the
pre-colonial layer.
7
Tangier offers a typical case of interruption of the Muslim rule over the city. Held
by the Portuguese between 1471 and 1661, it suffered a radical reduction of its
perimeter and a redirection towards the port. This fortified shape was maintained
by the brief British occupation and present day medina retrains itself to that
boundary, although recent population boom has pushed the urban assemblage
way beyond.
Finally, El Jadida allows us to go back to a non-Muslim origin. Its name - the new
- reflects the political situation since the 19
th
century Muslim occupation over a
Portuguese foundation of the mid 500s, subverting the orthogonality of the
original grid layout within a modern bastioned contour.
The decisive urban factor that prevails when analyzing this diachronical evolution
is the Portuguese interval in each case, though briefly followed by the British in
Tangier and still happening with the Spanish in Ceuta, as far as reshaping the
city is concerned. Politics and religion have been closely together in this path:
from the Muslim-Chritian situation of Ceuta to the Christian-Muslim phases of El
Jadida, passing by the Muslim-Christian-Muslim history of Tangier.
Several encounters between two different concepts have transformed the reading
of these Northern African cities in a stratigraphic process of urban archaeology.
As a consequence, today, one can double read the architectural form and urban
space, but, although sometimes gradual or smooth, the encounters have always
engaged a reaction towards different readings of the urban phenomenon. The
metamorphosis is occurring daily, conducting a cycle movement in the urban
history of the conquered cities of Ceuta and Tangier, while reinterpreting the
fabric layer of the most successful foundational case of former Mazagão.
1
For cities and towns, we decided to use the present denominations for the toponyms of the
former Portuguese possessions. The original Portuguese names are indicated in brackets.
2
Crónica da Tomada de Ceuta, by Gomes Eanes de Zurara. For further reading on Ceuta urban
topography, we suggest Gozalbes Cravioto and Gomez Barceló’s articles mentioned in the
bibliography.
3
Letter from Luis de Loureiro to João III – Mazagão, August 25th, 1541, in ANTT, Corpo
Cronológico, 1ª parte, m. 70, nº 75.
8
4
Araújo, R. M., 1998. As Cidades da Amazónia no séc. XVIII, FAUP, Porto, 1998.
5
Descriptions of Rohlfs and Séverac, both in 1861, mentioned in: GOULVEN, J., 1918.
“L’établissement des premiers Européens à Mazagan au cours du XIX siècle“, Revue de
l’histoire des Colonies Françaises, 6, pp. 385-416.
Sources
AL BEKRI, Abu Obeid (translation by Mac Guckin de Slane, 1918). Description
de l’Afrique Septentrionale, Alger : Typographie Adolphe Jourdan.
BRAUN, George, HOGENBERG, Franz (1572). Civitates Orbis Terrarum, Koln.
IDRISSI (translation, notes, glossaire by R. Dozy e M. J. Goese, 1866).
Description de l’Afrique et de l’Espagne , Leyde : E. J. Brill.
MENEZES, D. Fernando de (1732). Historia de Tangere, Lisboa: Officina
Ferreiriana.
Sources Inédites de l’Histoire du Maroc (Les) (1934 – 1953), Dynastie Sa’dienne,
Archives et Bibliothèques de Portugal, 5 vols, Paris: Paul Geuthner.
ZURARA, Gomes Eanes de (ed. by PEREIRA, Francisco Maria Esteves, 1915).
Crónica da tomada de Ceuta, Lisboa: Academia das Sciências.
Bibliography
CORREIA, Jorge (PhD dissertation at FAUP, 2006). Implantação da cidade
portuguesa no Norte de África: da tomada de Ceuta a meados do século XVI, 2
vols., Porto.
FARINHA, António Dias (PhD dissertation at FLUL, 1990). Portugal e Marrocos
nos séc. XV, 3 vols, Lisboa.
GOZALVES BUSTO, Guillermo (1980). “Tanger medieval”, in Cuadernos de la
Biblioteca Española de Tetuán, nº 21-22, Tetuan, pp. 199-265.
GOZALBES CRAVIOTO, Carlos (1988). “La estrutura urbana de la Ceuta
medieval”, in Actas del I Congresso Internacional “El estrecho de Gibraltar”.
Ceuta 1984, vol.II, Madrid.
GOZALBES CRAVIOTO, Carlos (1993). “La topografia urbana de Ceuta, en La
cronica de Tomada de Gomes Eanes de Zurara”, in HERRAZTI, Alberto (1993).
Ceuta Hispano-Portuguesa, Ceuta: Instituto de Estudíos Ceutíes, pp. 189-206.
LA VÉRONNE, Chantal de (1972). Tanger sous l’occupation anglaise d’après
une description anonyme de 1674, Paris : Geuthner
MOREIRA, Rafael (1989). Portugal no Mundo, História das Fortificações
Portuguesas no Mundo, Lisboa: Alfa.
SOUSA VITERBO, Francisco (1899-1922, fac-simile 1988). Dicionário Histórico
e Documental dos Arquitectos, Engenheiros e Construtores Portugueses, 3
Vols., Lisboa: INCM.
TORRES BALBAS, Leopoldo (1985). Ciudades hispano-musulmanas, Madrid.
Universo Urbanístico Português 1415-1822 (coord. CARITA, Hélder, ARAÚJO,
Renata, 1998) Lisboa: CNCDP.
Par saladin
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Lundi 25 mai 2009
.....http://www.said-hajji.com/fr/book-preface.htmllink................

Saïd Hajji et Mohammed Ghazi ont été autorisés à se rendre auprès d'un certain nombre de patriotes mis en résidence forcée. Leurs déplacements à Marrakech, Mazagan (El Jadida) et Mogador (Essaouira) ont été signalés le 25 novembre 1939 dans un bulletin de renseignements adressé au Contrôleur Civil Chef de la Région de Casablanca par le Chef du Cercle de Chaouia-sud. Auparavant une note de renseignements datée du 14 novembre 1939 émanant du Commissaire divisionnaire de Marrakech, signale leur passage dans cette ville où

"ils sont descendus chez Moulay Hassan ben Seddik Alaoui, ex-nadir, nationaliste notoire, qui a déjà fait l'objet de plusieurs rapports. Ils se sont rendus chez le frère d'Abdelkader Hassan, récemment condamné à 6 mois de prison pour détention de tracts".

Une note datée du 26 octobre 1940 destinée à la Direction des Affaires Politiques nous informe que Saïd désire voir le Général Noguès pour aborder, de nouveau, la question des déportés en ce qui concerne particulièrement Omar ben Abdeljalil. Un autre document, daté du 12 avril 1941 nous apprend que

"Saïd Hajji, de Salé, est autorisé à se rendre à Ouaouizarth pour y rencontrer Si Mohammed Elyazidi".

Les démarches effectuées en faveur de ces deux personnalités politiques ont été couronnées de succès puisque l'une et l'autre ont été libérées au cours de l'année 1941. Seuls les leaders Allal El Fassi et Mohammed ben Hassan Elwazzani ont été maintenus dans leur lieu d'exil pendant une durée respective de 11 ans et 9 ans.

Quelques mois plus tard, le 2 mars 1942, Saïd rendait le dernier soupir après une cruelle maladie qui a duré quatre mois sans qu'aucun reméde n'ait pu en venir à bout. Le disparu a bien rempli sa courte vie. Il peut dormir en paix, du sommeil du juste, au voisinage de Dieu.


Par saladin
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Lundi 25 mai 2009
 139 — 

pays qui doit être mis en valeur. C'est à nous, Fran-
çais, que ce double rôle doit revenir, le moment est
venu pour nous d'ouvrir le Maroc à l'expansion euro-
péenne, de le civiliser, d'établir, sous une forme ou
sous une autre, notre domination sur le dernier pays
de la Berbérie qui soit encore indépendant de nous et
d'achever ainsi notre empire colonial africain.




CHAPITRE V
La coNQuÊTi: pacifique di: Maroc par la France



Xous avons vu (juelle était Tunilé géographique de
la Berbérie, les consécjueiues désastreuses qu'aurait
pour nous ro((U|)alion du Maroc par un état autre
que la France, cpiel merveilleux champ d'action éco-
aomique il constitue. Or, il semble que nul, mieux
que la France, n'est à même d'accomplir la tôche déli-
cate de réorganiser cet état et de l'ouvrir à la civili-
sation ; que l'établissement de sa prépondérance sera
conforme à la i'ois à ses droits et à ses intérêts et à ceux
des autres puissances.

La France a, en effet, des droits supérieurs à toutes
sur le Maroc. Alors qu'à part les prétentions espa-
gnoles et les visées anglaises sur le détroit de Gibral-
tar, elles n'ont que des intérêts économiques, nous
seuls, par les L200 kilomètres de frontières com-
munes, les rapports entre les tribus oranaises et maro-
caines, avons de véritables droits politiques sur ce
pays. — Au point de vue commercial, nous tenons le
premier rang, grâce à notre commerce algérien. Il



~ 141 -

faut insister sur ce point, car, ainsi que Ta fait consta-
ter M. Raiberti, les Anglais se vantent de posséder
43 % du commerce marocain, alors que la France n'en
posséderait que 37 %, mais le monopole du commerce
par terre fait qu'en réalité, nous possédons plus des
2/3 du commerce total. — Voici d'ailleurs, les chiffres
donnés par M. Déchaud dans son rapport ^ :





Importation


Exportation


Total


Angleterre,


23.555.556


9.484.388


33.039.944


France,


13.001.781


5.275.697


18.277.478


Algérie ^


887.556


15.893.751


16.781.307


Espagne,


624.703


8.821.731


9.441.434


Allemagne,


3.442.842


2.986.676


6.429.518


Etats-Unis,


»


2.745.772


2.745.772


Belgique,


. 2.215.338


j>


2.215.338


Italie,


132.<999


1.315.378


1.448.877


Autriche,


1.069.539


»


1.069.539


Portugal,


4.725


429.840


434.565



Un article anonyme intitulé « L'œuvre de la France
au Maroc », paru dans la Revue politique et parle-
mentaire du 10 février 1904, donnait ces chiffres pour
1901 : France et Algérie : 40 millions (38 % du com-
naerce total), Angleterre 35 millions (33 %), Espagne
11 millions 1/2 (11 %), Allemagne, idem ; 3 millions
pour la Belgique, 1 1/2 pour l'Italie et pour l'Autriche,
2 1/2 pour la Hollande, le Danemark et les Etats-
Unis, soit 7 % pour ces dernières puissances "* :



1. Bulletin du Comité de l'Afrique française, février 1904.

2. On ne peut tenir compte dans ces chiffres de la contre-
bande et des achats des travailleurs marocains.

3. On peut comparer ces chiffres avec ceux donnés en 1884



I




— 142 —

Pour le nombre des navires el leur tonnage, M. Dé-
rliaud donne celle slalisiique :



Angleterre,


721 navires.


511.399 tonneaux


Allemagne,


534 —


320.877 —


France,


409 —


271.097 —


Espagne,


897 -


200.294 —


Italie,


24 —


36.842 —


Autriche,


17 —


29.064 —



Sur les huit compagnies de navigation desservant
les ports marocains de l'Atlantique, deux sont anglai-
ses (Mersey sleam ship C, Forwood), deux alleman-
des (Oldenburg-Portugiesische, Wœrmann Linie),
une française (C* Paquet), une de Gibraltar et trois
esj)agnoles, mais à départs irréguliers. Ces statisti-



par M. Castonnet des Fosses. Le Maroc, ses relations avec
TEurope, sa situation actuelle {Revue de Droit international,
vqI. XVI, p. 213 et 491 :

Sur un commerce international évalué au total à 44 mil-
lions, l'Angleterre faisait 24 millions, la France 15, l'Espagne
3, le Portugal 600.000 francs, l'Allemagne 200.000 francs, et
les autres Etats européens 300.000 francs.

On voit l'immense développement pris par le commerce
allemand par rapport au commerce français et même au
commerce anglais.

— Voici les chiffres de M. Camille Fidel (Nos intérêts éco-
nomiques au Maroc), pour 1901
France et Algérie.



Angleterre . . .
Espagne . ...
Allemagne . . .
Belgique ....
La part du commerce aigé



38 millions.
36.200.000 fr.

8.300.000 fr.

7.350.000 fr.

2.900.000 fr.
rien est, d'après lui, de 17.399.000,



dont 16.565.000 à l'importation, et 834.000 à l'exportation.



— 143 —

ques montrent donc bien la prépondérance de notre
action économique, grâce à notre commerce par la
frontière algérienne qui s'accroît tous les jours. —
Enfin, la prise de possession du Maroc par la France
est nécessaire à la sécurité de nos colonies nord-afri-
caines et non seulement à l'achèvement, mais à la
consolidation de notre œuvre, « pour couvrir notre
flanc gauche », a dit fort justement M. Delcassé. De-
puis 1830, le Maroc a, en effet, été le point de départ
ou d'appui de toutes les révoltes algériennes, la cita-
delle du fanatisme musulman et de la barbarie dressée
en face de l'Algérie et de la Tunisie, où nous nous
efforçons de répandre nos idées et notre civilisation.
La jalousie des autres puissances vis-à-vis de notre
œuvre a prolongé l'existence de cette menace, mais
plutôt que de donner prétexte à l'établissement d'une
puissance étrangère au Maroc, nous avons préféré
supporter toutes ses attaques, nous n'avons même pas
voulu user entièrement de nos droits et surtout em-
ployer « la manière forte », préconisée en Algérie en
1897, en 1900 et en 1903, l'expédition militaire suivie
d'annexion de territoire. Notre politique a pu être
taxée de faiblesse, mais a eu l'avantage d'empêcher
une ouverture intempestive de la question marocaine :
pour les médiocres avantages que nous aurions obte-
nus par la conquête des régions d'Oudja et de Fi-
guig qui ne valent que peu de chose par elles-mêmes,




par l'extension et la pacification des frontières \ nous
nous serions exposés à voir le Sultan implorer la pro-
terlion des autres puissances : l'Angleterre, l'Espa-
gne, l'Allemagne et l'Italie auraient alors profité de
la situation pour faire régler la question par une con-
féience internationale et entamer le partage du Ma-
ro< : nous aurions dû, pour éviter un conflit grave,
nous résigner à les laisser s'établir dans les riches
contrées de l'Atlantique et de la Méditerranée. A quoi
nous aurait alors servi la possession des vallées de
la Moulouya, du Guir et même des oasis du Tafilelt, si
nous n'avions pu nous en servir comme des bases
(Tupérations bien placées pour étendre notre action
politique et commerciale dans les régions véritable-
ment productives du Maroc ? — La France se trouve
acluellement dans une situation beaucoup plus favo-
rable que l'année dernière même, nous sommes éta-
blis solidement dans les oasis dont la défense est
mieux assurée, les tribus de Figuig, du Guir et du
TaOlelt sont contenues par les maghzen qui ont été
organisés dans nos marchés, le Sultan sent davantage
son impuissance et l'Europe, en face de l'anarchie
marocaine, comprend qu'on ne peut plus se borne-



1. Le jour où lautorité du Maghzen s'exercera sous le con-
trc^le et sous la haute suprématie de la France, nous aurons
du même coup réglé, ou plutôt supprimé la question de Fi-
guig... (et de) la frontière oranaise. R. Pinon, L'empire de la
Méditerranée, p. 283.



- 145 -

à maintenir le statu quo. Notre immixtion dans les
affaires marocaines peut donc être plus facilement
acceptée. — Le moment est venu de sortir de notre
réserve et de recueillir les fruits de notre patience,
il est temps d'en finir avec cette irritante question ma-
rocaine, il faut qu'aux rivalités internationales, fasse
place un accord qui permette de faire sortir le Maroc
du désordre dans lequel il se débat, d'y introduire la
civilisation et d'exploiter, comme il mérite de l'être,
ce pays que la nature a comblé de tant de dons et que
les hommes ont rendu stérile.

En plus de la supériorité de ses droits, il semble
maintenant indiscutable que, seule, la France peut
remplir ce rôle d'une façon qui sera profitable non
seulement à elle, mais à tous les intéressés.

Seule, en effet, elle possède une expérience suffi-
sante des affaires musulmanes, étant elle-même une
grande puissance musulmane ; seule, elle a des fonc-
tionnaires, particulièrement un service des affaires
indigènes connaissant à fond Arabes et Berbères, qui
saura agir sans blesser leurs coutumes et leurs
croyances. Seule, enfin, elle est en mesure d'exercer
une action efficace au Maroc, parce qu'elle a une base
d'action territoriale en Algérie, une armée algérienne
bien exercée et un élément d'influence puissant consti-
tué par ses sujets indigènes désormais domptés et
acquis à ses idées. L'histoire nous riiontre que ce

Bourassin. 10




— 146 —

n'est pas par l'ouest, par les ports que le Maroc a pu
être conquis, mais par terre, par la Porte du Maroc,
le défilé de Taza, la roule de Tlemcen à Fez : alors
que les Espagnols, les Portugais et les Anglais se sont
brisés dans leurs attaques par mer, les Phéniciens,
les Romains, les Byzantins et les Arabes réussirent
à s'emparer du pays par cette voie qui tournait et
isolait les massifs berbères, centre de la résistance
la plus acharnée aux envahisseurs. Il faut ajouter
aussi qu'alors que les Espagnols et les Anglais sont
détestés par les Marocains, la France compte au con-
traire des sympathies dans le Riff, chez les Beni-Snas-
sen de la Moulouya, à Ouezzan, et même dans le Sous
dont les habitants viennent en grand nombre travailler
en Algérie et en Tunisie et peuvent voir combien leurs
frères de race et de religion y sont plus heureux que
dans l'Empire chérifien. — Donc, au lieu de l'expédi-
tion longue et coûteuse, également préjudiciable au
pays conquérant comme au pays conquis, que toute
puissance autre que la France serait obligée 3'enlre-
prendre, celle-ci par les avantages de sa position, tant
politique et territoriale que morale, pourra seule
entreprendre la <( conquête pacifique », qui n'entraîne
pas les misères et les haines que cause la conquête
armée.

Mais, en France comme en Europe, cette idée a été
longue à s'imposer : les rivalités internationales ont



''"^W*:



— 147 —

fait maintenir jusqu'à ce jour un statu quo préjudi-
ciable à tous, parce qu'il laissait le pays en proie à
un désordre empêchant de tirer profit de ses res-
sources naturelles et le fermant presque absolument
au commerce extérieur. Plutôt que de voir une puis-
sance s'établir au Maroc, les autres préféraient se
lier elles-mêmes les mains, accepter les restrictions
que les Sultans imposaient aux importations comme
aux exportations et laisser dans l'insécurité ceux de
leurs nationaux qui osaient se risquer dans ce pays.

Heureusement, nous pouvons considérer comme
terminé le temps de cette politique étroite et néfaste.
— Le gouvernement français si longtemps timoré et
hésitant, l'opinion si longtemps ignorante et indiffé-
rente en matière coloniale, se sont pénétrés de l'idée
de la nécessité de notre action au Maroc et, en même
temps, un mouvement favorable à l'action française
s'est dessiné en Europe.

Le public français commença à s'occuper de la
question du Maroc seulement au moment de l'occupa-
tion des oasis sahariennes et des attaques qui en ré-
sultèrent sur notre frontière oranaise. La presse
commença à le renseigner sur ce pays qu'il connais-
sait mal ou pas du tout. L'action française au Maroc
fut préconisée par de nombreux journaux et revues

(Temps, Journal des Débats, Matin, Eclair Revue

politique et parlementaire, Revue des Deux-Mondes,




— «48 —

Revue de Paris, Revue des questions diplomatiques ■

et coloniales), sans compter <Ies livres comme ceux de i

MM. Mouliéras /'Le Maroc inconnu), Pinon (L'Empire ]

de la Méditerranée), des brochures comme celle de ]

M. Rouard de Gard (La Irontière Iranco-marocaine et i

le protocole du 20 luillet 1901) ; enfin des sociétés ]

comme l'union coloniale, la réunion d'études algé-
riennes, la société de géographie d'Alger, l'alliance
française, le comité de l'Afrique française, au sein
duquel se fondait en décembre 1902 le comité du Ma- \

roc \ le gouvernement général de l'Algérie faisaient
connaître le Maroc par ses bulletins, ses conférences,
l'envoi d'explorateurs et de missions commerciales
comme celle de M. Doutté en juin 1901 et de M. Dé-
chaud en septembre-octobre 1903. — Le groupe colo-
nial de la Chambre interpellait M. Delcassé sur ses
intentions, sur l'attitude de notre diplomatie ; les con-
ventions de 1901 et de 1902 furent examinées, discu-
tées, approuvées par les uns, attaquées par les autres.
La révolte de Bou-llamara, la situation précaire du
Sultan et de son maghzen, les conséquences qui pou-
vaient en résulter pour notre colonie africaine ne
firent qu'augmenter l'intérêt du public français pour la
question : les idées d'intervention se précisèrent. —
Le 11 mars 1903 eut lieu à la Chambre des députés un



1. Président : M. Etienne ; vice-président : M. Charles
Roux ; secrétaires : MM. Terrier et R. de Caix.



— 149 —

grand débat sur la politique extérieure : M. Delafosse
exposa l'état intérieur du Maroc, les convoitises euro-
péennes, il demanda au gouvernement de négocier
pour obtenir la liberté d'action au Maroc et en entre-
prendre la conquête pacifique. M. Raiberti critiqua
vivement l'attitude du gouvernement français, qualifia
de politique de dupe et d'abdication la politique de
maintien du slaiu quo que nous y pratiquions, il traça
tout un programme d'action politique au Maroc, de-
manda le prolongement immédiat vers la frontière
marocaine du chemin de fer de Tlemcen qui nous met-
tait à même d'agir énergiquement tout en respectant
l'intégrité du pays et le pouvoir du Sultan. M. Del-
cassé répondit que nous ne tolérerions jamais l'ingé-
rence d'une autre puissance dans les affaires maro-
caines, mais que nous devions agir avec prudence.
M. Ribot montra l'insuffisance de cette action en face
des agissements de l'Angleterre et l'impossibilité d'un
partage du Maroc. — Les 19, 20 et 23 novembre 1903
eurent lieu des séances plus importantes encore à pro-
pos de la discussion du budget des affaires étran-
gères à la Chambre : des hommes des partis les plus
différents y prirent part, et il ressortit du débat ce
remarquable résultat que tous furent d'accord sur la
nécessité d'une prompte action de la France au Ma-
roc et ne différaient que sur les moyens de l'exercer.
Tous voulaient une conquête pacifique, mais tandis



— 150 —

que MM. Deschanel et Jaurès critiquaient la politique
(le collaboration avec le Sultan, et préconisaient l'en-
tente directe avec les tribus, que MM. Boni de Castel-
lane et Gauthier de Chagny attaquaient l'entente avec
l'Angleterre et l'Italie, si elle avait pour but d'établir
la première à Tanger et la seconde en Tripolitaine,
MM. Delcassé et Etienne soutenaient la méthode d'en-
tente avec le Sultan. M. Thierry résumait ainsi la
discussion ' : c( Deux systèmes sont en présence : il
s'agit de savoir si la diplomatie française, sous la
haute autorité 'de M. le ministre des affaires étran-
gères doit suivre son action, pacifique bien entendu,
... avec le gouvernement régulier dans toute la mesure
où celui-ci peut donner son concours et dans la me-
sure où on peut agir de concert avec lui. — Il s'agit
ensuite de savoir si notre diplomatie doit s'exercer
autrement, c'est-à-dire contre ce gouvernement régu-
lier et avec les tribus nomades et insaisissables qui
sont en révolte contre lui ».

