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Vendredi 25 septembre 2009
http://blog.vacances-maroc.org/la-demesure-selon-sol-kerzner-mazagan-beach-resort-el-jadida/#more-59‏
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Vacances Maroc

Votre Guide des bon plans ou Maroc

sept
06
2009

La démesure selon Sol Kerzner « Mazagan Beach Resort el jadida »

L’ouverture de Mazagan Beach Resort, gigantesque station balnéaire sur 250 hectares, est annoncée pour octobre. Son promoteur sud-africain prévoit d’être bénéficiaire dès sa première année d’exploitation.

Les hôtels de luxe pharaoniques, les casinos, les forêts artificielles, c’est lui. Les parcs aquatiques gigantesques, les golfs signés Gary Player, les fêtes extravagantes, la démesure, c’est encore lui. À 74 ans, le Sud-Africain Sol Kerzner, inventeur du « resort » et des concepts touristiques les plus fous, n’a rien perdu de son audace. Son leitmotiv : émerveiller le client.

Venu le 5 août dernier au Maroc inspecter le chantier Mazagan Beach Resort, à soixante jours de son ouverture, Sol Kerzner « a l’œil sur tout, ne laisse rien au hasard », confie un membre de son staff marocain.

Située à El-Jadida, à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Casablanca, la station développée sur 250 hectares en bord de mer est prometteuse. À la tombée de la nuit, les milliers d’ouvriers s’activent encore pour achever à temps les divers aménagements intérieurs de l’hôtel cinq étoiles de 500 chambres, des 8 restaurants, du night-club, du casino et du centre de conférences. Le resort comprend également un spa, un golf de 18 trous et 67 villas résidentielles vendues entre 9 et 25 millions de dirhams (800 000 et 2,2 millions d’euros). Les investisseurs, principalement marocains, se seraient déjà portés acquéreurs de 85 % de l’immobilier.

Au total, 3,1 milliards de DH (environ 280 millions d’euros) auront été déboursés pour créer cette nouvelle destination touristique marocaine. Le projet, porté par le groupe Kerzner International associé à la CDG Développement, à la Somed et à Mamda/MCMA, devrait « générer un bénéfice dès la première année d’exploitation », selon Marie-Béatrice Lallemand, PDG de Mazagan.

Licence de casino exclusive

A contrario des autres stations balnéaires du plan Azur (voir encadré), Mazagan ne s’appuie pas sur la promotion immobilière, mais sur l’offre hôtelière, de loisirs et de tourisme d’affaires. Son coup de maître : une licence de casino exclusive dans un rayon de 200 kilomètres­ qui attirera les nombreux joueurs de Casablanca. Le casino devrait d’ailleurs réaliser près de la moitié du chiffre d’affaires global, estimé à 1,35 milliard de DH la première année.

Formés à la Luxury Attitude, les 1 200 employés du Mazagan Beach Resort accueilleront une clientèle « loisirs et affaires », marocaine à 50 %, mais aussi européenne et du Moyen-Orient. Au total, sont attendus 4 millions de visiteurs par an.

Avec un prix des chambres variant de 1 500 et à 6 000 DH, Mazagan Beach Resort se positionne sur un luxe abordable, entre le gigantisme des sites Atlantis à Dubaï et aux Bahamas, ou de la chaîne « ultra-smart » One & Only, également présente aux Bahamas et à Dubaï… « Nous réfléchissons au nom de cette nouvelle marque. L’idée est de développer à Mazagan d’autres resorts de ce type sur les deuxième et troisième tranches du projet, puis d’exporter le concept », explique Sol Kerzner, sans autre précision.

Pour le milliardaire sud-africain, l’année 2009 marque aussi le retour au pays natal. Après avoir vendu en 1992 ses actifs dans Sun City, il a inauguré en avril un hôtel One & Only, au Cap. Avec la crise, le lancement de deux établissements, à Zanzibar et au Costa Rica, a en revanche été retardé.

Jeune Afrique | Par : Christelle Marot, à Rabat Partager/Marquer

Par saladin
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Mardi 14 juillet 2009
 للولوج الى معرص الجديدة(بملعب الاشهب) يلزمك اداء ثمانية دراهم فما ان تطا قدماك داخله حتى ينتابك شعور بانك داخل احدى سويقات المغرب او قيساريات حيث الاكشاك تعرض الملابس والاحدية والتوابل ولاينقص المكان سوى الجزارين وبائعي الدجاج والخضر وتخلص الى ان ذلك لايمكن ان يسمى معرضا بل يستحسن ان يطلق عليةسويقة الجديدة ل2009لان من المفترض في المعرض ان يركزعلى الانتاج المحلى سواء كان صناعيا   او حرفيا او فلاحيا او اداريا.......
ونضيف الى ذلك ان رائحة كريهةتزكم الانوف للمنتوجات الجلدية والاحديةالصينية... واسفا لما ال اليه معرض الجديدة في السنوات الاخيرة....بينما في السنوات الماضية وعندما كان المعرض يتم بالميناء كان هناك تركيز على ان يضم( المعرض) منتجات الجديدة ونواحيها من الناحية الصناعية والحرفية والفلاحية اذ كانت هناك منتجات الحرفيين وادارة السجون بالجديدة ومكتب الاستثمار الفلاحي ومعمل السكر والجرف ..اضافة الى حرس الخيول والمياه والغابات و بعض الباعة...وهذا في الواقع هو ما يجب ان يتضمنه المعرض اي المنتوجات الصناعية والحرفية والفلاحية وللادارات المحلية اضافة الى عارضين اخرين....فيا حسرة على معرض زمان حيث كان الزائر يجد متعة في الدخول اليه (والولوج اليه عدة مرات) ليس لمرة واحدة بل في تكرار الزيارات.
Par saladin
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Lundi 13 juillet 2009
يخوض المجلس البلدي والسلطة حملة ضد الاسواق العشوائية اليومية في السعادة وفي محيط سوق بير ابراهيم(للازهرة)وحي الصفا...حملة اتت مباشرة بعد روبرطاج الذي اعدته القناة الثانية حسب مايروج بالجديدة...فمن يتحمل مسؤولية وجود هذه الاسواق اليومية العشوائية ومنذسنوات عدة  ومن يتحمل مسوؤلية تناميها وما رافقها من ازبال وثلوث للاحياء تزداد حدة في الصيف مع تحول الاحياء الشعبية بالجذيذة الى مطاعم شعبية للسردين المشوي وما يرافق ذلك من روائح كريهة نتيجة ترك بقايا االسردين والازبال في الازقة.
..ان المدينة محتاجة للعناية بها وبنظافتها وجماليتها كما كانت في قبل السبعينيات من القرن الماضي..ان المدينة محتاجة الى تصور بعيد المدى  مبني على دراسة دقيقة علمية بعيدة المدى بدل قرارات تخضع لمزاجات مجالسها البلديةو مسيريهاوذلك لكونها تعرف نموا سريعا خاصة مع تزايد الهجرة اليها من محيطها وخاصة من الحواضر المجاورة لها كاليوسفية وخريبكة وسطات وعبدة....
ان ظاهرة الاسواف اليومية هي ظاهرة تعرفها حتى بعض البلدان الاوربية لكنها خاضعة للرسوم الضريبية ولرخص تمنحها السلطات المحلية اما في بلدنا ومدينتا ليس هناك قوانين واضحة تؤطرها وتنظمها مما يجعلها تنمو بشكل عشوائي فيرافق ذلك العديد من المشاكل اهمها مشكل الازبال والثلوث وتشويه للمنظر الحضري..ان مسالة قيام المجلس البلدي والسلطة بمحاربة وبحملة ضد هده الاسواق اليومية العشوائية تبقىايجابية  لكن لابد من ان يعقب ذلك ايجراءات مستقبلية تستهدف ضرورة قيام المجلس البلدي والسلطة معا باحداث اسوا ق يومية في اماكن محددة بالمدينة وتحدد توقيتها مثلا من 9صباحا الى 2 بعد الزوال مع اجبارية الحفاظ على نظافة المكان لمستغليه من الباعة  اضافة الى تقنين مسالة الرخصة واجباريتهابالنسبة للباعة المتجولين وباعة الاسواق اليومية(الرخصة عبارة عن بادج يحصل عليه البائع من المصالح البلدية مع اجبارية وضعه وتعليقه على صدره لتسهيل عمل هيئة المراقبة) اضافة الى  تسجيل البائع لدى مصلحة الرسوم الضريبية بالبلدية
.ان الاسواق اليوميةبالاحياء هي المجال لبعض الاسر الفقيرة لتحسين ذخلهاوتامين قوت اوحاجياتهاابنائها.كما ان هده الاسواق هي مجال لتسوق الاسر الفقيرة وذوي الذخل المحدودفهل اخذ اصحاب قرار الغاء هذه الاسواق بعين الاعتبارهذه المعطيات ام ان القرار عبارة عن تنقيزة بلا...ان المستقبل القريب كفيل بالكشف عن نتائج الحملة ذلك ان الذي يريد خدمة بلده ومدينته عليه ان يشخص الواقع وعلى ضوء دلك يحدد يضع(الاهداف) مشروعا متكاملا بعيد المدى يستهدف النهوض بالمدينة والحفاظ على جماليتها
.
 ا...... 
Par saladin
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Samedi 4 juillet 2009
Foire d'eljadida du 04guillet2009 au16Aout2009 au stade lcheheb (route de sidi bouzid)
Par saladin
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Mardi 26 mai 2009
Première partie
L’auteur, son oeuvre, les influences qui l’ont marqué.
Comment accéder à son oeuvre ?