Le résultat direct de ces séances fut l'adoption par
451 voix contre 125, malgré l'opposition de M. Del-
cassé du renvoi aux commissions des affaires exté-
rieures et du budget d'une proposition de M. Jaurès
tendant à inscrire au prochain budget des crédits des-
tinés à développer notre action pacifique dans les



1. Journal Officiel, 24 novembre.



W^'^V~~^



— 151 —

tribus marocaines. Mais la commission des affaires
extérieures se rallia aux idées d'entente avec le Sul-
tan, sur les instances de M. Etienne, et refusa l'ins-
cription des crédits. Une conséquence plus importante
fut le dépôt, le 13 décembre, par le ministre des tra-
vaux publics d'un projet de loi ayant pour objet la
déclaration d'utilité publique du chemin de fer de
Tlemcen à Lalla Marnia ; M. Etienne fit de suite un
rapport sur ce projet au nom de la commission des
travaux publics et des chemins de fer, le projet fut
adopté après déclaration d'urgence et une convention
fut passée avec la Compagnie de l'Ouest-algérien, le
17 décembre, pour la construction de ce chemin de
fer. La convention fut approuvée par une loi, le 29
décembre ' : la ligne doit être exécutée en quatre ans
et exploitée par la compagnie de l'Ouest-algérien avec
garanties d'intérêts de l'Etat. Cette ligne avait été
classée depuis le 18 juillet 1879 dans le réseau des
chemins de fer d'intérêt général de l'Algérie, mais sa
construction n'avait jamais été votée. Tous les colo-
niaux réclamaient la construction de cette ligne qui
arrive à 14 kilomètres d'Oudja et à six jours de
marche de Fez, et sera la grande artère de pénétra-
tion politique et commerciale au Maroc, quand elle
sera prolongée sur Oudja, Taza, Fez, Mequinez et



1. Le 30 décembre fut promulguée la loi organisant les
territoires du Sud.




— 152 —

[«ahiit qui seront ainsi reliées directement à Oran,
Al^cr et Tunis : c'est un des meilleurs moyens d'éta-
IjIii' notre prépondérance effective au Maroc. — M.
Hi Icassé avait dit à la Chambre, le 23 novembre :
.r ,.... Lorsqu'on parle aujourd'hui d'une question
iiiurocaine, d'un problème marocain, l'idée que, dans
l;i -olulion, le mot décisif appartient à la France est
(lr\enue presque familière et paraît presque naturelle
!i i eux-là mêmes qui, en d'autres temps, se seraient
*')li5 obligés de la combattre avec le plus d'acharne-
inrnl, ( il y a) une évolution de l'opinion universelle
tnatitageuse pour notre pays ». — Le 26 décembre,
;nj Sénat, à propos également de la discussion du
lunlget des affaires étrangères, sur une question de
M. xMillaud, M. Delcassé, après avoir exposé la poli-
!i([iie au Maroc, fit cette déclaration : « La preuve que
Il nus sommes dans la bonne voie, c'est que la situation
-|nHiale, singulière, que crée vis-à-vis du Maroc la
l^o!5^ession même de l'Algérie n'est à cette heure con-
iLstée par personne, probablement parce qu'on se
wnd compte que l'action civilisatrice que nous som-
mes appelés à exercer au Maroc en y consolidant

lins intérêts prépondérants sera finalement profitable
nii Maroc et à Fensemble des intérêts étrangers ».

En effet, un revirement en notre faveur s'était des-
tine en Europe, même dans la presse anglaise et la
[►T-esse espagnole qui jusqu'alors n'avaient contenu



— 153 —

que des attaques contre nous, avaient dénoncé
comme des atteintes à l'intégrité du Maroc l'exercice
le plus légitime de nos droits dans nos possessions
algériennes, et même égaré une partie de l'opinion
française au point que certains de nos hommes d'état
avaient hésité à faire occuper les oasis sahariennes.
Les mieux disposés à notre égard nous reconnais-
saient seulement un droit à une part de l'empire ma-
rocain, et nous avons vu quelle était cette pari, la con-
trée la plus médiocre du Maroc, celle qui touchait à
notre frontière. — Mais à partir de 1898, et surtout
de 1901, la situation se modifia à notre avantage, l'Es-
pagne et l'Angleterre, en proie à des difficultés exté-
rieures, devinrent plus accommodantes, le ton de leurs
journaux devenait moins agressif. Alors qu'en 1894,
M. Torrès Campos ' parlait de la possibilité pour l'Es-
pagne de s'emparer du Maroc tout entier, un article
de la Leclura attribué à M. Silvela envisageait nette-
ment la nécessité d'un accord franco-espagnol pour
établir un condominium au Maroc. Dans la Revista
de Aragone, M. J. Ribcra préconisait également l'al-
liance française (il est vrai que d'autres, comme la
Epoca, conseillaient l'entente avec l'Angleterre et TAl-
lemagne contre la France). En 1898, un Anglais, M.
Usborne, déclarait, dans la Revue des Questions di-



1. Revue de Droit inlernalional, t. XXVI, p. 229 : « La ques-
tion de Melilla et la politique internationale de l'Espagne ».



- 154 -

ptomatiques el coloniales \ que ce qui empêchait
l'Angleterre de laisser le champ libre à la France an
Maroc était la crainte qu elle n'établît des tarifs pro-
hibitifs pour le commerce anglais ; il ajoutait qu'en
cas d'annexion (hi Maroc par la France, l'Angleterre
occu}>erait Tanger. Mais, en juillet 1900, Lord Bras-
î^ey déclarait qu'il fallait nous y laisser entière liberté
d'action, el en 1902, un article du journal anglais le
Specfalor, déclarait qu'on pouvait considérer le Maroc
» <!Omme le peculium de la France à condition que les

rives du détroit soient neutralisées, Tanger déclaré
port franc et que la France prenne l'engagement de
ne pas élever de droits de douane pendant vingt ans.
« „. Concordance significative, dit M. R. Pinon ^ ;
elle prouve que, de l'aveu même de nos rivales, la
France est seule en état d'exercer une influence paci-
fique assez forte pour rétablir l'ordre de l'Empire ma-
rocain et y assurer la sécurité du commerce. »

Le moment favorable était donc arrivé pour la
France ; mais, avant de pouvoir établir d'une façon
effective notre tutelle sur le Sultan, il fallait négocier
avec les puissances qui avaient des intérêts au Maroc,
profiler de leurs bonnes dispositions pour obtenir
d'elles qu'elles nous laissent agir au Maroc ; pour ar-






1. N« du 1«^ septembre 1898. L'Angleterre et le Maroc.

2. Le Maroc et les puissances européennes {Revue des
Deux-Mondes, 15 février 1902).



1



— 155 —

river à ce résultat, il fallait leur faire des concessions,
tenir compte de leurs intérêts, il fallait engager des
pourparlers par la voie diplomatique.

Il y avait surtout des obstacles à craindre de la part
de l'Angleterre, nous avons vu qu'en plus de son grand
rôle économique, elle a au Maroc un intérêt politique
des plus importants, la liberté du détroit de Gibraltar :
cette question plus que toute autre avait été cause de
l'hostilité acharnée et systématique que nous avions
rencontrée de la part de l'Angleterre du jour où nous
nous sommes établis en Algérie.

Dès le mois de janvier, M. Delcassé se mit à l'œu-
vre, il trouva le gouvernement anglais favorablement
disposé à une entente réglant tous les différends qu'il
pouvait avoir avec la France dans le monde. Les né-
gociations furent poussées avec activité par Lord
Landsdowne et M. Cambon, et, le 8 avril 1904, fut si-
gnée à Londres une convention par laquelle les deux
gouvernements terminaient leurs litiges en se faisant
des concessions réciproques. Une déclaration spéciale
concernait le Maroc et l'Egypte : il y était dit :

a Article 2. — Le gouvernement de la République

française déclare qu'il n'a pas l'intention de changer l'état
politique du Maroc. De son côté, le gouvernement de S. M.
Britannique reconnaît qu'il appartient à la France, comme
puissance limitrophe du Maroc sur une vaste étendue, de
veiller à la tranquillité de ce pays et de lui prêter son assis-
tance pour toutes les réformes administratives, économiques,
financières et militaires dont il a besoin. Il déclare qu'il




— 156 -

n'entravera pas raction de îa France à cet effet sous réserve
que cette action laissera intacts les droits dont, en vertu des
traités, conventions et usages, la Grande-Bretagne jouit au
Maroc, y compris le droit de cabotage dont bénéficient les
navires anglais depuis 19^>1.

..... tf Article 4. — Les deux gouvernements également
attachés au principe de la liberté commerciale tant en Egypte
qu'au Maroc, déclarent qu'ils ne s'y prêteront à aucune iné-
galité, pas plus dans rébiblj>s*^ment des droits de douane
ou autres taxesj que dans rétablissement des tarifs de trans-
port par chemin de fer. Le commerce de Tune et de l'autre
avec le Maroc et avec l'Egvfite jouira du même traitement
pour le transit par les possessions françaises et britanniques
en Afrique... Cet engageinenl réciproque est valable pour
une période de trente uu^. Faute de dénonciation expresse,
une année au moins à Favance, cette période sera prolongée
de cinq en cinq ans. Toutefois, le gouvernement de la Répu-
blique française au Maroc, et le gouvernement de S. M.
Britannique en Egypte se réservent de veiller à ce que les
concessions de routes, choiuins de fer, ports, etc., soient
données dans des conditions telles que l'autorité de l'Etat
sur ces grandes entreprises d'intérêt général demeure en-
tière ».

a Article 5. — Le fjtfuvprnement de S. M. Britannique dé-
clare qu'il usera de son influence pour que les fonctionnaires
français actuellement au service égyptien ne soient pas mis
dans des conditions moins avantageuses que celles appli-
quées aux fonctionnaires anglais du même service.

Le gouvernement de la République française, de son côté,
n'aurait pas d'oppnî?ition à ce que des conditions analogues
fussent consenties aux fonctionnaires britanniques actuelle-
ment au service marocain rt.

fl Article 7. — Afin d'assurer le libre passage du dé-
troit de Gibraltar, les deux gouvernements conviennent de
ne pas laisser élever de fortifications ou des ouvrages stra-
tégiques quelconques sur la partie de la côte marocaine com-
prise entre Melilla et les hauteurs qui dominent la rive droite
du Sébou exclusivement. Toutefois, cette disposition ne s'ap-



— 157 —

plique pas aux points actuellement occupés par TEspagne
sur la rive marocaine de la Méditerranée.

« Article 8. — Les deux gouvernements, s'inspirant de
leurs sentiments sincèrement amicaux pour l'Espagne, pren-
nent en particulière considération les intérêts qu'elle tient
de sa position géographique et de ses possessions territo-
riales sur la côte marocaine de la Méditerranée et au sujet
desquels le gouvernement français se concertera avec le gou-
vernement espagnol. Communication sera faite au gouverne-
ment de S. M. Britannique de l'accord qui pourra intervenir
à ce sujet entre la France et l'Espagne.

« Article 9. — Les deux gouvernements conviennent de
se prêter l'appui de leur diplomatie pour l'exécution des
clauses de la présente déclaration relative à l'Egypte et au
Maroc ».

Ce traité constitue un succès diplomatique indé-
niable pour la France. En effet, si nous renoncions à
entraver désormais l'action anglaise en Egypte, si
nous lui laissions la libre disposition des excédents
annuels accumulés par la caisse de la dette, si, en un
mot. nous reconnaissions le fait accompli, l'Angle-
terre nous reconnaît en échange la suprématie sur le
Maroc, sans doute avec des restrictions concernant
les droits d'établir des tarifs différentiels de douanes
et de construire des fortifications, mais la première de
ces restrictions est réciproque et temporaire, et la se-
conde est préférable à la création d'une zone neutre en-
tre Tanger et Ceuta, qui aurait été administrée par le
Maroc seul \ l'Espagne ou même une puissance com-



I. Lorin, La question du Maroc {Revue politique et parle-
mentaire, n° de juillet 1903).



••r



— 158 —

me; la Delj^iijuc ', un surtoul par une commission in-
ternationale. Jamais le minislèie brilannique, le mieux

disposé à noh'e éganf, n aiirail \m ubtenii" du pays
où Ton a si longlcmps demandi} l oecupalion de la
rive Sud flu délroil, que la France pùl y élever des
fortifjcalioris : d'ailleurs, celle prélenlîon de nolri'
pari aurait jH'uvoïpié rbostililé de loules les puis-
.sanees méditerranéennes. Le détroit tlevrail être libre,
r.Vnglelerj'o à Gibrallar bénéficie du fail accompli el
de la longue iKissession.

Il sesl trouvé des journaux en PVante, comme La
Libre Parole*, pour déplorer celte convention, (t L'An-
gleterre met la main pre.sque sans opposition sur celle
terre merveilleuse de TEgyple, terre de Thisloire,
terre de la richesse, inépuisable source de fécondité, h
— Il ne semble pas que nous devions nous associer
aux regrets de M. Drumont ; nous avons par notre
faute, par ravenglement de nos cliambres, perdu la
partie en Egypte, nous avons refusé, en 1S82,
raction commune que TAngleterre nous y pro-
posait, nous Lavons laissée s'y établir seule, il vaut
mieux maiiUenanl s'incltner, cesser la politique de
coups d'épingle, de tracasseries, de fausses manœu-
vi-es, comme l'envoi de la mission Marchand, (pii n'a
pu aboutir qu'à Léchée de Faclioda, par laquelle nous



1, V. Collin, Le Maroc el tes inïéréis belges.

2. NMu 11 avril 1904



— 159 —

avons essayé de gêner l'œuvre de l'Angleterre en
Egypte ; elle n'a eu pour résultat que de prolonger
l'hostilité entre les deux pays et d'amener des repré-
sailles. En janvier 1904 \ le Comité du Maroc disait
à ce sujet :

«... Pour faire admettre notre prépondérance (au
Maroc), nous devrions consentir ailleurs à des sacri-
fices, quelque pénibles qu'ils fussent, à des sentiments
anciens et contraires à des traditions séculaires..., re-
noncer à nous attarder sur des rêves condamnés par
nos propres fautes, (faire) de la politique réaliste... »
Le Maroc n'a peut-être pas la même valeur que
l'Egypte, mais il a l'avantage, pour nous, de sa proxi-
mité, de sa magnifique situation sur l'Atlantique et
la Méditerranée ; sa possession nous permet surtout
l'édification définitive de notre empire africain. (Enfin,
nous gardons en Egypte certains privilèges et élé-
ments d'influence, et la liberté du canal de Suez est
assurée). <( En Egypte, comme au Maroc, dit M. R.
de Caix ^ chacune des deux nations sauvegarde
l'accessoire, mais cède le principal, s'inclinant devant
la situation de fait prépondérante, prise par l'autre, et
qu'elle ne pouvait contester que les armes à la main
par une guerre à laquelle ni l'Angleterre, ni la France



1. Bulletin du Comité de l'Afrique française, n° de janvier
1904. A propos du Comité du Maroc.

2. Bulletin du Comité de l'Afrique française, avril 1904.




— 160 —

ne seraient allées de propos délibéré ». — La com-
pensation que nous donne l'Angleterre (800.000 kil.
rarrés et à peu près 15 millions d'habitants) en vaut la
[teine et, même, quand on a vu les campagnes menées
ca Angleterre pour la prise de possession de Tanger,
les intrigues anglaises au Maroc, nous pouvons nous
élonner de la facilité et de la rapidité avec laquelle sa
politique a évolué et nous reconnaît une suprématie
qu'elle avait toujours contestée et combattue jusque-
bi. — On a émis l'opinion que de nouveau l'Angleterre
voulait nous amener à une de ces « ententes cor-
diales », qui, sous Louis-Philippe et Napoléon III
avaient eu pour résultat une quasi-vassalité de la
France pour tout ce qui concernait la politique exté-
rieure : il est certain que toute notre histoire nous
enseigne qu'il faut se défier des Anglais aussi bien
comme amis que comme ennemis, qu'ils ont toujours
su se délier de leurs engagements en nous faisant tenir
les nôtres, nous entraîner dans des actions communes,
lies guerres même dont ils retiraient tous les profits
alors qu'elles ne nous rapportaient qu'une gloire sté-
rile. Mais il faut actuellement considérer que la situa-
tion politique et économique de l'Angleterre a beau-
coup changé. Jusque ici sa seule rivale commerciale,
maritime et coloniale avait été la France, c'est pour-
(;uoi elle cherchait soit en s'alliant avec elle, soit en
la combattant, à entraver son action. Mais mainte-



'«TvV^^.--



- 161 -

nant, dit M. Alphonse Humbert ^ : « Les Anglais sont
tout à fait revenus du splendide isolement. Ils ne se
croient plus de force à imposer leur volonté aux deux
hémisphères. Depuis qu'un grave péril — la montée
de l'Allemagne industrielle, commerçante, coloniale
et qui sait, ambitieuse même de la suprématie navale
— a surgi à leur horizon, ils ont perdu leur superbe,
leur foi aveugle en eux-mêmes, leur dédain des con-
venances d'autrui, leur arrogance brutale jusqu'à la
perfidie. Ils sont devenus loyaux depuis qu'ils courent
risque de mort à ne pas l'être ». — De son côté, M.
Jean Darcy "* dit que l'Angleterre, en face de la con-
currence de l'Allemagne, des Etats-Unis, de la Rus-
sie, du Japon même, des faiblesses révélées par la
guerre du Transwaal, des éventualités menaçantes du
conflit russo-japonais « s'est aperçue qu'elle était im-
puissante à s'insurger davantage contre l'essor gran-
dissant de tout l'univers que, dans l'intérêt même de
ce qui restait de sa prééminence, elle devait faire la
part du feu. De là, les avances prodiguées à notre
pays qui, de tous ses concurrents, semble le plus

facile à amadouer et son désir sincère d'aplanir

les difficultés.

On ne peut donc que louer la clairvoyance de notre



1. Eclair, n° du 10 avril 1904.

2. Sir Charles Dilke et l'entente cordiale {Revue politique
et parlementaire, mars 1903).

Bourassin. 11



f



— 162 —

diplomatie en celle circonstance : elle a su choisir
[)Our négocier et profiler des avances que nous faisait
l'Angleterre pour signer d'abord avec elle un traité
d'arbitrage, puis terminer d'un seul coup toutes leâ
questions litigieuses communes, le moment où elle
était disposée à faire des concessions. — D'ailleurs,
toute la presse européenne y a vu un événement de
la plus haute importance et les journaux ont tous
constaté, les uns avec sympathie, les autres avec
amertume, le succès que la France a remporté dans
la solution de la question marocaine. Certains jour-
naux anglais chauvins {le Globe, la Sainl-James Ga-
zelle, le Morning Posl, la Pall-Mall Gazelle) firent
certaines réserves dans leur approbation du traité,
trouvèrent que l'Angleterre donnait plus qu'elle ne
recevait (ce n'était en effet pas son habitude jusque-
là), mais l'ensemble de la presse, tant conservatrice
que libérale, accueillirent l'accord avec satisfaction.
En Autriche, le Zeil, le Tagblall et le Fremdenblatt
\ antèrent l'heureux résultat obtenu par la diplomatie
française : il en fut de même en Italie. Il fut commenté
avec plus de froideur en Allemagne et en Russie, mais
le mécontentement fut grand en Espagne : tous les
journaux montrèrent un grand désappointement, ac-
cusèrent le ministère Maura d'avoir laissé faire cette
convention sans intervenir pour que les droits de
l'Espagne soient respectés, ils déclarèrent que ce



— 163 —

traité consacrait la honte de l'Espagne et son expul-
sion du Maroc (El Globo, Diario universal, Corres-
pondencia).

Quant aux gouvernements, aucun ne protesta. Les
chambres anglaises approuvèrent le traité à Tunani-
mité. En Allemagne, M. de Biilow déclara au R-eichstag
que les intérêts allemands au Maroc étant d' « ordre
principalement économique », l'Allemagne avait aussi
« grand intérêt à ce que l'ordre et la paix régnent dans
le pays » et (( n'avait aucun motif de craindre que ses
intérêts économiques au Maroc soient mis à l'écart ou
reçoivent une atteinte du fait d'une puissance quel-
conque ». — Il semble que la France a engagé aussi
des négociations avec l'Italie et avec l'Espagne, mais
nous ne savons rien d'officiel sur leur issue. Nous
avons dit ce que nous pensions de l'accord avec l'Ita-
lie si, comme on peut en conclure des déclarations
de MM. Prinetti, Delcassé et Barrère en 1901, la
liberté d'action lui a été reconnue en Tripolitaine, en
échange du même avantage au Maroc. Quant à l'Es-
pagne, le 12 avril dernier, MM. Abarzuza et Rodri-
guez San Pedro, l'un ancien ministre, le second
ministre actuel des affaires étrangères, ont nié l'exis-
tence d'un traité d'action commune et de partage qui
aurait été conclu le 11 novembre 1902, mais il semble
que des pourparlers ont été commencés, mais inter-
rompus par suite des exigences de l'Espagne. En




— 164 —

tout cas, Tarlicle 8 du traité franco-anglais montre
clairement que la France est toute décidée à les re-
prendre.

Ce traité ne pouvait être que bien accueilli, car il
respectait les intérêts économiques de tous en accor-
dant la liberté commerciale et Tégalité de traitement
au Maroc. Les puissances intéressées ont tout à
gagner au point de vue de la sécurité et du développe-
ment de leurs affaires à l'établissement de la tutelle
de la France au Maroc. Lord Lansdowne disait, à ce
sujet, dans une dépêche à sir Edmund Monson * : « Le
gouvernement de S. M. n'est pas disposé à assurer
de telles responsabilités et à faire de tels sacrifices
(faire cesser l'anarchie au Maroc), et en conséquence,
elle a volontiers admis que si une puissance euro-
péenne doit avoir une influence prépondérante au Ma-
roc, cette puissance est la France ». On a dit en
France que cette liberté commerciale nous enlèverait
tout le bénéfice de la conquête, que nous allions en-
core une fois travailler pour les autres : il n'en sera
pas ainsi si nos commerçants savent agir, profiter de
notre situation politique et morale dans le pays qui
constituera à leur profit une grande supériorité sur
leurs rivaux étrangers ^ Sans doute, l'égalité com-



1. 8 avril 1904.

2. Comme le dit M. C. Fidel : « Nos intérêts économiques
au Maroc » : « La domination politique n'est jamais stérile



■i ^"^-^



— 165 -

merciale est dangereuse, mais ce n'était qu'à cette
condition que nous pouvions obtenir que l'Europe
ne s'oppose pas à notre établissement au Maroc.

La France peut donc maintenant se regarder
comme investie par l'Europe de la mission d'ouvrir
le Maroc à l'expansion européenne : à part les récla-
mations de l'Espagne, le côté diplomatique de la ques-
tion peut être considéré comme résolu.

Il nous reste maintenant une tâche délicate, celle
de nous établir au Maroc : « La tâche n'est pas facile,
dit M. Harris, correspondant du Times à Tanger \
Elle exigera une grande patience et un grand tact.
Les Anglais assisteront avec intérêt et sympathie à
cette grande entreprise civilisatrice ». — Comment
devons-nous agir au Maroc ? Faut-il en faire la con
quête militaire ou la conquête pacifique ? Que devra
être la conquête pacifique, si elle est employée ? En-
fin, quelle part faut-il faire aux prétentions espagnoler-
au Maroc ?

Il semble bien qu'à l'heure actuelle, personne ne
pense plus en France à renouveler les fautes que nous



en bénéfices économiques, ne serait-ce que dans le chapitre
des grands travaux publics ».

Tout est à faire en cette matière au Maroc, et l'article 4 de
la déclaration franco-anglaise concernant l'Egypte et le Ma-
roc, stipule expressément que l'Etat français concédera
comme il l'entendra les grandes entreprises d'intérêt géné-
ral.

1. National Review, 29 avril 1904.



— 166 —

avons commises en Algérie : on sait ce que la con-
quête armée nous a coûté de temps, d'hommes el d'ar-
gent, quelle maladresse nous avons l'aile en voulant
implanter en Algérie nos mœurs administratives sans
tenir compte de la différence du caraclère musulman
et du nôtre. — La conquête et le régime de prolerlorat
imposé à la Tunisie ont montré le progrès que nous
avions fait en matière coloniale : nous avons su nous
emparer de ce pays sans grande effusion île sang et
respecter le gouvernement indigène avec lous ses
rouages en ne faisant que le conirùler : il faudra agir
de laçon plus discrète encore au Maroc où la popti-
lation dans son ensemble est fanalique et plus hoslilc
aux étrangers que dans tout le ruste du monde musul-
man.

Nous devons d'abord rétablii' l'aulorilé du Sultan,
nous faire ses collaborateurs. Celle politique a été,
comme il a été dit, vivement attatpiée en Algérie el à
la Chambre par MM. Jaurès él Deschanel, partisan^
do l'entente directe avec les trfbus : on est même allé,
croyant la situation du Sultan plus désespérée qu'elle
ne t'était en réalité, jusqu'à parler de soutenir le pré-
tendant Bou-Hamara, de renvej^sei' le Sullan et de le
remplacer par son frère, Moulay-Mohammed, ou
notre protégé le Chérif d'Ouezzan ; mais celui-ci n'a
jamais tenu à exercer au Maroc le pouvoir temporel
il se contente de son autorité spirituelle et de Tadmi-



— 167 —

nislration des immenses biens de sa confrérie. Quant
au prétendant, il n'est qu'un vulgaire aventurier, un
chef de circonstance n'ayant pas pour lui le prestige
des Chorfa Filali qui occupent depuis 1664 le trône
du Maroc, nous savons d'ailleurs maintenant à quoi
nous en tenir sur sa puissance réelle, elle n'est pas
plus brillante que celle du Sultan, il n'a pas non plus
d'argent et d'armée. Pour ce qui est enfin de Moulay-
Mohammed, nous serions moins sûrs encore de î^':
fidélité que de celle d'Abd-el-Aziz qui, étant plus jeune,
sera plus docile. Le Sultan actuel est inexpérimenté,
mais plein de bonnes intentions, de désirs de réfor-
mes : nous n'avons qu'à lui inspirer une confiance
absolue, à lui montrer que nous seuls pouvons conso-
lider son pouvoir, à être pour lui des guides bien-
veillants qui l'émanciperonl dès qu'il sera mieux à
même de gouverner et qu'il aura acquis nos idées. —
Il ne faut donc pas nous laisser aller à une politique
d'aventures qui donnerait la tentation d'intervenir
aux puissances qui se sont résignées à contre-cœur
à l'établissement de notre prépondérance. Ne risquons
donc pas de provoquer le mécontentement du magh-
zen, ne nous créons pas de nouvelles complications,
nous aurons bien assez de résistances à vaincre. Con-
servons à chacun sa place au Maroc, Sultan comme
fonctionnaires, mais contrôlons leurs actes, répri-
mons leurs exactions et empêchons leurs abus. En-



— 168 -

voyons de suite prèn du Maglizen un (liplomale qui
sera, comme lonl Cromer en Egypte, le cooseiller du
Sulian le dirigera dans sa polilique intérieure el cxlé-
rieure. — Il faut faire régner l'ortire dans le pays, en
finir aver Bou-Hamara el autres rebelles. Le général
Derrécagaix, ,MM. Saballîer el Jaquèlon ronseillent,
pour arrivt*r a ce résuUat plus rapidement, d'appuyer
notre action par t'établissement de troupes à Oudja
el à Figuig, ou même dans le Bled-Siba tout entier
(bassin de la Munbniya, Hiff. Atlas, TafilelD, en ne
laissant |>ltis le Sulian gouverner- que les plaines du
versant de rAtlanlif]ue. Mais sansélro de Favis de >f,
Jaurès, qui croit que nous pourrons pénétrer de suite
au .Maroc en apoires de la paix e( de la civilisation,
que nous gagnerons les Marocains par nos seuls bien-
faits, il semble qu'il sera préférable d'user le moins
possible de l'action militai ï'c pai" l'armée française^
(seulement si nous y sommes absolument contraints
par les événemenls, si, en dêjiit de lous nos efforts,
la tt guei're sainte »> était déclarée contre nous, mais
une politique prudente pourra, espérons-le, éviter,
empêcher toute explosion de fanalisme). Il serait
peu polilicpie de commencer par porter atteinte à Tem-
pire chérifien au mépris de nos engagements avec
l'Angleterre, et [>ar alarmer le Sultan en lui enlevant
une partie de ce qu'il considère comme son empire
(c'est en 1844 qu'il aurait fallu le faire, c'est nous-




»<P"™"W"iPpP9!IP^



— 169 —

mêmes qui avons habitué le Sultan à se regarder
comme souverain effectif jusqu'à l'Oued Kiss et à Fi-
guig). Il ne faut pas tomber dans l'illusion que nous
pourrons nous établir au Maroc sans tirer un coup de
feu, mais c'est l'armée marocaine qu'il faut faire agir.
La première partie de notre tâche est de réorganiser
l'armée du Sultan ; il lui faut des cadres solides, les
éléments ne nous manquent pas pour la construire,
nous avons déjà notre mission militaire à Fez dirigée
par le commandant Fariau, des officiers à Oudja et
à Figuig ; nous pouvons facilement tirer de l'élément
indigène de notre armée d'Afrique des officiers et
sous-officiers tout dévoués à notre cause, suffisam-
ment capables, qui seront bien accueillis par les Ma-
rocains, étant leurs frères de race et de religion. Nous
fournirons à cette armée des armes et des munitions
et, quand elle sera équipée et instruite, nous pourrons
par de petites opérations de police énergiquement
menées, venir à bout peu à peu des rebelles irréduc-
tibles de l'Empire. Le Sultan aura à sa disposition
la force, si nécessaii^e en pays musulman, qui lui a
manqué jusqu'ici pour établir les réformes qu'il avait
projetées. — Mais, pour organiser et entretenir cette
armée, il faudrait de l'argent ; or, le trésor impérial
est vide et les impôts ne rentrent plus, nous devons
avancer au Sultan les sommes nécessaires: M. Zanga-
russiano, représentant de la banque de Paris et des



— 170 —

Payi^Bas, est en train de négocier avec lui à ce su-
jel ' : la Banque, qui agit comme mandataire des
grands élablissemenls de crédit français, rachèlera les
emprunts qu'il a contractés en France, en Angleterre
et en Kspagne, et lui fournira de nouveaux fonds
moyennant un gage sur les douanes des ports.

Quand Tordre et la sécurité régneront au Maroc,
quand la situation financière sera rétablie, nous pour-
rons réformer l'administration et la justice, le sys-
tème fiscal, mais en conservant des institutions an-
ncnnes, tout ce qui peut en être gardé : il faut une évo-
lution et non une transformation brusque qui serait
ma! comprise par les indigènes et les irrileiait ; il faut
ublenir clés fonctionnaires de tout rang plus de sou-
mission vis-à-vis du pouvoir central et plus d'honné-
tclé vis-à-vis de leurs administrés ; les choisir parmi
les infiigènes éclairés et favorables à notre expansion,
les faire aider par quelques Européens, il faudra
enliii qu'ils aient à leur disposition une force suffi-
sante i)our être respectés et obéis.

(''csl alors seulement que nous pourrons entamer
réellement la partie économique de notre programme
de pénétration : établissement de chemins de fer, de
routes, canalisation des voies navigables, creusement
et outillage des ports, il faudra étudier le pays au



h Temps, 7 avril 1904.




— 171 -

point de vue scientifique, agricole et industriel, con-
naître exactement les ressources qu'il présente. Il
faudra le mettre en valeur, y envoyer des colons sur
des terres que nous achèterons ou louerons aux indi-
gènes sans les exproprier comme nous l'avons fait à
tort en Algérie, des industriels, des commerçants qui
amélioreront le commerce intérieur et extérieur, il
faudra y développer les relations internationales, par-
ticulièrement avec l'Algérie, par la création de lignes

maritimes régulières, de primes à l'exportation

Nous pourrons enfin dans le Maroc pacifié et bien
administré, répandre nos idées, augmenter le bien-
être des habitants par la création de bureaux de
poste, marchés, institutions de prévoyance, de crédit,
de bienfaisance, faire en un mol cette politique de
<( conquête pacifique », telle que la rêve M. Jaurès. —
Mais ce ne sera pas l'œuvre d'un jour ni d'une année :
il nous faudra triompher de bien des défiances, vain-
cre bien des hostilités, être patients, prudents, mais
avisés et fermes, sachant nous attacher les uns et nous
faire craindre des autres, faire sentir quand il en sera
besoin le poids de notre force, mais ne l'employer
qu'à bon escient quand tous les moyens de concilia-
tion seront épuisés \ Nous devrons user de toutes les



1. Certaines personnes ont émis l'idée de nous attacher da-
vantage encore le Sultan en faisant de lui le Pape des Musul-
mans de rite malékite, mais cette extension de pouvoir



— 172 -

îniluennes dont nous pouvons disposer, soît dans le
maglvivu^ soit auprès des cheikhs et marabouts, agir
sur les Iribus, mais pour le compte du Sullan, créer
lies Iribus maghzen, sorte de milice, de police indi-
gène qui assurera Tordre sur leur territoire. Le jour
où le Sultan aura, grâce à nous, une année et une
adminisiration solides, où personne n^aura plus à
CI aindre la disette et les exactions des fonctionnaires,
il n y aura j)lus de bled-siba, de pays insoumis. Les
Berbères, pourvu qu'on respecte leurs institutions el
leurs i;oi dûmes, qu'on les taxe modérément, compren-
dront qu'ils ont moins d'avantage à se battre et à
piller qu'à se soumettre avec nous et nos indigènes :
c est ce qui commence à se produire sur les contins
franco-niarocains. Le récent voyage de M. Etienne à
Ondja, l'iguig, Béchar et Kenadsa, les bons rapports
des aulorilés d'Oudja et de Figuig avec les autorités
algériennes montrent les progrès de l'influence fran-
çaise dans ces contrées hier encore rebelles. Il y aura
bien sans doute encore quelques attentats, quelques
coups de main, mais ce sera l'œuvre de bandits iso-
lés, de criminels de droit commun, qu'il faudra clui-



I



pourrait être imprudente, il faudrait être bien sûr de sa fidé- |

lilé, car un pouvoir spirituel aussi étendu pourrait rencou-
rager h provoquer un mouvement de fanatisme iiostile aux
Européens.



i



•- 173 —

lier comme tels et non plus Tindice d'une lutte de
races et de religion.

C'est justement ce qu'il y aurait à redouter si noui^
agissions au Maroc de concert avec l'Espagne. — De
nombreux publicistes, MAI, Louis, S abat Lier, Sembat,
R. Pinon môme, sont d'avis de tenir compte des droits
de l'Espagne et de partager avec elle le Maroc.

Que valent d'abord exactement les droits de TEs-
pagne ? Sans doute, le Riff ressemble à T Andalousie,
les races qui habitent ces deux provinces ont de nom-
breux points communs ; TEspagne a entrepris depuis
le XV" siècle de nombreuses expéditions au Maroc ;
mais qu'en a-t-elle rapporté, de mauvaises forteresses
qui ne constituent même pas des bases sérieuses d1n-
vasion ni d'influence et la haine implacable des Maro-
cains qui fj*équenient peu leurs présides à cause des
vexations qu'ils y supportent \ Les luttes des Espa-
gnols contre les Maures ont toujours eu le caractère
de croisades ; elles ont été le heurt de deux fanatis-
mes. — Peut-être que maintenant l'action espagnole
au Maroc ne prendrait plus ce caractère, mais les sou-
venirs du passé sont encore trop vivaces dans Tâme
marocaine, les Espagnols sont détestés et un condo-
minium franco-espagnol amènerait à peu près forcé-
ment ce que nous devons tant chercher à éviter, ime



1. Méljtla ne doit la prospérité relative; de son marché qu*au
manque de communications par la frontière algérienne



— 174 —

expédition militaire. Les journaux espagnols en don-
nent la preuve en parlant déjà de renforcer les garni-
.son*4 des présides pour opérer simultanément avec
l'expédition française. L'Espagne a fait preuve en
louL temps d'une inaptitude complète en matière colo-
niale, elle a su conquérir, mais pas administrer : les
mallieurs qui en sont résultés pour elle l'onL-elle fait
rélléchir au point de lui faire changer sa manière d'a-
gir? Il est permis d'en douter. — Il faut voir les
choses à un juste point de vue, celui de notre intérêt
strict, sans nous laisser entraîner par une vague
sentimentalité, une conception plus ou moins exacte
de fraternité latine. L'Espagne, malgré tous les ser-
vices que nous lui avons rendus, aussi bien dans sa
politique intérieure que dans sa politique extérieure,
a toujours été l'alliée de l'Angleterre, alors que celle-
ci cherchait à entraver notre action non seulement au
Maroc^ mais même dans notre hinterland algérien.
Elle a tout fait pour nous supplanter quand la guerre
nous avait affaiblis, nous susciter des difTicullés, exci-
ter les Sultans contre nous. Nous ne sommes pas
responsables de la perte de ses colonies, ni des fautes
qu'elle a commises au Maroc en se fermant elle-
même l'accès du pays par son intolérance et ses hau-
teurs vis-à-vis des indigènes ; elle n'a su ni y prendre
solidement pied, ni y développer son influence mo-
rale, ni même son commerce en proportion de ce




i'5r'r3f7^î7!P;?KJsçaf«r^3?.'-'=



- 175 -

qu'elle aurait dû étant donné son voisinage, et cepen-
dant elle voudrait avoir une partie du Maroc. Et même
en 1894, M. Torrès Campos ' disait : « L'Espagne
doit prendre possession des côtes du Maroc jusqu'à

l'Atlas C'est là pour nous une question de vie

ou de mort... Nous, les héritiers naturels de l'Afrique,
nous ne devons manifester absolument aucune im-
patience d'en prendre possession. Il ne faut pas tolé-
rer qu'on fasse la guerre au Maroc parce que, pour
tout Espagnol sensé, l'intégrité de l'Empire du Maroc
doit être érigée en dogme. Plutôt que de reconnaître
les prétentions du Maroc sur Tanger, et celles de la
France sur toute la partie orientale du Maghreb, nous
devons faire tous nos efforts pour maintenir dans son
intégrité le pouvoir impérial et nous opposer énergi-
quement à un partage dans lequel nous aurions une
certaine part, alors qu'avec un peu d'habileté et de
patience, nous arriverons à obtenir le tout auquel
nous avons le droit de prétendre ». C'est justement
la ligne de conduite qu'a suivie la diplomatie fran-
çaise. Mais, maintenant, le moment d'agir serait arri-
vé, la question marocaine est ouverte et l'Espagne
sent bien qu'elle n'est pas prête à jouer le rôle auquel
elle prétendrait. « Toute l'opinion de nos voisins (d'Es-
pagne), dit l'auteur anonyme d'un article intitulé —



1. Revue de Droit inlernaîionaly t. XXVI, p. 229.



— 176 —

A propos des lierces puissances ' — à Téganl Wu Ma-
roc semble consister dans des rêves illimités^ dans
des ambitions vagues et latentes qui s'accommodent
parfaitement des ajournements, maïs s'irrite singuliè-
rement d'une solution en dehois de l'Espagne et
contre elle. Malheureusement, celle politique d'attente
ne saurait durer bien longtemps, l.e .sia/u quo maro-
cain n'est plus possible >».

Qu'elle revienne à une notion fïlus exacte de sa
situation réelle, elle a assez à faire à rintèrieur de son
territoire, nous aiderons volontiers à son relèvement
économique et financier, nous soutiendrons son gou-
vernement, mais qu'elle renonce à ses ambitions dé-
mesurées, à ses prétentions coloniales au Maroc ! " —
Il vaudrait mieux lui racheter à un prix avantageux
pour elle ses présides qui ne lui servent plus à rien,
au besoin lui faire quelques concessions au Rio de
Oro ou ailleurs, pour ménager ses susceptibilités, que
de la laisser s'introduire à nos cotés au Maroc. Par
ses procédés, sa manière de voir, différents des nôtres,
des difficultés, des malentendus, des froissements,
gêneraient notre action pacifique et peut-être ferait le
jeu d'une puissance comme l'Allemagne qui, sous son



1. Bulletin du Comité de l'Afrique jrançaizc, avril 1904,
p. 119.

2. L'établissement de la prépondérance française au Maroc
ne Tempécliera du reste pas plus qu en Algérie, d y envojer
des colons, des ouvriers industriels ou agricoles.



f



- 177 -

a[)|jLi!'ente bonnf! humeur officielle, cache un rerfain
malaise provenanl de la silualion crisolemenl dans la-
quelle elle SG trouve, une secrète irrîlalion contre
l'accord franco-anglais qu'elle sent bien au fond dirigé
contre elle, qui augmente la force des deux puissances
f on trac tan les, en supprimant leurs causes d'hostilité,
en contrarie lei^ projets qu'elle avait ébaucliés au sujet
de la totalité au au moins de la meilleure partie de
l'Empire chérifien \

C'est donc la France seule qui doit agir au Maroc :
toute autre solution de la question serait déplorable
pour nous et nous ferait perdre le bénéfice non seule-
meuL de Faccord du 8 avril, mais de toute notre poli-
tique antérieure en Afrique, ce serait toute notre
fïMivre compromise. Si, au contraire, nous parvenons
à nous établir au Maroc comme en Algérie et en Tu-
nisie, nous aurons un magnifique empire d'un seul
tenant de Mogador à Gabès, que nous pourrons join-
dre à nos colonies du Sénégal et du Soudan par un
Transsahaï'ien et qui fera de nous une granrle puis-
sance coloniale, nous reprendrons le rang que nous
avons perdu au XVII P siècle. Ka civilisation et la
colonisation du Maroc est une œuvre dont nous tire-
rons honneur et profit ; ce pays possède un climat



1. Protestation adressée à M. de Bulow par tes docteurs
Mohr, Fiïi^nher, ft ïe GomEe PfeiJ, au nom de la Société uiara-
caine de Berlin,



fiain, l</iiijKMi% un les Fi-anrais |>euven! facilemenl
vivre, où noUï> avon^ << la pussibilîté détendre noire
doiiiainc ellinîr|ue et linguj^liqiie » \ une lerre lerlileT
bien arrosée contenant des richesses minières et foi^s-
tîpres encore inexploilécs, qui [lout contenir encore
autant rl'tiabitants qu'il en nourrit aetuellemenl : cest
un cliainjunerveilleux ouverte notre activité. Sachons
en |ircïliler et arriver à faire de la lierbérie tout en-
tière une France d'outre-niej' qui, en face de l'Fmpire
anglais, cle Flùnturc allemand, de ri^^inpire l'u^^^e,
conslitiiei^a un des ineilleiirs a[i]uiis de la France nié-
Iropolitaine el sera peiii-éire, suivani le mol de Pre-
vost-ParadoL é< la dernière ressource ile notre gran-
deur. H

7 mai \\m. R. BOURASSIN,



1. BaUelin du Comiié de V Afrique français e^ jaovicr 1904*



Vu ; Vu :

Le Doyen^ Le Président,

J, Glasson. R, Estoublon.



Vu et permis d'imprimer ;
Le Vice-Eecieur de VAcB^démie de Park,

L, LiARD.



TABLE DES MATIÈRES



CHAPITRE r

Happorls entre la France et te Maroc de 1830 à Î88Ù.

Naissance de la question marocaine. — Unité de la Berbérie,
— Rapports frarico-inarocains antérieurs à 1830. — Allilude
(iu Maroc pendant la guerre d'Algérie. — Lutte contre Âbd-
el-Khader. — Guerre entre la France et le Maroc. — Trai-
tés de Ï844. — Appréciation de ces truites, — Politique de
la France vis-à-vis du Maroc de 1845 à Î880, — Exercice du
droit de suite. — Les demandes d'indemnités au Sultan et
leurs conséquences. .,.,...,..*. 9

CHAPITRE II
La question du Touat.

Les oasis sahariennes. — Comment la question du Touat s'est
liée à la question marocaine, — La pénétration française
dans le Sahara algérien. — Les intrigues marocaines dans
les oasis, — Hésitations et fautes de la France. — L'expé-
dition du Tafîlelt. — Mort de Moulay-Hassan. — La poli-
tique de M. Cambon. — La conquête des oasis salia-
riennes .,...*.,. 26

CHAPITRE III
La frontière de rOuesl Algérien.

Conséquences de Foccupation du TouaL — Nécessité d'assu-
rer les communications par la Zousfana et îa Saoura. —
Luttes contre les tribus de ces régions. ^ Les accortls de
lïKJl et de 1902. — L action mixte de la France et do Sultan
sur les tribus des frontières. — La question de Fi gui g. —




— l»0 —

Achèvement de l'occupation et de la paciflCâtioa de TOuest
algérien. — La situation actuelle* — L'action française dans
le Sud et de l'Ouest de rAl^-érie. ....... 52

CHAPITRE IV

V Empire marocain et la pénélralion européenne.

Aspect^ état économique et pulîtique du Maroc. — Situation
et intérêts des différentes puissances européennes au Ma-
roc. - Causes du maintien du slaîu quo, — Les rivalités
des puissances intéressées* — L expansion de la France
dans l'Empire chérifien. — Insuffisance des progrès ie
notre action. — La crise intérieure actuelle dans FEmpire
du Maroc. — Ouverture de la question marocaine. . 78

CHAPITRE V

La conquête pacifique du Maroc par la France.

Nécessité pour la France de s'assurer la possession du Ma-
roc. — Supériorité de ses droits. — Avantaf^es de l'action
française dans TEmpire chérifien. ^- Revirement en faveur
de l'action de la France dans Topinion française et étran-
gère. — L'accord franco-anglais, — Appréciation ; accueil
favorable en Europe. — Comment doit être effectuée la
conquête pacifique du Maroc par la France. — La question
des droits de l'Espagne. — Conclusion. — L'empire colo-
nial africain de la France 140






La Rochelle, Imprimehiiî Nouvelle Noël Texier.
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Par saladin
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Lundi 25 mai 2009
- 75 -- 

dans l'expectative ; un goum a été organisé chez les
Doui Menia, ce qui a permis de réduire dans de fortes
proportions les troupes d'occupation dont l'entretien
était si coûteux. On créa un cercle de Colomb à Tag-
da et un autre à Taghit. Beni-Ounif est devenu une
commune annexe dépendant directement d'Aïn-Sefra.
— Nos postes ont été reliés entre eux par le télégra-
phe : nous avons constitué actuellement une marche
solide qui nous permet de surveiller les Berabers du
Tafilelt, et d'empêcher leurs incursions.

Le résultat^ de cette occupation et de cette organi-
sation a été la pacification de la région. Il n'y a plus
eu depuis que des attentats isolés, comme celui du
3 mars contre les courriers, et le 21 mars, contre les
chameaux des Doui-Menia, ralliés près de Ben-Zireg.
D'une façon générale, les Ksouriens et les Berabers
ont senti notre force et compris qu'il valait mieux
commercer avec nous que nous attaquer, et des rela-
tions commencent à se nouer entre nos postes et les
oasis marocaines, non seulement du Figuig, mais
d'Aïn-Chair, et du Tafilelt. Le marché de Beni-Ounif
est très prospère et est devenu le centre commercial
de la région. Ce mouvement ne fera que s'accroître
quand sera terminé le grand instrument de pénétra-
lion pacifique, le chemin de fer qui reliera les oasis
sahariennes avec l'Algérie. Après avoir été longtemps
délaissé, (ayant été commencé en 1893, il n'avait en



- 76 -

l!}n:! que 145 kilom.), il est poussé actuellement avec
l*hi- de vigueur et va atteindre Ben-Zireg. Une
>iif»\ciilion de 2.400.000 francs avait été votée pour
1rs travaux de ce tronçon et une autre de 200.000
lianes, pour les études du tronçon Ben-Zireg-Baha-
lia-Kenadsa-Igli, qui vont être commencées. L'in-
génieur des ponts et cliaussées de Mascara et le con-
«liH [eur de Beni-Ounif, puis M. Etienne, sont allés
\Mir, dans ce but, le marabout de Kenadsa, Si Bra-
iMin. qui se montre très bien disposé à notre égard.
Midii-Amama a dû quitter Figuig pour se réfugier
Jîiii^ les montagnes de TOuest, et la France peut se
rniiî-idérer comme maîtresse incontestée de toute cette
<Linfrée.

\ous sommes en mesure désormais de recueillir
les fruits d'une politique qui, si elle a été parfois trop
liiiiorée, trop irrésolue dans l'exécution, était bonne
lia ris sa conception. Par sa loyauté, son expérience
(les choses musulmanes, l'habileté de ses administra-
leiir et la bravoure de ses soldats, enfin par les heu-
reux résultats de son expansion dans le Sud et l'Ouest
Algérien, la France s'est assurée une influence pré-
[NJûdérante non seulement sur les régions limitrophes
rN' r Algérie, mais encore sur le Maroc tout entier.
Au moment où s'ouvre la question marocaine, elle se
h Olive dans une position très avantageuse : solide-
ment établie sur sa frontière oranaise, elle s'est ren-



à



- 77 -

due indispensable au Sultan qu'elle aide à rétablir
l'ordre dans les régions troublées d'Oudja et de Fi-
guig, et lui a montré, ainsi qu'aux puissances euro-
péennes, même les plus hostiles jusque-là à nos prr
grès au Maroc, que, seule, elle était en mesure de
résoudre au mieux des intérêts de tous, la question
marocaine, et que mieux que toute autre elle pourrait,
en étendant à l'empire chérifien tout entier la poli-
tique de coopération avec le Sultan qu'elle avait appli-
quée aux régions frontières, amener à la civilisation
cet « anachronisme politique, épave du moyen âge
musulman » \ dans lequel jusqu'ici la rivalité des
divers états avait maintenu un statu quo nuisible à
tous.



1. Lorin, La question du Maroc {Revue politique et parle-
mentaire, 10 juillet 1901).







CHAPITRE IV
L'Empire marocain et la pénétration européenne



Le Maroc est resté pendant longtemps assez mal
connu, au point de vue géographique comme au
point de vue politique. Actuellement encore, les
villes de la côte seules sont fréquentées par des Eu-
ropéens, et ce n'est que grâce aux quelques explora-
teurs comme les Français : de Foucauld, de Segonzac,
Mouliéras, Doulté, et les Allemands : Gérard Rohlf et
Fischer qui ont pu pénétrer, en risquant leur vie,
dans l'intérieur du pays, que nous avons pu nous en
faire une idée exacte.