http://dissertations.ub.rug.nl/FILES/faculties/arts/2003/a.m.guinoune/1_1.pdflink
Chapitre I : un écrivain marocain
de langue française
1 ELÉMENTS BIOGRAPHIQUES
Driss Chraïbi apparaît comme un écrivain aux repères biographiques mouvants. A cela une
raison objective : à l’époque de sa naissance, l’enregistrement des naissances n’avait pas encore
été mis en place au Maroc, et s’il dit être né officiellement le 15 Juillet 1926, d’autres sources
fournissent des données différentes12. Une deuxième raison tient à la personnalité de l’auteur,
il se plaît dans l’indéfini. Les informations qu’il fournit offrent “un certain décalage entre l’oral
et l’écrit”13, décalage dans lequel nous lisons les effets du roman familial14 qui tait, transforme,
fantasme. Il a vu le jour à Mazagan, aujourd’hui El-Jadida, petite ville au bord de l’Atlantique
près de Casablanca, au Maroc, à l’époque du protectorat français. Sa famille appartient à la
bourgeoisie. Son père, Haj15 Fatmi Chraïbi, devenu orphelin très tôt, a dû élever ses frères et
soeurs. Après avoir exercé divers métiers, il débuta dans le commerce de thé qu’il rendit
prospère. Quant à sa mère, H. Zwitten16, elle venait d’une famille comptant des lettrés et même
un marabout. Driss Chraïbi fait partie d’une large fratrie composée majoritairement de
garçons. Curieusement, alors que ses livres semblent le raconter, lui et sa famille, dans les
interviews ou Mémoires il n’est pas très disert sur ce sujet ni sur sa fratrie17. Les informations
que nous avons trouvées à ce sujet sont parfois contradictoires.
Son apprentissage scolaire débute par trois années d’école coranique, puis il est envoyé à
l’institut Guessous, une école privée à Rabat. Sa scolarité se poursuit à Casablanca, au Lycée
Lyautey, où la famille s’est alors installée. Le baccalauréat en poche (1946), il commence des
études de médecine pour faire plaisir, semble-t-il, à son père. Il abandonne très vite, constatant
qu’il ne peut supporter la réalité du monde médical, il préfére se tourner alors vers l’Ecole
supérieure de chimie de Paris où il obtient un diplôme d’ingénieur. Ensuite, selon certaines
sources, il se serait orienté vers des études de neuro-psychiatrie, mais là encore le flou persiste18.
Les premières années (1946-1952) en France sont celles de la découverte de ce nouveau
monde. Son père lui achète un pavillon à Villejuif et lui verse alors une pension, qu’il arrête
lorsqu’il constate que son fils ne travaille pas. Sans aide familiale, Driss Chraïbi doit subvenir
à ses besoins et exerce toutes sortes de métiers tels que manoeuvre, veilleur de nuit etc. Ces
expériences vont alimenter une partie de ses écrits, on pense en particulier aux Boucs. Ce sera
le moment aussi où il entreprend d’écrire. Driss Chraïbi par la suite voyage beaucoup : Canada,
Italie, Allemagne et Grèce entre autres. L’auteur aurait même vécu deux ans en Israël sous un
nom juif d’emprunt19. Après la parution de son premier roman, Le passé simple, il lui faut
beaucoup travailler. En effet il s’est marié avec Catherine Birckel, une Française avec qui il aura
5 enfants. Il devient journaliste dans des magazines aujourd’hui disparus : Demain, Démocratie,
10
Confluent20. Il travaille également pour la RTF, comme traducteur et conférencier, enfin il
assure pendant 30 ans une émission à l’O.R.T.F.
Son père décède en 1957. La publication du Passé simple (1954) avait envenimé la
relation entre le père et le fils mais les liens ont été restaurés avant la mort du père. Chraïbi,
très choqué, n’assiste pas à l’enterrement et refuse sa part d’héritage. L’enterrement a été
romantisé dans Succession ouverte, livre dans lequel il renoue avec émotion le dialogue avec le
père. Ce livre, écrit quelques mois après la perte de son père et publié en 1962, raconte le retour
du fils prodigue à la maison pour assister à l’enterrement de son père. La fiction inverse la
réalité. L’héritage, que l’auteur dit avoir refusé lors du décès de son père, est, dans le livre,
volontairement omis par le père. Il a préféré laisser au héros un héritage spirituel plus
important à ses yeux que la succession matérielle, à savoir la passation de la philosophie qui a
guidé sa vie.
Après son divorce d’avec Catherine, Chraïbi se remarie avec Sheena McCallion. Il va vivre
quelque temps en Ecosse, pays d’origine de sa femme, puis ce sera les Yvelynes, le Vaucluse, l’île
de Ré et l’île d’Yeu pendant 9 ans. Invité par le Maroc, Driss Chraïbi retourne dans son pays
après vingt-quatre années d’absence. Son séjour l’incite à y passer une année, puis il revient
s’installer en France, dans la Drôme où il demeure encore à ce jour.21
Toutes ces étapes de sa vie se retrouvent dans son oeuvre. Les lieux, les gens sont parfois
déguisés, parfois à peine masqués. Cette constatation rejoint la conception que Raqbi a de la
littérature : “la principale source d’inspiration de l’écrivain marocain se limite à sa propre vie,
à sa personnalité et à son environnement”22. C’est peut-être l’un des points qui différencie la
littérature maghrébine de ces années-là de la littérature occidentale, qui, elle, se nourrit
beaucoup d’intertextualité. Pour le lecteur occidental, l’étrangeté réside dans des paramètres
d’un texte venant d’ailleurs qui lui sont inconnus. Ces considérations forment la base de la
réflexion que nous nous proposons de développer pour mieux cerner à quel genre de littérature
Driss Chraïbi se rattache. Cette approche nous permettra par là même de mieux comprendre
Chraïbi.
2 LA LITTÉRATURE MAGHRÉBINE DE LANGUE FRANÇAISE.
Au début de notre étude sur Driss Chraïbi, nous avons été sensible à l’impact des deux cultures
et des deux langues sur son travail, il n’en demeurait pas moins que cet écrivain était, tel un
atome inclassable, ni auteur français, ni auteur arabe. Driss Chraïbi, écrivain marocain, n’a écrit
qu’en français. Cette caractéristique n’est pas le cas bien évidemment de tous les écrivains
maghrébins, mais de la plupart des romanciers de sa génération. Leur origine commune et la
langue qu’ils ont choisie pour écrire, les placent d’emblée dans la littérature maghrébine de
langue française. Il apparaît donc pertinent de déterminer ce lieu de l’origine, puis de proposer
une définition de la littérature maghrébine de langue française pour situer la place que Driss
Chraïbi y occupe. Dans cette perspective, nous avons utilisé principalement les travaux de Jean
Déjeux23, spécialiste de littérature maghrébine qui, grâce à son travail systématique de
recensement et d’analyse, a ouvert à de nombreux chercheurs les portes de cette littérature. Une
11
approche de la littérature maghrébine de langue française et de la place de Driss Chraïbi dans
ce paysage va permettre de mieux saisir les particularismes de l’écriture de notre auteur.
2.1 Situation géographique et historique
Géographiquement, le Maroc fait partie du Maghreb24. Le Maghreb ou al-Maghrib ce qui
signifie couchant, englobe cinq états : La Mauritanie, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Lybie.
Pour notre part, nous choisissons de limiter notre exposé à l’ensemble géographique constitué
par le Maroc, l’Algérie et la Tunisie. Les trois pays présentent deux points communs essentiels
à notre étude, en l’occurrence, la langue française et la colonisation qui en est à l’origine.
Cette partie du monde possède une très riche histoire, aussi n’en n’évoquerons- nous ici
que les grandes étapes. Les invasions ont marqué la région. Peuplé de Berbères, le Maroc fit, au
IIe siècle avant J-C, partiellement partie du royaume de Mauritanie. Puis conquis par Rome, il
forma en 42 après J-C, la province de Mauritanie Tingitane. Le passage des Vandales en 429
mit fin à cette domination romaine. Au début du VIIIe siècle le Maroc fut islamisé lors de la
conquête arabe. Aux dynasties arabes succédèrent les dynasties berbères des Almoravides25 et
des Almohades (XIe et XIIe siècles)26 puis celles des Marïnites (XIIIe-XVe siècles). Après la
dynastie chérifienne des Sa’diens vint celle des Alaouites qui s’est maintenue jusqu’à ce jour27.
Chaque conquérant a laissé des traces de son passage sur le Maroc mais c’est fondamentalement
la conquête arabe qui, en islamisant cette région, s’y est le plus profondément inscrite. Dès le
XVIIIe siècle, les puissances occidentales, profitant de la faiblesse du royaume, s’introduisent
dans le pays à travers l’obtention de contrats commerciaux avantageux. Peu à peu, l’Occident
s’est infiltré dans la région, et sa présence sera officialisée par la mise en place du protectorat
français en 1912. Il ne prendra fin qu’en 1956, date à laquelle le Maroc retrouve sa pleine
souveraineté.
Compte tenu du lien particulier créé par la colonisation entre le Maghreb et la France,
on peut s’interroger sur le sens et la portée d’une littérature maghrébine de langue française.
Déjeux propose la définition suivante : “un roman maghrébin est le roman d’un Maghrébin”.
Lapalissade, semble-t-il, mais étant donné la complexité de cette région, il n’en est rien. Ainsi,
les écrivains nés au Maghreb mais d’origine française - les pieds noirs- en sont exclus. Une
définition possible est que la littérature maghrébine de langue française est produite par les
écrivains nés au Maghreb, issus de sociétés arabo-berbères, ayant vécu la situation coloniale en
tant que colonisés, de religion musulmane ou juive pour les Marocains et Tunisiens, pour les
Algériens nous verrons que la situation est un peu différente.28 Il faut apporter quelques
précisions concernant les trois points évoqués.
Le premier touche à l’origine arabo-berbère, elle joue un rôle important quant aux
influences sur les traditions, la culture, la littérature orale. Ce terreau commun, au-delà des
différences de tout un chacun, fournit aux écrivains un imaginaire collectif. Le second point
est la colonisation car elle a apporté la langue véhiculaire que la littérature s’est appropriée. Elle
a ouvert également des fenêtres sur le monde étranger, mais surtout elle a permis aux
Maghrébins de prendre conscience de leur propre univers :
les écrivains maghrébins voulurent contre un système étranger qui prétendait avoir
le monopole d’expression et d’analyse, dire qui ils étaient, d’autant que leur cible
potentielle était française. Plus tard la langue française leur permettra d’écrire sur
leur propre réalité29.
Cet état de colonisé, non seulement, a donné naissance à un sentiment nationaliste exarcerbé,
mais il a aussi entraîné une déstabilisation des repères culturels, déstabilisation qui a poussé ces
écrivains à la recherche d’une identité. La quête d’identité est effectivement un thème commun
à tous les écrivains maghrébins de langue française, quête à laquelle n’échappe pas Chraïbi.
Enfin le dernier “ciment” à lier les écrivains maghrébins de langue française est la religion,
l’islam, à laquelle il faut ajouter un concept plus vaste qui est celui d’islamité. Inspiré des
travaux d’Albert Memmi30, lui-même juif, le terme d’islamité recouvre un fait culturel en
établissant une différence entre un islam-foi et un islam sociologique. L’islamité permet aux
écrivains, qui ne se reconnaissent pas dans la religion musulmane, de garder le sentiment
d’appartenance à une communauté, sentiment puissant au Maghreb. Rester dans sa
communauté d’appartenance sans en partager la religion s’avère souvent difficile, c’est un
thème sur lequel nous reviendrons. En ce qui concerne la religion juive, un point d’histoire
permet de comprendre certaines différences. Les écrivains maghrébins juifs d’Algérie étaient
considérés comme écrivains français et non écrivains maghrébins de langue française. Cette
situation s’explique par le fait que le Maroc et la Tunisie étaient sous protectorat français tandis
que l’Algérie était un département français. En 1870, le décret Crémieux a conféré aux Juifs
d’Algérie la qualité de citoyens français. La conséquence de cette adoption de la nationalité
française est de les avoir exclus de la littérature maghrébine de langue française, ce qui n’est pas
le cas des écrivains juifs tunisiens et marocains31.
2.2 Définitions de la littérature maghrébine de langue française
Dans notre titre, “définitions”32 apparaît au pluriel car diverses écritures se réclament de cette
littérature. Pour certains, la littérature maghrébine de langue française pourrait se nommer
“écriture” ou “graphie” française33, ou encore “littérature de langue véhiculaire française”34.
Ahmed Lanasri, quant à lui, parle de “littérature algérienne d’expression arabe mais de langue
française”35. Quand cette littérature est présentée dans des ouvrages de référence englobant
toutes les littératures francophones, elle s’intitule littératures de langue française ou francophones.
Nous écartons ce dernier intitulé, trop réducteur à nos yeux. Un classement des littératures basé
uniquement sur la langue commune utilisée, ignore les différences culturelles. On peut même
parler d’énoncé politiquement incorrect dans la mesure où celui-ci ignore les différences de
réalité historique entre des pays qui ont connu la colonisation, et d’autres, comme la Suisse ou
la Belgique par exemple, qui ont entretenu avec la France des rapports cordiaux et neutres.
Rachid Mimouni36 parlait de satellisation, reprochant à la dénomination de “littérature
maghrébine de langue française” de la marginaliser. Il est vrai, comme le rappelle Jean Déjeux
“qu’en 1958, dans la collection de La Pléiade (Histoire des littératures), elles étaient
effectivement classées d’une manière fort insatisfaisante comme littératures “connexes”,
12
13
“marginales”, “hors des frontières de la Métropole”37. Parler de littérature maghrébine serait
incomplet car l’intitulé ne renvoie qu’à l’arabe. L’appellation de littérature maghrébine de langue
française s’impose donc dans la mesure où la spécificité de son écriture est justement de
fonctionner entre deux langues, l’arabe et le français, et malgré la longueur de son intitulé, cette
dénomination offre l’avantage d’être explicite : littérature pratiquée par des écrivains
maghrébins qui ont choisi la langue française.
Il semble que Chraïbi, comme d’autres écrivains, ressente l’étiquette comme trop
étriquée, il souhaiterait plutôt appartenir tout simplement à la famille des écrivains. Il a déclaré
en 1966 qu’il avait renoncé “à ce régionalisme qu’implique la littérature maghrébine de langue
française” et “qu’il ne voulait pas se cantonner dans une activité régionale, étroitement
nationaliste”. Il conclut : “je suis un écrivain d’expression française, un point c’est tout”38. Il
semble que Driss Chraïbi comme d’autres écrivains, vive une telle catégorisation comme une
restriction de son champ littéraire. Elle est perçue comme marginalisation et dévalorisation de
leur travail, quand bien même leurs écrits participent à un réel enrichissement de la littérature.
Vingt ans plus tard et quelques livres plus loin, en 1981, Chraïbi maintient sa position : “je ne
me considère pas comme un écrivain maghrébin d’expression française, mais comme un
écrivain tout court. L’étiquette “d’écrivain maghrébin d’expression française” nous a été accolée
par les colons pour nous maintenir dans une espèce de ghetto”39. Le terme de ghetto, discutable
à notre sens, renvoie à l’absence de reconnaissance et de valorisation qu’impliquait
l’appartenance au Maghreb dans ces années-là, et peut justifier qu’un écrivain dont le public
est majoritairement français n’ait pas envie de se coller cette étiquette40.
Un dernier point de vue sera celui de Jacques Noiray41, pour qui cette littérature :
tient moins à une localisation purement géographique à l’intérieur d’un espace
linguistique et culturel commun qu’on pourrait appeler faute de mieux l’aire de
civilisation française (ainsi l’Auvergne d’Henri Pourrat, la Provence de Pagnol, ou le
pays vaudois de Ramuz) qu’à la spécificité historique et culturelle très forte du
milieu où elle s’enracine42.
Les écrivains maghrébins de langue française ne sont donc pas à lire comme les représentants
d’un mouvement régionaliste de l’époque colonialiste française, pas plus qu’ils ne font partie
des écrivains ethnographiques de “littérature de carte postale”43. Peut-on alors parler d’école
littéraire nord-africaine ? Ce serait excessif car une école littéraire implique une philosophie
commune, une pensée identique, ce qui n’est pas toujours le cas, le lien est “surtout une
inspiration commune, c’est le lieu de naissance de ces écrivains et une langue commune”44. Ne
perdons pas de vue le problème de l’actualité des appellations, l’étiquette attribuée à une
certaine époque et à un certain moment de l’oeuvre de l’auteur, se vide au fil du temps de son
sens. Il faut donc toujours se référer à l’époque de l’écriture ; et même si les racines demeurent
les mêmes, les influences et les susceptibilités évoluent.
Un survol des données quantitatives de la productivité de cette littérature en Algérie, au
Maroc et en Tunisie est instructif. La production algérienne domine si largement celle de ses
voisins, que l’on pourrait presque parler de littérature algérienne de langue française, au lieu de
14
littérature maghrébine. Mais si les auteurs des deux autres pays sont certes moins nombreux, la
qualité de leur travail se révèle incontestable. La production citée par Déjeux est la suivante45 :
Algérie : 218 romans, 58 recueils de nouvelles
Maroc : 70 romans et recueils de nouvelles
Tunisie : 55 romans et recueils de nouvelles.
La production algérienne arrive clairement en tête. Le nombre important de publications peut
s’expliquer simplement par une démographie largement supérieure à celle de ses pays voisins.
Mais on peut également avec Abdellatif Laâbi apporter une réponse politique :
Le mouvement littéraire algérien avait eu des racines. Il fut le produit logique d’un
processus d’évolution linguistique et culturel. Il s’affirmait en outre à un tournant
décisif de l’histoire nationale algérienne. Ce n’est pas un hasard si les oeuvres publiées
ont précédé de justesse le déclenchement de la lutte de libération. Les ouvrages de
Feraoun, Mammeri, Ouaray et surtout de Dib établissaient un bilan sociologique de
l’ordre colonial. Ils préparaient le terrain aux oeuvres de combat qui ont vu le jour
au cours de la guerre46.
En Algérie, la décolonisation s’est réalisée à travers une guerre non-dite47, mais sanglante, tandis
que l’indépendance de la Tunisie et celle du Maroc se sont déroulées plus en douceur. Enfin,
les trois pays subirent des politiques colonisatrices différentes. En Algérie fut mise en place une
politique d’éradication du système éducatif de l’apprentissage de l’arabe littéraire. Au Maroc et
en Tunisie, la forme juridique du protectorat, a permis la conservation des institutions48. On
comprend alors que les littératures marocaines et tunisiennes se soient plus souvent exprimées
dans leur langue maternelle que la littérature algérienne49. On remarque ainsi que le premier
roman en français paraît en Algérie en 1945, au Maroc en 1949 et que la production de romans
au Maroc jusqu’en 1954, date de parution du premier livre de Driss Chraïbi, s’élève à 3 et en
Algérie à 11 ouvrages50. On peut imaginer que la colonisation, à l’instar de ce qui existait en
France, avait stimulé un système de production et de ventes des livres, les rendant plus
abordables pour la population algérienne. Aujourd’hui encore, l’Algérie maintient son avance
dans ce domaine.
Chraïbi cite l’exemple de la place Djemaa-el-Fna, à Marrakech, qui aux 14e, 15e et 16e
siècles comptait 200 librairies, et qui, maintenant, est un parking.51 Cette information laisse
rêveur : tant de librairies en ce temps-là pour une minorité érudite ! De nos jours, la majorité
de la population sait lire mais les médias modernes concurrencent le support livresque. Les
livres publiés par l’Algérie, le Maroc et la Tunisie présentent des points communs mais sont
aussi porteurs des différences de culture propres à chaque pays. Pour Marc Gontard, la
littérature marocaine est si différente qu’il refuse de l’englober avec les littératures des pays
voisins52. Dans le cadre de notre étude, nous considérerons Chraïbi dans son contexte
marocain, tout en établissant à l’occasion des parallèles avec des écrivains maghrébins des deux
pays voisins.
15
2.3 Place de Driss Chraïbi dans le paysage littéraire maghrébin de langue française
A l’époque où Driss Chraïbi fait paraître son premier livre (1954), il est le seul auteur du Maroc
à écrire dans un style que de nombreux critiques qualifient d’“éruptif ”53. Deux romans
marocains ont déjà été publiés en français, l’un en 1932 -Mosaïques ternies de Benazous Chattet
l’autre en 1935 -Eves Marocaines de Elissa Chimenti-. Mais on considère Ahmed Sefraoui
comme le premier écrivain reconnu avec, en 1949, Le chapelet d’ambre et, en 1954, La boîte à
merveilles, récit de sa merveilleuse enfance à Fès. La parution du livre de Driss Chraïbi, en cette
même année 1954, écriture très éloignée de celle de son compatriote, fait l’effet d’une bombe
dans la communauté marocaine et il frappe également les esprits en France. Ecrivain iconoclaste,
il refuse de donner, comme le font les autres, une vision idéalisée du Maroc et du système
patriarcal dominant la société. L’étiquette d’écrivain subversif collera longtemps à sa réputation.
Chraïbi appartient à “la génération 52”54 avec des auteurs tels que Mouloud Mammeri,
Mohammed Dib, Albert Memmi, Malek Haddad, Ahmed Sefroui, Kateb Yacine, Assia Djebar,
Malek Ouary. Née à la veille de l’indépendance du Maghreb, “la génération 52” est la première
génération d’écrivains maghrébins contestataires, où parfois le témoignage tient lieu d’oeuvre.
Ils sont tous marqués par leur époque historique tout en se différenciant par leurs nationalité,
sexe, religion, origine sociale et style. Chraïbi occupe dans cette littérature une place de
précurseur. Il est le premier auteur au Maroc à dénoncer une société figée sous la férule du père.
Il faut attendre 1967 pour voir apparaître un autre écrivain, Mohammed Khaïr-Eddine,55 qui,
à son tour, va “rejeter le Maroc, introspecte(r) les fonds nauséabonds de l’inconscient
marocain”56. La crise de rejet passée, Khaïr-Eddine fait son mea culpa et réintégre son pays.
Abdelkébir Khatibi, un autre écrivain marocain, sera plus préoccupé, dans son “autobiographie
d’un décolonisé” 57, par les rapports entre la langue et l’identité. Quant à Tahar Ben Jelloun, il
s’élèvera à son tour contre certaines traditions de son pays mais seulement en 1975, soit 21 ans
après Le passé simple58. Tahar Ben Jelloun est devenu l’écrivain marocain le plus reconnu en
France grâce notamment au prix Goncourt qui lui a été décerné en 1987.
L’écrivain marocain qui semble le plus proche de Chraïbi est Abdehak Serhane avec ses
romans Messaouda en 1983 et Les enfants des rues étroites59 en 1986. Messaouda60, écrit très
longtemps après Le passé simple, par un écrivain né en 1950, étonne par les similitudes avec le
premier livre de Chraïbi écrit en 1954. On y retrouve la même haine pour le père humiliant
ses enfants et sa femme, haine poussant l’enfant à rêver du meurtre du père, la même critique
de la société et de la pédophilie. Dans Les enfants des rues étroites Serhane raconte le sort réservé
aux enfants des milieux pauvres et la place privilégiée du fils aîné :
Quand tu obtiendrais ton baccalauréat, tu prendrais ta revanche sur cette vie. Tu
irais ailleurs. Tu ferais comme ton cousin Ali. Tu étudierais. Tu épouserais une
étrangère et tu t’oublierais dans ce corps blanc. Tu enverrais de l’argent à ta mère,
mais tu ne retournerais plus jamais au pays.61
On croit lire derrière le nom du cousin Ali celui de Driss Chraïbi. La société marocaine n’avaitt-
elle donc pas évolué entre 1954 et 1986 ? Dans les faits, même si des changements sont
16
objectivement observables, ils demeurent insignifiants au regard du pouvoir de maintien de la
tradition exercé par la religion dans les sociétés islamiques. La religion y apporte un cadre qui
satisfait la majorité de la population car elle la conforte dans son fonctionnement. Les sociétés
sont comme des mastodontes ; elles se déplacent lentement, il faudra du temps pour noter de
réels changements.
Hors du Maroc, nous avons trouvé chez l’auteur algérien Rachid Boudjedra une révolte
proche de celle de Chraïbi. On parle habituellement de l’influence de Claude Simon62 sur
Boudjedra mais assez rarement de celle de Chraïbi63. Pourtant La répudiation64, livre paru 20
ans après Le passé simple, partage avec le roman de Chraïbi d’importants traits communs. En
survolant rapidement ces ressemblances, on s’aperçoit que les héros ont une position similaire
dans la fratrie : “Pourquoi ma mère me préférait-elle à mes autres frères ?”65, les héros de
Boudjedra et de Chraïbi se posent la même question. Les comportements pédophiles des
religieux y sont pareillement dénoncés. C’est également le seul livre dans lequel le tabou de
l’inceste est levé, sans toutefois qu’il soit abordé avec autant de liberté que chez Chraïbi. La
répudiation de Boudjedra contient une déclaration d’amour à la mère et de haine au père, haine
qui motive le garçon à avoir une relation avec sa belle-mère. Dans un autre de ses livres,
Timimoun66, de nouvelles analogies frappent : la mort d’un frère causée par un accident -mais
ce pourrait être un suicide- (comme la mort d’Hamid, petit frère du héros dans Le passé simple,
causée par une méningite et présentée comme un meurtre), un père notable, riche et puissant
caractérisé par son absence et affublé de maîtresses, une mère surreprésentée et enfin une
passion qui va lier le héros de Timimoun à Sarah, l’étrangère, amour voué à l’échec comme dans
Mort au Canada, celui de Patrik et Maryvonne.
Serhane et Boudjedra sont les témoins de l’influence qu’a exercée Driss Chraïbi sur les
générations suivantes. A propos du Passé simple, Alaoui Abdallaoui n’hésite pas à parler de
“merveilleux sac à provisions ouvert à plus d’une main”. Pour les autres romans, il écrit :
La haine, le dégoût, le recours à la cruauté, l’utilisation d’une terminologie
médicale, chimique, du sang qui doit gicler, l’utilisation de l’érotisme, le tout dans
une écriture sans repos, des phrases saccadées, sans parler des rapports du narrateur
et de la Cité...c’était Chraïbi67.
Chraïbi écrivain iconoclaste, notre étude montrera qu’il l’est encore plus que ce que les
apparences laissent voir. Il fut le premier à dénoncer les injustices, le premier à lever le voile sur
le lieu clos de la famille, le premier aussi à s’attaquer à des tabous comme la place de la femme
dans la société. Tout en partageant avec ses confrères un terreau commun propre à leur culture,
il se démarque des autres. Chraïbi se situe en dehors de tout courant littéraire, esthétique ou
idéologique. La revue Souffles qui a tenté de faire des écrivains maghrébins de cette époque un
groupe représentatif, n’a pas réussi à l’embrigader, comme il le dit lui-même : “Je ne me suis
jamais rattaché à une école […] je suis un franc-tireur”68. L’étude de ses romans laisse éclater
son originalité. Ecrivain atypique au sein de ce milieu littéraire, il l’est aussi dans ses thèmes
littéraires. Ainsi les pages où il décrit un accouchement, ou magnifie un inceste sont
remarquables dans leur approche de la féminité et d’une paternité différente de celle du milieu
17
de l’auteur. Enfin Driss Chraïbi est atypique aussi dans son écriture dans laquelle divers
registres se côtoient.
Critiques et public ont diversement accueilli son premier livre. L’enthousiasme a côtoyé
le rejet mais personne n’est resté indifférent. Le passé simple a acquis une place particulière et
dans l’oeuvre de Chraïbi et dans la littérature maghrébine de langue française. Pour cette raison
nous consacrons, dans le paragraphe sur la réception de son oeuvre, une présentation à part à
ce livre.
NOTES
12 Mai ou avril ou mars, et pour l’année cela peut varier de 1929 à 1931.
13 Driss Chraïbi 1998, Vu, lu, entendu. Mémoires. Denoël.
14 Théorie élaborée par Freud et reprise par Marthe Robert 1972, Roman des origines et origines du roman.
Grasset. Coll. Tel, Gallimard.
15 Terme arabe désignant celui qui a accompli le pélerinage à la Mecque.
16 Nous n’avons trouvé nulle part à quel prénom se rapporte cette initiale H de la mère. Ce n’est pas un
hasard.
17 Nous avons cru longtemps que Driss Chraïbi n’avait que des frères, mais dans une interview accordée à
Lionel Dubois, en 1985, lors de son mémoire de DEA, La symbolique du voyage dans l’oeuvre de Driss
Chraïbi. Bordeaux 3, nous lisons la phrase suivante “ni mes frères, ni mes soeurs”, p29. La parution
depuis lors du Tome II des Mémoires de Chraïbi, Le Monde à côté. Denoël 2001, nous renseigne sur ce
point. Chraïbi raconte qu’une petite soeur, Naïma, est née lorsque lui-même avait déjà quitté la famille,
ce qui explique le peu de place qui lui est accordé.
18 Jean Déjeux 1973, Littérature maghrébine de langue française. Ottawa, Naaman, p.278.
19 Jean Déjeux le signale dans Littérature maghrébine de langue française. Ib. p278. Il nous renvoie à l’article
“La statue” dans La Nef, n.19-29, septembre-décembre 1964 et à une mise au point parue dans la revue
Souffles n.15, 1969.
20 Demain : hebdomadaire de la Gauche Européenne. Directeur : Jacques Robin. Parution de 1955 à 1957.
Démocratie : hebdomadaire, organe du P.D.I (parti démocratique de l’indépendance). Directeur :
Cherkaoui. Parution de 1957 à 1958.
Confluent : Revue culturelle de la coopération publique et privée. Directeur : Paul Buttin. Parution de
1956 à 1967.
21 Pour plus de détails voir le dernier livre de Driss Chraïbi 2001, Le Monde à côté. Denoël.
22 A. Raqbi 1988, La folie et le délire. Thèse de 3ème cycle, Bordeaux.
23 Jean Déjeux 1993, Maghreb Littératures de Langue Française. Paris. Arcantere. Nous renvoyons
également pour le panorama rétrospectif aux années 50 à son ouvrage intitulé Littérature maghrébine de
langue française. Ottawa, Ed. Naaman, 1973.
24 Définition du Petit Robert : nom donné à l’ensemble des pays du Nord-Ouest de l’Afrique, compris entre
la Méditerranée et le Sahara, l’océan Atlantique et le désert de Lybie. Formant une unité géographique
et une unité éthnique (fonds de populations berbères), le Maghreb doit en outre à la conquête arabe
(VIIe/VIIIe s.) son unité religieuse et culturelle.
25 La dynastie Almoravide (1055-1147) : les Almoravides étaient des guerriers religieux, maîtres des routes
caravanières du sahara occidental qui voulaient s’approprier les terres fertiles du Nord. Leur foi
musulmane, ravivée par un séjour prolongé dans un “ribat” (sorte de couvent militaire) les incite à
réformer un islam qu’ils jugent décadent. En quelques années, ils se sont emparés de la moitié du
Maghreb, de l’Espagne jusqu’aux rives du Sénégal. Les princes almoravides apportent une renaissance
18
artistique à des villes comme Fès et Marrakech.
26 Tandis que la dynastie almoravide se désagrège, un mouvement réformateur voit le jour sous l’influence
d’un lettré Ibn Toumert, qui se présente investi d’une mission divine. Afin de remédier aux déviations
et à l’impiété des Almoravides amollis par la douce Andalousie, les hommes de ce nouveau courant se
révoltent et propagent une réforme radicale, bigote et rigoriste. A son apogée la dynastie almohade
apporte paix et prospérité au Maroc. C’est un âge d’or intellectuel et artistique avec de grands esprits
comme Averroés et Maimonide. Les dynasties des Almoravides et des Almohades ont laissé une
empreinte prestigieuse sur cette région du monde.
27 Dictionnaire Petit Larousse.
28 Si nous nous situons dans la perspective du futur, on peut s’interroger sur le devenir de cette littérature.
En effet si la colonisation a mis son empreinte sur les écrits des auteurs de cette époque, cela signifie que
nous parlons d’un groupe limité, d’une époque révolue. Pourtant on peut raisonnablement croire que la
littérature maghrébine de langue française perdurera d’une part à travers ceux qui, au Maghreb,
continuent de choisir la langue française pour s’exprimer, de l’autre à travers les enfants des immigrés.
Cette dernière catégorie apportera des composantes nouvelles, le mixage culturel opérant d’une autre
manière que celle que leurs parents ont connue. La liste des romans parus au Maghreb dans les dernières
années du XXe siècle (développée dans le paragraphe suivant) est suffisamment substantielle pour laisser
un espoir d’avenir à cette littérature.
29 Jacques Madelain 1983, L’errance et l’itinéraire. Sindbad, p.16.
30 Albert Memmi 1968, L’homme dominé. Gallimard. Dans cet ouvrage, l’auteur développe des concepts
nouveaux sur la judéité et la négritude à savoir un fait culturel qui marque un être humain d’une
appartenance en dehors de l’aspect religieux.
31 Nous pensons surtout au grand écrivain Edmond Amran El Maleh, juif marocain né en 1917, qui réside
en France depuis 1965 et Albert Memmi, juif tunisien vivant en France également.
32 Reprenant le titre de Déjeux.
33 Déjeux, ib p.9 cite Jean Sénac qui, en 1965, avait proposé la première appellation et en 1968-1969 la
seconde.
34 Kacem Basfao, Trajets : structures du texte et du récit dans l’oeuvre romanesque de Driss Chraïbi. Ib. pp613-
641.
35 Ahmed Lanasri 1988, Introduction aux poèmes et autres récits de Mohammed Ould Cheïkh, Alger p47. Op.
cit. par Déjeux, ib, p.8.
36 Rachid Mimouni Révolution africaine. Alger, n.1191. 26 décembre 1986. Cité par Déjeux, ib. p.6.
37 Ib. p.5.
38 Interview dans Lamalif n.2, 15 avril 1966 : “Je suis une génération perdue”. Citée par Déjeux, ib.p.8.
39 Libération, 24 juillet 1981.
40 Le mouvement beur, mouvement des années 90 des jeunes maghrébins de la seconde génération, se bat
au contraire pour exprimer sa différence et le plus que leur bi-culture apporte à la société française.
41 Jacques Noiray 1996, Littératures francophones. I Le Maghreb. Ed. Belin.
42 Ib. p.8.
43 Expression que nous empruntons à Déjeux 1993, ibid p.14. Elle tire son origine du roman colonial ; il
s’agissait de peintres, écrivains, qui dans une volonté de répondre à la curiosité que l’aventure française
sur ces terres avait suscitée, avaient ramené de leur séjour des textes littéraires exotiques. On peut citer
entre autres au début de la colonisation le peintre Delacroix, les écrivains Guy de Maupassant et André
Gide. Une littérature coloniale produite par des Français a continué de paraître, que certains critiques
classent dans le pire et parfois dans le meilleur.
44 Pierre Grenaud 1993, La littérature au soleil du Maghreb. Paris, L’Harmattan.
45 Afin d’actualiser les données de Déjeux qui nous semblent un peu datées (1989), nous avons consulté
auprès de la banque de données Limag la liste de romans parus au Maroc de 1989 à 1999. Nous avons
comptabilisé dans la rubrique romans, récits, nouvelles, chroniques 180 écrits en français parmi lesquels
8 venaient de la minorité juive, 48 recueils de poésie/contes, 35 essais, 10 pièces de théatre et 33
19
romans/poésies écrits en arabe ou traduit de l’arabe. Nous en avons conclu que la littérature marocaine
de langue française, malgré les prévisions pessimistes quant à son devenir, reste bien vivante. Pour ce qui
est de la littérature algérienne, elle maintient son avance, la liste des titres était si impressionnante que
nous avons reculé devant l’ampleur du calcul.
46 Abdellatif Laâbi, “Défense du Passé simple”. Revue Souffles, n.5, premier trimestre 1967.
47 Le terme de guerre est adopté depuis peu de temps par la France, auparavant il était convenu d’utiliser
l’expression : “les événements d’Algérie”.
48 Pour plus d’informations voir entre autres Jacqueline Arnaud qui a résumé la situation dans son premier
tome La littérature maghrébine de langue française. Tome I : Origines et perspectives. Publisud. 1986, p.34.
49 Colonisation en Algérie : 1830-1962, protectorat en Tunisie : 1881-1956, au Maroc : 1912-1956.
Chiffres relevés dans Maghreb littératures de langue française, Jean Déjeux, ibid p.9.
50 Voir copie du tableau extrait de Déjeux, Littérature maghrébine de langue française. Ib. annexe2
51 Op cit. interview de Chraïbi accordée en mars 1985 à Eva Seidenfaden 1991, Ein Kritischer Mittler
Zwischen Zwei Kulturen : Der Marokkanische Schriftsteller Driss Chraïbi und sein Erzahlwerk. Bonn
Romanistischer Verlag. p.447.
52 Marc Gontard 1981, Violence du texte. La littérature marocaine de langue française. L’Harmattan.
53 Pierre Grenaud, La littérature au soleil du Maghreb. Ib.
54 Appellation d’Albert Memmi adoptée par la critique.
55 Mohammed Khair-Eddine 1967, Agadir, Seuil.
56 Déjeux, Maghreb Littératures de langue française. Ib. p.59.
57 Abdelkébir Khatibi 1971, La mémoire tatouée, Denoël.
58 Tahar Ben Jelloun 1973, Harrouda. Denoël.
59 Abdehak Serhane 1986, Les enfants des rues étroites. Seuil p.14.
60 Abdehak Serhane1983, Messaouda. Seuil
61 Ib.
62 Déjeux. Ib. p.10.
63 Seul Marc Gontard a relevé cette influence dans son livre, Violence du texte. La littérature marocaine de
langue française. Ib. p.17.
64 Rachid Boudjedra 1969, La répudiation. Denoël.
65 Ib. p.49.
66 Rachid Boudjedra 1994, Timimoun. Ed. originale El Ijtihad. Ed. R.Boudjedra et Denoël.
67 M’hamed Alaoui Abdallaoui, “La littérature marocaine de langue française : itinéraire d’une dualité”.
Article paru dans Itinéraires et contacts de cultures. Vol.4-5, 1984 Littératures du Maghreb. L’Harmattan.
p.262.
68 Lionel Dubois 1985, La symbolique du voyage dans l’oeuvre de Driss Chraïbi. DEA. Bordeaux 3.
Interview, p.31.
Par saladin
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Lundi 25 mai 2009

MAROC

      Le Maroc, pays du soleil couchant, Maghrib al-‘aqsa , offre, dans l’ensemble de l’Afrique du Nord, une histoire originale. Il la doit sans doute à la puissante personnalité de ses peuples restés tout au long des siècles moins marqués des influences extérieures, notamment arabe, que l’Algérie et la Tunisie, mais tout autant à de vigoureux traits géographiques.
      Le Maroc océanique est largement ouvert vers l’ouest, mais une avancée du plateau central le sépare en deux bassins communiquant malaisément par le « pont de Rabat ». Le Maroc saharien est pauvre, périodiquement surpeuplé, marqué par le contraste des oasis et des grands espaces. Entre ces deux régions se dresse la montagne qui est un écran troué de passes plus ou moins aisées, où « la liberté s’est toujours maintenue sauvage et altière ».
      Ces ensembles juxtaposés, sans point de convergence, ont joué chacun leur rôle dans l’histoire du Maroc.
      Entre les arcs montagneux, le désert et l’Océan, frangé par la barre, le Maroc forme comme une île aux liaisons précaires. Comme dans toute la partie méridionale du bassin méditerranéen, nomades et sédentaires se sont affrontés au cours des siècles, cependant qu’à partir de la conquête arabe l’islam a marqué de ses traits propres la vie politique et sociale avec l’importance du pouvoir d’allégeance, l’absence de règle fixe de succession, le rôle des hérésies, des réformes et des confréries religieuses.
      Bien qu’elle soit originale et qu’elle comporte de nombreux traits d’insularité, l’histoire du Maroc n’est pas celle d’un pays isolé, et l’on y retrouve les fluctuations de l’histoire mondiale : formation des grands empires de l’Antiquité, islamisation de la Méditerranée méridionale, influences des grandes découvertes, de l’impérialisme européen et de la décolonisation.
      Le Maroc moderne illustre bien cette situation : cadre d’une lutte pour l’indépendance, acquise en 1956, il conserve cependant la structure de pouvoir monarchique antérieure à l’établissement du protectorat français. Bien que favorisé sur le plan des richesses minières et des conditions climatiques par rapport à ses voisins maghrébins, il connaît comme eux les difficultés propres aux pays héritant de la colonisation une infrastructure industrielle orientée vers la métropole, plaquée sur une base agricole en crise.
      De même lui faut-il échapper au cercle du sous-développement, rester maître de ses destinées et affirmer sa personnalité : y parviendra-t-il par la voie du libéralisme économique, présentement adoptée par ses dirigeants ou par une autre option ? Ces choix semblent commander son avenir pour une longue période.
             

1. Histoire


[Le Maroc antique]
[Islamisation et grandes dynasties]
[Le royaume idriside]
[Les Almoravides]
[Face aux Européens ]
[La guerre sainte des Sa'diens]
[Les 'Alawites]
[La pénétration européenne]
[Le royaume en difficulté]
[Dans le régime du protectorat]
[Renouveau du nationalisme]
[L'indépendance]
[L'historiographie Marocaine]

Le Maroc antique

      Le Maroc sort de l’ombre de la préhistoire et des mythes de la légende au moment où la thalassocratie phénicienne y établit ses comptoirs. Les premières installations à Liks (Larache), Tingi (Tanger) puis Tamuda (Tétouan) permettent les échanges avec l’intérieur et sont des relais sur la route de l’or. Le périple d’Hannon, entre 475 et 450 avant J.-C., mené jusqu’au Gabon, peut apparaître, malgré les obscurités dont il reste entouré, comme l’« acte de naissance de l’histoire marocaine ». Les colonies phéniciennes, pendant près d’un millénaire, diffusent, parmi les tribus locales, leur civilisation avec l’usage des métaux et de plantes nouvelles, leur langue et leur culte.
      Ici comme dans le reste de l’Afrique du Nord, Rome succède à Carthage. Son influence se fera d’abord sentir par l’intermédiaire des dynasties locales qui inaugurent une brillante civilisation berbéro-romaine. De ces souverains, Juba II, qui règne des hauts plateaux orientaux à l’Atlantique de 25 avant J.-C. à 23 après J.-C., est le plus célèbre. L’annexion proclamée en 40, Ptolémée, son fils, va transformer le nord du pays en province romaine, la Mauritanie Tingitane, que la Moulouïa sépare de la Césarée, ou province de Cherchell. Au-delà, vers le sud, des postes avancés et des comptoirs élargissent l’influence romaine. La Mauritanie, dirigée d’abord par un procurator , sera rattachée à la Bétique en 285. La province est mise en valeur par la création de routes et de villes (Volubilis), par le développement agricole et un commerce actif.
      À la fin du IIIe siècle, dans la crise que traverse l’Empire, le Maroc romain est progressivement abandonné ; seuls sont conservés, avec la région de Tanger, certains points de la côte comme Essaouira (Mogador). L’intérieur s’enfonce dans les « siècles obscurs » (E. F. Gauthier). Dans l’effondrement de l’Empire romain, au moment où arrivent les Vandales, la présence chrétienne semble se maintenir vivace et les cités poursuivre leur existence.
      

Islamisation et grandes dynasties berbères (VIIe-XVe s.)



      Avec l’islamisation, le Maghreb, échappant à la latinité et au christianisme, se trouve désormais rattaché au monde de la Méditerranée orientale. L’Islam tente de recréer à son profit l’unité de la mer intérieure et va, non sans difficulté, soumettre l’Afrique du Nord entre le milieu du VIIe siècle et le début du VIIIe. Avec Misa b. Nusayr, gouverneur de l’Ifriqiya (l’actuelle Tunisie), commencent l’organisation de la conquête et la soumission des Berbères par la conversion et l’enrôlement dans les armées arabes partant pour la conquête de l’Espagne. Dans cette première phase, si importante dans le domaine culturel (l’arabe) et le religieux (l’islam), le Maroc reste divisé en tribus ou confédérations berbères plus ou moins indépendantes dont une des plus remarquables, celle des hérétiques Barghawata, constituera, jusqu’au XIIe siècle, une entité politique sur l’Oum er-R’bia.
      

Le royaume idriside (686-917)

      Le pays va sortir de cette confusion avec la constitution du royaume idriside. Idris Ier, échappé au massacre des descendants du Prophète en 786, s’est réfugié en Afrique du Nord et s’installe à Oulila (Volubilis). Bien accueilli, usant de son autorité religieuse, habile à nouer des relations avec les tribus, il étend son autorité. Son fils Idris II continue son oeuvre. Il élargit le royaume vers le sud et l’est. Contrôlant le carrefour des routes marocaines, il développe Fès dont il est sinon le fondateur, du moins le véritable créateur. Il donne ainsi au Maroc sa capitale qui dispose d’une excellente situation géographique. Tôt renforcée d’immigrés de Cordoue ou de Kairouan, elle devient un important centre intellectuel et religieux. La mort d’Idris II remet en cause son oeuvre d’unification. Les difficultés de succession s’aggravent des rivalités entre Fatimides, qui se sont imposés en Ifriqiya, et Omeyyades de Cordoue, pour lesquels le Maroc est enjeu d’importance. De ces luttes religieuses, tribales, politiques et des rivalités économiques, le détail échappe à l’historien. Cependant, à travers la décadence idriside se maintient un important commerce, notamment vers le Sahara d’où arrivent l’or et les esclaves. À l’occasion de ces troubles du IXe et du Xe siècle, où se sont affrontées les trois grandes influences de l’histoire du Maroc, l’écart s’accroît entre la prospérité de l’ouest du Maghreb et l’appauvrissement de l’est ravagé par les invasions des nomades hilaliens et maqils.
      

Des conquérants réformistes : les Almoravides

      L’apparition de la dynastie des Almoravides (al-murabitin , les gens du ribat ) fait pour longtemps prédominer les influences du Sud sur celles de l’Orient. La tribu des Lamtina, maîtresse des routes caravanières du Sahara occidental, poussée par le désir des riches terres du Nord et par le zèle réformiste dont l’a enflammée le prédicateur ‘Abd Allah b. Yasin dans le ribat (couvent) du Sénégal, conquiert en quelques années le Maroc et crée un vaste empire ibéro-maghrébin. Premier exemple des mouvements qui vont désormais marquer l’histoire du pays : l’union d’une passion religieuse, d’une poussée ethnique, d’une ambition économique porte au pouvoir une nouvelle dynastie.
      La grande cité caravanière de Sidjilmasa, carrefour des routes sahariennes, est enlevée en 1054, la capitale du Sous, Taroudant, en 1057. Sous la conduite de Yisuf b. Tashfin, les conquérants débordent au nord de l’Atlas. La fondation de Marrakech, en 1062, fournit au Maroc sa deuxième capitale, inaugure le nouveau destin bâtisseur de ces nomades. Fès prise en 1069, les Almoravides poussent vers l’ouest, jusqu’en Kabylie. Mais c’est essentiellement dans l’axe nord-sud que s’affirme le nouvel empire.
      En Espagne, la reconquête chrétienne (Tolède est prise en 1085) menace les princes musulmans, les reyes de taifas , raffinés et divisés. Yisuf b. Tashfin vient au secours de l’Islam, remporte la victoire de Zellaca (1086) sur les troupes d’Alphonse VI de Castille, se retourne contre les principautés musulmanes qu’il enlève les unes après les autres. La dernière fut Valence, défendue par le Cid, en 1103. Au sud, battant l’empire de Ghana en 1077, les Almoravides avaient assuré leur contrôle des routes de l’or. Ainsi est constitué, au début du XIIe siècle, un immense empire s’étendant sur l’Espagne musulmane, le Maghreb occidental et central, le Sahara. La prospérité économique, fondée sur les échanges complémentaires entre le Nord et le Sud et sur le contrôle des routes vers l’Afrique noire, entretient une importante renaissance artistique, symbiose entre les influences andalouse, marocaine et saharienne.
      L’épopée des Almoravides ouvre une période de domination marocaine dans l’Islam occidental. Pourtant, leur empire est bientôt menacé. Les descendants des grands fondateurs n’ont point leur valeur. La vie religieuse se sclérose rapidement, laissant s’éteindre la flamme réformatrice. L’étendue même des possessions favorise les mouvements séparatistes. Faiblesses internes d’autant plus graves que les chrétiens en Espagne se font plus menaçants tandis que les tribus berbères réfractaires de l’Atlas sont acquises au mouvement almohade, né lui aussi d’une réaction religieuse, d’une poussée ethnique, d’ambitions économiques.
      Les Almohades, Berbères puritains       Ibn Timart, originaire du sud du Maroc, s’est retiré, après des études en Orient, près de Bougie où se confirme sa vocation de réformateur et de prédicateur. Réfugié à Tinmal dans le Haut Atlas, au milieu des Berbères Masmida, il prêche le retour au Coran et à la tradition, le puritanisme et la doctrine de l’unicité de Dieu contre les déviations et l’impiété almoravides. Il constitue une forte communauté inspirée des traditions berbères (groupe des Dix, conseil des Cinquante, etc.).
      