(( L'aspect général de la contrée est celui d'une
double rangée de gradins parallèles, s'opposant les
uns aux autres ; un double escalier, dont la première
marche serait le Riff, longeant la Méditerranée, puis
le moyen Atlas, le Grand Atlas, arête culminante,
orientée du nord-ouest au sud-ouest, et, en descen-
dant de l'autre côté l' An tle- Atlas, qui regarde le dé-
sert.

(( Au pied de ce gigantesque escalier, s'étend jus-



- 79 —

qu'à l'Atlantique une plaine riche et fertile, arrosée
de fleuves sans cesse alimentés par les neiges éter-
nelles qui couvrent le front chenu de l'Atlas : Se-

bou, Bou-Regrag, Oum er Roubia qui découlent du
versant nord.

<( Le Maroc, fécondé par des pluies abondantes, est
la terre bénie de la nature dans le nord de l'Afrique.
La superficie porte déjà et est capable de porter en
plus grande abondance d'infinies richesses agricoles.
Les montagnes inexplorées réservent à nos arrière-
neveux des trésors à découvrir » \

Voici ce qu'en dit de son côté M. Mouliéras ^ :

« Situé dans la zone tempérée, arrosé par les pluies
qui viennent de la Méditerranée et de l'Océan, il de-
vrait être le grenier d'abondance de l'Afrique sep-
tentrionale. Tandis que ses voisins de l'est souffrent
quelquefois de la sécheresse, lui n'aurait à se plaindre
que du trop grand nombre de déluges bienfaisants
qui l'inondent régulièrement et font pousser les hautes
herbes de ses prairies. Nulle part, dans l'immense
Afrique, de territoire plus bieau, plus varié, plus
riche Quelques poignées de blé jetées sur le ter-
rain à peine écorché par la charrue indigène, donnent
des récoltes superbes ».

Pourquoi, un pays qui pourrait être si productif.



1. Journal Le Malin, n° du 25 janvier 1904.

2. M. Lamy, Le Maroc inconnu {Grande Revue).



- 80 -

qui contient 80.000 kilomètres carrés de terre culti-
vable, qui possède Teau qui manque tant à TAlgérie
et à la Tunisie, où l'on tiouve céréales, fruits et bes-
tiaux, qui contient des mines de cuivre, de fer, d'ar-
gent, peut-être même d'or, n'est-il pas mis en valeur
comme il devrait l'être, n'a-t-il qu'un commerce inté-
rieur peu développé, ne fait-il avec l'étranger qu'un
chiffre d'affaires insignifiant par rapport à son éten-
due et à ses ressources (il n'atteignait pas 100 millions
en 1901) ? Pourquoi, alors que l'expansion européenne
s'est largement développée dans les pays musul-
mans, que plusieurs même sont occupés par l'An-
gleterre ou la France, que le surcroît de population,
que le développement industriel intense qui caracté-
rise notre époque pousse les nations européennes à
chercher des débouchés au dehors, à s'emparer de
terres pour y établir des colons, des comptoirs pour
leurs commerçants, le Maroc est-il resté en dehors
de ce mouvement ? — Cela tient à deux causes :

Son état politique.

La position géographique qui a rendu opposés les
intérêts de diverses puissances européennes, et fait
qu'elles se sont employées seulement jusqu'ici à y
maintenir le statu quo.

Ce n'est que depuis peu que nous nous faisons une
idée exacte de ce qu'est l'état politique du Maroc.
Nous nous sommes longtemps figurés, en 1845, par



- 81 -

exemple, que nous avions à faire à une puissance
comme la Turquie, qui présente un semblant d'orga-
nisation. De cette ignorance de la situation réelle du
gouvernement marocain, ont résulté bien des erreurs
et bien des déceptions. Nous savons maintenant que
ce que nous appelons l'Empire chériflen est une pure
fiction, « une expression trompeuse et quelque peu
prétentieuse, qu'ont imaginée les chancelleries d'Eu-
rope pour désigner le coin occidental de l'Afrique du
Nord » \ — Le Maroc n'est pas un état centralisé,
ni même organisé, il n'est pas non plus, comme on
l'a répété souvent \ un empire en décomposition :
sans doute, quelques sultans sont parvenus à y éta-
blir un semblant d'unité, mais elle n'a jamais pu
durer, c'est une expression géographique, comme le
fut longtemps l'Italie % c'est un état dans lequel l'as-
semblage des parties n'est pas encore cohérent » *.

Il y a d'abord deux races différentes qui n'ont ja-
mais pu se fondre et former une nation. Les Arabes
envahisseurs et les Berbères autochtones qu'aucun
des conquérants successifs du pays, Phéniciens, Ro-



1. Bulletin du Comité de l'Afrique française, février 1897.

2. MM. Mouliéras, Le Maroc inconnu ; Ludovic de Cam-
pon, Un empire qui croule.

3. M. Sartay (La question du Maroc en 1901), compare
le Maroc à l'Italie du moyen âge, avec ses Guelfes et ses Gibe-
lins.

4. Augustin Bernard, Evolution de la question du Maroc,

Bourassin. 6



-Il un iillllfl



mmm



— 82 —

mains, Vandales ou Byzantins, n'ont pu assimiler.
Convertis à l'islamisme comme ils le furent jadis au
christianisme, ils ont toujours gardé, même en ma-
tière religieuse, un farouche amour de l'indépen-
dance, ils sont plutôt hérétiques qu'orthodoxes et
conservent, mêlés à la doctrine du Prophète, les su-
perstitions de leur race. Au point de vue politique,
ils se sont soumis en apparence quand ils se sont
sentis les plus faibles et ont repris leur liberté dès
que la puissance de leurs conquérants a décliné.
Mais il n'y a jamais eu de sentiment national berbère :
plus encore que les Arabes, ils n'ont pu s'élever au-
dessus de la notion de la tribu. Ils n'ont aucune idée
d'un Etat organisé et surtout centralisé. « Bien loin
que le danger commun les réunisse, on les a vus se
joindre à l'envahisseur pour piller une tribu voisine
ou satisfaire quelque rancune » '. — La nature a
beaucoup contribué à donner à la population ber-
bère cet esprit de particularisme qui a fait à la fois
sa force et sa faiblesse. Car ils sont (( aussi facilement
conquis que difficilement assimilables »>. Les mon-
tagnes du Maroc, où habitent de préférence les Ber-
bères forment tantôt des massifs aux vallées étroites
comme le Riff, isolés par des plaines dans lesquelles
se sont répandues des tribus arabes ou arabisées,



1. R. MiUet, Nos frontières de TAfrique du Nord (fievue
de Paris, 25 octobre 1903).



j



— 83 —

tantôt au contraire, des chaînes qui isolent les plaines,
divisent le pays en trois parties qui ont longtemps
formé trois états, Fez, Marrakech et le Sous, qui ne
communiquent entre elles que par les rives de la mer
ou des cols peu franchissables : enfin, l'Antiatlas isole
du Maroc proprement dit les oasis du Tafilelt, de la
Saoura et du Guir. Donc, aucune unité géographique
ou ethnique, c'est ce qui explique le manque d'unité
politique.

(( Ce pays, a dit M. Delafosse ' à la Chambre, n'est
qu'une juxtaposition de tribus insoumises, indisci-
plinées, toujours prêtes à la révolte, s'ignorant à peu
près les unes les autres, ou ne se connaissant que
pour se combattre et se piller réciproquement ». Et
M. Delcassé ^ : « Le Maroc n'est qu'un assemblage
de tribus reliées tant bien que mal par la croyance ».

Au-dessus de ces tribus, arabes ou berbères, il y a
un Sultan qui est maître absolu conrnie tous les sou-
verains musulmans, du moins telle semble être l'ap-
parence. En réalité, il est plutôt un pape qu'un empe-
reur, un chef religieux (Chérif), dont l'autorité vient
de ce qu'il est le descendant du Prophète, le Comman-
deur des Croyants (aux yeux des Musulmans de l'A-



1. Discussion des interpellations sur la politique extérieure
10-11 mars 1903 {Journal Officiel, 12 mars).

2. Séance du 23. novembre 1903 {Journal Officiel, 24 novem-
bre).




- 84 -

frique occidentale, le Padischah de Constantinople
n'est qu'un usurpateur). Comme vicaire du Prophète,
il est vénéré dans toute la Berbérie et même au Sou-
dan jusqu'à Tombouclou ; mais il en est autrement
au point de vue temporel. — D'abord, il existe au
Maroc de puissantes confréries religieuses comman-
dées par des chefs qui, pour n'être pas révérés à l'égal
du Sultan, n'en sont pas moins regardés comme des-
cendants de Mohammed : tels sont les Chérifs d'Ouez-
zan, chefs de la confrérie des ïaybia ou Taybin, les
marabouts des confréries Derkaoua, Quadrya, Ais-
saoua, que le Sultan doit ménager, chercher à se ren-
dre favorables : ils sont puissants, possèdent d'im-
menses biens personnels et gèrent ceux dé leurs con-
grégation, plus importants encore, sur lesquels ils
sont les maîtres plus que le Sultan ; ils sont, la plu-
part du temps, exempts d'impôts, souvent même c'est
le Sultan qui les pensionne, offre des armes à leur
tribu ; s'ils paient, c'est une sorte d'offrande reli-
gieuse, de « don gratuit » (Ziara), analogue à celui du
clergé de France sous l'ancien régime.

Dans les contrées qui ne dépendent pas des confré-
ries, le Sultan a des représentants, caïds, amel ou
Khalifa, mais si, dans certaines, dans celles qu'on ap-
pelle les tribus soumises, ces fonctionnaires sont à*
peu près respectés, et peuvent percevoir les impôts
(dont ils se réservent, d'ailleurs, une large part, sans



— 85 —

compter ce qu'ils extorquent à leurs administrés), il
n'en est pas de même dans les pays où l'autorité tem-
porelle du Sultan n'existe que peu ou point : ses re-
présentants sont tolérés à condition de ne se mêler de
rien, surtout de demander de l'argent, ou même ne
sont pas acceptés du tout et assassinés dès qu'ils se
présentent : là, toute l'autorité est à la Djemaa (con-
seil des notables).

11 y a bien aussi un pouvoir central, une cour du
Sultan (Maghzen), composée de ses familiers, ses
hauts fonctionnaires européens ; il n'existe aucune
délimitation, aucune fixité dans les fonctions, aucune
distinction entre l'administration et le gouvernement '
(la seule loi est le Coran, la loi religieuse), c'est l'ar-
bitraire absolu, la puissance réelle appartient au fa-
vori du moment qui cherche alors à réunir tous les
pouvoirs entre ses mains, en attendant qu'un autre le
remplace dans les faveurs du maître. Le Sultan a
deux capitales, Fez et Merrakech ou Maroc (il réside
aussi à Rabat et à Meknis) ; mais, quand le Maghzen
veut se transporter de l'une à l'autre, il faut qu'il en-
treprenne une véritable expédition, parce que les
montagnes qui les séparent sont habitées par des tri-
bus en révolte perpétuelle. Il en est de même pour la



1. Dans les provinces, le même fonctionnaire est adminis-
trateur et percepteur. En créer deux ne servirait actuelle-
ment qu'à augmenter les abus.



i



}




— 86 —

[ierceplion des impôts : sauf dans les quelques villes
el provinces d'accès facile qui sont bien obligées de

I rayer, à moins que, poussées à bout par les exac-
tions des gouverneurs, elles ne se révoltent aussi, le
Sultan doit employer son armée (mahalla), et quelle
armée, un amas de gens trop jeunes ou trop vieux,
mal vêtus, mal armés (à part une petite troupe d'in-
limterie et d'artillerie instruite tant bien que mal par
(Jes Européens), composée de contingents envoyés
par quelques tribus fidèles, et qui n'ont i)as à compter
sur une nourriture et une solde régulières.

Aussi, ces expéditions fiscales sont un véritable
riéau, les contribuables doivent arriver à composition,
rm, s'ils persistent dans leur rébellion, sont absolu-
ment pillés, à moins qu'au contraire ils ne parvien-
nent à repousser les troupes du Sultan, ce qui arrive
fréquemment étant donné le |)eu de valeur de celles-ci.

II arrive même qu'en tête du mouvement de révolte
sont les gouverneurs nommés par le Sultan.

On voit donc ce qu'est politiquement le Maroc : un
Etat non seulement féodal, mais anarchique, où le
Sultan, souverain absolu en théorie, n'est pratique-
ment maître que d'un cinquième à peu près du pays,
ce qu'on appelle le bled-el maghzen (pays de l'admi-
nistration); tout le reste est le bled es siba, le pays
du vol. Il est impossible de déterminer exactement les
limites des pays soumis et insoumis : tel Sultan,



— 87 —

comme Moulay-Hassan, mort en 1894, était parvenu,
par la force de ses armes, son énergie et son habileté,
à se rendre maître de presque tout le pays, à consti-
tuer un semblant d'Empire marocain, tandis que Mou-
lai Abd el Aziz, son fils, actuellement régnant, « jeune
homme inconsidéré et frivole », n'est plus guère au-
jourd'hui souverain effectif que de ses quatre villes-
résidences et de leur banlieue. D'une façon générale,
les pays insoumis sont les pays de plaines qui bor-
dent l'Atlantique, habités plutôt par des Arabes et
des Maures, et les pays insoumis sont les pays de
montagnes, refuge de tribus berbères : sur la fron-
tière oranaise, Oudja dépend du Sultan d'une manière
à peu près réelle, Figuig d'une façon nominale ; le
Tafilelt, étant le berceau de la dynastie actuelle, recon-
naît l'autorité du Sultan, mais les tribus sahariennes,
nos voisines, protégées par l'immensité du désert,
autant que les Berbères des montagnes par leurs ro-
chers, sont absolument indépendantes. Le Sultan ne
peut maintenir son pouvoir temporel que par une ha-
bile politique, il doit diviser pour régner, il exploite
les haines intestines des tribus, des chefs religeux,
flatte les uns pour les envoyer combattre les autres,
ce qui les affaiblit tous d'autant ; il agit par les armes
quand il se croit le plus fort. La révolte est au Maroc



1. Discours de M. Delafosse, 10 mars 1903 {Journal Officiel,
11 mars).




~ 88 —

à Tétai chronique, c'est Tétat normal, aussi faut-il
moins la prendre au sérieux que dans un pays orga-
nisé : elle cesse, en général, aussi vile qu'elle éclate,
soit par peur d'une razzia du: Sultan, soit parce que
ses chefs ont été achetés par lui. Le rebelle d'hier de-
vient l'agent du Sultan contre le rebelle d'aujourd'hui,
quitte à être celui du lendemain. La révolte comme
[a soumission dépendent des intérêts du moment. Il
résulte que dans ce chaos, les forces vives ont fini par
se faire équilibre, il s'est établi une sorte de « sta-
tique sociale qui constitue un état durable » *.

« Les guerres intérieures sont le fond même de l'his-
toire du Maroc », surtout depuis l'invasion arabe. Le
Sultan n'ayant ni administration, ni armée, ni fi-
nances organisées ^ vit au jour le jour et cherche à
pressurer ses sujets soumis plutôt qu'à améliorer leur
sort : ceux-ci, cependant, travailleurs et sobres, très
commerçants, n'osent chercher à s'enrichir pour ne
pas exciter les convoitises et les exactions des gou-
verneurs, ou parce qu'ils se sentent toujours menacés
par les pillages des brigands ou des troupes du Sul-
tan.



1. Il n'y a pas de budget, quant à l'administration finan-
cière, seules les douanes ont un tarif et des agents de per-
ception réguliers.

2. Rapport de M. Doutté {Bulletin du Comité de l Afrique
française, janvier 1898).



— 89 —

C'est pourquoi ce pays si favorisé par la nature,
possédant une situation géographique exceptionnelle,
est pauvre, qu'il n'a pas de ports, mais seulement de
mauvaises rades \ pas de marine, pas de routes fai-
sant communiquer les provinces les unes avec les au-
tres, les rares pistes qui existent sont peu sûres autant
par leur manque d'entretien que par les attaques des
pillards qui les infestent ; comme il n'y a pas de force
de police pour réprimer leurs attentats, les habitants
aiment mieux transiger avec eux ou même les aider
que d'avoir recours à la mahalla du Sultan, dont la
protection serait plus dispendieuse encore. L'agricul-
ture, l'industrie et le commerce sont donc rudimen-
taires, les richesses forestières et minières sont inex-
ploitées. Le Maroc est dans l'état de l'Europe du X^
siècle, c'est une société théocratique et féodale qui a
à peine évolué depuis le temps des Khalifes arabes, et
ce pays est en vue des côtes d'Espagne, limitrophe
de notre Algérie !

Comment un tel état a-t-il pu se maintenir au mi-
lieu de la civilisation actuelle, pourquoi n'est-il pas
entré comme les autres pays musulmans dans la voie



1. En 1901, le commerce de Tanger était évalué à 25 mil-
lions, de Mogador à 10 millions, de Casablanca à 4 millions,
de Mazagan à 2 millions ; les autres ports, Larache, Rabat,
Safî et Tétouan, faisaient moins d'un million.



— 90 —

«II* progrès sous la poussée de l'expansion euro-
prrnne?

i Via vient d'abord du ianalisme de ses habitants :
li* Wtïvoc est resté la (-iladelle du vieil Islam, l'étran-
ixrr y est toujours regardé comme l'ennemi, il n'est
f\ïir loléré dans les ports et dans quelques villes de
1 m li rieur, il n'a jamais été admis bénévolement, il
I» \ ;i jamais eu de rapports réguliers, de points de
MMkliirf permanents entre la civilisation européenne,
ilMÎ progresse sans cesse, et la civilisation marocaine
l'u Hi-j adence. Aussi le Maroc est-il resté dans un iso-
Ir fil farouche : les Sultans se sont ingéniés à re-
in nj^stir les tentatives faites par les étrangers pour
-V'Iablir dans le pays, et, (juand ils ont été contraints
^(r -ijxner des traités laissant ceux-ci prendre pied
ilnn- leur empire, ils ont tout fait pour en empêcher
Im mise à exécution : c'est ainsi que, malgré toutes les
' nf>\(!!itions, dont la dernière date de 1880, les Euro-
pe! «n s n'ont pu obtenir la liberté commerciale (il y a
heancoup de produits dont l'exportation est encore
IMuhibée '), ^t, sauf à Tanger, le droit de posséder
des immeubles.

Mais si une puissance européenne avait eu l'idée
ai relée de s'établir au Maroc, ce n'est ni le Sultan,
ni même les populations berbères qui auraient pu l'en



1 I^ntre autres les céréales et les bestiaux, sauf sur la
Iruniière algérienne.



— 91 —

empêcher. La France a bien conquis TAlgérie ; ce
n'aurait été qu'une question de sacrifices temporaires,
et le Maroc les aurait bien valus. Si ce pays est resté
jusqu'ici non seulement indépendant, mais encore
fermé à la pénétration européenne, cela tient juste-
ment à sa situation sur deux mers à proximité de l'Eu-
rope, et surtout au fait que ses côtes dominent une
des routes les plus fréquentées du globe, le détroit de
Gibraltar, et que la question du Maroc n'est qu'une
partie de cette question plus complexe et plus vitale
encore pour la plupart des Etats européens, l'empire
de la Méditerranée. C'est l'opposition des intérêts de
la France, de l'Angleterre, de l'Espagne, et même de
l'Italie et de l'Allemagne, qui ont été cause de la sur-
vivance de ce singulier Etat. Comme aucune des puis-
sances ci-dessus ne voulait y voir s'installer une autre
et ne pouvait s'y installer elle-même, leurs diplomates
ont dû prendre au sérieux ce fantôme de pouvoir, in-
venter la théorie du maintien du statu quo marocain
en dépit de ses défectuosités. Et cependant, si tentante
était la proie, qu'en déclarant bien haut son intangi-
bilité, les Etats intéressés ont tous cherché à y avoir
la prépondérance, à y implanter leurs commerçants
et leurs produits, à forcer la main au Sultan, à le con-
traindre à leur reconnaître certaines faveurs, des pri-
vilèges diplomatiques et économiques ; il y a eu une
véritable nuée de convoitises, d'intrigues, de jalou-



— 92 —

sies. Et cependant, le moment est arrivé où cette si-
tuation invraisemblable, où cette fiction diplomatique
d'un Empire chérifien ne peut plus durer, où l'inter-
vention européenne devient une nécessité à laquelle
il est impossible de se soustraire ; il faut en finir avec
celte question marocaine dont on a tant tardé la solu-
tion.

Quels sont donc les Etats européens intéressés, quel
rôle ont-ils joué jusqu'ici au Maroc, quelle place y
occupent-ils au point de vue politique et économique,
(|uelles sont leurs prétentions et comment serait-il
possible de résoudre, au mieux des intérêts de tous,
le problème de l'ouverture du Maroc à l'influence, à
la civilisation européenne ?

L'Angleterre n'est pas voisine du Maroc, mais y a
des intérêts commerciaux et surtout des intérêts poli-
tiques de la plus haute importance : son commerce
avec ce pays se monte à 9.484.388 fr. pour l'expor-
tation, et 23.555.556 fr. pour l'importation, soit au
total 33.039.944 fr. ' ; elle prétend même y avoir le
premier rang (nous verrons qu'en réalité elle est dé-
passée par la France- Algérie). De plus, comme puis-
sance maritime, la question du Maroc se complique,
plus que toute autre, de la question du détroit. Il lui
est absolument nécessaire de dominer et de conserver



1. Rapport de M. E. Dechaud {Bulletin du Comité de
l'Afrique française, février 1904).



-^ 93 —

libre la roule de l'Orient et de l'Extrême-Orient : c'est
dans ce but qu'elle a occupé Gibraltar (1704), Malte
(1801), Chypre (1878), et enfin l'Egypte (1882). Depuis
le XVIP siècle, elle a noué des relations avec le Ma-
roc ; elle a commis la faute, en 1684, d'évacuer Tan-
ger, qu'elle avait reçu du Portugal en 1662, parce
qu'il lui coûtait beaucoup sans lui rapporter à une
époque où elle n'avait pas encore pleinement cons-
cience du rôle qu'elle était appelée à jouer dans le
commerce maritime du monde. Elle le regretta vite
et a depuis employé tous les moyens pour réparer
cette erreur, surtout depuis qu'elle a dû constater l'in-
suffisance de Gibraltar pour garder l'entrée du dé-
troit. Avec les progrès de l'artillerie et de la naviga-
tion à vapeur, Gibraltar ne constitue plus qu'un point
d'appui de la flotte ; il faudrait posséder Tanger pour
être maître du passage. Aussi l'Angleterre a-t-elle tou-
jours cherché à garder la prépondérance politique et
économique dans l'Empire chérifien : tantôt cher-
chant à flatter les Sultans, tantôt les menaçant pour
en obtenir des concessions, surveillant jalousement
les progrès des autres puissances, particulièrement
de la France dans le pays, et cherchant à les arrêter.
De 1727 à 1782, elle eut la première place au Maroc
et y ruina l'influence française jusque-là prépondé-
rante. Elle conclut des traités de commerce avec le
Sultan, s'allia avec lui contre l'Espagne, mais se



— 94 —

jtiufitra trop ouvertement avide, et Sidi Mohammed
ul ()u'il était plutôt de son intérêt de lui faire la guerre
ilu roncert avec l'Espagne et la France.

Klle reprit son influence sous la Révolution, mais
iM* put obtenir du Sultan Aloulay-Sliman qu'il agit
roiiire nous ; elle profita de la guerre d'Espagne pour
u( riii>er Ceuta, qu'elle ne rendit qu'en 1814, sur les
pt'ières de Ferdinand VII. La prise d'Alger et l'éta-
lili-^emenl des Français en Afrique l'inquiétèrent au
plus haut point, et nous avons vu qu'elle fit tous ses
clïurts pour entraver notre expansion, qu'elle excita
ri soutint perfidement Abder-Rhaman, et peut-être
.Vbd-el-Khader contre la France, mais, s'apercevant
fjii elle était allée trop loin, elle mit toute son in-
fluence en œuvre pour faire cesser la guerre qu'elle
avait provoquée et se fit donner l'assurance que les
I lançais n'occuperaient aucun point du territoire mà-
j ocain. Son attitude contribua autant que notre igno-
ra iu;e à nous empêcher d'obtenir les régions aux-
i|uclles nous avions droit, et qui nous auraient assuré
iiiiij meilleure frontière ; elle eut ainsi l'air d'avoir
.sauvé le Sultan.