      C’est à son disciple ‘Abd al-Nu’min, à ses qualités et à ses ambitions que le mouvement doit sa fortune. La conquête de la montagne isole le Maroc atlantique du commerce saharien, permet d’enlever Fès en 1145, Marrakech en 1147. Déjà les troupes almohades sont intervenues en Espagne. Elles s’emparent alors rapidement de l’ensemble de l’Afrique du Nord.
      Une forte organisation noue les différentes parties de l’empire et s’efforce, non sans difficulté, de maintenir l’unité contre les multiples oppositions qui subsistent au Maghreb et devant les menaces chrétiennes en Espagne. Le règne de Ya‘qib al-Mansir (1184-1199) est l’apogée de la civilisation almohade : la vie de la cour où se retrouvent les plus grands esprits de tout l’Occident musulman est brillante, les constructions remarquables par leur taille et leur beauté.
      Mais là encore l’effondrement est proche : la destinée de la dynastie almohade rappelle, par sa fin comme par ses origines, celle de la dynastie almoravide. Les luttes de succession, la faiblesse des souverains, l’immensité de l’empire qui encourage des tendances centrifuges menacent l’oeuvre. La victoire chrétienne de Las Navas de Tolosa amorce, en 1212, un renversement décisif des forces en Espagne : Séville tombe en 1248 au moment où les Almohades perdent le contrôle des routes sahariennes.
      Dès 1269 le Maroc passe aux mains des Mérinides, tribu berbère des hauts plateaux. Ils continuent la politique des dynasties précédentes, s’efforçant de rétablir à leur profit l’unité du Maghreb : ils conquièrent Tunis en 1347. Mais le monde a changé : l’Europe s’ouvre aux influences nouvelles, se lance dans les grands voyages de découvertes, et les premières tentatives ibériques au Maroc, prolongements de la Reconquête, opérations commerciales ou de police, conduisent les Portugais à Ceuta en 1415.
      

Maintien de l’indépendance face aux Européens (XVIe-XVIIIe s.)

      La civilisation marocaine peut continuer de briller, mais déjà la menace sur l’indépendance du pays se précise. Tout le XVe siècle et le début du XVIe sont marqués par des tentatives ibériques. Les Portugais s’emparent de Tanger en 1471 puis occupent Safi, Azemmour, Mazagan, Agadir, poussant des incursions dans l’intérieur ; en 1497 les Espagnols s’établissent à Melilla. La crise politique marocaine, marquée par la rivalité des grandes familles et par leur influence sur des souverains faibles, par les luttes de succession et par l’influence croissante des tribus, s’accompagne d’une grave crise économique née de la concurrence de nouveaux courants commerciaux utilisant les routes maritimes et les voies sahariennes orientales. Les difficultés, l’opposition à une occupation étrangère désormais étendue à tous les ports, de Melilla à Santa Cruz, suscitent le revif religieux. Ample mouvement de foi qui développe le culte des saints (maraboutisme), multiplie les confréries, il aura d’importantes conséquences sur l’avenir du pays en achevant son islamisation ; il renforça aussi les particularismes et fit évoluer le Maroc dans des voies opposées à celles qui commençaient de s’imposer en Europe.
      

La guerre sainte des Sa‘diens (1523-1603)

      Des confins « sauvages » du Sahara vont, une fois encore, surgir les forces nouvelles. Les Sa‘diens, descendants du Prophète, venus d’Arabie au milieu du XIVe siècle, prennent, à la demande des gens du Dra, la tête de la guerre sainte. Entre 1510 et 1523, ils s’imposent dans le sud du pays. La reprise d’Agadir sur les Portugais, en 1541, premier coup d’arrêt à la pénétration européenne, leur vaut un immense prestige et leur facilite la conquête du Maroc.
      La dynastie, maîtresse du pays en 1554, en reforge l’unité par la guerre sainte, qui a favorisé ses débuts. La victoire d’Alcazarquivir (Ksar-el-Kébir) sur les Portugais, en 1578, donne à A?mad al-Mansir (le Victorieux) prestige international et richesses - grâce à l’abondance des rançons des chevaliers chrétiens. Le nouveau souverain (15781603) s’oppose aussi aux Turcs, maîtres de la Tunisie et de l’Algérie. La conquête des oasis du Touat et du Gourara, les expéditions en direction du Soudan redonnent au Maroc, avec le contrôle du commerce saharien, les moyens financiers d’une forte réorganisation intérieure. L’administration centrale (makhzen ) est rénovée, l’armée développée, les cultures, comme celle de la canne à sucre, et l’artisanat sont encouragés. Le commerce avec l’Europe s’accroît et les grandes constructions se multiplient, à Marrakech en particulier.
      L’oeuvre, toutefois, n’est pas plus solide que celle des dynasties précédentes. Elle tient trop aux circonstances heureuses et à l’exceptionnelle personnalité du souverain. Aussitôt celui-ci disparu, les difficultés assaillent le Maroc : difficultés d’ordre économique du fait de la concurrence de nouvelles routes commerciales et de nouveaux fournisseurs de sucre, de la prospérité factice due à l’inflation des années 1590, faisant de ce siècle d’or le « reflet de l’or qui passe » ; d’ordre politique aussi, dues à la montée des forces des confréries et de leurs ambitions temporelles.
      La piraterie accentue la rupture entre les différentes régions géographiques. Salé, favorisé par sa position et qui accueille les morisques d’Andalousie, après les grandes expulsions de 1609-1611, devient une petite république indépendante vivant des prises de bateaux et des rachats de prisonniers ainsi que du négoce qui en découle. Le particularisme et l’esprit régionaliste - une des constantes de l’histoire du Maroc - semblent à nouveau l’emporter. L’anarchie croissante favorise les pouvoirs locaux.
      
Les ‘Alawites

      Les chérifs ‘alawites du Tafilelt n’étaient, au milieu du XVIIe siècle, qu’une modeste puissance, mais ils sont porteurs d’un grand nom, ils tiennent aussi un des axes du commerce saharien, encore important malgré sa relative décadence ; ils sont, enfin, portés par l’ambition et entraînés par les qualités de guerriers et d’organisateurs de leurs chefs, Milay Ma?ammad puis Milay al-Rashid (1664-1672). Maître du Maroc oriental, celui-ci entre à Fès en 1666, s’empare de Marrakech en 1669. Son frère et successeur, Milay Isma‘il (1672-1727), le plus célèbre des sultans du Maroc, consolide l’oeuvre du fondateur de la dynastie et donne un nouvel éclat à la civilisation marocaine.
      Sa principale tâche est de combattre les populations insoumises ou révoltées. Il crée une puissante armée à partir de nouveaux contingents de troupes noires (‘abids ) et de l’ancien système des tribus militaires (gishs ). Elle lui permet de s’opposer aux empiètements des Turcs, de reprendre la plupart des places de l’Atlantique encore occupées par les Européens (Mehdia, 1681 ; Tanger, 1684 ; Larache, 1689). Politique coûteuse aux frais de laquelle ne suffisent pas les revenus décroissants de la course, étroitement contrôlée par le sultan, ni les droits prélevés sur un commerce extérieur que gêne une réglementation minutieuse. D’ailleurs elle se complique de difficultés diplomatiques avec les principales puissances : le sultan rompt avec la France et l’Espagne en 1718.
      La crise financière suscite, dès la mort du sultan, des révoltes militaires. Une longue période de révolutions et de troubles paralyse le pays jusqu’en 1757. À l’agitation de l’armée s’ajoutent les poussées des tribus montagnardes vers les plaines voisines, les difficultés économiques, les famines qui déciment la population. C’est le début d’un long déclin que ralentit plus qu’il ne l’arrête le redressement opéré sous le long règne de Sidi Mu?ammad ben ‘Abd Allah (1757-1790). La forte reprise du négoce avec l’Europe (fondation d’Essaouira en 1765, traités de commerce), la réoccupation de Mazagan (1769) n’empêchent ni la décadence économique, marquée après 1787 par l’abandon de la frappe de l’or, ni les rébellions, ni le développement des pouvoirs féodaux que les crises de succession ont favorisées. Le pays tend à se replier sur lui-même. La disparition de la course, les entraves mises aux relations avec l’étranger, la forte dépopulation provoquée par les terribles épidémies de 1798-1800 et de 1818-1820, le ralentissement du commerce européen pendant les guerres de l’Empire, la relégation des agents diplomatiques à Tanger, tout contribue, au début du XIXe siècle, à un isolement non seulement accepté mais explicitement voulu par le sultan Milay Sliman (1792-1822).

La pénétration européenne (XIXe-XXe s.)



      Face à ce déclin et à ce repli s’affirme le dynamisme nouveau de l’Europe industrielle, entraînée dans un mouvement général d’expansion qui la pousse à instaurer partout le libéralisme commercial, puis le système colonial. L’histoire du Maroc subit, désormais, de façon croissante, les pressions extérieures.
      

Le royaume en difficulté (1822-1912)



      Le Maroc ne peut en effet rester longtemps à l’écart au moment où les routes méditerranéennes prennent, au milieu du XIXe siècle, une importance nouvelle. Les efforts de pénétration des commerçants britanniques de Manchester et de Gibraltar débouchent, en 1856, sur un traité de commerce, qui ouvre le pays aux produits européens. En 1863, une convention franco-marocaine aggrave encore la situation du Maroc. L’Espagne, à partir des présides conservés sur la côte rifaine, Ceuta et Melilla, reprend une politique d’expansion par la guerre de 1859-1860 et obtient, lors du traité de 1861, une importante indemnité de guerre et la rétrocession de l’ancienne possession de Santa Cruz Pequeña. Ainsi, en moins de sept ans, de décembre 1856 à 1863, ont été modifiés du tout au tout les rapports traditionnels entre le Maroc et l’Europe.
      La rivalité des trois puissances se nourrit d’ambitions différentes : commerciales et stratégiques pour la Grande-Bretagne, préoccupée de la sécurité du détroit de Gibraltar ; politiques et sentimentales pour l’Espagne qui retrouve les souvenirs de la Reconquista ; économiques et territoriales pour la France désirant créer un ensemble nord-africain homogène, sous son autorité. Leur opposition, si elle sauvegarda le statu quo politique du Maroc, accentua une pénétration économique à laquelle l’Allemagne participa, à partir des années 1885-1890. Malgré les difficultés, les échanges, et en premier lieu les importations, s’accroissent fortement dans la seconde moitié du siècle. Cet essor, le développement des colonies européennes dans les ports, passées de quelques centaines d’individus à plus de quinze mille, l’extension de la protection, l’invasion des produits étrangers altérèrent gravement les structures traditionnelles de l’économie et de la société, provoquant de multiples crises.
      Moilay Hasan (1873-1894), l’un des plus grands sultans de l’histoire marocaine, s’efforça prudemment de moderniser le pays, sans tomber sous l’influence dominante d’une puissance ; d’opposer les unes aux autres les rivalités, sans concessions majeures ; d’affirmer, au prix de coûteuses expéditions militaires, l’intangibilité des limites du Maroc contre les tentatives d’installation dans le sud du pays.
      Il ne put que retarder l’échéance. L’avènement d’un successeur jeune et faible, l’entente, surtout, en 1904, de la France et de l’Angleterre, dont l’opposition avait constitué la principale sauvegarde du Maroc indépendant, précipitèrent la crise. L’affaiblissement du pouvoir central, la pénétration européenne, la remise en question des formes traditionnelles de la vie provoquèrent des oppositions et l’apparition de prétendants. Des tribus entrèrent en dissidence, ce qui accrut l’impécuniosité de l’État et le contraignit à l’emprunt (1904).
      Cependant, le gouvernement français, assuré de l’appui des Anglais et s’étant acquis, par des accords analogues, celui de l’Espagne et de l’Italie, poursuivit, malgré l’opposition allemande, son dessein. La conférence d’Algésiras (avr. 1906) plaça le Maroc sous une sorte de protectorat de puissances, mais laissa à la France une influence prépondérante qu’elle affirma en débarquant, en août 1907, à Casablanca.
      La pénétration française fut coupée de crises internationales provoquées par l’Allemagne qui cherchait, à travers le problème marocain, à ruiner l’entente franco-anglaise : affaire des déserteurs de 1908 ; « coup d’Agadir » de juillet 1911. Entravée par la résistance des tribus, elle conduisit cependant le sultan à accepter un traité de protectorat (30 mars 1912).
      

Dans le régime du protectorat (1912-1930)



      Le régime du protectorat est hypothéqué par les engagements internationaux, comme l’acte d’Algésiras qui, imposant le système de la porte ouverte, interdisait toute mesure de protection douanière, et par d’autres accords signés par la France, qui divisaient le pays en trois parties administrées différemment. À l’Espagne fut confiée, le 27 novembre 1912, une zone d’influence au nord (Rif) et au sud (Tarfaya, Ifni). Le statut définitif de Tanger, sous contrôle international, fut réglé en 1923 par la convention de Paris.
      Pendant quatorze ans, le protectorat s’incarna dans la forte personnalité de Lyautey, premier résident général (1912-1925). Il fit oeuvre de conquête, d’organisation, de mise en valeur. Le ralliement des tribus, au nom du sultan, s’obtint en usant de diplomatie à l’égard des grands caïds ou en effectuant des opérations militaires. Les institutions laissèrent subsister le makhzen central et les anciens pouvoirs locaux complétés et contrôlés par une administration nouvelle. L’action économique, à l’aide d’importants capitaux privés, pour une grande part contrôlés par la Banque de Paris et des Pays-Bas, mettait en place un vaste équipement, cependant que la colonisation rurale se développait : ainsi, 57 000 hectares de lots officiels furent distribués et près de 200 000 hectares achetés par des particuliers en 1922, tandis que s’accroissait le nombre des Européens (40 000 immigrants de 1919 à 1922).
      Mais l’essor économique, s’il entraînait le pays dans les voies nouvelles, n’était pas sans causer de graves déséquilibres qui rapidement se traduisaient par des mouvements sociaux et politiques. L’opposition de la domination européenne allait provoquer la révolte des masses paysannes (révolte d’Abd el-Krim, 1921-1926), relayées à partir des années trente par les nouvelles élites urbaines, avant que n’entrent en scène, après la Seconde Guerre mondiale, les masses ouvrières.
      Abd el-Krim sut exploiter l’opposition à la domination européenne et le mécontentement des populations rifaines ; la République des tribus confédérées du Rif mit un moment en péril le protectorat. La reddition d’Abd el-Krim en 1926, comme le retrait de Lyautey, ouvrit une nouvelle période où la France recourut de plus en plus à l’administration directe, accéléra la colonisation rurale (en 1935, 840 000 ha, dont 271 000 ha de lots officiels), encouragea le peuplement européen et reprit la conquête militaire, achevée en 1944. Les effets de la crise économique mondiale, qui fut sensible au Maroc en 1931-1932, des maladresses administratives, comme le dahir (arabe, ?ahir , loi) sur la juridiction berbère de mai 1930, la poussée démographique et ses premières conséquences sociales provoquèrent les premiers symptômes d’une nouvelle opposition. Celle-ci ne vint plus de la montagne et des forces traditionnelles, mais des jeunes élites modernes.
      

Renouveau du nationalisme



      Ce mouvement nationaliste urbain, influencé aussi par les doctrines réformistes et panarabes qui agitaient l’Islam, prit forme en 1930. Le premier parti politique marocain, sous le nom de Comité d’action marocaine, animé par Allal el-Fassi, Ouazzani et Balafrej, élabora un « plan de réformes » qui, sans remettre en cause le principe du protectorat, s’en prit à ses déviations et à l’administration directe.
      L’ère de libéralisme politique qu’ouvrait, en 1936, l’avènement du Front populaire en France encouragea les espoirs. Le mouvement gagnait les villes et les campagnes. Les troubles de 1937, à Meknès et Marrakech, montrèrent son extension. Pourtant, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, les divisions du parti nationaliste, la crainte des revendications des pays de l’Axe rapprochèrent Français et Marocains.
      Au lendemain du conflit, la situation avait considérablement changé. Les difficultés alimentaires, montrant la fragilité de l’économie du pays, avaient provoqué une grande misère et une forte émigration rurale. Le système colonial avait partout été ébranlé, la Charte de l’Atlantique avait rappelé le « droit de tous les peuples à choisir la forme de gouvernement sous lequel ils veulent vivre ». Le débarquement américain de novembre 1942, l’entrevue d’Anfa de 1943 où le sultan rencontra Roosevelt, les encouragements du président des États-Unis au nationalisme marocain précisèrent les revendications des partis politiques. L’influence de la Ligue arabe, la caution donnée au mouvement nationaliste par le sultan (discours de Tanger, 1947) rendaient urgente une nouvelle définition du régime du protectorat.
      Des négociations s’engagèrent entre le sultan Sidi Mohammed et le gouvernement français, mais elles achoppèrent sur la question de souveraineté. À la fête du Trône, qui coïncidait en 1952 avec le vingt-cinquième anniversaire de son avènement, le sultan réaffirma sa volonté d’indépendance, cependant que les sanglants événements de Casablanca, les 7 et 8 décembre, annonçaient la crise. La résidence interdit le Parti communiste et le parti de l’Istiqlal (indépendance), encouragea l’opposition au sultan de certains milieux traditionalistes (pétition du 21 mai 1953). Le 20 août, Sidi Mohammed fut contraint d’abdiquer. Il fut remplacé, le 21, par son cousin Ben Arafa. Le gouvernement français avait laissé faire : sa politique marocaine s’élaborait moins à Paris que dans les cercles liés à la résidence.
      Les réformes qui devaient justifier le coup de force furent remises de mois en mois devant l’opposition conservatrice, puis le développement du mouvement de résistance marocain. Aux difficultés intérieures s’ajoutaient les difficultés extérieures. L’Espagne appuyait l’opposition marocaine. Les États arabes et asiatiques apportaient, aux Nations unies, leur soutien au mouvement nationaliste. Les revers d’Indochine (mai 1954), l’insurrection algérienne (1er nov. 1954) contraignirent le gouvernement français à s’orienter vers une solution politique.
      

L’indépendance



      Après la recherche laborieuse d’un compromis, la déclaration de La Celle-Saint-Cloud, le 6 novembre 1955, annonce des « négociations destinées à faire accéder le Maroc au statut d’État indépendant uni à la France par des liens permanents d’une interdépendance librement consentie et définie ». Les négociations furent rapidement menées et aboutirent, le 2 mars 1956, à un accord qui considérait comme caduc le traité de Fès du 30 mars 1912 et reconnaissait l’indépendance du Maroc.
      L’Espagne dut aligner son attitude sur celle de la France et mit fin à son pouvoir sur la zone nord (déclaration commune de Madrid, 6 avril 1956, accord du 7 avril 1956). Le sort de Tanger, enfin, fut réglé par la Conférence qui se tint à Fedala du 8 au 29 octobre 1956. Le Maroc était, à la fin de 1956, redevenu indépendant et unifié.

L’historiographie Marocaine



      De multiples tâches attendaient le « nouvel » État. Il lui fallait se dégager des influences administratives étrangères, rallier une fraction réticente de l’armée de libération, créer des institutions. Il lui fallait aussi retrouver le sens de son évolution historique.
      La lutte pour l’indépendance semblait se poursuivre par la reconquête d’un passé qui paraissait avoir été doublement confisqué : d’une part dans sa gestion, d’autre part dans son écriture dont on supposait qu’elle avait été systématiquement déformée par la vision « coloniale ». La redécouverte de leur passé par les Marocains et le renouvellement de l’historiographie dominent ainsi la vie culturelle du Maroc depuis les années 1960.
      Au vrai, le protectorat, s’il avait fourni des instruments de travail en publiant des sources européennes (Les Sources inédites de l’histoire du Maroc , 30 vol.), des monographies (Villes et Tribus , 13 vol.) et des revues d’un haut niveau scientifique (Archives berbères , 1915-1920 ; Archives marocaines , 1904-1936 ; Hespéris, depuis 1922), avait surtout encouragé les travaux archéologiques.
      Les premières années de l’indépendance sont marquées par un manichéisme aux valeurs inversées, ainsi que par la recherche de la spécificité de l’histoire marocaine dans des interprétations générales souvent d’inspiration marxiste.
      Le renouvellement se fait dans les années 1980 seulement. Il est dû conjointement à la relève de jeunes historiens marocains et à l’accès à de nouvelles sources.
      Au Maroc, la direction des Archives royales a commencé de publier, à partir de 1972, les documents du Makhzen (El Wuatiq, 7 volumes parus), puis a ouvert aux chercheurs, précautionneusement, puis assez largement, les fonds royaux. La multiplication des universités (13 en 1992) a décentralisé la recherche, accru le nombre des départements d’histoire avec leurs congrès, leurs revues, leurs instituts de recherche.
      Une partie croissante de la production historique est publiée en arabe. Elle demeure peu connue hors du Maroc à cause des difficultés de diffusion des livres et des revues. La plupart des nombreuses thèses universitaires, en grande partie exemptes des travers de la période précédente, utilisent de manière scientifique des sources multiples.
      À la fin de 1988, l’ouverture des Archives françaises rapatriées du Maroc et conservées dans le dépôt des Archives diplomatiques de Nantes a donné un nouvel élan à la recherche.
      http://morido.wanadooadsl.net/HistoireMaroc.htmlink
Par saladin
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Jeudi 8 janvier 2009

Région de Doukkala-Abda, Province d'El Jadida N33 15 W8 30

ref: 1058rev

Date d'inscription: 2004 Critère: C (ii) (iv)

 

http://www.memoireonline.com/06/07/512/gestion-sites-patrimoine-mondial-maroc-ksar-ait-ben-haddou-ouarzazate.htmllink

 

Brève description

Les fortifications portugaises de Mazagan, qui font aujourd'hui partie de la ville d'El Jadida, à 90 km au sud-ouest de Casablanca, furent édifiées comme colonie fortifiée sur la côte atlantique au début du XVIe siècle. La colonie fut reprise par les Marocains en 1769. Les fortifications, avec leurs bastions et remparts, constituent un exemple précoce de l'architecture militaire de la Renaissance. Les édifices portugais encore visibles sont la citerne et l'église de l'Assomption, construite dans le style manuélin (gothique tardif). La ville portugaise de Mazagan, l'un des premiers établissements en Afrique occidentale des explorateurs portugais qui faisaient route vers l'Inde, offre un témoignage exceptionnel des influences croisées entre les cultures européenne et marocaine, qui apparaissent clairement dans l'architecture, la technologie et l'urbanisme.

Justification d'inscription

Critère (ii) : La ville portugaise de Mazagan est un exemple exceptionnel de l'échange d'influences entre les cultures européennes et la culture marocaine, et l'un des tout premiers peuplements des explorateurs portugais en Afrique de l'Ouest, sur la route de l'Inde. Ces influences se reflètent clairement dans l'architecture, la technologie et l'urbanisme de la ville.

Critère (iv) : La ville fortifiée portugaise de Mazagan est un exemple exceptionnel et l'un des premiers de la réalisation des idéaux de la Renaissance, intégrés aux techniques de construction portugaises. Parmi les constructions les plus remarquables de la période portugaise figurent la citerne et l'église de l'Assomption, bâtie dans le style manuélin du début du XVIe siècle.

Les textes normatifs régissant :

Le patrimoine culturel au Maroc

Dahir n° 1-80-341 du 17 Safar 1401 (25 décembre 1980) portant promulgation de la loi n° 22-
80 relative à la conservation des monuments historiques et des sites, des inscriptions, des objets d'art et d'antiquités.

Le patrimoine architectural de la Province de Ouarzazate

Arrêté visiriel Du 29 juin 1953 (17 Choual 1372) portant classement des Vallées des Oasis (Territoire de Ouarzazate); B.O.N° 2125 du 7 juillet 1953 - P .983

Arrêté visiriel du 17 Février 1954 (13 Joumada II 1373) portant classement des sites et des Kasbahs de Taourirt et de Tifoultoute (Territoire de Ouarzazate); B.O.N° 2159 du 12 Mars 1954 - P .379).

Dahir du 27 février 1943 portant classement des Gorges de Dades; B.O. N° 1588 du 2 Avril 1943 - P .282)

Dahir du 1er Mars 1943 portant classement du Massif du Bou-Gafer; B.O. N° 1588 du 2 Avril 1943 - P .283).

Dahir du 1er Mars 1943 portant classement Vallée de l'Oued M'Goun; B.O. N° 1588 du 2 Avril 1943 - P .283).

Dahir du 3 Mars 1943 portant classement Vallée de l'Oued Todra; B.O. N° 1588 du 2 avril 1943 - P .283.)

Le CERKAS

Arrêté du Ministre des Affaires Culturelles N°861-90 du 5 Joumada II 1410 (3 Janvie1990)
portant création et organisation du Centre de Restauration et de Réhabilitation du Patrimoine Architectural des Zones Atlasiques et Subatlasiques.

Décret N° 2.99.1248 Du 1er Safar 1421 (5 Mai 2000) fixant Les Prestations de services par le
Centre de Conservation et de Réhabilitation du Patrimoine Architectural des Zones atlasiques et subatlasiques.

Le ksar des Aït Ben Haddou

Arrêté n° 2.04.10 du 14 janvier 2004 portant classement du site du Ksar Alt Ben Haddou à Ouarzazate; B.O. n° 5187 - 16 fev.2004.

Dispositions de Classement en vertu du:
Dahir n° 1-80-341 du 17 Safar 1401 (25 décembre 1980) portant promulgation de
la loi n° 22-80 relative à la conservation des monuments historiques et des sites,
des inscriptions, des objets d'art et d'antiquités

TITRE III : DU CLASSEMENT DES MEUBLES ET IMMEUBLES CHAPITRE I - DISPOSITIONS GENERALES

Article 10 - Le classement des immeubles et des objets mobiliers est prononcé conformément à la règle en vigueur.

Article 11 - Est assimilé à un immeuble ou meuble classé, l'immeuble ou l'objet mobilier qui a fait l'objet d'une enquête en vue de son classement pendant la durée d'un an à compter de la date de publication au Bulletin officiel de l'acte administratif pourtant ouverture de l'enquête. Si, au terme de ce délai l'acte administratif prononçant le classement n'est pas publié, l'enquête est considérée comme caduque

Le classement ne peut alors être prononcé qu'après une nouvelle enquête effectée dans les mêmes formes que la première. Toutefois, dans ce cas, l'immeuble ou le meuble n'est plus soumis à l'assimilation prévue à l'alinéa précédent.

Article 12 - Le Conseil communal du lieu de la situation de l'immeuble doit donner son avis sur le projet de classement pendant la durée de l'enquête. Faute d'avoir été exprimé dans ce délai, il est réputé favorable.

L'administration peut demander que son représentant soit appelé à la réunion du conseil communal intéressé avant que celui-ci ne donne son avis.

Article 13 - Le classement des immeubles constitués par des monuments naturels, des sites naturels ou urbains ayant un caractère artistique, historique, légendaire ou pittoresque intéressant les sciences du passé et les sciences humaines en général et des zones entourant les monuments historiques comporte, s'il y a lieu, l'établissement de servitudes qui sont définies par l'acte administratif de classement, ainsi que, éventuellement, l'interdiction des installations visées à l'article 23, dernier aliéna, en vue d'assurer la protection, soit du style des constructions particulier à une région ou à une localité déterminée, soit du caractère de la végétation ou du sol.

Article 14 - Les plans d'aménagement, de développement et autres documents d'urbanisme ou d'aménagement de territoire, peuvent modifier les servitudes imposées en application de l'article 13, dans les conditions fixées par la réglementation en vigueur.

Article 15- N'ouvre droit à indemnité que l'établissement de servitudes qui changent la destination, l'usage et l'état des lieux à la date de publication de l'acte administratif prononçant le classement.

Il ne peut être accordé d'indemnité que pour le dommage direct, matériel certain et actuel résultant de l'établissement des servitudes visées au premier aliéna;

Article 16 - Ne peuvent demander une indemnité que les particuliers qui ont fait des observations au cours de l'enquête préalable au classement.

La demande en indemnité doit être formulée, sous peine de forclusion, dans un délai de six mois à partir de la publication au Bulletin officiel de l'acte administratif prononçant le classement, dans les conditions fixées par la réglementation en vigueur.

La demande en indemnité ne suspend pas l'exécution de l'acte administratif prononçant le classement. Il en est de même, le cas échéant, de l'action ultérieurement intentée devant les tribunaux.

Article 17 - Le montant de l'indemnité est fixé soit par accord amiable, soit par le tribunal.

L'accord qui intervient après que la demande ait été portée en justice dessaisit le tribunal.

Article 18 - Les servitudes d'alignement et, d'une manière générale, servitudes établies par la loi et énumérées dans le Dahir du 19 rejeb 1333 (2 juin 1915), fixant la législation applicable aux immeubles immatriculés, qui pourraient entraîner la dégradation des immeubles classés, ne sont pas applicables à ces derniers.

Article 19 - L'acte administratif prononçant le classement est inscrit sur le titre foncier, si l'immeuble est immatriculé ou s'il fait ultérieurement l'objet d'une immatriculation.

Cette inscription est effectuée soit d'office, soit à la demande de l'administration ou à celle de propriétaire de l'immeuble.

Elle est exempte de tous droits.

CHAPITRE II - EFFETS DE CLASSEMENT

SECTION 1 - Immeubles

SOUS-SECTION 1 - Effets quant aux immeubles classés

Article 20 - Un immeuble classé ne peut être démoli, même partiellement, sans avoir été préalablement déclassé conformément aux dispositions de l'article 36.

Article 21 - Un immeuble classé ne peut être restauré ou modifié qu'après autorisation administrative.

Article 22 - Aucune construction nouvelle ne peut être entreprise sur un immeuble classé sauf autorisation accordée conformément à la réglementation en vigueur.

La délivrance, par l'autorité communale compétente du permis de construire éventuellement nécessaire, est subordonnée à l'autorisation visée à l'aliéna précédent.

Article 23 - Il ne peut être apporté de modification, quelle qu'elle soit, notamment par lotissement ou morcellement, à l'aspect des lieux compris à l'intérieure du périmètre de classement, qu'après autorisation administrative.

La délivrance de l'autorisation de bâtir, de lotir ou de morceler, par l'autorité communale compétente, est subordonnée à l'autorisation l'aliéna précédent.

Dans les sites et zones grevés de servitudes non aedificandi, les constructions existant antérieurement au classement peuvent seulement faire l'objet de travaux d'entretien, après autorisation. Il ne peut être élevé de nouvelles constructions au lieu et place de celles qui sont démolies.

En outre, toute installation de lignes électriques ou de télécommunications extérieures ou apparentes, est soumise à autorisation si elle n'est pas interdite expressément par l'acte administratif prononçant le classement.

Article 24 - L'apposition des affiches dites panneaux-réclames, affiches-écrans ou affiches sur portatif spécial et, d'une manière générale, de toutes affiches ou enseignes quels qu'en soient la nature et le caractère, imprimés, peintes ou constituées au moyen de tout autre procédé, est interdite sur les immeubles cassés, sauf autorisation.

Article 25 - L'administration peut faire exécuter d'office, aux frais de l'Etat et après en avoir visé le propriétaire, tous travaux qu'elle juge utile à la conservation ou à la sauvegarde de l'immeuble classé.

A cette fin l'administration peut autoriser l'occupation temporaire dudit immeuble ou des immeubles voisins. L'autorisation d'occupation est notifiée aux propriétaires intéressés. L'occupation ne peut excéder un an.

L'indemnité éventuellement due aux propriétaires est fixée soit par accord amiable, soit, à défaut, par les tribunaux.

Article 26 - Les immeubles classés, domaniaux, habous ou appartenant aux collectivités locales ou aux collectivités régies par le Dahir du 26 rejeb 1337 (27 avril 1919) organisant la tutelle administrative des collectivités ethniques et réglementant la gestion et l'aliénation des biens collectifs, sont inaliénables et imprescriptibles.

Article 27 - Les immeubles classés appartenant à des particuliers peuvent être cédés. Toutefois cette cession est soumise aux conditions prévues par le titre V relatif au droit de préemption de l'Etat.

SOUS-SECTION 2 - Effets quant aux immeubles riverains

Article 28 - Aucune construction nouvelle ne peut être adossée à un immeuble classé.

Les constructions existant avant le classement ne doivent plus, lorsqu'elles font l'objet de travaux autres que de travaux d'entretien, s'appuyer directement contre ledit immeuble. Dans la partie mitoyenne de ce dernier, les propriétaires devront édifier, sur leur propre terrain, un contremur pour supporter les constructions.

Une indemnité représentative de la servitude d'appui pourra être allouée dans ce cas aux intéressés. Elle sera fixée ainsi qu'il est prévu au dernier aliéna de l'article 25.

Lorsque des travaux sont effectués sur leurs immeubles, les propriétaires riverains sont tenus de prendre toutes mesures nécessaires pour préserver l'immeuble classé de toute dégradation pouvant résulter des travaux.

Ces mesures peuvent, le cas échéant, leurs être prescrites par l'administration. SECTION 2 - Meubles

Article 29 - Sont applicables aux objets mobiles classés appartenant aux catégories énumérées à l'article 26, les dispositions dudit article.

Article 30 - les objets mobiliers classés appartenant à des particuliers peuvent être cédés. Toutefois cette cession est soumise aux conditions prévues par le titre V relatif au droit de préemption de l'Etat.

Article 31 - Un objet mobilier classé ne peut être détruit, modifié ou exporté. Toutefois, des autorisations d'exportation temporaire peuvent être accordées, notamment à l'occasion des expositions ou aux fins d'études à l'étranger.

Article 32 - L'administration peut exécuter d'office, aux frais de l'Etat et après en avoir avisé le propriétaire, tous travaux d'entretien qu'elle juge utiles à la conservation de l'objet mobilier classé. A cette fin elle peut procéder, par décision notifiée au propriétaire, à la saisie temporaire de l'objet pour une période qui ne peut excéder six mois.

SECTION 3 - Immeubles et meubles assimilés

Article 33 - Sont applicable aux immeubles et meubles assimilés à des immeubles ou meubles classés en application de l'article 11 pendant la durée de l'assimilation, les dispositions des articles 13, 15 à 17 et des sections I et II du présent chapitre, à l'exclusion de l'article 20 et sous réserve des dispositions ci-après.

Article 34 - L'immeuble assimilé ne peut être démoli même partiellement sans autorisation.

Article 35 - La durée de l'occupation temporaire prévue par l'article 25, 2è aliéna ne peut excéder la durée de l'assimilation.

Par saladin
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Mardi 6 janvier 2009
A la quête d’un patrimoine bien ancré dans notre identité de Marocains

samedi 1er novembre 2008
A peine entré dans la petite ville d’El Jadida, on est frappé d’emblée par le changement qui a touché ses principales artères. Des lampadaires design ont remplacé les anciens, des palmiers ont poussé dans un temps record, les trottoirs rayonnent avec leurs nouvelles peintures rouge et blanche et des plantes semées par ci et par là forment de magnifiques jardins qui accueillent le visiteur dans un décor majestueux.

Ici, rien n’est fait par hasard et si la ville d’El Jadida profite d’une attention exceptionnelle ces jours-ci, c’est parce qu’elle a abrité la première édition du Salon du cheval clôturé le 26 octobre dernier. Première édition mais aussi premier festival de l’ancienne Mazagan, un évènement qui fera sans doute bouger les choses dans cette ville qui a longtemps souffert d’une léthargie culturelle sans pareil. Samedi 25 octobre, on est à un jour avant la fin des festivités.

Le salon connaît une grande affluence en cet après-midi. De longues files de voitures bloquent les boulevards menant à l’hippodrome Lalla Malika tandis qu’une marrée humaine submerge les chaussées du même hippodrome longtemps marginalisé. Pour cette occasion spéciale, il est de nouveau sous les feux de la rampe. A son entrée, des groupes importants de visiteurs se succèdent. Venus seuls, entre amis ou en famille, des jeunes et des moins jeunes sont tous là pour voir le cheval dans tous ses états. En effet, le salon a pour mission principale de mettre en scène le cheval et tout ce qui y a trait. Ainsi, il propose différents espaces, chacun abordant un domaine précis, le tout dans un concept architectural unique inspiré du monde du cheval avec boxes, podiums, paddocks, obstacles…

Le premier espace que nous visitons est celui des expositions. A l’intérieur, des dizaines de stands accueillent les différents spécialistes du cheval. Des propriétaires de haras venus des quatre coins du Maroc aux institutionnels en passant par les artistes, les vétérinaires et les chercheurs de la culture populaire…tous sont là pour présenter leur savoir-faire et le partager avec des milliers de visiteurs assoiffés de découvrir les secrets de ce cheval qui fait la fierté et la passion de tout Marocain. Une effervescence particulière règne du côté des stands de la Gendarmerie Royale et de la Garde Royale. Ici, les gens découvrent la face cachée de ceux qu’ils croisent au quotidien dans les rues. « Nous n’avons pas souvent l’occasion d’être en contact avec ces « officiels ». Ici, on pourra leur parler, avoir des informations sur leur métier et leurs rôles », nous explique un père de famille de Casablanca.

Et au responsable du stand de la Gendarmerie Royale d’ajouter : « Tous les gens connaissent la Gendarmerie Royale mais rares sont ceux qui savent que nous utilisons le cheval dans certaines de nos brigades. Raison pour laquelle, ils montrent un grand intérêt à la cavalerie, sa mission ainsi que les costumes et le matériel utilisé. Certains demandent même des informations sur la formation et les conditions d’accès à la cavalerie. Je pense que cet évènement a des avantages non seulement pour le cheval mais aussi sur nous ». Du côté des haras représentant Rabat, Benslimane, Salé et autres, les questions concernent les prix des chevaux, leurs conditions d’élevage, les adresses…On y rencontre des éleveurs, des entraîneurs, des jockeys.

Virginie Bartholomew de Jalobey Stud nous déclare : « A notre grande surprise, le salon a attiré beaucoup de gens, ce qui a été très positif pour nous. Les gens viennent de tous horizons. Nous avons reçu les professionnels du domaine du cheval ainsi que d’autres personnes qui le découvrent pour la première fois et qui demandent des informations sur l’élevage et l’entraînement. C’est donc une occasion pour nous de tisser les contacts avec l’autre et de drainer les bonnes affaires ». Parmi les exposants du Salon du cheval, les différentes régions du Maroc qui représentent chacune ses spécificités et surtout ses richesses propres au cheval. La région hôte, Doukkala-Abda, est la star du show. Décorée avec des statues de cheval en galop, d’étalons en action dans la Tbourida et de belles serges brodées en fils dorés, le stand exhibe hardiment ses fiertés. « C’est un honneur, une valorisation pour la région d’accueillir ce salon. Le cheval fait partie de notre passé, de notre présent et demeurera présent de notre avenir. C’est donc normal de lui rendre hommage dans ce salon », nous explique Touria Zouaoui, responsable du bureau d’animation au niveau de la direction provinciale d’agriculture de Safi.

Loin des stands, ce sont les boxes qui sont le plus fréquentés en cette journée. Enfants et adultes se bousculent pour approcher le protagoniste de cette épopée. On regarde, on touche, on établit le premier contact avec le cheval. Intimidés au départ, les plus petits osent de plus en plus en prenant des photos de leur héros, en posant à ses côtés et en essayant de lui faire des câlins à travers le grillage. Alors que nous nous faufilons entre les dizaines de boxes, un magnifique étalon pur sang anglais attire notre attention, il s’appelle « Mon Ali » et vient de Bir Jdid.