Mlle agit de même avec l'Espagne, en 1859, et Tem-
pe* ha de retirer les fruits de la dure campagne qu'elle
Hvait entreprise à ce moment. Le 9 décembre 1856,
1 11(1 avait conclu avec le Maroc un traité des plus
tuaiitageux au point de vue économique et politique :



L



— y5 —

le Sultan assurait à ses nationaux des avantages com-
merciaux ainsi que les droits de propriété sur les
terres et dé protection sur les indigènes. En 1861, le
gouvernement anglais s'ingénia à fournir à celui du
Maroc toutes les facilités pour payer l'indemnité de
guerre espagnole, il lui fit négocier un emprunt, mais
se fit rembourser sa créance sur le produit des doua-
nes, ce qui lui permit, jusqu'en 1885, d'introduire des
commissaires anglais dans cette administration. En
1871, l'Angleterre profita de l'abaissement du pres-
tige de la France, et son ambassadeur, Sir John
Drummond Hay (dont le père avait déjà occupé la
même fonction), était tout puissant auprès des sul-
tans Sidi-Mohammed et Moulay el Hassan, qu'elle ne
cessa de pousser à protester toutes les fois que nous
avons voulu avancer dans l'hinterland algérien ; elle
est en partie cause de nos atermoiements et de nos len-
teurs. Elle a dû nous reconnaître ces pays en 1890
(moyennant une énorme extension de territoire au
Sokoto), mais alors elle redoubla ses intrigues, con-
seilla Moulay el Hassan de nous couper la route,
espérant nous faire hésiter à nous engager dans un
conflit international (et nous n'avons que trop donné
dans ce piège). D'autre part, elle cherchait à s'établir
d'une façon ou d'une autre dans l'Empire chérifien,
soit seule, en maintenant le gouvernement, comme elle
l'avait fait en Egypte, soit en se taillant la part du




— 96 —

lion, en prenant Tanger et une partie de la côte, si,
devant les réclamations des autres intéressés, le par-
tage avait été impossible à éviter. En 1891, à la suite
de troubles à Tanger, elle voulut y l'aire débarquer
des troupes, mais la France ayant déclaré qu'elle en
enverrait aussi, l'Angleterre, ne tenant pas à une ac-
tion commune, abandonna son projet. En 1892, elle
tenta un grand coup. Elle envoya en grande pompe
à Tanger son ministre. Sir Charles Evan Smith, pour
demander à Moulay-Hassan d'importants privilèges,
lignes télégraphiques reliant les ports marocains,
chemins de fer de Tanger à Fez, création de consu-
lats à Fez et Maroc, entrée de l'Empire chérifien dans
l'union postale, installation de l'Angleterre Qiu cap
Juby et droit pour ses nationaux de posséder des
terres ; c'était la mainmise anglaise sur le pays. Mais
Sir Charles Evan Smith ne mit pas assez de discré-
tion dans ses demandes et éprouva un échec complet,
ce qui amena une profonde déception ; le gouverne-
ment anglais, fidèle à sa politique d'opportunisme,
désavoua alors son ministre et le remplaça par M.
Th. Eliott, qui eut pour mission de réparer la mala-
dresse de son prédécesseur et de rassurer le Sultan
(il lui envoya cependant en 1893, un ultimatum au
sujet de l'assassinat d'un sujet anglais). Il voulut alors
reprendre les négociations interrompues, en atté-
nuant, toutefois, ses demandes, mais l'expédition de



ï-i^O-r^, M»i> f..TS*»- -



- 97 -

Moulay el Hassan au Tafilelt, ses difficultés avec l'Es-
pagne et sa mort, entravèrent de nouveau les pour-
parlers qu'avait commencés Sir West Ridgeway. Ils
furent repris par M. Satow^, vers la fin de 1894 et le
commencement de 1895, mais le moment était inop-
portun, le jeune Sultan n'étant pas établi assez soli-
dement sur son trône. L'envoyé anglais demanda en-
tre autres avantages la concession d'un câble sous-
marin reliant les ports. Il conclut avec le Sultan une
convention pour le rachat par celui-ci des établisse-
ments de la Western Africa C°, fondés en 1888, au
cap Juby, par M. Mackenzie, qui n'étaient rien moins
que prospères et étaient une source permanente de
difficultés.

L'Angleterre avait espéré par ces établissements
avoir un pied au Maroc et drainer par eux le com-
merce du Soudan, mais celui-ci ne se fait plus guère
par caravanes depuis l'occupation du pays par les
Européens et les Français particulièrement (ce qui a
supprimé le trafic des esclaves qui était le plus pros-
père). En définitive, à part ce rachat fructueux (13
mars 1895), et la concession d'un câble de Tanger à
Mogador, la mission n'eut que peu de résultats et eut
le tort de prolonger outre mesure son séjour à Fez, ce
qui irrita contre elle le fanatisme des habitants. M.
Satow fut remplacé par M. Nicholson, qui fut de nou-
veau envoyé près d'Abd el Aziz ; il profita des embar-

Bourassin. 7




— gé-
ras flnanciers causés par la minorité du Sultan, pour
lui proposer un emprunt ; il fut modéré dans ses de-
mandes, assura le jeune monarque de l'amitié de
r.\nglelerre, lui conseilla des réformes et eut un peu
plus de succès que ses prédécesseurs. Il obtint des
indemnités pour des négociants lésés, la concession
dun dépôt de charbon et la construction d'un môle à
Tanger par la Compagnie de TAlgésiras Railway,
sous la dirci lion d'un ingénieur anglais, M. Morrisson
(avril-mai iHQù). En 1897, une Compagnie anglaise, le
'i Globe venlure syndicate », se créa à Londres pour
faire du commerce au Sous ', mais ses agents eurent
des difûcultés avec les indigènes, trois d'entre eux
furent emmené?? prisonniers à Casablanca ; on recon-
nut alors qu'ils avaient voulu faire de la contrebande
d'armes, el ce [ut l'Angleterre qui dut payer une in-
flemnité ' au Sultan et désavouer ces aventuriers que
Sir A, Nicholson avait protégés en sous-main. Ces
échecs répétés rendirent furieuse la presse anglaise,
elle nous accusa de vouloir profiter de la guerre his-
pano-américaine pour intriguer au Maroc ; puis vint
Taffaire de Fachoda, qui surrexcita au paroxysme son
chauvinisme et ses tendances impérialistes. En mai
1900, les journaux demandèrent la prise de possession



1. L'Angleterre avait déjà échoué en 1880 dans une entre-
prise de ce genre.

2, Ce fut une véritable petite affaire Jameson.



— 99 —

de Tanger, et, le 18 juin, M. Hazelle, à la Chambre des
Communes, proposa à M. Brodrick de demander le
règlement de la question marocaine par une confé-
rence internationale.

C'est alors que mourut le ministre Ba-Ahmed, dont
les tendances conservatrices avaient toujours contra-
rié l'action anglaise, et le jeune Sultan fut livré à lui-
même. L'Angleterre joua alors la partie suprême et a
tout fait pour s'emparer de l'esprit du jeune Sultan.

Lorsqu'en juin 1901, une mission marocaine fut
envoyée en Angleterre, on alla jusqu'à prétendre
qu'ils allaient négocier un traité de garantie et de pro-
tectorat, mais le gouvernement anglais avait trop de
difficultés au Transvaaï à cette époque et ne signa
qu'un traité de commerce et de fourniture d'armes.
On peut cependant dire que, de 1900 au milieu de
l'année 1903, l'Angleterre fut toute puissante à la
cour du Sultan, qu'elle présentait comme un « ami...
épris de civilisation et de progrès \ » Abd-el Aziz s'an-
glicisa complètement et scandalisa les vieux croyants
par ses accoutrements et ses goûts britanniques. A
l'influence officielle, aux demandes réitérées et sou-
vent comminatoires de privilèges par ses diplomates
succéda une méthode beaucoup plus habile que M.
Delafosse caractérise bien dans le discours qu'il pro-



1. Discours de M. Raiberti, 11 mars 1903 (Journal Officiel).



— 100 —

nonça à la Chambre des députés, le 10 mars 1903 :
« Quant à l'Angleterre, qui a toujours les yeux ou-
verts et les mains tendues sur les pays où il y a quel-
que chose à faire et à prendre, elle a su faire péné-
trer au Maroc des influences tellement habiles et tel-
lement puissantes qu'elles avaient fini par absorber
le gouvernement lui-même. Je ne parle pas, bien en-
tendu, d'une intervention officielle du gouvernement
britannique, je parle d'influences exercées par ces
sortes de gens que M. Roucher appelait autrefois des
individualités sans mandat : commerçants, cour-
tiers, aventuriers, missionnaires, tous gens que n'ins-
pire pas, que ne dirige pas la diplomatie anglaise,
dont elle n'est pas responsable, mais dont elle sait
utiliser les œuvres et qui sont, en somme, les pion-
niers ordinaires de ses conquêtes futures... Ces phé-
nomènes... rappellent, s'ils ne les reproduisent pas,
les commencements de l'intervention anglaise en
Egypte ». Il est probable que tel était, en effet, le but
de l'Angleterre qui, sous le couvert du maintien du
statu quo, prenait pied économiquement et politique-
ment au Maroc. Elle voulut agir avec Moulay Aziz
comme avec le Khédive Ismaël, flatter ses manies
pour les réformes, et les inventions européennes, rui-
ner son trésor par des ventes, aussi avantageuses
pour les commerçants britanniques qu'onéreuses
pour lui, et amener un désordre tel dans les finances



— 101 —

que le Sultan en soit réduit à un emprunt qui per-
mettrait une intervention sous prétexte de contrôle
financier et même un débarquement de troupes pour
réprimer des troubles qu'elle aurait, au besoin, sus-
cités. Le terrain aurait été préparé par tous ses agents
qui auraient eu entre leurs mains le commerce, les
douanes, les travaux publics et l'armée, et la prise de
possession définitive n'aurait pas été difficile. Mais
elle se heurta à deux obstacles qui firent échouer
cette géniale combinaison : la force de l'esprit conser-
vateur au Maroc et la vigilance de la France ; enfin,
elle précipita trop vite la crise qui devait jeter le Sul-
tan dans ses bras et établir définitivement sa domina-
tion au Maroc.

La situation de l'Espagne est bien différente de celle
de l'Angleterre : ce n'est pas un intérêt économique,
mais un intérêt historique qui la pousse vers le Ma-
roc.

Son commerce y est, en effet, assez peu considé-
rable, malgré la proximité des deux pays (8.821.731
francs pour l'exportation, et 624.703 francs pour l'im-
portation, rapport de M. Déchaud) '. Elle a cependant
des visées sur la côte méditerranéenne du Maroc,
qu'elle considère comme le prolongement de son ter-
ritoire (il est vrai que la côte et le massif du Riff res-



1. Il faut y ajouter la contrebande d'armes principalement,
qui se fait par Mélilla.



— 102 —

■semblent beaucoup à la Sierra Nevada). Quand les
Maures eurent été chassés de la péninsule ibérique,
h^spagnols et Portugais se lancèrent dans les pays
barbaresques pour poursuivre les infidèles et achever
le triompha de la Croix sur le Croissant ; mais leurs
expéditions n'aboutirent qu'à des échecs retentis-
sants, les Portugais durent évacuer tous les points de
la côte d'Afrique où ils avaient pris pied, et les Espa-
gnols ne purent garder de leurs conquêtes que les
petites places fortes ou présides de Ceuta et Mélilla,
^iinsi que les ilôts de Penon de Vêlez et d'Alhucemas '.
Les présides, situés sur des i)resqu'îles fermées par
des rochers, constituent de mauvais points d'accès sur
le pays, ils ne peuvent guère servir non plus de places
lie commerce à cause de l'hostilité des tribus du Riff.
Cependant, l'Espagne s'obstine à vouloir jouer un
grand rôle au Maroc. Elle a signé des traités de com-
merce avec lui, en 1767, 1780, 1799, elle y fit une expé-
dition brillante en 1860, occupa Tanger et Tétouan,
mais l'opposition de l'Angleterre l'empêcha de con-
server le territoire conquis. Elle ne lui en garda pour-
tant pas rancune et devint son alliée contre la France,
qui Tavait cependant aidée dans son expédition. Elle
rhercha aussi à profiter de nos malheurs, s'unit aux



1. Ainsi que les îles Zaffarines, qu'ils occupèrent en 1843,
au moment où la France se disposait à le faire.



— 103 —

protestations anglaises contre nos soi-disant atteinte
au statu quo marocain. En 1880, elle obtint la réu-
nion à Madrid, de concert avec son alliée, d'une con-
férence qui, sous prétexte de réglementer la protec-
tion au Maroc, avait pour but de limiter le nombre
des protégés français qui constituaient pour nous un
excellent moyen d'influence. M. Canovas del Castillo,
plénipotentiaire espagnol et président de la confé-
rence, y affirma le droit pour l'Espagne d'être con-
sultée pour toutes les questions intéressant le Maroc.
En octobre 1893, à la suite d'un incident de frontière
à Mélilla, elle eut des velléités belliqueuses, fit des
préparatifs d'expédition, puis négocia. Le maréchal
Marlinez Campos se rendit à Marrakech et y signa un
traité, le 28 février 1894. M. d'Aubigny, notre ministre
à Tanger à celte époque, lui prêta un concours effi-
cace et désintéressé grâce aux moyens d'information
et d'action qu'il avait su se ménager à la cour chéri-
fienne. Le Sultan s'engagea à châtier les Riffains, à
accepter des consuls espagnols à Fez et à Maroc, et
à verser une indemnité de guerre (mais, sur les con-
seils de M. d'Aubigny, elle obtint qu'elle fut payable
à long terme, pour ne pas être obligé de recourir à
un emprunt dont l'Angleterre aurait encore pu profi-
ter pour fournir de l'argent et remettre la main sur
les douanes, comme en 1860). L'Espagne aurait dû.



^"^^mf^m"^



— 104 —

à celte époque, comme le lui conseillait M. Ordéga \
ancien ministre de F'rance à Tanger, imposer au
Maroc sa juridiction militaire sur le Hiff ; mais ils ne
profitèrent pas de l'occasion qui s'offrait à eux et ne
demandèrent que des extensions de territoire insi-
gnifiantes. On parla, en 1895, d'une nouvelle confé-
rence à Madrid poui* régler les questions de condition
et de sécurité des étrangers au Maroc, mais ce projet
n'eut pas de suite. L'Kspagne eut aussi à ce moment,
de même que l'Anglelerre, des visées ^ sur l'îlot de
Peregil, silué entre fcMila et Tanger, mais le Maroc
les prévint en faisant occuper l'île.

Si Abd el Kerim Rrisha se rendit à Madrid à la fin
de la même année pour achever de régler la question
lie l'indemnité de guerre. Il obtint une réduction de
'\ millions de peselas sur les 20 millions auxquels elle
devait se monter ; l'Espagne consentit en outre à
ajourner la délimitation d'une zone neutre autour de
Mélilla et l'envoi de consuls à Fez ^ et à Merrakech.

A la fin de l'année 1895, elle envoya M. de Ojeda en
mission à Rabat, à la suite de nouveaux incidents à
Vlélilla. En 1897, l'Espagne parla de créer une police



1. Revue politique et liltérairc, 1894, p. 48. Espagnols et
Maures.

2. Comme déjà en 1842 et 1887.

3. Elle parla plus tard d'y envoyer un consul général.



— 105 —

secrète à Tanger. En 1898, éclata la guerre avec les
Etats-Unis, qui détourna momentanément l'attention
de l'Espagne des affaires du Maroc; elle s'aperçut alors
un peu tard que l'alliance anglaise qu'elle pratiquait
depuis 1860, était une duperie, que l'Angleterre s'était
servi d'elle contre la France, mais en entravant
aussi son action, et avait dans le conflit une attitude
nettement hostile à son égard, tandis que la France
lui prétait l'appui de sa diplomatie. En 1900, après
la perte de ses colonies des Antilles et des Philippines,
elle tourna ses vues vers ses établissements d'Afrique,
et ridée lui vint, avec plus de force qu'auparavant,
de chercher au Maroc une compensation. Elle s'occu-
pa d'abord du Rio de Oro, réclama au Maroc un port
dit Santa Cruz de la Mar Pequena, qui lui avait été
promis en 1861. M. de Ojeda, ministre d'Espagne, fut
envoyé dans ce but à Marrakech au mois de juin, il
obtint la cession du port d'Jfni, le point dénommé ci-
dessus étant un banc poissonneux et non un port.
Depuis, une partie de la presse espagnole ne cesse
de demander que le gouvernement fasse valoir les
droits de leur pays sur le Maroc. Leur situation n'est
guère en rapport avec leurs prétentions ; en plus de
leur piètre position commerciale, car ils achètent au
Maroc beaucoup plus qu'ils ne vendent, ils sont dé-
lestés des indigènes, qui voient en eux les ennemis de
leur race et de leur religion. « Cramponnés depuis



'^^mimmmf'ii^imm



^ — 106



des siècles à quelques îlots et à quelques presqu'îles
(lu littoral, dit M. René Pinon ', ils n'en ont tiré profit
ni pour agrandir, ni même pour faire respecter leur
territoire ; à cette longue domination, ils n'ont gagné
que les haines inexpiables des tribus du voisinage. »
En résumé : « Il reste en faveur de l'Espagne un grand
nom, la proximité des rives, une ténacité méritoire,
une réserve de cultivateurs déjà rompus au climat ^
enfin des préjugés cpic les hommes d'Etal espagnols
sont forcés de ménager \ >» Donc, beaucoup de pré-
tentions, peu de moyens de les faire valoir.

L'Allemagne n'a pas, du moins officiellement, de
visées politiques sur le Maroc, par contre, elle y a de
grands intérêts commerciaux. Son chiffre d'affaires
se montait en 1901 (rappqrt Déchaud), à 6.429.518 fr.,
dont 3.442.842 fr. à l'importation, et 2.986.676 à l'ex-
portation. En 1871, elle envoya modestement un re-
présentant au Maroc, M. Veber, mais depuis elle a
accru rapidement et méthodiquement son commerce,
a négocié en 1889, un traité de commerce très avan-
tageux qui ne pouvait être dénoncé que d'un commun



1. Le Maroc et les puissances européennes (Revue des
Deux-Mondes, 15 février 1902).

2. Jusqu'ici, la plupart des Espagnols résidant au Maroc,
à Tanger particulièrement, constituent un prolétariat en-
combrant et dangereux.

3. R. Millet, Nos frontières de l'Afrique du Nord (Revue
politique et parlementaire, janvier 1903).



— 1Ô7 —

accord (il n'en était pas ainsi dans les traités passés
avec l'Angleterre en 1856, et l'Espagne en 1860) :
signé le P' juin 1890, le traité fut ratifié le 10 juillet
1891. En 1890, elle créa une ligne de navigation sub-
ventionnée par l'Etat (Woermann Linie), reliant ses
ports avec ceux du Maroc, et en 1895, la ligne Olden-
burg-Portugûsische. Avec sa patience et sa ténacité
habituelles, l'habileté de ses commerçants, le bon
marché de ses produits, elle est parvenue, au besoin
en les contrefaisant, à prendre la place de la France '
pour la plupart des articles d'exportation, et même à
menacer l'Angleterre. Elle n'a négligé aucun moyen
pour faire du Maroc un grand débouché commercial
et y établir solidement son prestige. Il y a un grand
courant en Allemagne au sujet du Maroc : une sec-
tion marocaine a été créée à l'Ecole des Langues
orientales de Berlin, la société de géographie de Ham-
bourg y a envoyé des explorateurs comme T. et R.
Fischer, Schnelle, Kampmeyer, Stumme ; le docteur
Mohr a créé une compagnie de colonisation à desti-
nation du Maroc. L'Allemagne désirerait y avoir un
port pour servir d'entrepôt à ses marchandises ou au



1. Les Allemands sont agents, non seulement de maisons
de leur pays, mais de maisons étrangères : M. Hoesmer,
assassiné en 1896, à Tanger, dirigeait une importante mai-
son de commerce, était agent de compagnies de navigation,
d'une maison de soieries de Lyon et du Comptoir d'escompte
de Paris.




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iimiliMP— PPPW



I



— 108 —

moins un dépôt de charbon. Elle tenta, en 1888, de se
faire céder la baie d'Andjerout, en 1891, le territoire
(le Kebdana. En 1895, à propos de l'assassinat d'un
t^uji'I allemand, M. Neumann, M. de Tattenbach fut
envoyé en mission et on dit alors qu'il demanda la
cïuu ession d'un dépôt de charbon à l'embouchure de
kl Moulouya. 11 obtint, en tous cas, la construction
par un ingénieur allemand d'un fort à Habat ; on a
[larlé même à ce moment de mainmise germani(jue sur
(*e port qui, conmiandanl la route de Fez à Marra-
kccli, a une situation stratégique rcmanpiabic.

lî est certain (pfelle ne néglige « aucune occasion
de >e faire paraîtie, tout en encourageant et en déve-
loppant, par la j>rotection incessante et expérimentée
(h m diplomatie, l'action de ses négociants et de ses
inihistriels '. > Elle montre en toute occasion sa solli-
citude vis-à-vis d'eux en intervenant vigoureusement
auprès du gouvernement marocain toutes les fois
qn'im sujet allemand est lésé. Même, en 1895, M. de
Tallenbach voulut lui-même, avec l'appui d'un na-
vire de guerre, faire justice des meurtriers d'un M.
Rokstroh ; cette initiative imprudente et incorrecte
n'eut d'ailleurs pas de résultat. Quelques mois plus
lanl, à propos de l'attaque par les Riffains de la bar-
que hollandaise Anna, l'Allemagne fit une démons-



L Bulletin du Comité de l'Afrique françaisCy mai 1897.




— 101) —

Iration navale avec la Hollande pour obtenir une in-
demnité du Sultan, la presse demanda même l'occu-
pation d'un port comme gage. Aussi les commerçants
allemands ont une place importante, non seulement
à Tanger, mais à Rabat, à Mazagan, à Marrakech et
même à Fez. En avril 1898, le baron Schenk de
Schweinberg fut envoyé auprès du Sultan avec un
cérémonial magnifique (ce qui a produit un grand
effet sur l'esprit des Arabes), il chercha à obtenir la
commande d'une batterie à Salé ; certains journaux
déclarèrent même qu'il allait demander la cession à
bail à l'Allemagne de la vallée de la Moulouya — il
est vrai que d'autres ne parlaient que de la construc-
tion de batteries par des ingénieurs allemands à l'em-
bouchure de la Moulouya et à Tétuan. En novembre
1900, le baron de Mentzingen fut envoyé au Sultan,
toujours pour des réclamations de sujets allemands.
Il est certain qu'en cas de partage du Maroc, l'Alle-
magne demanderait la cession d'un port, Rabat ou
Agadir, peut-être même d'une partie de la côte At-
lantique, mais il ne semble pas que le gouvernement
allemand ait jamais insisté beaucoup jusqu'ici pour
obtenir des concessions territoriales, particulièrement
en ce qui concerne la Moulouya ; il ne paraît pas sou-
cieux de se créer de nouveaux sujets de conflit avec
la France, surtout en allant s'établir sur la frontière
algérienne : il n'a cherché à entreprendre au Maroc



l



— 110 —

rjuiirie liille commerciale, mais n'a négligé aucun (ac-
Unr ile succès.