Nous assistons à sa toilette quotidienne et c’est Halouis, son palefrenier qui s’en occupe. Il nous raconte : « Je suis « Mon Ali » partout où il va même quand il participe dans des compétitions internationales. Je m’occupe de son pansage mais aussi de son entraînement et de sa nourriture. » Après cet exposé sentimental sur la relation entre l’homme et le cheval, nous quittons l’espace des expositions pour le pôle Tbourida. Il est 17h.

Des centaines de visiteurs se sont déjà réunis autour de la « Harka » (la grande place réservée aux numéros de Tbourida) et attendent impatiemment le début du spectacle. Initialement prévu pour 15h00, il n’a pas encore été lancé. En fait, il ne faut pas suivre le programme préétabli par les organisateurs, l’improvisation est de rigueur. Pendant ces longues minutes d’attente sous les rayons chauds du soleil couchant, un des cavaliers de la troupe d’art équestre portugais fait son entrée sur scène. Habillé d’un costume traditionnel, il offre aux spectateurs un tableau unique où le cheval et l’homme ne font qu’un. Le cheval, beau et élégant, démontre son énergie et son équilibre.

Tous les deux exécutent à la perfection des numéros d’exception. Le show se « marocanise » avec les spécialistes de la fauconnerie venus tout droit de la région des Kouacem. Ces derniers prouvent devant ces milliers de regards que l’homme est capable de devenir maître de la nature. Grâce à leur diligence, ils maîtrisent le mouvement du faucon sur le lieu. Ces braves hommes cèdent ensuite la place aux cavaliers de la fantasia. Tant attendus par le public, ils sont reçus avec des youyous et des applaudissements. Imposants par leurs postures, majestueux par leurs costumes, ils offrent des moments forts en émotion aux spectateurs dont d’aucuns sont nostalgiques à la tradition et d’autres à la quête d’un patrimoine bien ancré dans notre identité de Marocains.

A côté de la Tbourida et de notre art équestre national, les visiteurs du salon d’El Jadida ont eu droit également à un spectacle international où ils ont vus se produire une équipe d’équitation Western, la troupe d’art équestre portugais, des voltigeurs ainsi que des spécialistes de la fantaisie équestre orientale et carrousel berbère sans oublier la fameuse prestation de la troupe de Zaouiet Cheikh où le cheval, hanté par l’esprit marocain, vibre sur les rythmes de notre musique traditionnelle. Les férus de technologie et d’image ont eu droit à tout un espace pour eux : le pôle Découverte, un espace qui allie les moyens de communication modernes et approche ludique. Ils ont pu suivre des films équestres dans la cinémathèque et joué à des consoles dans l’espace multimédia.

Lorenzo, la vedette du salon Pour sa première édition, le Salon du cheval d’El Jadida a eu pour chance d’accueillir la troupe de Lorenzo. Seul dans l’arène, il fait bouger, danser et sauter une douzaine de chevaux. Et avec, c’est toute l’audience qui réagit. Cavalier depuis l’âge de douze ans, il est de plus en plus populaire à travers le monde.

Que ce soit pour son équitation, ses compétences ou pour sa bonne apparence, les foules l’acclament. Sa popularité lui a permis de se produire dans de nombreux lieux notamment les championnats du monde de sauts d’obstacles du Canada, au Sultanat d’Oman, de Jordanie… Au Maroc, il a réussi à donner une bonne impression chez tous les visiteurs du salon et a fait rêver plus d’un.

Khadija SMIRI - LE MATIN 31-10-2008
Par saladin
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Mardi 6 janvier 2009
Allocution de Monsieur Mohammed Kouam Président de l'Université Chouïb Doukkali

C'est un réel plaisir pour moi de vous souhaiter la bienvenue à cette rencontre internationale qu'organise l'Association Provinciale des Affaires Culturelles, l'Association At'Art des arts plastiques et le Laboratoire d'Etudes et de Recherche sur l'interculturel de la faculté des Lettres et des Sciences Humaines de l'Université Chouaïb Doukkali en hommage à Abdelkebir KHATIBI dont se compose des écrits littéraires proprement dits (romans, poésie, théâtre, récit, essais), des études dans les domaines de a littérature, des sciences sociales (notamment pour ce qui relève de la société marocaine, maghrébine et arabe), de l'art arabe et islamique.

Abdelkebir KHATIBI est considéré comme "l'un des auteurs maghrébins de langue française les plus inventifs - car son écriture est toujours une aventure - et l'un des analystes les plus pénétrants de la scène sociale au maghreb, car il sait d'instinct se déporter au-delà des lignes de clivage pour pratiquer la double critique : l'ici et l'ailleurs, l'autre et le même".

Le séminaire en vue, comme nous pouvons le lire dans la présentation, consiste à mettre en évidence la capacité signifiante de l'écriture de KHATIBI dans ses formes et dans ses dispositifs thématiques. Ce qui est confié à l'écriture, c'est d'être le lieu disponible d'un "désir pensant". Là, l'écrivain penseur s'occupe des intersections, des passerelles, circule à travers plusieurs disciplines, plusieurs cultures dans un champs d'expérimentation, dans un projet qui glisse d'une forme à l'autre pour fixer et composer une pensée de la relation, une pensée qui dévoile l'interrogation purement intellectuelle sur soi-même.

L'initiative prise par les organisateurs d'organiser cette rencontre est méritoire à plus d'un titre :
Elle est méritoire par l'importance de la personnalité à laquelle cet hommage est rendu; elle l'est également par la qualité des chercheurs qui y participent, par la multitude de questions qui seront abordées et par la multiplicité des angles à partir desquels ses écrits seront interrogés : le programme que vous proposez permet, en effet, de couvrir un vaste champs d'étude (littérature, philosophie, sociologie, politique,... ) ce qui souligne la position originale du penseur et de l'écrivain dans le paysage littéraire national et dans les échanges intellectuels internationaux.

je ne suis pas qualifié pour aborder l'oeuvre de KHATIBI, comme vous pouvez le faire le long de cette rencontre, mais je suis sûr que la présence parmi vous de chercheurs appartenant à des champs culturels et scientifiques différents permettra d'appréhender, sous ses multiples facettes, les écrits de cet écrivain dont l'écriture "dérange".

Nous sommes fiers, à l'université Chouïb Doukkali, avec nos partenaires, d'accueillir des chercheurs nationaux et des chercheurs de quatre pays étrangers représentant la France, l'Algérie, la Tunisie et l'Allemagne.

Je les remercie toutes et tous et leur souhaite un agréable séjour parmi nous et la réussite dans leurs travaux.
Je remercie nos partenaires institutionnels et nos sponsors. leur soutien et leur appui a grandement contribué à la tenue et à la réussite de cette manifestation.
Mes remerciements vont également à tous nos amis invités qui nous ont honorés de leur présence et qui nous ont toujours manifesté leurs encouragements.
Je remercie Monsieur Le gouverneur qui tient à promouvoir la culture dans cette belle ville d'El Jadida.

Monsieur Mohammed Kouam
Président de l'Université Chouïb Doukkali

Rusibis.com © 26-03-2008

////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////Hommage à Abdelkebir KHATIBI
Allocution de Monsieur Abdelouahad MABROUR
Au nom du comité d'organisation du colloque

Je voudrais tout d'abord adresser, au nom du comité d'organisation et au nom de tous nos partenaires et participants à cette manifestation, mes plus vifs remerciements à Monsieur le Gouverneur et à ses proches collaborateurs de nous avoir fait l'honneur de présider l'ouverture de ce colloque international en hommage à Abdelkebir KHATIBI, une figure marquante à l'échelle nationale et internationale. C'est donc pour nous un immense honneur et nous en sommes extrêmement reconnaissants.
Je remercie aussi Monsieur Mohammed Kouam, Président de notre université et Mme Fatima Zahra Zriouil, Doyenne de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines d'avoir honoré de leur présence l'ouverture de cette rencontre culturelle.
Il s'agit en effet de la deuxième édition qu'organisent l'Association Provinciale des Affaires Culturelles, l'Association At'Art des arts plastiques et le Laboratoire d'études et de recherches sur l'Interculturel de la Faculté des Lettres de l'Université Chouaïb Doukkali, en collaboration avec l'AFM et et avec le soutien de nos partenaires à qui je rends un hommage appuyé.

Ainsi, après la rencontre organisée les 13 et 14 décembre 2006, en hommage à Driss Chraïbi, nous voilà réunis de nouveau, en cette terre doukkalie, autour de l'oeuvre de Abdelkebir KHATIBI, en présence de chercheurs qui nous font l'honneur de participer à un débat que nous espérons riche et fructueux.
Cette édition connaît la participation de chercheurs de spécialités et d'horizons différents (universitaires spécialistes en littérature et en analyse du discours, en traduction, en sociologie, en politologie, du monde de l'édition, ... venant d'universités marocaines, d'Algérie, de Tunisie, de France et d'Allemagne.

"A la fois romancier, essayiste, poète, dramaturge ou encore critique d'art, Abdelkebir KHATIBI ne laisse vraiment intacte aucune des catégories d'écriture à l'intérieur desquelles il opère". Il s'écarte résolument, comme l'a signalé Marc Gontard (que des engagements au niveau du Ministère de l'Enseignement supérieur français ont empêché d'être des nôtres, lui qui tenait tant à participer à cet hommage) des voies reconnues qui font de l'écriture une entreprise commerciale... car son oeuvre déroute.
Lorsqu'il est romancier, son récit peut être polyphonique, opter pour le dialogue théâtral ou se développer en une parabole dont la lecture du livre épuise rarement le sens. lorsqu'il est essayiste, le poème travaille magnifiquement ses phrases. Et lorsqu'il est poète, ce sont ses images qui pensent. imprévisible, il est toujours là où on ne l'attend pas, toujours en avance sur ce qui paraît être la question du moment"

Faire un colloque sur KHATIBI, comme l'a si bien signalé notre collègue hassan WAHBI dans l'argumentaire, "n'a pas pour raison majeure uniquement de démontrer son importance d'écrivain, son évolution littéraire, sa valeur en tant que "polygraphe", sa traversée des signes, des codes et des genres littéraire, mais aussi de faire l'approche de sa position d'intellectuel-écrivain, de ses réflexions sur les catégories de pensée propres à son discours sur la société marocaine, l'imaginaire arabe, la relation entre le local et le global, la question palestinienne, le bilinguisme, la tolérance, le religieux et le social, la double critique, la problématisation de la francophonie, le détour psychanalytique, les traditions orales, la civilisation marocaine, la diversité des arts et leur intersémiotique (peinture, photographie, danse...), la relation au pouvoir (par la sociologie ou par le roman), etc. KHATIBI reste un écrivain partagé entre la volonté d'écriture et le désir anthropologique; d'où sa position originale dans le paysage littéraire national et dans les échanges intellectuels internationaux.

Je n'ai pas l'intention de m'étaler sur les caractéristiques d'une oeuvre aussi fertile et aussi complexe que celle de celui à qui nous rendons hommage durant ces trois jours, je laisserai le soin aux différents intervenants d'en débattre demain et après demain à la faculté des Lettres.

Mesdames et Messieurs
Je ne voudrais pas terminer ce mot sans rendre hommage aux membres du comité d'organisation et les remercier pour tous les efforts qu'ils ont déployé pour que ce colloque voit le jour et réussisse les objectifs tracés au départ : M. Bendaoud Marzaki et toute l'équipe de l'Association Provinciale (MM Aris, Lamrabet, Karra ...), l'équipe de l'AFM (MM Philippe Salis et Stéphane Aladrin), l'équipe At'Art (A. dibaji et ses collègues), l'équipe du Leric (N. Nejjar, M. Benjelloun, A. Ajbour et les étudiants et étudiantes du Master et du Doctorat).
Qu'il me soit permis, aussi, de dire que la tenue de cette rencontre n'a pu être possible sans le soutien de M. Le Gouverneur et de ses proches collaborateurs, de M. Le Président de l'UCD, de Mme La Doyenne de la faculté des Lettres et de nos partenaires officiels. leur aide et leurs encouragements nous ont beaucoup aidés à l'organisation de cette rencontre.

Je saisis cette occasion pour adresser mes vifs remerciements, au nom du comité d'organisation, aux différents intervenants, universitaires et artistes peintres, à l'Association des Doukkala, au Conseil Municipal d'El Jadida, au Conseil Régional Doukkala-Abda, à la Direction Régional de la Culture et à toutes les personnes et organismes qui nous ont apporté, et nous apportent, bien souvent, appui et soutien.

Je vous remercie.

Monsieur Abdelouahad MABROUR
Professeur à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines
Université Chouaïb Doukkali

Rusibis.com © 26-03-2008


Par saladin
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Mardi 6 janvier 2009
Entretien avec Abdelkébir Khatibi
"J'observe à distance mes propres productions, mais sans les momifier"

Politologue, poète et romancier, sociologue, universitaire de renom, Abdelkébir Khatibi édite en plusieurs tomes son œuvre à caractère international et aussi riche que variée. Rencontre avec cet écrivain prolifique.

Libé : Vous venez de sortir trois tomes où vos oeuvres sont regroupées. Parlez-nous de cette nouvelle édition.
Abdelkébir Khatibi : Je viens de publier trois tomes. Le premier regroupe sous le titre « Romans et récits », mes écrits littéraires et romanesques. Dans le deuxième tome intitulé « Poésie de l'aimance », le lecteur trouvera mes poèmes et mes pensées lyriques et le troisième tome est plutôt réservé aux « Essais ». Il englobe plutôt des essais choisis. D'autres tomes suivront dans les deux prochaines années afin de reconstituer l'intégralité de mes œuvres.
Justement. Vous êtes un écrivain prolifique, comment réussir ce deal et quelle est la nécessité d'éditer ces tomes ?
Mes livres sont dispersés et trop photocopiés (rire). Le lectorat n'arrive plus à les trouver. Il fallait satisfaire cette demande. La solution était donc de les regrouper en plusieurs tomes. Les tomes I, II et III sont sortis et d'autres verront le jour prochainement. Je voulais aussi voir s'il y a une cohérence dans mes écrits.
Et alors ?
En général, je retrouve une fidélité dans le trait, à moi-même et à un ton. J'aurais pu écrire autrement certains livres ou terminer des essais mais je n'ai aucun regret.
J'ai toujours cherché à être crédible envers moi-même et envers les autres. La littérature est un vécu et non un simple jeu de mots. Ce que j'appelle la paralittérature, qui ne m'a jamais intéressé, est faite pour la simple consommation. Elle est monnayée.
Pour moi, l'écrivain est un compagnon de route pour le lecteur. Il peut lui ouvrir une fenêtre pour sa propre parole. Ce sont deux solitudes qui se retrouvent.
Grâce à ces éditions, j'ai pu voir à distance mes propres productions, mais sans les momifier.
Mes écrits sont des outils de travail pour moi et pour d'autres. Ils sont pris en charge par le lecteur pour se construire une parole proche de lui-même.
Dans mes réflexions comme dans mes écrits, je pars toujours du principe de l'expérience personnelle et collective. Mon espace est un point d'observation sur le Maroc, sur le monde et sur moi-même. C'est une spécificité qu'il faut penser.
En fait, chacun vit de façon unique un certain moment dans le temps, dans l'espace, dans la culture qu'il porte en lui et dans laquelle il a immergé une partie ou toute sa vie.
Prenons l'exemple du « sacrifice ». Il y a une analyse à faire pour dévoiler la réalité du phénomène terroriste. La personne qui se fait exploser doit être inscrite dans l'histoire pour mieux appréhender son geste.
Le sacrifice est interprété de plusieurs manières. Le Palestinien qui se fait exploser défend sa terre, l'Afghan qui se donne la mort ou le Marocain qui se fait déchiqueter par une bombe n'ont certainement pas les mêmes causes ni les mêmes convictions vis-à-vis de ce geste ultime. Quand je me penche sur cette question, je découvre que le sacrifice s'éloigne du « sacré ». Le phénomène est hautement désacralisé et purement politisé. Il faut être attentif aux signes qui nous interpellent dans notre quotidien.
C'est ainsi que j'ai pu aborder l'amazighité, non de façon réactive, mais rationnelle. Je me suis intéressé au tapis, loin des visions folkloriques, en y découvrant des signaux permettant une analyse du patrimoine et du matrimoine.
C'est ce genre de pensée que j'ai introduit dans mon troisième tome où le lecteur trouvera tout autant des lectures sur l'Islam en dehors de tout point de vue théologique ou mystique ou même littéraire. J'ai essayé de comprendre les grandes questions qui sont abordées par le Coran comme l'éthique, le bien et le mal, le corps, la sexualité et j'ai fait de même une lecture sur le message prophétique. De même, il y a des analyses politique, culturelle sur l'universalisme, le Maghreb et l'intellectuel.
Justement, quel est l'intellectuel d'aujourd'hui ?
Il y a des traits qui caractérisent l'intellectuel d'hier et d'aujourd'hui. Tout d'abord, il est spécialisé dans un domaine : science, art, politique...
Il est formé et il a des compétences, même s'il n'invente pas dans sa discipline.
A partir de sa spécialité, il est amené à jouer un rôle dans sa cité, dans la vie publique. Il peut donc faire rayonner sa rationalité, son esprit de discernement dans l'opinion publique.
Son rôle, c'est d'essayer d'éclairer certaines idées sur le monde d'aujourd'hui et dans la période où il est inscrit. Il peut intervenir sur des problèmes de la société mais à condition de mobiliser sa vision à partir d'un mode de pensée.
L'intellectuel se doit d'être responsable envers lui-même et respecter une certaine éthique. Il faut qu'il soit autonome et sa sphère doit être la liberté de pensée et d'expression. Ce qui ne l'empêche pas, comme je l'ai d'ailleurs fait, de gérer certains problèmes politiques. Il lui est demandé de travailler sur lui-même, sur son temps et sur son espace avant de donner des leçons. Il faut qu'il ait déjà élaboré quelque chose qu'il a intériorisé. Il faut qu'il soit crédible sans se prendre au jeu du maître de la pensée. L'intellectuel est un atome dans la société. Il essaye d'entrer en contact avec d'autres atomes. Sa distinction est qu'il essaye de sortir de la masse. Son rôle est de réveiller les autres. A condition que les autres l'écoutent. Il peut, s'il est exigeant, accepter des périodes de solitude.
Que représente pour vous la solitude ?
Elle ne me gêne guère. Ma solitude suppose qu'il y a des idées qui se préparent et qui vont éclore quand elles seront mûres. Je donnerai un exemple sur ma vision de l'amazighité que j'ai intégrée dans une idée de pensée plurielle. En fait, tout ce que refoule la société demande à être réfléchi. Il en est de même pour le Code de la famille, la culture populaire...
Il y a des signes qui ont des sens qu'il faut savoir recevoir et interpréter. Ils sont révélateurs de la société et montrent le chemin à suivre. J'ai toujours été attentif à la sémiologie et à la sémiotique. C'est une science qu'il faut continuer d'explorer. Je m'intéresse à la question de savoir comment les sociétés deviennent universelles et lieux de passage et de réticence. Je m'oppose aux pseudo-intellectuels qui diabolisent la différence et la condamnent.
Comment avez-vous perçu le boycott du Salon du livre à Paris ?
Je pense qu'il y avait d'autres possibilités. On pouvait intervenir du dedans et de l'extérieur du Salon. Il fallait participer au Salon et en profiter pour affirmer la présence et la question palestinienne.
Dénoncer le sionisme, cette idéologie morte depuis longtemps a laissé un vide occupé aujourd'hui par le militarisme. Mais à côté, il y a des personnes qui luttent contre cet état de chose. Il faut savoir écouter ces Israéliens qui travaillent pour la paix.
L'intellectuel ne doit pas être prisonnier des discussions politiques et diplomatiques. Ignorer est simple, il faut aller plus loin. Il faut savoir construire. La société israélienne est très complexe. L'archaïsme de cette société a été dévoilé par des psychanalystes comme Jacques Hassoun avec qui j'ai entretenu une correspondance que nous avons publiée sous forme de livre. Le regretté Hassoun a supporté les critiques acerbes et les positions farouches des extrémistes sionistes.
Comment percevez-vous la société marocaine actuellement secouée par tant de
changements ?
Je pense que les lois sont toujours en avance par rapport à une réalité. D'où la résistance à laquelle ils se heurtent. Les réformes réveillent les inerties et la réforme est toujours à l'épreuve surtout quand elle touche à l'unité première de la société, à savoir la famille. Le code doit être - et il est juste - un moyen de transformation et non seulement une solution juridique.
En général, ce sont les changements sociaux qui construisent l'avenir. Avec Paul Pascon, nous avions lancé une étude sur la jeunesse rurale et déjà à l'époque se profilaient les problèmes actuels. La jeunesse est un signe en continuelle transformation, il faut l'analyser et suivre sa manière de bouger pour comprendre ses élans.
Les jeunes d'aujourd'hui semblent perdus. Qu'en pensez-vous ?
Ils ont besoin de repères et de valeurs. Il faut que les valeurs se répètent et qu'elles soient incarnées pour que les jeunes s'y identifient. Or, l'éducation n'est pas toujours assumée par les parents et l'école ne joue plus son rôle. Les jeunes fuient en se réfugiant dans des moments de soutien trop éphémères (drogue, violence, mode ...). Il faut donner aux jeunes des places symboliques dans la société.
Comment interpréter leur enclin au terrorisme ?
Il y a une terreur quotidienne : les accidents de la route, les agressions ... Il faut combattre cette horreur qui ravage des vies chaque jour.
Projetez-vous une nouvelle sortie ?
Je prépare chez le même éditeur un essai pour le mois d'octobre : « Le scribe et son ombre ». C'est un écrit sur ma formation sociologique, politique et psychanalytique.
Il s'agit d'un essai autobiographique qui renoue avec tout un parcours.
Vous-êtes actuellement président du centre Pen. En quoi consistent ses activités ?
Le Centre marocain de Pen international est une association littéraire et culturelle à but non lucratif régie par la législation marocaine en vigueur et reconnue comme telle (24 juin 2004).
Il fait partie de Pen international, réseau mondial de 141 centres dans 99 pays. Fondée en 1921, cette institution est une organisation mondiale non-gouvernementale, jouissant d'un statut particulier auprès de l'UNESCO et des Nations unies.
Le programme 2008 du Centre marocain de Pen international; Séances consacrées à la liberté d'expression dans différents domaines: la littérature ; la presse ; le cinéma ;,la photographie ; Préparation de l'anthologie des écrivaines marocaines par le groupe des femmes ; Participation du groupe Traduction et droits linguistiques aux activités internationales de Pen ; Initiation par le Centre marocain d'un réseau méditerranéen des centres de Pen et préparation de la réunion de ce réseau au Maroc ; Création d'un réseau intellectuel maroco-américain ; Activités de soutien aux écrivains en difficultés dans le monde.