Quant à l'Italie, elle n'occupe pas une place bien
iiiiportanle dans le commerce du Maroc, mais y a
*liHeloppé une grande activité politique et a tenté de
- y créer des droits, jusqu'en 1884, elle n'y eut aucune
iTpfluence, mais quand, sous l'impulsion de M. Crispi,
iflle voulut faire de la politique coloniale, elle tourna
-i -» vues vers le Maroc et ne négligea rien pour faire
rjtfitv i|u'clle y jouait un rôle. I.'ambassade brillante
de .\I. Scovasso, accompagnée d'une grande démons-
tration navale, fit impression sur le Sultan, qui se
laissa entraîner à commander une canonnière et à
(uire installer à Fez une fabrique d'armes et de muni-
Irons dirigées i)ar des officiers italiens (d'ailleurs, elle
fonctionna [ilulôl mal). Kn 1889, M. Cantagalli suc-
(tulià H M, Scovasso, mais le Sultan s'était lassé de
I Italie id d(5s achats onéreux et inutiles qu'elle lui fai-
«^oit fainî. Mlle fut au Maroc l'alliée de l'Allemagne,
|Hiis de l'Angleterre, et chercha de concert avec elles,
n combaltre l'influence de la France, à laquelle elle
ne pardonnait pas de l'avoir devancée en Tunisie.
Hlle chercha tous les prétextes pour se mettre en vue :
envoi de vaisseaux pour appuyer des réclamations au
sujet d'un navire italien pillé par les Riffains en 1895 ;
envoi de M. Gentile à Fez au sujet de la manufacture
d'armes, du retard dans les paiements du navire cons-



^ 111 —

truit en Italie pour le compte du Sultan, pour lequel
M. Gentile proposa un équipage italien. Il se joignit
à l'ambassadeur anglais, M. Satow, également en
mission à ce moment, pour obséder le Sultan de ses
demandes et de ses réclamations, et leurs missions
inopportunes n'eurent pas de résultats. En 1897, sous
prétexte du pillage de la barque italienne la Fiducia,
elle proposa la création d'une police internationale
dans le Riff ; elle fit, de concert avec l'Angleterre une
nouvelle démonstration navale en 1898. En 1899, le
ministre italien M. Malmussi fit visite au Sultan pour
le contraindre à prendre livraison du navire de guerre
qu'il avait commandé. Depuis ce moment, la crise de
mégalomane et de francophobie des Italiens s'est
calmée, ils ont changé de tactique dans leur politique
extérieure, se sont rapprochés de la France ; ils ne
lui reprochent plus l'établissement de son protectorat
en Tunisie, ne cherchent plus à lui créer de difficultés
au Maroc, mais ils ont accompli, semble-t-il, une ma-
nœuvre beaucoup plus habile en persuadant à la
France qu'ils lui abandonneront tous leurs droits sur
le Maroc, si elle veut les laisser agir en Tripolitaine.
Sans doute, cela nous fera une influence hostile en
moins, « un avantage réel, mais négatif, et dont il ne
faudrait pas exagérer l'importance, la clef du Maroc
n'est pas à Rome... La situation de l'Italie à l'égard
du Maroc n'est pas équivalente à celle de la France



- 112 -

vis-à-vis de la Tripolitaine... Elle ne dispose d'aucune
influence politique, et l'influence commerciale de ses
nationaux y est insignifiante *. » Le contact des Turcs
est moins dangereux que celui des Italiens pour notre
Tunisie. En échange de droits illusoires, nous per-
mettrions un voisinage qui pourra devenir une source
de difficultés, et nous indisposerions contre nous
l'Empire ottoman au profit de l'Allemagne. Prenons
donc garde de faire un marché de dupes avec l'Italie,
d' « échanger un œuf contre un bœuf », comme dit le
vieux proverbe. Le rapprochement franco-italien n'esi
avantageux qu'à condition que les avantages que les
deux parties en retireront soient égaux. Rappelons-
nous qu'économiquement l'Italie a beaucoup plu-
besoin de nous que nous n'avons besoin d'elle. Ne l'ac-
cueillons pas comme l'enfant prodigue, la « sœur
latine » un moment égarée, mais comme une débitrice
qui n'a recherché notre amitié que par pur intérêt,
que contrainte par les circonstances, après nous avoii
fait tout le mal possible, parce qu'elle a absolument
besoin de nos capitaux pour développer son indus-
trie et relever son agriculture et ses finances qui, vers
1893, étaient dans une position désespérée. Notre ajv
pui financier vaut bien les droits de l'Italie au Maroc,
sans qu'il soit besoin pour nous de mettre en cause



1. R. Pinon, L'empire de la Méditerranée, p. 72.



~ 113 —

la Tripolitaine. Il faut nous défier d'elle et ne ré-
pondre qu'avec une grande réserve et en ayant
toujours en vue la préoccupation de nos seuls inté-
rêts, aux bruyantes manifestations d'amitié dont elle
nous accable en ce moment.

Donc, seules, l'Espagne et l'Angleterre ont des in-
térêts et des prétentions à la fois dans l'ordre politi-
que et dans l'ordre économique au Maroc, les autres
n'y ont que des intérêts commerciaux plus ou moins
considérables.

Quels sont maintenant les intérêts de la France
dans l'Empire chérifien ? De quelle nature sont-ils?
Quelle situation y occupe-t-elle ? Est-elle en rapport
avec les droits que lui confèrent l'occupation de l'Al-
gérie-Tunisie et sa position de grande puissance mé-
diterranéenne ? Voilà ce qu'il nous faut examiner
maintenant.

Nous avons vu quels furent les rapports de la
France et du Maroc jusqu'en 1845, les fautes qu'elle
commit dans les traités de délimitation, et enfin les
lenteurs et les hésitations qui caractérisèrent son
expansion dans les oasis sahariennes et son action
sur les tribus plus ou moins indépendantes de la fron-
tière. Nous retrouverons la même manière d'agir
dans ses rapports avec les Sultans et sa pénétration
commerciale dans leur Empire. Elle a été longue à se
rendre compte de la position unique et singulièrement

Bourassin. 8



^"TTJ




— 114 —

luvorable que lui donnait son contact direct avec le
Maror, de l'importance de ses droits et de la nécessité
qu'elle avait d'y établir sa prépondérance tant poli-
iique que commerciale. Pendant longtemps, elle n'y
a pas joué un rôle aussi important qu'elle l'aurait dû :
l'opinion publique, le gouvernement ne se préoccu-
paitînL que peu ou point du Maroc, et ce n'est que
quand la conception d'un empire français dans l'Afri-
que du Nord-Ouest se fut répandue dans le pays qu'on
s'aperçut que l'Empire chérifien était le complément
obligé de nos possessions, et qu'au contraire la main-
mise d'un Etat étranger sur lui entraînerait la ruine
de toute notre œuvre dans cette partie de l'Afrique.
Nous ne reviendrons pas sur la loyauté et l'inlas-
sable patience avec laquelle la France a respecté les
Iraité.s de 1844 et de 1845, même sur les points où ils
nous étaient les plus défavorables et sans user des
facultés qu'ils nous laissaient, sur les erreurs d'un
t^ystèiiie qui nous fit abandonner le droit de suite en
territoire marocain pour réclamer au Sultan des in-
demnités. Mais il faut rendre cette justice à la diplo-
matie française, que sa politique eut plus d'unité que
celle de l'administration algérienne qui oscilla long-
temps entre la politique d'entente avec le Sultan et
celle d'entente avec les tribus avec annexion de por-
tions du territoire marocain. Sans doute, notre diplo-
matie considéra un peu trop le Sultan conune le maî-



^ 115 —

Ire absolu d'un Empire organisé et nettement déli-
mité, mais elle fut sans cesse partisan du staiu quo^
de l'intégrité absolue de l'Empire chérifien et a sans
cesse cherché à déjouer les tentatives plus ou moins
déguisées de mainmise que tentèrent les autres puis-
sances.

Sous Louis-Philippe et Napoléon III, nos rapports
avec les Sultans Moulay-Abder-Rhaman et Sidi Mo-
hammed furent satisfaisants, ils nous laissèrent faire
la police dans les confins des deux pays. Le 19 août
1863 fut signé un traité réglementant le droit de pro-
tection à Tanger. En 1867, une mission marocaine
fut envoyée en France et accepta la construction par
des ingénieurs français du phare du cap Spartel ;
pour favoriser le commerce par terre entre le Maroc
et l'Algérie, une loi du 17 juillet de la même année ac-
corda l'admission en franchise des marchandises
arrivant par cette voie. Nous avions gardé un certain
prestige auprès des Sultans qui redoutaient toujours
une invasion de leurs Etats, mais nos défaites de 1870
et notre attitude passive pendant les années qui sui-
virent, le compromirent gravement et encouragèrent,
comme nous l'avons vu, les visées marocaines sur les
oasis sahariennes. Cependant, la France conserva
une certaine action diplomatique. M. Tissot, ministre
de France, commença à nouer des relations avec les
chorfa d'Ouezzan, et, en 1873, reconnut de suite le







- tt6 —

Sultan Moulay-Hassan, ce qui contribua à affermir
le pouvoir de celui-ci. En 1875, le général Osmond fut
envoyé en mission auprès du Sultan alors à Oudja. En
1877, Moulay-liassan accepta une mission militaire
française, dont l'un des officiers, le lieutenant Erck-
mann devint même son ami et exerça sur lui une in-
fluence heureuse pour les intérêts français, mais resta
malheureusement trop peu de temps au Maroc '.

Un des moyens d'action économique et politique
employés par la France et les autres puissances eu-
ropéennes au Maroc était de conférer la protection à
des indigènes (censaux), qui étaient alors soumis à la
juridiction de leurs consuls ^ et faisaient le courtage
dans les ports et même l'intérieur du pays et servaient
d'intermédiaires entre chrétiens et musulmans.

L'Angleterre et l'Espagne, jalouses de l'extension
que prenait, en 1880, l'expansion française par l'in-
termédiaire de ses protégés, poussèrent le ministre
marocain Si Mohammed Bargach, à demander la res-
triction du droit de protection sous prétexte d'abus
et d'atteinte à la souveraineté du Sultan \ L'amiral
Jaurès défendit énergiquement les droits de la France



1. L'Angleterre, l'Espagne et l'Italie envoyèrent également
une mission militaire.

2. Ils jouissaient également d'immunités fiscales, aussi la
qualité de protégé était-elle très recherchée.

3. Il est certain que des négociants et des ministres fai-
saient commerce de leur dl'oit de protection.



' '"WlPJi.



— 117 —

à la conférence réunie à Madrid. Il montra la néces-
sité des censaux pour le commerce européen, étant
donné l'état des mœurs et de la législation indigène,
et la difficulté avec laquelle la présence des étrangers
était admise dans l'intérieur du Maroc ; il soutint que
la France, ayant toujours usé de modération et de
réserve dans le choix de ses protégés, n'était pas la
cause des abus qui avaient provoqué les plaintes du
gouvernement chérifien. Il est à remarquer que le
comte de Solms-Sonnenwald, plénipotentiaire alle-
mand, soutint l'amiral Jaurès, Bismarck ayant pour
principe de favoriser notre politique coloniale (dans
laquelle il voyait une diversion puissante contre nos
idées de revanche en Europe).

Le Maroc dut se résigner à laisser aux commerçants
et consuls européens dans le choix de leurs protégés \
mais leur nombre fut limité à deux par établissement
commercial. On limita à douze le nombre de Maro-
cains qui pourraient devenir protégés pour services
rendus à un Etat étranger, sauf permission spéciale
du Sultan (convention de Madrid, 3 juillet 1880). La
France obtint donc une victoire partielle, mais la
jalousie de l'Angleterre et de l'Espagne contre elle.



1. La France achetait beaucoup de laines au Maroc et avait
besoin de censaux dans les campagnes : ce sont ces protégés
dont l'Angleterre, qui n'avait d'intérêts que dans les villes,
poussait le Maroc à demander la suppression.



'W^



— 118 —

qui les poussaienl à soutenir le Maroc, fut très nui-
sible aux intérêts européens en général : car elle em-
pêcha d'exiger du Sultan l'exécution effective des
clauses concernant rétablissement des Européens
dans l'intérieur du Maroc et la liberté commerciale
complète, ce qui aurait pu être obtenu si toutes les
puissances avaient été d'accord.

La France recommença donc à agir par l'intermé-
diaire de ses protégés et eut bientôt un nouvel élé-
ment d'influence. Des Marocains, originaires du Rifi
principalement, vinrent à partir de cette époque tra-
vailler dans le Maghreb el Ouost (nom marocain de
l'Algérie), comme ouvriers agricoles ou terrassiers :
ils apprécièrent les bienfaits de notre régime et re-
tournèrent dans leur pays avec des sympathies pour
la France. Elle dut beaucoup aussi au comte de Cha-
vagnac, qui exploitait alors des mines dans le Riff, et
surtout à l'habileté et à l'énergie de M. Ordéga, nommé
ministre à Tanger, qui, profitant des insultes faites
par des fonctionnaires chérifiens aux fils du chérif
d'Ouezzan, Si el Hadj Abdessalam, chef de la puis-
sante confrérie de Moulay-Taieb, dont les khouans
(frères), sont répandus au Maroc, en Algérie et même
au Soudan, lui proposa la protection de la France
(1884). Le chérif, esprit cultivé, moins réfractaire à
notre civilisation que ses coreligionnaires, voyant
d'ailleurs que son entente avec la France lui procure-



l



— 119 —

rail des facilités pour celles de recueillir les offrandes
de ses fidèles d'Algérie, fut un agent dévoué de la
politique française qu'il chercha à aider de son in-
fluence religieuse au Toual et dans le Riff \

Mais si la France avait à cette époque' une bonne
situation morale, son action politique était trop timo-
rée. M. Ordéga ne fut pas assez soutenu par M. de
Freycinet, ministre des affaires étrangères. C'est en
1885 que nous arrêtons la construction de notre ligne
de pénétration dans le Sud-Ouest algérien, décidée en
1879. Enfin, le commerce français ne cherchait pas à
utiliser la frontière de terre, à établir des relations
entre Tlemcen et Oudja ; la France négligeait de
construire le chemin de fer de Tlemcen à Lalla-Mar-
nia et, malgré l'insécurité des roules du Riff, le com-
merce de la vallée de la Moulouya se faisait plutôt
par Mélilla, où les Espagnols venaient de créer un
port franc. Il y avait en Algérie un grand mouve-
ment d'importation de bestiaux et laines marocaines,
mais elle n'y envoyait presque rien. Les communica-



1. Une polémique s'est engagée à propos de l'échec de Si
el Hadj Abdessalam au Touat sur le pouvoir réel des chérifs
d'Ouezzan et les services qu'ils pouvaient rendre à la
France : il est certain que les goûts européens du précédent
chérif lui avaient enlevé de son prestige et de son autorité
sur ses fidèles, mais ses fils, tout en restant loyaux alliés de
la France, ont repris leur ascendant sur la confrérie et nous
ont aidés dans tous nos rapports avec les Riffains et les Ber-
bères de l'Atlas ; nous ne devons négliger aucun élément
d'influence.



— 120 —

lions par terre étaient difficiles, il y avait 100 kilo-
mètres de mauvaises routes de Tlemcen à Marnia, et
210 kilomètres de simples pistes de cette ville à Taza,
le port algérien de Xemours qui pourrait être l'entre-
pôt des produits marocains de la Moulouya, était dé-
fectueux. Dans le Maroc proprement dit, nos commer-
çants se montraient timides, manquaient d'initiative,
ne savaient pas se mettre à portée de la clientèle ni
faire de crédit ; ils se confinaient dans le commerce
des objets de luxe et se laissaient enlever par l'Alle-
magne et l'Angleterre l'importation des objets usuels,
comme les bougies, le sucre, les cotonnades.

Vers 1890, un mouvement d'opinion se créa en
France en faveur de l'expansion coloniale, qui avait
plutôt été combattue jusque-là. Des hommes politi-
ques, explorateurs, publicistes, officiers, savants
(MM. d'Arenberg, Charles Roux, Félix Faure, Bout-
my, Binger, Borgnis-Desbordes, de Gallifet, Derré-
cagaix, P. Leroy-Beaulieu, Melchior de Vogué, etc.),
fondèrent le Comité de l'Afrique française pour s'oc-
cuper d'étendre par tous les moyens notre influence
dans cette partie du monde. Le Comité fit paraître
dans son Bulletin de nombreux articles concernant la
nécessité de notre pénétration au Sahara et au Maroc,
dont il signala avec insistance l'importance au point
de vue de notre prépondérance dans l'Afrique du
Nord.



— 121 —

En 1891, notre ministre à Tanger, M. Patenôtre,
obtint du Sultan la frappe à Paris d'une somme de 20
millions de francs, ainsi que quelques améliorations
dans le service des ports, fort négligé au Maroc. Mais
les rapports de iloulay-Hassan et de la France se re-
froidirent au sujet des affaires du Touat, et les mi-
nistres français, MM. Féraud et Souhard, présentè-
rent vainement des observations au Sultan sur ses
empiétements dans nos possessions, mais ils eurent
la prudence de refuser toujours toute discussion sur
ce point, ce qui aurait paru donner une apparence de
vérité aux prétentions du Sultan et reconnaître qu'elles
pouvaient être fondées. Le 27 janvier 1892, M. d'Au-
bigny, alors noire ministre à Tanger, conclut avec
Sir Kirby Green, ministre d'Angleterre, une conven-
tion neutralisant le sémaphore du cap Spartel, que
celui-ci aurait voulu faire construire et occuper par
des Anglais. Le 25 septembre 1892, M. d'Aubigny fut
envoyé en ambassade à Fez et négocia avec le Sultan
un accord commercial : le tarif douanier du 10 sep-
tembre 1844 fut réduit pour certains produits fran-
çais (soieries, pierres précieuses, vins, pâtes alimen
taires), de 10 % à 5 %, moyennant quoi le Maroc bé-
néficia de notre tarif minimum (Loi du 6 février 1893).

Le Sultan s'engagea à protéger les marques de
fabrique françaises contre les contrefaçons et accorda
des indemnités pour les Hamyans algériens, dont



-P>J!f u-nv^MK



1



— 122 —

une caravane avait été pillée en 1891 par les Berabers
du Tafilelt. M. d'Aubigny éc laira Moulay-Hassan sur
le jeu de l'Angleterre el de son ministre Evan Smith,
et contribua beaucouj) à l'riiicc de celte mission. Ce
fut une suite de succès diplomatiques qui irritèrent
vivement la presse anglaise.

Sous l'impulsion de M. Ribot, ministre des affaires
étrangères, et de M. Cambon, gouverneur de l'Algé-
rie, la politique française entra dans une phase plus
active que précédemment : nous avions été trop loin
dans les concessions, notre modération avait paru de
la faiblesse et nous n'avions plus aucun prestige aux
yeux du Sultan. Notre |u*otégé, le chérif Sidi el Hadj
Abdessalam étant mort, nos dii)lomates aidèrent ses
enfants dans le règlement délicat de sa succession, et
Moulai el Arbi, son fils aîné, élevé en Algérie, lui suc-
céda : il accepta à son tour la protection de la France
et envoya son neveu à M. Cambon pour notifier sa
nomination et régler la question du choix de moqua-
dem de son ordre dans nos possessions. C'est à ce
moment qu'eut lieu l'expédition du Sultan au Tafilelt
et ses difficultés avec l'Espagne. M. d'Aubigny,
comme il a été dit plus haut, aida efficacement et au
mieux des intérêts de la France, le maréchal Martinez
Campos, et le traité de paix hispano-marocain fut
avantageux pour celle-ci, car il déjoua les projets
anglais à propos de l'indemnité de guerre. — M.



— 123 —

d'Aubigny quitta le Maroc en 1894 : il avait su, mal-
gré bien des difficultés, donner à la France une place
importante dans les affaires marocaines ; il fut rem-
placé par M. de Montbel. Quand Moulay-Hassan mou-
rut (6 juin 1894), le gouvernement français et le chérif
Ouezzan reconnurent sans difficultés Moulay-Aziz,
et, tandis que les ministres anglais et italien méconten-
taient le maghzen en profitant des troubles causés par
Tavènemenl du jeune Sultan pour l'accabler de ré-
clamations, celui de France gardait une réserve qui
fit la meilleure impression. Aussi il fut reçu très ami-
calement lors du voyage de pure courtoisie qu'il fit à
Fez, et cependant ce fut la première fois qu'un minis-
tre étranger fit visite au Sultan sans lui apporter de
cadeaux (ce qui passait toujours aux. yeux des indi-
gènes comme un acte de vassalité). Il obtint la création
d'un consulat français à Fez où jusque-là il n'y avait
eu qu'un vice-consul indigène ; ce fut une faute, les
autres puissances feignirent de voir dans cette faveur
une atteinte au statu quo marocain et l'Angleterre,
l'Espagne et l'Italie réclamèrent également un consu-
lat.

A ce moment, on se préoccupa en France de déve-
lopper le trafic, si restreint jusque-là, qui s'opérait
entre l'Algérie et le Maroc par terre. M. Foureau fut
chargé d'une mission par le gouvernement général.
Dans le rapport qu'il fit, il déclara que la faute était




— 124 —

à noire tarif douanier qui avait entravé les relations
i:ommerciales très actives avant la conquête : il pro-
posait la création d'entrepôls francs, de marchés mix-
tes, où les agents français et marocains pouvaient per-
l'evoir des droits (ce que les Esi)agnols avaient fait
avec succès à Melilla), et l'établissement sur la fron-
tière de postes de douanes qui serviraient également
h assurer la sécurité de la région. Il montrait la né-
cessité de la construction de la ligne Tlemcen-Lalla-
\Iarnia, et concluait avec juste raison que la péné-
tration commerciale était la meilleure préparation de
la pénétration politique. — Une partie de ces idées
lut mise immédiatement à exécution ' : le décret du 17
décembre 1896 créa des marchés francs à Lalla Mar-
ina, Aïn-Sefra et El Aricha sur la frontière maro-
caine ^ : étaient dispensés de droits de douane et
d'octroi de mer, les sucres, thés, cafés, épices, huiles
minérales, alcools de parfumerie, produits chimiques
et pharmaceutiques, à destination de ces villes. Cette
excellente mesure augmenta sensiblement le trafic
terrestre franco-marocain.
L'action politique française devenait plus intense au



1. Les autres furent reprises en 1901 et 1902, lors des arran-
gements franco-marocains.

2. Des marchés francs étaient également créés à El Oued,
fouggourth, El Goléah, El Abiod sidi Cheik, Djenien bou

Resk, pour favoriser le commerce avec les oasis.



'^l?3??5f*."



— 125 —

Maroc. A propos de troubles qui éclatèrent à Oudja,
M. Cambon montra beaucoup de bienveillance envers
le gouverneur Si Driss ben Aich, auquel il rendit
visite à Aïn-Takbalet, il lui prêta son appui moral
contre les rebelles qui menaçaient Oudja, et montra
une grande patience au sujet de la répercussion de
la rébellion en Algérie, il se contenta de faire respec-
ter la frontière au moyen des troupes qu'il y avait
massées sans tenter d'action militaire inopportune,
ce qui produisit un excellent effet auprès du Sultan.
Mais il fut taxé en Algérie de faiblesse et d'inertie
poiir n'avoir pas réclamé le paiement immédiat au
pacha d'Oudja d'une indemnité de 300.000 fr. pour
ravages causés par des Marocains en territoire algé-
rien ; on alla même jusqu'à demander l'occupation
d'Oudja, pour en finir avec les troubles de la fron-
tière ' et à prier le gouvernement de désavouer M.
Cambon. Mais déjà celui-ci avait l'idée d'augmenter
notre pouvoir au Maroc autrement que par des anne-
xions, et ne voulait y exercer une action que par
voie diplomatique. Cette conduite prudente produisit
à ce moment même (1897) deux résultats apprécia-
bles : notre ministre à Tanger, put, avec l'appui du
Chérif d'Ouezzan, obtenir rapidement la mise en liber-



1. Question diplomaliques el coloniales : 1®^ juin 1897. La
situation politique à la frontière marocaine, H. Pensa.
25 août 1897. Lettre d'Algérie.



1



— 1-26 —

lé du capitaine de la barque française, Prosper
Cornu, l'ail prisonnier par les Hiffains, sans que
nous soyons obligés comme les autres puissances,
d'engager de pénibles négociations avec le Maghzen.
Knfin, le 29 mai, Abd-el-Aziz envoya à Paris une am-
bassade conduite par Si Moliammed ben Moussa,
frère du grand-vizir, qui exprima le désir de son maî-
tre, de consolider les liens d'amitié et les relations de
bon voisinage avec la F'rance ; mais, si cette ambas-
sade montra les bonnes dispositions du jeune Sultan
à notre égard, elle n'eut que peu de résultat, parce
que son chef devint fou.