Repères

Né à El-Jadida en 1938, Abdelkebir Khatibi a étudié la sociologie à la Sorbonne et soutenu en 1969 la première thèse sur le roman maghrébin. Découvert par Maurice Nadeau, il fait paraître en 1971, son premier roman, La Mémoire tatouée. Il a continué son œuvre en publiant des récits et des romans, de la poésie, du théâtre, de nombreux essais sur les sociétés et l'art islamiques.
Plus de vingt-cinq titres jalonnent son itinéraire d'écrivain, parmi lesquels on retiendra La mémoire tatouée , Denoël, 1971, Le livre du sang , Gallimard 1979 et 1986, Amour bilingue , Fata Morgana, 1983, Dédicace à l'année qui vient , Fata Morgana, 1986, Un été à Stockholm , Flammarion, 1990, L'art calligraphique de l'Islam (avec M. Sijelmassi), Gallimard, 1994, Le roman maghrébin , SMER, Rabat, 1980, Par-dessus l'épaule , Aubier, 1988, Paradoxes du sionisme , Al Kalam, Rabat, 1989, Penser le Maghreb , SMER, Rabat, 1993, La civilisation marocaine (sous sa direction et celle de M. Sijelmassi), Actes Sud et Editions Oum, Casablanca, 1996, La langue de l'autre , éditions Les mains secrètes, New York, 1999, Voeu de silence , essai sur la poésie de Rainer-Maria Rilke paru aux éd. Al Manar en février 2000 et bien sûr L'Art contemporain arabe.

Propos recueillis par Nadia ZIANE - Libération du 26-03-200

Par saladin
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Mardi 6 janvier 2009
Parrainé par Maurice Nadeau qui, le premier, le publia en France, puis par Roland Barthes et par Jacques Derrida, Abdelkébir Khatibi se présente lui-même comme un "étranger professionnel". A 70 ans, l'écrivain marocain, né le 11 février 1938 à El-Jadida, republie ses ouvrages les plus importants et les classe en trois volumes, par genres littéraires. Ses poèmes sont les seuls textes à bénéficier d'un sous-titre : il ne s'agit pas tout à fait de poésie, mais, à l'exception du premier recueil (Le Lutteur de classe à la manière taoïste), paru pour la première fois il y a trente-deux ans, plutôt de réflexions sur la forme et l'attitude poétique, autour de la question de l'amour et de sa variante conceptuelle, "l'aimance" : "Une relation de tolérance réalisée, un savoir-vivre ensemble, entre genres, sensibilités, pensées, religions, cultures diverses".
Une oeuvre multiforme, et pourtant homogène, car dominée par des thématiques cohérentes, celles de l'altérité et de l'identité, de la critique rationnelle de l'islam, de la mystique du signe, de la métaphysique de l'amour, de la vie conçue comme métamorphose initiatique, de l'omniprésence des morts. Philosophe et sociologue de formation, Abdelkébir Khatibi est sans doute plus dans son élément dans la théorie politique ou littéraire que dans la fiction proprement dite. Et le genre romanesque a été, du reste, en dépit du regroupement que son éditeur propose ici, peu pratiqué par lui. Car son premier "roman" est, en réalité, une autobiographie intellectuelle, à la tonalité poétique remarquablement tenue et inspirée. La Mémoire tatouée, qui fut édité dans la collection "Les lettres nouvelles" chez Denoël en 1971, raconte le voyage d'un Marocain : El-Jadida, Essaouira, Marrakech, Rabat, Paris, Londres. Et l'apprentissage d'une "altérité", qui va marquer le futur écrivain, "l'énigme d'une dissidence commune et nécessaire contre l'intolérable, l'indignité, la dévastation inconsidérée de l'humain et du surhumain", écrira-t-il plus tard.

Ecrivain très précoce qui, dès l'âge de 12 ans, envoie à la radio et aux journaux des poèmes en arabe et en français "sous l'influence incontournable de Baudelaire", cédant à "une fascination inexorable", Abdelkébir ("prénom qui se réfère à l'un des 99 attributs d'Allah") a, du fait de son bilinguisme, une conscience très aiguë de la spécificité du français et de l'arabe, de leurs écritures, de leurs fonctions sémiologiques diverses. C'est ce qui le rapprochera de Barthes et de Derrida. "Nous nous intéressons aux mêmes choses, écrit Barthes : aux images, aux signes, aux traces, aux lettres, aux marques." Mais en écrivant en français, c'est aussi au vaste problème d'une littérature colonisée et à décoloniser qu'il s'attaque. Comment exprimer la culture arabe dans la langue du colonisateur ? Question que se posent la plupart des écrivains maghrébins de sa génération. Dans un rapport ambigu avec l'ennemi : "Les Français qui nous colonisaient, dit ma mère, ressemblent, au moment de l'Indépendance, aux enfants séparés du sein maternel. Pour ma mère, seule cette séparation pouvait expliquer la folie de nos agresseurs."

La prose de Khatibi se réorientera progressivement vers une narration plus conventionnelle (avec notamment ses romans, Un été à Stockholm, Triptyque de Rabat ou la fiction historique Pèlerinage d'un artiste amoureux), mais ses débuts sont extraordinairement lyriques et plutôt conçus comme un chant poétique, quoiqu'il décrive des événements très concrets de sa jeunesse. Notamment sa déconvenue face au racisme des Français, en pleine guerre d'Algérie, à la fin des années 1950, quand il étudiait à la Sorbonne. "En pays étranger, avais-je le droit de regarder en face le dégoût de l'autre ? Quand sa haine n'avait pas de prise, elle pouvait le décomposer, je souffrais d'être objet de sa haine, et souhaitais oublier l'insulte ; mais le jeu était tentant."

Le Livre du sang, que Gallimard publie en 1979, est probablement la plus grande réussite littéraire de Khatibi, qui trouve là le ton juste alliant sa prose poétique, son inspiration classique, son inventivité stylistique, autour de l'androgynie. "Libère en toi la nature de l'oiseau, et de tous les êtres impossibles ! Libère en nous la blessure de ton être double : plus d'un animal barbare, plus d'un signe cruel seront immolés en ta grâce." Il renouera avec cette veine mythologique et presque fantastique dans son plus récent Féerie d'un mutant (2005).

SPIRITUALITÉ LAÏQUE

Mais c'est le choix d'essais qui permet de mesurer vraiment l'envergure de l'oeuvre : dans le dialogue qu'il entretient avec les écrivains qu'il admire. Tous sont réunis par l'obsession du langage, d'une spiritualité laïque, d'une organisation symbolique du monde. Mais, avant d'établir ce dialogue, s'interrogeant sur son appartenance à la culture musulmane, il s'oppose à toute forme de traditionalisme, sans renier la tradition culturelle dont il relève : "Le traditionalisme, écrit-il en 1988, n'est pas la tradition : il est son oubli et en tant qu'oubli, il fixe l'ontologie à ce dogme : primauté d'un Etant (Dieu) immuable et éternel, invisible et absent. (...) Le traditionalisme se nourrit de la haine de la vie. Se dévorant lui-même et de siècle en siècle, il se renverse dans le monstrueux et la démonie." Vingt ans plus tard, Khatibi décrit la psychologie des attentats-suicides et du terrorisme en général, autour du thème de "l'homme-bombe".

Si ces essais comportent des développements passionnants sur l'art, le corps, le fanatisme, le sacré, ce sont ses analyses d'Un captif amoureux qui manifestent la plus subtile des acuités. Quelques mois après la mort de Jean Genet (en 1986), Khatibi lit, critique, approfondit le système poétique de l'écrivain sympathisant de la cause palestinienne, en décryptant la nature de son projet politique et littéraire. C'est non seulement l'un des plus beaux textes de Khatibi, qui y édifie une sorte de miroir révélateur, mais l'un des plus équitables qu'ait inspiré Genet, "un scribe de la mort ou un ange sous la grâce d'un vieillard".

ŒUVRES
 
I. RÉCITS ET ROMANS
 
II. POÉSIE DE L'AIMANCE
 
III. ESSAIS

d'Abdelkébir Khatibi. La Différence, respectivement 720 p., 35 €, 318 p., 25 €, et 348 p., 30

"J'appartiens à un pays magnifique qui est marginal. Il est de force vive. Je lui dois ma naissance, mon nom, mon identité initiale. Je lui dois mon histoire, sauf le récit de ma liberté d'esprit, celle d'avoir à inventer un espace et une relation de dialogue avec n'importe quel être venant vers moi. Je me modifie au contact de l'étranger qui me veut du bien, grâce au discernement et à la clarté d'esprit. Et, après tout, vivre avec soi-même avec la liberté d'esprit, partager le principe de communauté d'esprit avec le proche, le voisin, le lointain, l'ancêtre qui nous fait encore signe, est le destin de tout intellectuel contemporain qui soit conséquent en parole et en acte. Mondialiste et altermondialiste à la fois, je migre dans cette constellation d'affinités actives avec les scientifiques, les penseurs et les artistes. En tout cas, je fais mon travail, c'est-à-dire la transfiguration de mon expérience en un chemin initiatique."

"L'Intellectuel et le Mondialisme" (Essais, p.323.)
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Par saladin
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Mardi 6 janvier 2009

« Cette initiative est importante, non simplement parce qu’il s’agit d’une cité classée patrimoine de l’humanité par l’UNESCO, ou encore, parce que c’est un patrimoine d’origine Portugaise. En vérité, ce n’est pas uniquement de pierres que l’on discute, quand on parle de ce patrimoine, d’origine commune, mais c’est d’un long parcours de l’histoire de l’humanité, qui est inscrit dans ces murs et qui nous apprend beaucoup sur notre passé comme sur notre avenir ». C’est par cette réflexion, fortement chargée de symboliques, que l’Ambassadeur du Portugal au Maroc, a lancé les travaux de la journée d’étude, inscrite sous le thème « Cité portugaise, passé et avenir », organisée le jeudi 06 Mars, par le centre du patrimoine Maroco-lusitanien, et qui a été présidée par le gouverneur de la province d’El Jadida, en présence du secrétaire général du ministère de la culture.

Pour ce diplomate, qui a évoqué avec la même émotion, le riche patrimoine commun, que se partagent Marocains et Portugais, que ce soit à El Jadida, Azemmour, Assilah, Tanger, Alcacer-ceguer, Safi, Aguz, et Essaouira, l’ancien Mogador, pour lui, le constat est sans équivoque « … malgré les efforts consentis pour la préservation de ce patrimoine immense et l’existence d’une vraie volonté du gouvernement Marocain de le conserver et le valoriser, il s’avère que la pression urbaine et démographique, en conjugaison avec les éléments physiques du climat, risquent de porter atteinte à son état de conservation et sa valeur architecturale, ainsi qu’à tout son potentiel de valorisation du point de vue culturel et touristique ».
Et c’est dans cette optique d’apporter du meilleur pour sauvegarder cette mémoire collective, qu’il a été procédé à la signature d’une convention pour la réhabilitation du centre historique et culturel de la ville de Safi, au cours de la dernière Haute commission mixte Maroco-Portugaise, tenue à Rabat en Avril 2007 . Cette convention signée entre le ministère de la culture et la fondation Calouste Gulbenkia, permettra la récupération de la cathédrale portugaise de Safi, dans une opération conjointe et intégrée de mise à niveau de toute la médina de Safi. Cette fondation portugaise, qui a une vocation de valorisation du patrimoine d’origine portugaise, avait déjà récupéré le Donjon d’Assilah.
Pour ce qui est d’El Jadida, l’Ambassadeur portugais a souligné de même qu’à l’occasion de la dernière haute commission mixte et suite à la proposition du gouverneur de la province d’El Jadida, pour collaborer dans le plan de sauvegarde de l’église de Nossa Senhora d’Assunçao, un financement conséquent a été trouvé, par le biais du mécénat de deux entreprises portugaises, la SOMAFEL et l’EFACEC.
Sur un autre registre, il a été question de l’intérêt que représente la communauté scientifique en matière d’inventorisation du patrimoine Marocain, d’origine portugaise. Et c’est dans cet objectif qu’une délégation de l’Université de Coimbra était présente la semaine dernière à El Jadida pour établir les premiers contacts avec les responsables de l’Université Chouaïb Doukkali. Et à cette occasion, l’ébauche d’un projet de coopération très ambitieux et complexe a été présenté, pour l’établissement d’un inventaire systématique et scientifique du patrimoine conjoint Maroco-Portugais.
A noter qu’au cours de cette journée d’étude, d’autres sujets ont été abordés, dont notamment l’intervention de M. Aboulkacem Chebri, directeur du patrimoine Maroco-lusitanien, qui s’est penché sur la richesse patrimoniale et la conservation architecturale, ou encore M. Farés Mohamed de la division de l’urbanisme qui a traité de la restauration du patrimoine et du développement intégré.
Dans ce même enchainement d’idées et de débats, le département des études de l’agence urbaine d’El Jadida, représenté par M. Driss Inani, a mis toute l’accent sur la question des textes législatifs régissant l’intervention dans le tissu urbain du Maroc, ainsi que l’historique des tendances d’urbanisation de ces tissus depuis le temps du protectorat jusqu’à nos jours.
Pour ce qui est des statistiques de la gestion urbaine dans la cité portugaise, il en ressort selon
L’agence urbaine que les chiffres des cinq dernières années démontrent que le mouvement centripète entamé principalement par des étrangers, reste timide en comparaison avec les tissus anciens de Fès, Marrakech ou même Azemmour. Seuls 17 dossiers de demande de construction ont été traités durant cette période, dont 50% relèvent de la rénovation d’habitations déjà existantes.
Concernant la question de l’après classement de la cité portugaise en tant que patrimoine universel, L’évidence a été mise sur les efforts déployés par les autorités provinciales, pour doter ce classement d’assises juridiques à même de permettre la préservation et l’intervention sur cet important héritage patrimonial. Ainsi, le nouveau plan d’aménagement d’El Jadida concrétise la zone de protection et la zone tampon, autour de la cité portugaise, en tant que servitude opposable au tiers
L’intérêt qu’accorde aujourd’hui l’agence urbaine d’El Jadida, à la cité portugaise relève à la fois de l’ambition et du coup de cœur. Ainsi donc son plan d’action pour 2008, s’est déjà tracé comme action prioritaire, la requalification urbaine du tissu ancien, dont les travaux seront lancés incessamment. De même qu’en ce qui concerne l’espace extra-muros, une étude de requalification architecturale et urbanistique du centre d’El Jadida est en cours, regroupant les quartiers Sid Daoui, El Kalâa, Bd Zerktouni, Avenue Hassan II et le centre ville.

Chahid Ahmed
m.ahmedchahid@yahoo.fr

 

Rusibis.com © 07-03-2008

 
Par saladin
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Mardi 6 janvier 2009

jouté le 09 Mars 2008 par M.Amengual
(Id: 1711)

 

L’écrivain que nous allons rencontrer ensemble porte un nom connu dans les Doukkala. Celui d’une grand’mère et d’un grand-père qui furent, tous deux, au début du siècle dernier, médecins à El Jadida, les docteurs Eugénie et Pierre Delanoë. Deux rues, près de l’hôpital Mohammed V portent leurs noms. Leur petite fille, Nelcya Delanoë, vient régulièrement à El Jadida, en devoir de mémoire, mais aussi, parce qu’elle y a greffé de solides amitiés...

Nelcya Delanoë est professeur de l’Université française, historienne des Amérindiens et des Etats-Unis, et elle a dispensé son savoir de Paris à Vancouver, de New-York à Hanoï…Elle a publié une quinzaine d’ouvrages. L’un d’entre eux a été récemment réédité par les Editions marocaines EDDIF, « La femme de Mazagan », ce qui lui a valu d’être invitée au dernier Salon de l’Edition et du Livre de Casablanca.

M.Amengual : Quel regard portez-vous sur ce genre de manifestation littéraire et commerciale autour du Livre et quel bénéfice un écrivain peut en tirer ?