A partir de 1898, la France commença à se préoc-
cuper davantage du Maroc qu'elle avait plutôt né-
gligé jusque-là, et sa politique hésitante allait se pré-
ciser, devenir plus énergique. Le gouvernement fran-
çais allait franchement rechercher la collaboration du
Sultan. L'œuvre de la France en Afrique s'ébauchait,
des guerres heureuses venaient de lui donner le
Dahomey, le Soudan et le Haut Congo jusqu'à Tchad,
elle allait chercher à relier ses nouvelles possessions
africaines à l'Algérie et à la Tunisie, et vit alors plus
clairement que le Maroc était le complément obliga-
toire de notre empire colonial dans l'Afrique du nord-
ouest. Le 7 février, M. Etienne, député d'Oran, de-
manda à la Chambre des députés, à propos de la dis-
cussion du budget des affaires étrangères, la création



— 127 —

d'un vice-consulat à Oudja pour nous donner des ren-
seignements politiques et commerciaux sur cette par-
tie de l'Empire chérifien. Il insista sur la nécessité
de (( prendre au Maroc la légitime influence qui nous
était due ». De son côté, le comité de l'Afrique fran-
çaise montrait, dans son Bulletin, l'intérêt que pré-
sentait pour nous le Maroc, les agissements des puis-
sances rivales, les moyens d'action que nous y possé-
dions : influence de nos clients les chorfa d'Ouezzan,
de nos indigènes algériens établis au Maroc, de notre
administration des affaires indigènes très versée dans
la connaissance de la politique musulmane, sans
compter l'appui de la légation russe ^ qui venait d'être
créée à Tanger et notre mission militaire dont nous
n'avions pas su jusqu'alors tirer parti \ M. de la Mar-
tinière qui remplaçait M. de Montbel à Tanger con-
naissait à fond le Maroc. Enfin, la colonie française
s'augmentait dans cette ville, elle comprenait deux
importantes maisons de commerce (Gautsch et Bruns-
wig), la minoterie Lacaze, un hôpital avec médecin
et pharmacien, des écoles soutenues par l'alliance
française et l'alliance israëlite, un bureau de poste,
des cafés et journaux. Il y avait également des mai-



1. L'Angleterre avait fait créer également une légation par
le Portugal.

2. La Société de géographie d'Alger envoyait M. de Segon-
zac explorer le Maroc central.



— 128 —

sons françaises à Larache, Mazagan, Mogador. —
Le moment était favorable pour nous : l'Espagne était
affaiblie par ses défaites et l'Angleterre allait être
absorbée par les affaires sud-africaines. Elles firent
tout leur possible pour nous enlever la confiance du
Sultan, nous montrant comme les instigateurs de la
révolte du Tafilelt et lui faisant considérer la protec-
tion que nous avions donnée peut-être trop précipi-
tamment à la tribu des Bekkiona révoltée, comme un
acte d'hostilité à son égard : le résultat de ces excita-
tions fut que le Sultan entrava par des mesures vexa-
toires le trafic des bestiaux marocains par la frontière
algérienne. De plus, l'Angleterre, prenant peur de nos
progrès en Afrique, et voyant menacées ses commu-
nications sur le Nil par la mission Marchand, prit un
ton absolument menaçant à notre égard. Par malheur,
la défense des côtes et des colonies françaises était
trop mal assurée, et nous dûmes céder, l'accord de
1899 nous forçait à évacuer le Haut Nil, mais, comme
en 1890, nous reconnaissait l'hinterland algérien.

C'est justement à ce moment (hiver 1899-1900), que
commença la conquête des oasis sahariennes. Le
contre coup qu'elle eut sur la frontière oranaise
préoccupa vivement l'opinion en Algérie ; comme les
attentats s'y multipliaient et amenaient une insécurité
absolue dans ces régions, les Algériens réclamèrent,
comme déjà en 1896, l'établissement à bref délai du



— 129 —

protectorat français sur le Maroc (vœux de la société
de géographie d'Alger) et l'occupation immédiate
d'Oudja et de Figuig (journal ÏEcho dOran) pour en
finir avec cette situation troublée. Ils sont placés trop
près pour voir nettement les choses, ils ne se préoc-
cupent que de leurs intérêts immédiats ; le gouverne-
ment français refusa d'employer cette politique éner-
gique, mais à courte vue : il agit avec moins d'éclat,
mais plus de prudence. M. de la Martinière, appelé
à d'autres fonctions à Paris, fut remplacé par M. Re-
voit, qui fut ensuite nommé gouverneur de l'Algérie ;
M. Saint-René Taillandier succéda à M. Revoit \ —
L'action de la politique française s'affirma davantage
encore au Maroc avec ces deux diplomates : un de nos
nationaux, M. Pouzet, ayant été assassiné le 3 avril
1901, par les Riffains, la France présenta ses réclama-
tions avec une énergie qu'elle n'avait jamais déployée
jusque-là, elle envoya deux croiseurs à Mazagan et
un ultimatum au Sultan, mais lui montra en même
temps qu'elle ne cherchait pas à ruiner son autorité,
qu'elle voulait au contraire l'aider à l'établir plus



1. Jusqu'alors les ministres français à Tanger y avaient
débarqué sans aucun apparat, mais à partir de ce moment,
à rexemple de ceux des autres puissances, ils arrivent sur
un croiseur, car nous nous sommes aperçus qu'il ne faut
rien négliger pour donner aux Marocains une haute idée de
notre puissance.

Bourassin. 9




— 130 —

solidement. En juin \ Si Abd-el-Kérim ben Sliman
fut envoyé en mission à Paris, pour régler les ques- .
tions territoriales et commerciales pendantes entre la
France et le Sultan. Le 5 juillet, à la tribune du Sé-
nat, M. Delcassé, à propos de la mission marocaine,
déclara que la France « était tenue de suivre ce qui se
passe au Maroc avec un intérêt singulier, dont nul ne
saurait équitablement méconnaître la valeur ». —
Les accords signés en 1901 et en 1902 furent la consé-
cration de la politique d'entente et d'action commune
avec le Sultan. En plus du partage des tribus saha-
riennes entre la France et le Maroc, et des clauses
concernant la sécurité des zones frontières, ces con-
ventions contiennent des articles visant la création de
marchés algériens, marocains ou mixtes et de bureaux
de douane dans ces régions. La liberté des transac-
tions et de la propriété était assurée aux sujets algé-
riens et marocains, et la France s'engageait à conso-
lider l'autorité du Sultan dans les parties de son em-
pire touchant à l'Algérie. Sans doute, ces conventions
n'obtinrent pas tous les résultats qu'on pouvait en
espérer à cause des troubles qui régnaient dans l'Em-
pire chérifien, mais au moins leur modération et notre
loyauté nous concilièrent le bon vouloir du Sultan et
ne donnèrent aucune prise à des réclamations de la



1. Ce même mois eut lieu Tinauguration d'un câble français
d'Oran à Tanger.



— 131 —

part de nos rivaux. Il était inutile de brusquer les
événements, de vouloir ouvrir la question marocaine,
elle allait s'ouvrir d'elle-même et l'Angleterre, par son
avide précipitation, allait commettre la faute, que
nous avions évitée, de porter atteinte au stalu quo
marocain.

A sa mort, Moulay-Hassan avait laissé son empire
dans un état relativement prospère ; il avait, par ses
armes ou sa diplomatie, soumis des tribus jusque-là
rebelles, le trésor était bien rempli, l'armée maro-
caine commençait à s'organiser, les caïds à être obéis,
le Sultan avait augmenté leur nombre et diminué l'é-
tendue de leurs circonscriptions pour être plus sûr
de leur fidélité, mais il était absolument hostile à
l'influence européenne. Celle-ci ne dominait guère
qu'à Tanger où les ministres européens étaient arri-
vés à exercer en fait l'autorité municipale au moyen
du conseil sanitaire \ et surtout de la commission
d'hygiène, que M. d'Aubigny en 1892 avait fait
reconnaître oflTiciellement par Moulay-Hassan et qui
était devenue une dépendance du corps diploma-
tique dont un des membres présidait. Sauf pour
présenter leurs lettres de créance ou pour des
missions extraordinaires, les ministres européens




^^



1. En 1865, un lazaret avait été créé à Mogador, il fut trans-
féré près de Tanger en 1897, à la suite de difficultés avec le
Sultan.




1



— 132 —

n*élaient pas en rapports directs avec le Sultan, mais
avec son agent spécial à Tanger \

La situation allait changer avec son fils, Abd-el-
Aziz, (jijeles intrigues de sa mère, Lella Requia, d'ori-
gine * ircassienne, et du grand vizir Ba-Ahmed ben
Moussa, avaient appelé au trône de préférence à son
frère aîné, Moulay-Mohammed. Le grand vizir tint
le jeune Sultan dans une tutelle étroite et continua la
jiolilique traditionnelle à l'égard des tribus et des
étrangers ; il eut à lutter contre de nombreuses ré-
voltes et le maghzen resta six ans à Marrakech sans
pcHivoir regagner Fez. Lorsqu'après la mort de Ba-
Ahmed en 1900, Moulay-Abd-el-Aziz voulut gouver-
ner seul, il précipita vers la ruine son pouvoir qui se
maintenait déjà avec tant de peine. Le jeune prince
n avait pas le caractère religieux et guerrier de son
[)ère» il était peu sérieux, efféminé, brouillon, inexpé-
rimenlé, aimant l'éclat et le brillant. Il choisit comme
favori un aventurier, nommé Mac-Lean, ancien sous-
oITicicr anglais de Gibraltar, poursuivi autrefois pour
dettes, placé en 1877 auprès de Moulay-Hassan par
sir John Drummond Hay, comme instructeur d'infan-
terie, et en réalité comme agent politique, qui servit
à toutes les besognes, officier et courtier, nommé
caïd et directeur de l'artillerie en 1891 : tenu à l'écart



1. Actuellement Si Mohammed Torrès.



— 133 —

par Ba-Ahmed, mais « flatteur et cauteleux ' », il sut
plaire au jeune Sultan. Son autre favori fut El
Menehbi, également aventurier de basse extraction,
qu'il fit ministre de la guerre et qui s'appuya sur
l'Angleterre pour se maintenir au pouvoir. Sir Ar-
nold Nicholson, ministre anglais à Tanger, M. Has-
tings, vice-consul anglais à Fez, et le correspondant
du « Times » à Tanger, M. Harris, qui publiait dans
son journal des articles clogieiix pour le jeune Sultan,
devinrent également ses conseillers. Il fut la dupe
d'aventuriers européens, anglais surtout, qui flat-
taient ses désirs puérils, de « fournisseurs plus préoc-
cupés de commandes avantageuses que de réformes
pratiques ». C'est alors que, conune le disait M. De-
lafosse, apparurent ces « individualités sans man-
dat », dont l'Angleterre allait se servir pour complé-
ter l'œuvre de sa diplomatie au Maroc : instructeurs,
jockeys, mécaniciens, photographes, commerçants de
toutes sortes, entrepreneurs de travaux publias,

agents de compagnies de colonisation, etc —

Après l'ambassade de Mac-Lean et d'El Menehbi à
Londres en 1901, Moulay-Abd-el-Aziz voulut complè-
tement renverser les vieilles institutions marocaines et
organiser son empire à l'exemple des états euro-
péens. Cette œuvre très délicate aurait demandé



1. R. Pinon, Les événements du Maroc (Revue des Deux-
Mondes, 1«' mars 1903).



— 134 -

beaucoup du larl et de fermeté, l'appui d'une force
sérieuse, ce que n'avaient ni le Sultan, ni ses favo-
ris. I] voului irabord faire des réformes fiscales, sup-
primer l'acliour et le zekkal, vieux impôts établis par
le Coran sur les recolles et les troupeaux, et les rem-
placer par une ( ontribulion foncière qui devait frap-
per loules les terres, même celles des confréries reli-
gieuses (bienï? habbous), jusque-là exemptés de toute
taxe*

Tant que Monlay Aziz n'avait fait que vivre contrai-
rement aux traditions et au Coran, l'hostilité du
parti conservateur, des croyants fervents n'avait fait
i\ne couver sourdement ^ ; elle éclata à propos de cette
réforme fiscale : les caïds dont il voulait contrôler les
agissemenis aussi bien que les chorfa mécontents de
voir imposer leurs biens, tous les pillards de l'Em-
pire, toujours à l'affût d'une rébellion fructueuse, se
levèrent à la voix d'un marabout obscur Jellala es
Zerliouni, surnommé Bou-Hamara, qui prêcha la
guerre sainte contre un Chérif qui violait ainsi les
traditions et la loi religieuse et s'entourait d'infidèles.



L Lo 17 octobre 1902, il fît arracher du sanctuaire vénéré
de MouUiy-îdriss, à Fez, un chérif accusé d'avoir assassiné
un pasleur anglais, le fît battre de verges, puis fusiller. Cet
acte de justice sommaire exaspéra les habitants de Fez, reli-
gieux el frondeurs, déjà outrés de Taffluence des étrangers
dans leur sainte cité et des amusements européens de leur
Sultan.



— 135 —

Bou-Hamara déclara tantôt qu'il était Moulai-Mohàm-
med, le frère évincé du Sultan, et qui était enfermé à
Méquinez, tantôt qu'il était envoyé par Allah pour
délivrer le captif et le mettre sur le trône. Il s'installa
à Taza, excellente position stratégique d'où il mena-
çait à la fois Fez et Oudja. Il recruta ses partisans
surtout dans la secte fanatique et xénophobe des
Derkaoua, les Bérabers, les Riata, les Tsoul et les
Hiaïna de l'Atlas et même chez les Tholbas (étudiants)
de Fez ; il tint la campagne en décembre 1902, et
battit les troupes du Sultan. On crut en Europe celui-
ci absolument perdu, et on se hâta trop vite d'annon-
cer son renversement : certains Algériens deman-
dèrent même que la France soutînt le prétendant, en
fît l'agent de sa pénétration. Mais la diplomatie fran-
çaise, mieux au courant des affaires marocaines, s'y
opposa avec juste raison : il en fut, en effet, de cette
révolte comme de toutes les autres : de puissantes
tribus berbères, les Beni-Ouaraïn et les Aït-Joussi
qui, en se joignant aux rebelles, auraient pu les faire
triompher, furent achetées par le maghzen, et c'est
en grande partie grâce à leur appui, que le préten-
dant fut battu le 2 février 1903. Les journaux espa-
gnols annoncèrent même sa mort, mais on apprit
bientôt qu'il s'était réfugié dans les montagnes et, en
juin, c'était lui qui, à son tour, menaçait le Sultan
dans Fez, il fut battu le 29 juillet et regagna alors




— 136 —

Taza d'où les troupes du Maghzen n'ont encore
|Hi le déloger. D'ailleurs, la situation actuelle du Sul-
tan n'est guère brillante : les énormes dépenses qu'a-
vaient entraînées les fantaisies européennes de Mou-
lay Aziz, puis la guerre, ont vidé le trésor et, comme
les impôts anciens ont été supprimés sans que de nou-
veaux puissent être établis et perçus, la détresse
financière est extrême, d'autant plus qu'elle se com-
[jlique d'une crise monétaire, de la dépréciation de
la monnaie qu'a fait frapper le Sultan, d'où il résulte
do désastreuses fluctuations dans le cours du change.
Le Sultan a dû licencier son armée et vit au jour le
jour.

— Voilà comment un article du Bullelin du Comité
fie rAfrique française décrit la situation intérieure
iictuelle du Maroc * : (( Le Blad el Maghzen est réduit
h sa plus simple expression, n'est plus qu'une fédéra-
lion très lâche de tribus dont les caïds ont senti leur
force vis-à-vis du Maghzen et qui, après avoir été dis-
|Fensés trois ans des anciens impôts coraniques, se
refusent maintenant à acquitter les taxes nouvelle-
ment établies. Le pouvoir actuel est très faible, mais
il existe, il continue à vivre par la politique tradi-
lionnelle et le consentement des tribus ; s'il est menacé
dans son autorité, rien ne le menace dans son exis-



L N« de février 1904.



**r iÇi*



— 137 —

tence : si bien que le Maghzen dans la plaine et le
Rogui (Bon Hamara), dans la montagne, contem-
plent impuissants l'anarchie universelle qui se déve-
loppe librement autour d'eux : c'est du reste une
situation bizarre selon nos idées européennes, mais
qui n'a rien d'extraordinaire dans les annales maro-
caines ».

Le Sultan a été abandonné au début de la rébellion
par tous^ les aventuriers européens qui l'avaient mené
à la ruine alors que les officiers et diplomates français
restaient à ses côtés. En ce moment, le crédit de Mac-
Léan «st fort ébranlé, d'autant plus qu'il n'a pu réus-
sir à négocier un emprunt en Angleterre. El Menehbi
est dans une quasi-disgrâce ; il est parti en pèleri-
nage à la Mecque et a été remplacé par Mohammed
el Guebbas, chef de la mission marocaine à Alger,
partisan de la France. Notre influence a grandi à la
cour au détriment de l'influence anglaise ; c'est grâce
à nous, qui avons fait passer des soldats marocains
par l'Algérie, que le Sultan a pu réoccuper Oudja. -
Il semblait que le Sultan allait devenir plus raisonna-
ble et se rendre compte que son anglomanie et ses
réformes inconsidérées étaient cause de sa situation
déplorable, mais les dernières nouvelles reçues du
Maroc montrent bien que, s'il a dû renoncer à ses
projets de réforme, il se livre au gaspillage de ses



1



— 138 —

derTii^rr s ressources \ alors que ses ministres cher-
f lii'hl ili's expédients financiers, et n'a pas abandonné
-e- >yrik]>athies pour T Angleterre, dont les intrigues
[*M oininoncent : Cheik Tazi, le nouveau ministre des
hnii hrr-. leur est favorable. Mais les Anglais sont
il< fisti^ par l'ensemble des Marocains et, même parmi
lo riMiservaleurs, beaucoup se tournent vers la
h'f Lihi I' iju'ils voient à l'œuvre en Algérie et en arri-
\riif ,( I ►référer sa domination au désordre politique
i'\ ;j linjarchie financière qui régnent actuellement
*\i\ji^ U'wr pays.

Ij' -lalu quo marocain ne peut plus durer ; l'insé-
mii\v iMigmente, un allemand vient d'être assassiné
;mi\ |iiMîes de Fez, le commerce n'est plus possible,
) j*^n'K iHtiire est ruinée par les pillages des armées du
^rilluii ou des bandes de rebelles. — La tentative de
nhif tue- du Sultan et ses conséquences montrent bien
i[(ir Ir \[aroc est incapable de sortir par lui-même de
Min rUi\ anarchique, qu'une tutelle lui est nécessaire
jMHH i\\rû se développe normalement, pour diriger
>ii |iuli tique intérieure et extérieure ; d'autre part,
le b('-oin croissant de débouchés commerciaux, pous-
sent \r- puissances à faire taire leurs rivalités et à ne
l«lu- Int-ser limiter leur action économique dans ce



f 11 ;i fait venir des acteurs européens auxquels il donne
iHi Irmli.Qient énorme (Bulletin du Comité de V Afrique fran-
raiif,, Jivril 1904).







^ 139 —
Par saladin
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Lundi 25 mai 2009
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WWW^^W-



THÈSE



LE DOCTORAT









La Faculté n*entend donner aucune approbation ni
iniprobation aux opinions émises dans les thèses ; ces
opinions doivent être considérées comme propres à
leurs auteurs.



^^■'S*^*^- — -i^'^jak .„-.-. •"■



v-^






FACULTÉ DE DROIT DE L'UNIVERSITE DE PARIS



LA (LC



QUESTION DU MAROC



THÈSE POUR LE DOCTORAT

Soutenue le mercredi 22 Juin 4904, à 8 h. 4/2.
PAR

R. BOURASSIN



Président : M. ESTOUBLON, professeur.
s„/r^«^»«^e . i ^- LESEUR, professeur.
Suffragants: | m. PERREAU, aU^e.



PARIS
A. PEDONE, ÉDITEUR

LIBRAIRE DE LA COUR d'aPPEL ET DE l'oRDRE DES AVOCATS

13, Rue Soufflot, 13

1904



BIBLIOGRAPHIE



Bulletin du Comité de l'Afrique française.
Années 1901 à 1904 ; janvier-avril 1904. — Articles concer-
nant le Maroc et le Sud-Algérien.

Revue politique et parlementaire.
10 juillet 1901. — La question du Maroc (Lorin).
10 janvier 1903. — Nos frontières de l'Afrique du Nord (R.

Millet).
10 août 1903. — La politique française au Maroc (Pène-

Siefert).
10 janvier 1904. — La pénétration pacifique et le Maroc

(C. Sabattier).
10 février 1904. — L'œuvre de la France au Maroc.
10 mars 1904. — France et Angleterre. Sir Charles Dilke

et l'entente cordiale (Jean Darcy).

Archives diplomatiques.

Mars 1903. — Discussion des interpellations sur la poli-
tique extérieure.

Avril 1903. — Protocole du 20 avril 1902.

10 juillet 1901. — Evolution de la question marocaine (A.
Bernard).

Revue des questions diplomatiques et coloniales.
1897. — Cinquante ans de politique anglaise au Maroc

(B. d'Attanoux).
15 janvier 1897. — La frontière marocaine et Figuig (Man-

deville).
— La situation politique à la frontière marocaine (H.

Pensa).
15 juin 1897. — Notes sur le Maroc (C*® de Couronnel).
15 août 1897. — Lettre d'Algérie.



- 6 -



!<»' d^cenibre 1897. — Les piralt's du Hi(t.
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1*"* déceoibre 181)8. — La Franco el le slaiu t/rio iimrueaiiî.
l^r février 1899. — L'Algérir iiiéridioiiak* el le T<»yaL (Miin>

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15 novembre 1899. — Le Maroc français (L. Kryszunowski).
1"' janvier 19414. — Discours de M. Del cassé au Sénat.

— nenseiiriienienLs pulili<îues.

— Chemins de fer de Tleiiicerj n la tri^tiUère marocaine.

Grande Hevtn'
Juillcl-seplenjlire I9(t3. ^ Le Maroc inconnu (M. Lanii),

lie vue de Paris,

15 janvier 1891. — Lettres du coniniandant Lauiy à El

Golcaîi.
l" février 1891. - Le Snllaii du Maroc.
15 février I89L — Le Marne (V. Bérard).
15 octobre 1903. — Latlaiiiie de TaiLdHL
l*' janvier llMU. — Cumbal tïE\ ^tuunga^,

fletme des Deux-Mondes.

15 septembre 1894. — Le réunie de Mnulai-el-Hassan (H. de
La Martinière).

15 avril 1897. — La corni'ntinn de La! la ^iarnia et Uï fin li-
tière aiv'^rienne de l'Ouest (H. de La Martiaicre).

15 sepleriibre 1811B. - LLslainisnie el les confréries reli-
gieuses au Maroe (Ed, Cul).

J5 janvier 1902. — Les marches sahariennes (H. Pi non)-

15 février 1902. - Le Maroc cl les puissances européennes
(R. Pinon).

l^' mars 191^3. — Les événements du Maroc (R. Pinon).

1«' octobre 1903. — Figuig el la politique française au
Maroc.

Bntfefîn de la Réunion d'élndea nlfjénetîne.^.
Novembre-décembre 1903. — Conférence sur le Maroc (Ja-
queton).

ftemic de Droit inlernaiionai,
T. XVL p. 213 (1884). — Le Maroc (Castonnet des Fosses).
T. XX VL p. 2^9 (1894). — La question de Melilla et la poli-
tique internationale de l'Espagne (Torres-Campos).



— 7 —

Journal Officiel.

12 mars 1903, 19-24 novembre, 17-18 décembre 1903.
Moniteur universel.

Numéro du 10 juin 1844.
Revue politique et littéraire.

13 janvier 1894. — Espagnols et Maures (Ordéga).
Matin,

25, 26, 27 et 30 janvier, P' février 1904.
Journal (2 décembre 1903).
Eclair (10 et 12 mars, avril 1904).
Temps {1-n avril 1904).

Revue algérienne et tunisienne de jurisprudence.

Février 1904. — Protocole du 20 juillet 1901.
Lois et décrets (Duvergier).

Convention de Tanger (10 septembre 1844).

Traité du 18 mars 1845.

Recueil des traités (De Clercq).
T. I, p. 96. — Traité du 28 mai 1767.

— Convention du 17 mai 1824.

— Convention du 26 mai 1825.

T. XV. — Convention du 26 mai 1863.

La Terre à vol d'oiseau {Berbérie) (E. Reclus).

Grande Encyclopédie. Maroc (H. de La Martinière).

Traités entre la France et le Maroc (Rouard de Card).

La frontière franco-marocaine et le traité de 1901 (Rouard de
Card).

L'empire de la Méditerranée (R. Pinon).

La question du Maroc en 1901 (Sartay).



ff i F i Bir'^ftf B-^



LA QUESTION DU MAROC



CHAPITRE I

Rapports entre la France et le Maroc
DE 1830 A 1880.



Ainsi que Tont avec juste raison fait remarquer, à
la Chambre des Députés, M. Delafosse (séance du 10
mars 1903, Discussion des interpellations sur la poli-
tique extérieure) \ et M. Etienne (séance du 23 no-
vembre 1903) ^ la question marocaine ne date pas,
pour la France, comme on pourrait le croire, de ces
dernières années, mais bien du jour où les troupes
françaises chargées de châtier le dey d'Alger, débar-
quèrent à Sidi-Ferruch, et où nous prîmes pied en
Algérie. Quand nous eûmes résolu de nous installer
à Alger, et sur quelques points du littoral, nous



1. Archives diplomatiques (avril 1903).

2. Journal Officiel (24 novembre 1903). Discussion sur le
budget des affaires étrangères.



1



— 10 —

fûmes obligés, pour assurer la sécurité de ces posses-
sions, de nous enfoncer de plus en plus dans Tinté-
rieur, de passer de l'occupation restreinte à l'occupa-
tion étendue jusqu'au mome.nt où, après bien des
tâtonnements, des demi-mesures, du sang et de l'ar-
gent répandus, nous en vinmes à la conception d'un
grand empire français dans le nord et l'ouest de l'A-
frique ; nous fûmes alors obligés d'occuper la Tunisie,
les oasis sahariennes, de chercher à relier nos colo-
nies du Sénégal et du Niger avec l'Algérie, et main-
tenant il apparaît comme absolument nécessaire pour
le compléter, de nous installer d'une façon ou d'une
autre, dans le Maghreb et Aksa (le couchant ex-
trême, nom arabe du Maroc).

En effet, les frontières entre le Maroc, l'Algérie et
la Tunisie sont absolument artificielles, et tous les
géographes et explorateurs (Gérard Rohlf, E. Reclus)
ont constaté que ces pays forment au point de vue
géographique un tout que les Arabes ont surnommé
l'île du Maghreb ou de l'Occident, séparée du reste
de l'Afrique par cette mer de sable qui est le Sahara,
dont les oasis sont les îles : « Formés, d'une même

ride énorme du sol, l'Atlas, ils se ressemblent

du tout au tout » ' dit Onésime Reclus, climat à peu
près semblable, même système orographique, même.



1. La terre à vol d'oiseau, Berbérie.



— Il —

division en Tell (plaine), hauts plateaux et Sahara,
mais parallèle à la Méditerranée, tandis que les
frontières lui sont perpendiculaires, même flore,
même faune, mêmes races d'hommes, Arabes et Ber-
bères, de même religion, et ayant des rapports cons-
tants entre eux, qu'il s'agisse de guerre ou de com-
merce. Sans le Maroc, l'Algérie-Tunisie « a quelque
chose d'inachevé » \ et tous les peuples qui voulu-
rent s'y établir par l'est ou par l'ouest. Phéniciens,
Romains, Vandales, Byzantins, Arabes, furent for-
cés d'entreprendre la conquête de la Berbérie tout
entière ^. C'est la même nécessité géographique et
politique qui nous pousse aujourd'hui à acquérir au
Maroc une situation prépondérante, et si elle ne
semble dater que de quelques années, c'est parce que
jusque-là, nous avons hésité à agir par crainte de
complications internationales, et que nous n'avons
véritablement que depuis peu de temps la vision nette
de notre rôle politique et économique dans l'Afrique
du nord-ouest. Nous sommes les maîtres incontestés
de l'Algérie, de la Tunisie et du Soudan ; nous avons
mis ces territoires en valeur et nous avons compris
que d'une part la conservation sur notre flanc occi-
dental d'un empire féodal et anarchique, comme est



1. H. de La Martinière, Revue des Deux-Mondes, 15 avril
1897.

2. R. Millet, Revue politique et parlementaire, janvier 1903.



1



— 12 —

actuellement, et de plus en plus le Maroc, est un dan-
ger perpétuel pour la sécurité de notre colonie (et les
événements récents en ont montré Tévidence à To-
pinion publique en France) et, d'autre part, que
l'occupation par une puissance forte, de ce pays plus
riche que l'Algérie, étant mieux arrosée, occupant
une situation merveilleuse au point de vue straté-
gique et commercial à la fois sur l'Atlantique et la
Méditerranée, serait la ruine économique et l'anéan-
tissement de notre empire colonial africain. Donc,
faire cesser l'état d'anarchie du Maroc, le réorganiser
et nous y établir, telle actuellement se pose à nos
yeux la question marocaine. Malheureusement, nous
ne nous sommes pas pénétrés assez rapidement de
cette idée, et nous avons commis, dès nos premiers
rapports avec le Maroc, des fautes qui ont exercé une
influence déplorable sur notre action dans le Magh-
reb.

Jusqu'à la conquête de l'Algérie, nous avions eu
des rapports avec le Sultan du Maroc. La France,
dès le XVP siècle, époque où elle installa un consul
à Tanger (1577), exerça son action au Maghreb
comme dans les autres pays musulmans, elle y fut
la gardienne des intérêts de la chrétienté ; mais,
comme dit M. Pène-Siefert ', c'étaient <( des relations



1. Revue politique et parlent enl aire, août 1903. La poli-
tique française au Maroc.



- 13 -

d'affaires, de bon vouloir réciproque d'où la politique
proprement dite était absente ». Le gouvernement
français fit des expéditions contre les pirates de Salé,
signa des capitulations, traités de commerce, d'a-
mitié, qui contenaient également des clauses concer-
nant la juridiction des consuls et la condition des
Français et protégés français au Maroc, il y eut des
ambassades, dont la plus célèbre fut celle envoyée
par Moulay-Ismaïl sous Louis XIV ; notre influence
y fut prépondérante pendant le XVIP siècle et aussi
sous Louis XVI et Napoléon I", mais s'y trouva dès
cette époque en conflit avec l'influence anglaise qui
finit par l'emporter. Lors de la prise d'Alger, de bons
rapports s'étaient renoués entre les deux pays, et des
traités renouvelant ceux de 1682 et de 1767 avaient
été signés le 17 mai 1824 et le 28 mai 1825. La con-
quête de l'Algérie allait nous mettre dans une posi-
tion spéciale vis-à-vis du Maroc dont nous devenions
des voisins territoriaux (frontière commune de 1.200
kilomètres).

Aussi, lorsque le gouvernement français eût résolu
d'entreprendre l'expédition d'Alger, elle le notifia au
Siiltan Abder-Rhaman en l'assurant des bonnes dis-
positions de la France à son égard, et le sultan pro-
testa à son tour de son désir de rester en paix avec
nous.

Cependant la prise d'Alger causa une vive émotion



1



^ 14 -

dans l'Afrique musulmane, mais, malgré les prédica-
tions des marabouts, contre les Roumis, le sultan
n'osa s'engager dans une guerre contre nous ; son
attitude fut d'ailleurs assez équivoque ; quand il vit
que nous avions l'intention de rester en Afrique, il
chercha à profiter du renversement du dey d'Alger et
des beys turcs pour s'emparer de Tlemcen qui, à .
diverses reprises, avait été occupé par les sultans
marocains ; il y envoya son neveu Moulay-Ali, qui ne
s'en retira que sur les sommations du général Clau-
zel. Des agents marocains se répandaient dans toute
la province d'Oran, et même à Milianah et à Médéah.
Aux observations de notre consul général à Tanger,
Abder-Rhaman répondit que « depuis Constantine
jusqu'à Tlemcen, les Arabes l'avaient reconnu pour
leur empereur, et que la religion lui commandait de
prendre sous sa protection tous les musulmans ». M.
de Mornay lui fut envoyé en ambassade, et le sultan
consentit à renoncer à des prétentions sur l'Algérie
(( pourvu que les Français puissent s'y maintenir ».
En 1836, il s'engagea encore vis-à-vis du baron de
La Rue à reconnaître nos droits sur la régence d'Alger
et à rester neutre. "^

Abdel-Khader et aussi, il faut bien le dire, l'An-
gleterre qui, furieuse de n'avoir pu nous empêcher
de prendre pied en Afrique, cherchait à nous y sus-



- 15 ~

citer des difficultés, allaient amener la guerre \ Tra-
qué par Bugeaud, Abd-el-Khader s'était réfugié au
Maroc, et cherchait à s'y recruter des partisans pour
refaire son armée détruite. Pour obtenir la coopéra-
tion du Sultan, il fît vibrer la corde religieuse, si
sensible dans ce pays fanatique, et, sous peine de se
montrer à ses sujets conmie traître à l'Islam, le sul-
tan dut se mettre à la tête de la guerre sainte. D'autre
part, l'Angleterre croyant que nous n'oserions pas
nous résoudre à une action énergique, et que nous
nous bornerions à de simples notes diplomatiques,
l'encourageait en lui laissant entendre qu'elle inter-
viendrait. Mais quand elle vit que nous déclarions la
guerre ^ et quand les brillantes et rapides victoires
de risly, Tanger et Mogador eurent mis le Maroc à
notre merci, elle effectua un revirement brusque dans
sa politique, et n'eut plus qu'une idée : arrêter la
guerre et empêcher toute cession de territoire à la
France. Lord Aberdeen, ambassadeur d'Angleterre à
Paris, fit part à M. Guizot des feintes inquiétudes du



1. A une question du comte de Clarendon, demandant que
le gouvernement anglais désavoue toute participation à la
guerre franco-marocaine, pour faire taire les accusations de
la presse française, le comte d'Aberdeen répondit très éva-
sivement qu'il y avait de part et d'autre des griefs {Moniteur
universel, n° du 10 juin 1844).

2. Le Sultan voulut nous faire évacuer Lalla-Marnia et fît
attaquer traîtreusement Bedeau et Lamoricière pendant
qu'ils conféraient avec le pacha d'Oudja.




M



f

premier minisire, sir Robert Peel : le gouvernement
français se hâta de le rassurer en déclarant qu'il n'a-
vait aucune intention d'annexer une portion quel-
conque de l'empire marocain ; cette condescendance
vis-à-vis des désirs de l'Angleterre est un des actes
les plus néfastes de cette politique d' (( entente cor-
fliale ^ï, qui a exercé une si fâcheuse influence sur
noire expansion coloniale pendant les règnes de
Louis-Philippe et de Napoléon III. Le ministère
anglais oiïrit alors ses bons offices à Moulay Abder-
raman et lui conseilla d'accepter les propositions de
paix que lui faisait notre ambassadeur, M. de Nion.
Il y eut deux traités, l'un signé à Tanger, le 10
septembre 1844, l'autre, destiné à compléter le pré-
cédent, à Lalla-Mamia, le 18 mars 1845. — En
plus des clauses concernant la cessation des hostili-
tés, ils contenaient des articles déterminant la fixa-
tion d'une frontière entre nos établissements et l'Em-
pire marocain ; mais étant donné la nature du
pays, elle ne fut réellement déterminée que de la mer
à un point nommé Téniet el Sassi. L'embouchure
d'une petite rivière, l'Oued Kiss, fut choisie comme
point de départ, ce qui a depuis soulevé de vives
polémiques. On a prétendu que, d'après les précé-
dents historiques, la limite aurait dû être la rivière
la Moulouya qui, du temps des Romains, séparait les
deux Mauritanies, mais en réalité, ainsi que le dé-



— 17 -

clarent MM. Augustin Bernard ' et deXa Martinière ^
il n'y a jamais eu de frontière historique entre les
états musulmans du Maghreb, le royaume de Tlem-
cen a sans cesse été disputé entre les souverains d'Al-
ger et de Fez, et Oudja avait été conquise en 1795,
ainsi que la ligne de la Moulouya, par le Sultan Mou-
lay Sliman. Mais des considérations géographiques
et stratégiques auraient dû nous faire accorder cette
frontière d'où nous pouvions à volonté menacer Fez
et le cœur du Maroc. — Au delà de ce point, le traité
se contentait de partager assez arbitrairement entre
le Maroc et la France des Ksours et des tribus dont les
territoires de parcours étaient absolument enchevê-
trés, et nous reconnaissions comme marocains, les
Ksours d'Ich et de Figuig qui, géographiquement,
dépendent de l'Algérie et, historiquement, étaient, à
part quelques tentatives marocaines, restés totale-
ment indépendants. Quant à l'extrême-sud, les deux
contractants renonçaient à en opérer le partage sous
prétexte qu' « il ne contenait qu'un désert inhabité » \
— Enfin, Abd-el-Khader et ses partisans devaient
être mis hors la loi ; les indigènes isolés prouvaient
se transporter librement d'un pays dans l'autre, mais



1. Augustin Bernard, Evolution de la question marocaine
{Archives diplomaliques, avril 1903).

2. H. de La Martinière, Grande Encyclopédie, Maroc.

3. Traité de 1845, art. 5.

Bourassin. 2



- 18 -

chaque état avait le droit de police sur les tribus qui
lui avaient été attribuées, même lorsqu'elles se trou-
vaient dans des régions occupées également par les
tribus appartenant à l'autre Etat ; c'est ce qui a été
appelé le droit de suite.

Tout a été dit contre ce malheureux traité et son
négociateur ; il est certain qu'il est assez peu satis-
faisant, et que le comte de La Rue, notre plénipoten-
tiaire, a été absolument trompé par Ahmida ben Ali,
le plénipotentiaire marocain. — Nous aurions dû
garder Oudja, que nous occupions alors, avec la ligne
de la Moulouya comme frontière ' et déclarer dans
la zone d'influence française Ich, Figuig et les autres
Ksour du Sud-Algérien. M. Guizot ne voulut même
pas, comme le proposait le prince de Joinville, faire
payer au Maroc une contribution de guerre de douze
millions. Il répondit que la France était assez riche
pour payer sa gloire.

Mais il faut faire la part des circonstances ; le gou-
vernement voulait être modéré pour ne pas mécon-
tenter l'Angleterre et une partie du Parlement et de l'o-
pinion opposée à la politique coloniale, qui ne voyait
dans la conquête de l'Algérie qu'une source de sacri-
fices onéreux et inutiles. Le traité fut conclu avec
trop de rapidité. Guizot donna à notre plénipoten-



1. C'est ce que demanda en vain le maréchal Bugeaud.



— 19 —

tiaire des instructions lui enjoignant de demander
pour la France les mêmes droits territoriaux que les
Turcs, mais, comme nous les ignorions, et qu'ils
n'avaient d'ailleurs jamais été bien déterminés, le
comte de La Rue s'en remit aux Marocains et les
laissa seuls juges de ces droits sans même chercher
à reconnaître si leurs prétentions étaient fondées, ni
consulter les indigènes intéressés. « Enfin, il apparaît
jusqu'à l'évidence que la reconnaissance des points
assignés par la convention n'a pas été faite sur
place ». On a également critiqué le silence absolu du
traité sur le Sahara algérien, mais nous ne les con-
naissions guère à ce moment, et nous ne songions
qu'à nous débarrasser d'Abd-el-Khader et à assurer,
par la pacification des Hauts Plateaux, la sécurité de
nos établissements naissants du Tell : nous voulions
seulement faire reconnaître notre domination sur nos
nouveaux sujets et constituer un rideau protecteur
de tribus soumises pour nous garantir contre les
tribus pillardes du désert '. — Les traités entraînaient
la reconnaissance formelle par le Sultan du Maroc
de notre occupation de l'Algérie, ce qui était un ré-
sultat important vis-à-vis des indigènes, étant donné
son prestige religieux. Enfin, si les limites qu'ils don-



I. H. de La Martinière, La convention de Lalla-Marnia et
la frontière algérienne de l'Ouest {Revue des Deux-Mondes,
15 avril 1897).




- 20 -

naient manquaient de précision, ils présentaient du
moins l'avantage de nous laisser le champ libre, de
réserver l'avenir et surtout la possibilité d'une action
ultérieure.

« La convention fut à peu près ce que les circons-
tances permettaient alors qu'elle fût. S'il y a eu faute
elle est sortie tout entière de la situation poli-
tique et militaire que nous avions à cette époque en
Afrique » '. — Les traités n'étaient donc pas si mau-
vais qu'ils le semblaient, mais, par malheur, l'exé-
cution, qui aurait pu corriger ce qu'ils avaient de
défectueux, fut déplorable et aggrava au contraire
les erreurs contenues dans leurs dispositions.

D'abord, nous n'obtînmes pas immédiatement
qu'Abd-el-Khader nous fût livré, et, en 1845, Bu-
geaud fut même sur le point de recommencer à ce
sujet la guerre avec le Maroc. Ce n'est qu'en 1847 que
le Sultan, sur les conseils d'un Français, M. Léon
Roches, commençant d'ailleurs à être inquiet de la
popularité de l'émir, et se sentant menacé par ses
intrigues, se décida à envoyer contre lui une armée
commandée par ses deux fils, ce qui le força à rentrer
en Algérie où, traqué par Bugeaud, il dut se rendre
à Lamoricière (23 décembre 1847), ce qui entraîna la
soumission de l'Algérie presque tout entière.



1. H. de La Martinière, id.



:^'^^s:?î^--^



— 21 —

Ensuite, ce qui peut paraître contradictoire, la
France agit de telle façon qu'elle fut gênée autant par
l'existence d'une ligne frontière de l'Oued Kiss à ïé-
niet et Lassi que par son absence au delà. Car là où
il y avait une frontière, elle fut perpétuellement vio-
lée par les pillards marocains qui, leurs razzias ache-
vées, rentraient sur leur territoire où nous n'osions
les poursuivre, et dans les régions où aucune limite
n'était fixée, les autorités françaises, désireuses de
déterminer d'une façon précise le territoire de l'ordre
duquel elles étaient responsables, établirent une ligne
idéale qu'elles respectèrent au point qu'elle fut bien-
tôt regardée comme réelle, même par les puissances
étrangères, et qu'il en résulta bientôt des complica-
tions diplomatiques toutes les fois que nos troupes la
franchirent.

Cependant, malgré les demandes des généraux,
comme Pélissier en 1849, et Cérez en 1879, le gouver-
nement français refusa toujours d'entamer avec le
gouvernement marocain des négociations pour créer
une frontière précise dans l'espoir de rattacher à
notre influence les tribus parcourant ces régions. Il
y eut toujours à ce sujet des divergences d'opinion
entre les officiers, les administrateurs et les diploma-
tes. — Il est vrai qu'il était impossible de délimiter
véritablement ces steppes où n'avaient jamais dominé
réellement ni les beys turcs, ni les sultans marocains ;




— 2-2 —

mais il ne fallait pas non plus que Tordre soit sans
cesse troublé par les tribus pillardes qui les habi-
taient, il aurait fallu une action combinée énergique
des troupes françaises et marocaines, un condomi-
nium : chacun des deux Etats aurait dû profiter de
son droit de suite. Mais le Sultan qui, à cette époque,
pouvait déjà si difficilement se faire respecter dans
l'intérieur de son empire, était totalement impuissant
dans ces régions qu'il s'était si délibérément attri-
buées : donc, pas plus que les puissances europé-
ennes, il ne devait avoir le droit de protester lorsque,
la France se basant sur la nécessité d'assurer la sécu-
rité de ses nationaux, ferait seule la police des zones
frontières, limitées ou non. — Ces expéditions fré-
quemment répétées auraient eu le résultat qu'espérait
le gouvernement quand il refusait de fixer des limites
d'accord avec le Sultan ; elles auraient établi notre
prépondérance sur toutes ces tribus, et le Maroc n'au-
rait pu que s'incliner devant le fait accompli. Mais,
de peur de mécontenter l'Angleterre, Louis-Philippe
et Napoléon III n'osèrent jamais autoriser cette
expansion bien légitime de notre influence, ni même
exercer le droit de suite avec toute l'étendue que nous
accordaient les traités. — Nous ne nous décidâmes
que trois fois à en user : en 1846, Cavaignac fit une
expédition contre Abd-el-Khader, en 1859, le géné-
ral de Martimprey opéra contre les Mehaia, Angad



L *i:'%(jmi."H?%Xi-P,J



— 23 —

et Beni-Snassen des environs d'Oudja, el en 1870, le
général de Wimpfen poursuivit les Ouled-sidi-Cheikh,
Doui Menia el Oulad Djerir jusqu'à Aïn-Chaïr, au
delà de Figuig. Par respect pour les traités, nous
n'occupâmes pas ce Ksar, mais nous aurions dû gar-
der ceux de Kenadsa et El Bahariat, dont nous nous
étions emparés ; nous aurions pu ainsi nous protéger
efficacement contre toutes les attaques des tribus
sahariennes, et les traités de 1844 et 1845 auraient
tourné absolument à notre avantage.

Mais par malheur éclata à ce moment la guerre de
1870, et les désastres qu'elle occasionna compromi-
rent gravement le prestige de la France et arrêtèrent
momentanément notre expansion coloniale. Après
avoir réprimé l'insurrection de Kabylie, nous adop-
tâmes en Algérie une altitude passive absolument
néfaste, dont le Sultan Moulai-Hassan profita pour
établir son autorité sur les régions où la nôtre ne se
faisait plus sentir. Nous en arrivâmes à les considérer
nous-mêmes comme marocaines et en 1877, ce fut le
Sultan qui, à son tour, demanda à notre ambassa-
deur, M. de Vernouillet, la fixation des limites dans
le Sud. — (( Il finit par apprendre de nous à tirer
parti du traité de 1845 pour rendre effective la souve-
raineté assez vague qu'il avait exercée jusqu'alors
sur les tribus des régions frontières. C'est ainsi que
par une conception maladroite de notre politique




^ 24 -

africaine, nous avons fini par élever contre nous-
mêmes ries obstacles qu'il nous a fallu, plus tard,
renverser à grand peine jj ' (R. Pinon).

Les h'ibus limitrophes ile l'Algérie purent donc
impuaéHient muUi]>lier les coups de main sur notre
territoire, nous prîmes Tli altitude au lieu de les pour-
suivre, de demander des indemnités au Sultan par
voie diplomatique : celui-ci commençait par chica-
ner sur la somme l'échimce, puis faisait piller par son
armée une tribu faible quelconque, car le plus sou-
vent il n^élail pas assez puissant pour attaquer les
vrais coupables, et se procurait ainsi l'indemnité dont
le paicmenl le consacrait maître à nos yeux et à ceux
des puissances d*une région où son autorité s'exer-
çait peu ou point. Bien plus, quand les troupes fran-
çaises avancèrent de nouveau dans le Sud, il protesta
par voie diplomatique et il trouva des échos en
Angleterre et en Hspagne contre ce qu'il qualifiait de
violation de frontière et d'occupation de territoires
relevant de son empire. Ainsi donc, non seulement
nous avions créé au Maroc une frontière avanta-
geusCj reconnu comme relevant de son souverain
des régions où il n'exerça if aucune influence, mais
nous en arrivâmes à nous persuader et à persuader



L Les marches sahariennes (Revue des Deux-Mondes, 15
janvicT 1902).




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— 25 -

les autres états qui ne demandaient d'ailleurs pas
mieux, que des territoires qui ne relevaient politi-
quement de personne, et géographiquement de l'Algé-
rie, appartenaient au Sultan. C'est ainsi que pendant
vingt ans fût entravée notre expansion dans le sud de
nos possessions et que fût créée ce qu'on a appelé la
question du Touat.



\



\




CHAIMTHE II
La question du Touat



On donne le nom général de Touat au chapelet
d'oaï^is qui s'éfend le long de Toued Saoura, d'Igli à
In-Salah, dans la dirertion nord-ouest sud-esl, elcom-
]>ï'enanl en réalité trois gioupes : le Gourara, le plus
septenfrional, le Tonal, au c entre, et le Tidikelt, au
sud. Géogï'aphiquemeiit, il n' y a pas d'hésitation à
avoir, ces oasis sont sur les méridiens des provinces
ilOran et d'Alger, dont elles constituent l'hinterland.
Hisioriquemenl, ce pays fut conquis et occupé tempo-
raireoient par le Sultan Moulay Ahmed el Mansour
en 1588, et en 1808, par Moulay Sliman, mais les Ma-
rocains n*y étaient pas reparus depuis, et le traité
de 1845 n'en faisait aucune mention, Ahmida ben Ali
ayant déclaré, probahlement pour soustraire à notre
influence des pays où son maître espérait revenir
opérer quelques pillages, qu'ils étaient absolument
inhabitables et '* que la (îé limitation en serait super-
flue H. En réalité, ces oasis sont peuplées d'environ
100.000 habitants qui, au moment du traité de 1845,



— 27 —

étaient nominalement vassaux des Touaregs Ahag-
gar, donc absolument indépendants des Marocains ;
à peine le Sultan y avail-il une vague influence reli-
gieuse. Les Turcs, au temps de leur domination, ne
s'étaient jamais avancés aussi loin ; les habitants,
Ksouriens et nomades, étaient berbères ou nègres,
mais étaient en rapports commerciaux avec les villes
des hauts plateaux. Le pays était donc bien res nul-
lius et, comme il dépendait géographiquement et
commercialement de nos possessions, qu'aucun traité
n'en disposait au profit d'une autre puissance, il sem-
ble bien qu'il nous appartenait sans contesté. Il n'a-
vait pas grande valeur par lui-même, on a reconnu
qu'on s'était fait beaucoup d'illusions sur la richesse
des oasis et le commerce du Soudan, mais leur im-
portance stratégique est très grande pour la tranquil-
lité de nos possessions d'Algérie et de Tunisie, et
leur liaison possible avec le Sénégal et le Soudan.
Pourquoi, cependant, faut-iLparler du Touat, même
d'une question du Touat, à propos de la question
marocaine? Comment a-t-on pu craindre des com-
plications internationales à propos des oasis de l'hin-
terland algérien? C'est un curieux mélange d'igno-
rance, d'illusions et de maladresses dont le résultat
fut de retarder l'occupation de ces pays et d'en rendre
la conquête plus difficile lorsque la France l'entre-
prit.



— 28 —

Après avoir occupé le Tell, puis les Hauts Pla-
teaux (seules contrées visées par les trait