Nelcya Delanoë : Un regard curieux et intéressé, d’abord. C’est toujours un honneur que de pouvoir être associé dans un pays arabophone ou francophone, à une manifestation où le livre et les gens qui les écrivent sont honorés. Et puis c’est ma ville, où je suis née et où j’ai passé mon enfance. Donc j’ai toujours beaucoup de bonheur à venir dans cette foire immense, une très belle pièce d’architecture avec de très belles lumières à l’intérieur. Et puis c’est au bord de la mer, sur la corniche. Il y avait là un aquarium magnifique, que mon oncle, architecte avait conçu et qui était bien à sa place en bordure de mer. Mais la vie passe, l’aquarium a disparu et j’ai un petit regard nostalgique sur les bâtiments qui le remplacent. Donc je suis rentrée dans celle halle magnifique, avec le cœur battant

Cela vous a-t-il donné l’occasion de rencontrer des lecteurs et des éditeurs potentiels ?...

Nelcya Delanoë : Je voudrais tout d’abord remercier les éditions EDDIF qui ont réédité ce livre, qui était épuisé après avoir été édité aux Editions Seghers à Paris. Et le fait d’avoir été invitée à ce salon m’a surtout donné l’occasion de rencontrer des éditeurs que je connaissais déjà et c’était un grand plaisir de revoir un certain nombre d’amis qui travaillent à la fabrication de livres, à leur lecture,et puis j’ai eu l’occasion d’assister à des débats, à des rencontres, notamment celle organisée autour de Fatima Mernissi, dont je suis les travaux depuis longtemps et dont j’admire la belle énergie de sa véhémence, de sa beauté intérieure et extérieure ; et tous ceux qui l’entouraient étaient formidables. C’était un beau moment. J’ai eu aussi le plaisir de passer de longs instants chez des bouquinistes ; c’est toujours très intéressant de fouiller dans les vieux livres ; mais franchement, je trouve que sur le plan pratique, un si beau salon, avec si peu de repères ou d’endroits pour se retrouver entre auteurs, c’est un peu frustrant. Nous sommes au Maroc et pourtant, il n’y avait aucun moyen de boire un petit verre de thé à la menthe, avec une corne de gazelle…De ce point de vue là, je me suis demandé pourquoi on ne cultivait pas plus la gourmandise.

« La femme de Mazagan » que vous avez présenté à ce salon, c’est l’histoire de votre grand’mère, Eugénie Delanoë, la célèbre « toubiba » qui, au début du siècle dernier, dans les années 1912, a consacré une grande partie de sa vie de médecin à Mazagan. Quelle image avez-vous de cette grand’mère ?

Cette « Femme de Mazagan », s’appelait Eugénie Rubinstein, épouse Delanoë, Au début je n’avais aucune image d’elle; je n’avais même pas une photo d’elle chez moi. Donc, peut-être ai-je fait cette recherche pour mieux la connaître ; et je suis reconnaissante à Eddif d’avoir mis une photo d’elle sur la couverture. Ce que je n’avais pu obtenir des éditions Seghers qui avaient mis une photo ringarde et exotique que je n’aimais pas du tout.
L’image que j’ai d’elle maintenant ? Ce livre a été publié pour la première fois en 1981. L’image a changé entre le jour où j’ai fini ce livre et aujourd’hui. Parce ce que moi j’ai vieilli, donc elle, a rajeuni. J’ai l’image d’une femme courageuse et audacieuse. Car quand même, au début du XXème siècle, être perdue dans un bled de la Pologne russe, juive, très traditionaliste , oppressante et oppressive des femmes, ce n’était pas facile, et à fortiori de vouloir devenir médecin. Elle a donc pris son courage à deux mains et cela mérite, me semble-t-il, un coup de chapeau. C’était en même temps une époque où on pouvait faire ses études en Russie ; elle est allée à Saint-Petersbourg et là elle a rencontré un monde moderne ; Saint Petersbourg était une des villes les plus avant-gardistes de l’Europe, au début du XXème siècle, ce qu’on a tendance à ne pas savoir, en tout cas, ce que je ne savais pas ; il y avait le téléphone, on parlait toutes les langues,et les femmes avaient beaucoup d’aura sociale, et elles pouvaient étudier. Et c’est là que ma grand’mère a appris à faire tout ce qu’elle a fait ensuite, c’est-à-dire, découvrir le monde. Et ça, c’était très méritoire quand on faisait tout pour que les femmes ne puissent pas se faire valoir. Elle était aussi éprise de sciences, de rigueur scientifique ; je ne sais pas d’où elle sortait ça, et c’est pour cela que la médecine lui plaisait, le coté recherche, microscope, vérification…et enfin elle était éprise de progrès social. C'est-à-dire qu’elle allait apporter le soulagement aux populations qui, en Russie, étaient accablées de tous les maux et très peu aidées. Des petites gens, des femmes en particulier. Et donc elle allait aider le peuple.
Et puis, l’histoire que j’ai essayé de reconstituer s’est accélérée ; elle a milité et elle est allée à Berlin, puis à Paris. A l’époque, tout le monde voulait aller à Paris. C’était la ville des lumières, de la mode, des arts ; une vie légère. C’était l’ouverture. A Paris, comme elle avait des équivalences de diplômes, elle a refait une sorte de licence de sciences naturelles qui lui a permis d’avoir un doctorat de médecine, mais comme les études de médecine étaient trop chères à Paris, elle est descendue à Montpellier pour finir ses études et c’est là qu’elle a rencontré celui qui allait devenir son mari : Pierre Delanoë ; Lui venait d’un autre monde, un monde colonial étrange puisqu’il venait de l’Ile de la Réunion….Bien que d’une famille très appauvrie à la suite de diverses péripéties, il a eu la chance d’aller faire ses études à Montpellier. Donc, ils se sont mariés, mais ils étaient pauvres tous les deux,ils étaient mal vus de la société française tous les deux, lui parce qu’il venait de nulle part, et elle parce quelle venait d’une arriération judéo-polonaise. Et donc comme la France développait l’Empire par le Maroc et le protectorat, Lyautey qui avait cette particularité de demander des femmes savantes plutôt qu’un bataillon, a demandé à avoir des femmes médecins….Après de nombreuses péripéties, c’est cet engagement de femme médecin et de médecin pasteurien qui a fait qu’ils ont pu venir au Maroc.
Et ils ont débarqué à El Jadida, dans des barcasses, des filets… Elle avait déjà un garçon,…Puis il y a eu la guerre de 14 ; ils ont donc été très vite séparés, et elle a donc régné toute seule sur sa maison, sur son hôpital, aujourd’hui l’hôpital Mohammed V, mais à cette époque il n’y avait que trois baraques, essentiellement consacrées aux femmes pour dépister les maladies les plus répandues du moment, qui affectaient les yeux, le système oto-rhino, les poumons , et pour les femmes les problèmes gynécologiques et obstétriques. Et en même temps, comme elle était intelligente, elle a appris beaucoup de ces femmes-là. Elle a raconté cela dans un livre aujourd’hui épuisé et qu’il serait intéressant de rééditer, pour l’histoire du pays. (« Trente années d’activité médicale et sociale au Maroc »).Il faut dire aussi qu’elle était assez appréciée des femmes notamment, car elle avait un sens pratique aigu,efficace, qu’elle avait essayé d’apprendre l’arabe qu’elle parlait presque couramment, même avec un gros accent, parait-il. Qu’elle s’intéressait par ailleurs à beaucoup d’autres choses : à l’horticulture, à la musique ; elle élevait ses enfants avec des enfants marocains dans la langue du pays ; mon grand père allait vacciner dans le fin fond de la campagne où l’un et l’autre étaient très connus ; ils allaient en calèche partout, elle soignait aussi bien de simples patientes que des femmes prestigieuses, comme des princesses. Donc, elle était connue du haut en bas de l’échelle sociale, mais aussi de la société européenne, anglo-franco-judéo- allemande ;elle s’occupait aussi également de la maison close locale, et ses occupantes n’étaient jamais malades. Elle avait donc une énergie étonnante, elle ne prenait jamais de vacances. Elle était petite de taille, elle n’avait pas l’air costaud comme ça, mais elle a fait un abattage de travail qui m’a toujours impressionnée.
Elle était aussi très prestigieuse parce qu’elle, comme son mari, a fait beaucoup de recherches. Donc tous les deux ont dispensé beaucoup de soins pour le trachome par exemple, le typhus. C’étaient aussi des chercheurs ; ils faisaient donc de la thérapie et de la recherche, et l’un renforçait l’autre. Tous deux ont démontré que beaucoup de choses étaient possibles.

Puis Eugénie Delanoë est partie aux Etats-Unis !

Nelcya: Elle n’est pas partie aux Etats-Unis. Elle a été radiée de l’Ordre des médecins parce qu’elle était juive et que la France était pétainiste. Et elle qui avait su traverser, pour être médecin, quelques océans et quelques fleuves - c’était son ambition et sa gloire - et qu’elle a eu du mal à supporter d’être radiée de l’Ordre des médecins, elle est donc partie aux Etats-Unis rejoindre de la famille de Pologne qui avait émigré en Californie et elle a travaillé là-bas jusqu’à la fin de la guerre.
La guerre terminée, elle est revenue au Maroc ; c’est à cette époque-là que je l’ai rencontrée et elle m’a beaucoup impressionnée. Mais elle souffrait de problèmes cardiaques Elle en est morte et comme elle avait demandé à être enterrée à El Jadida, au cimetière des étrangers, elle y repose depuis, au côté de nombreux étrangers de toutes confessions.
Mais avant de mourir, elle s’était convertie au catholicisme et ce, pour plusieurs raisons, dont la principale était que parce qu’elle juive, elle était persécutée et qu’elle a toujours voulu protéger sa famille, d’abord en dissimulant pendant longtemps le fait qu’elle était juive et ensuite, en assumant qu’elle l’était, ce qui lui a valu d’être radiée de l’Ordre des médecins, et finalement en rejoignant quelque chose qui s’apparente à un certain conformisme. Par exemple, elle avait demandé à l’Ordre des médecins de la réinscrire, après la guerre, mais il fallait payer, et le prix était très élevé, et elle n’en avait pas les moyens.

Revenons à votre ouvrage, « La femme de Mazagan »…Ce livre est, me semble-t-il, un aller-retour permanent entre elle et vous .Comme si vous vous cherchiez à travers elle ?

On peut dire ça, peut-être ; c’est le lecteur qui est seul juge. Mais en tant qu’auteur, je dirais cela autrement. Je dirai qu’il fallait la faire exister car il n’y avait pas de photo d’elle, pas d’histoire, on en parlait pas. Ensuite, il m’a fallu faire une enquête, croiser les sources ; car elle était un personnage très contradictoire. Et puis, surtout je crois que dans beaucoup de cultures, on dit que les gens qui n’ont pas été bien enterrés hantent. Ce que j’ai voulu faire, plutôt, c’est lui donner une sépulture. C’est à dire que j’ai dit qui elle était, haut et fort, alors qu’avant, c’était chuchoté ;
Et qu’à partir de ce moment là, elle n’a plus hanté un certain nombre d’espaces intérieur et extérieur, et à partir de ce moment-là, j’ai été plus tranquille. C'est-à-dire que la généalogie a pu se faire, la filiation. La transmission. Mais tant que les fantômes sont là, les autres sont mal.

Un autre fantôme, est celui de votre père, Guy Delanoë, qui a été l’un des rares Français, disons-le, à se battre, au péril même de sa vie, aux côtés d’autres intellectuels, pour l’indépendance du Maroc. C’est pour vous le père-courage ?

D’abord, pour moi, ce n’est pas un fantôme. Ensuite, ils n’étaient pas très nombreux à se battre, mais quand même, il y en a eu beaucoup plus qu’on ne le dit. Dans différents milieux, à différents moments.
Il était certes courageux, mais peut-être inconsciemment, car il ne mesurait pas tous les risques qu’il courait dans les rues de Casa….Il a été à la tête d’une pétition, le manifeste des 75, 75 personnes, dont beaucoup de femmes, de tous bords, catholiques, communistes, républicains, de toutes nationalités ; ils avaient en commun qu’il fallait soutenir les Marocains et demander le retour du Sultan, Moulay Youssef, comme on l’appelait à l’époque qui avait été déporté. Mais l’OAS local, le mouvement Présence française, l’avait mis en tête de liste pour lui faire la peau, car elle le considérait comme un traître à la France ; et le plus étrange, c’est qu’il était gardé par la police française,ce qui nous faisait plus peur que tout. Mon père a demandé assez rapidement qu’on cesse de nous garder.

Votre père repose aux côtés de sa mère, votre grand’mère, dans le cimetière d’El Jadida…Et deux rues, près de l’Hôpital Mohammed V, portent encore le nom de votre grand’mère et celui de votre grand’père. Votre visite à El Jadida, c’est pour vous un pèlerinage, un devoir de mémoire ?

Avant d’en arriver là, je voudrais revenir sur un épisode important. Mon père a vécu très longtemps, mais il a du quitter le Maroc à son grand regret. Pourquoi ? D’abord, parce qu’il a été boycotté par la communauté française, parce qu’il était président de Conscience Française, qu’il aidait les Marocains ;on lui avait demandé de ne plus soigner les Marocains dans les dispensaires, il a refusé ;il a reçu dans son cabinet beaucoup de personnes qui avaient été torturées, et qu’il avait fait des constat médicaux, signés de sa main, et qu’il les a gardés. Donc, il ne gagnait plus sa vie, car il soignait les Marocains qui n’avaient pas d’argent, et il ne pouvait soigner les Européens qui le boycottaient. Il avait 4 enfants, dont 3 en âge d’aller à l’université. D’autre part, il avait un service hospitalier à Casablanca où il avait créé le service de cardiologie, formé du personnel. Une fois parti pour quelques semaines de vacances en France, à son retour, son poste n’existait plus pour lui dans le service qu’il avait créé, et personne ne l’avait prévenu. Qu’on le remplace par un Marocain, il n’y trouvait rien à redire, mais c’était surtout le fait qu’il n’avait pas été prévenu qui l’a meurtri. Et il est reparti en France, la mort dans l’âme ; ça c’est clair et net. Mais il revenait tous les ans, passer ses vacances au Maroc, chez ses amis marocains, jusqu’à sa mort. Et là il a demandé à être enterré à côté de sa mère, à El Jadida, où ses cendres ont été transférées. Mais le jour du transfert de ses cendres à El Jadida correspondait à la cérémonie liée à la mort de la mère du Roi Hassan II. Or, une grande partie des ministres alors en activité à Rabat voulaient venir à la cérémonie d’enterrement de mon père. Donc tout a été chamboulé ; on a avancé l’heure d’enterrement de mon père pour que les ministres puissent y assister, pour regagner Rabat aussitôt après pour la cérémonie officielle. Cela m’a beaucoup touché.

Parmi les livres que vous avez publiés, je voudrais relever un ouvrage qui m’a particulièrement touché : « Poussières d’empire », où vous nous racontez le sort de ces Marocains qui ont été engagés dans l’armée française durant la guerre du Vietnam, et qui, une fois sur place, ont rejoint les maquis vietminh. Une histoire souvent dramatique, encore mal connue… ?

Ce n’est pas une histoire mal connue, c’est une histoire inconnue. Quand je suis venue ici pour faire mon enquête, personne n’était au courant ; c’était comme une histoire d’avant, avant avant…
Ces gens-là s’étaient engagés dans l’armée française, souvent les plus pauvres des plus pauvres et les plus analphabètes des analphabètes ; ils étaient partis pour voir du pays…A l’époque, on disait l’Indochine. Beaucoup d’entre eux avaient déjà combattu durant la Seconde Guerre mondiale, d’autres étaient tout nouveaux. Ils se battaient ils ne savaient pas pourquoi, et petit à petit, ils ont découvert qu’ils se battaient contre un ennemi qu’ils admiraient beaucoup, comme beaucoup de Français d’ailleurs, qui était courageux, audacieux,.. J’ai retrouvé leurs traces
par les hasards des chercheurs, j’avais été au Vietnam, j’avais assisté à des colloques. A l’un d’eux, un Marocain, sociologue, originaire de Fès m’a dit : « Est-ce que vous êtes au courant de… » J’ai donc cherché à rencontrer ces hommes ici, et leurs femmes vietnamiennes ; comme j’étais allée au Vietnam, j’étais assez à l’aise ; je connaissais la géographie, l’histoire, un peu la langue, d’ici et de là-bas. Ils étaient très étonnés de me voir débarquer. Ils n’osaient pas trop parler, car,pendant longtemps on leur avait interdit de parler, surtout qu’ils passaient pour des communistes,pas très à la mode ; ils avaient donc très peur et n’ont jamais rien dit. Et moi, j’arrive 50 ans après. Ils se demandaient donc ce que je cherchais. Il m’a fallu gagner leur confiance. Mais comme j’avais fait des travaux préliminaire et consulté des archives, j’en savais déjà plus que ce qu’ils croyaient. Ils ont vu assez vite que je cherchais à ce qu’ils me racontent vraiment leur histoire. Ce qu’ils ont fait. J’ai pu également interroger les femmes, les femmes vietnamiennes qui avaient épousé là-bas des Marocains; elles ont été beaucoup plus secrètes. Je pense que le plus difficile, pour elles, c’était de parler. La pudeur, ici, a des limites parfois insurpassables. Il y a bien des choses qu’elles m’ont dites et que je n’ai pu utiliser ; je pense que dans les guerres coloniales, les femmes sont les grandes, grandes blessées de guerre.

El Jadida est une grande ville universitaire (plus de 10.000 étudiants) mais aussi vous pouvez voir dans les rues de la ville, à la sortie des écoles, des centaines d’élèves, de collégiens, de lycéens. Une jeunesse vivante. Quel message l’universitaire que vous êtes aimeriez-vous leur adresser ?

Oh ! Je n’ai pas de conseils à donner à des jeunes qui se battent si bien pour vivre tous les jours. Tout ce que je peux leur demander, c’est de ne jamais être tout seul. Toujours se mettre avec des copains. L’individualisme qu’on essaie de transmettre me paraît une erreur. Moi je suis pour la communauté, et les affrontements d’idées avec les amis, le travail avec eux, il n’y a que cela qui me paraît porteur, à mes yeux.

Parmi les ouvrages de Nelcya Delanoë, citons :
- La faute à Voltaire, Paris, Le Seuil, 1972, Prix des Journalistes universitaires
- L’Entaille rouge, terres indiennes et démocratie américaine, Paris, Maspéro, 1982
- Les Indiens dans l’histoire américaine, Colin, Paris, 1996
- Poussières d’empires, Paris, PUF / Editions Tarik, Casablanca, 2002

 

 

Auteur : Michel Amengual

 

http://www.eljadida.ma/actualite_news_el_jadida/auteur-de-la-femme-de-mazagan-interview-de-nelcya-delanoë-a-el-jadida-a1711.html
Par saladin
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Mardi 6 janvier 2009
Actuellement il n existe aucune salle de cinéma à el jadida.avant il y avait quatres salles de cinéma:
-cinéma marbaha qui a été démolit et remplacé par un centre commercial marhaba au boulvard jamia al arabia ( mohamed6)
- cinéma paris (connu sous le nom cinéma deffour) a été restauré mais elle est fermé : au boulvard hansali.
-cinéma rif (qui portait avant les noms de métropole puis taj) à la place de hansali ,elle a été demolit et remplacé par un centre commercial .
-cinéma al malaki  au quartier derb ghalef  a été fermé.
la seule question qui se pose comment une ville de a peu prés de 200 milles habitants n'a pas de salle de cinéma.
PAR :SALADIN
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Il était une fois Paris à El Jadida

http://www.eljadida.ma/actualite_news_el_jadida/il-etait-une-fois-paris-a-el-jadida-a1623.html


La dernière salle de cinéma notoire d'El Jadida vend son âme au diable. Après avoir fermé ses portes définitivement en 2003, Paris Ciné sera bientôt rasé. Du jour au lendemain, sans prévenir, une bâtisse vitreuse viendra se substituer à la salle qui a, depuis les années 40, accueilli des centaines de cinéphiles tout âge confondu.

Passez les portes cadenassées, vous trouverez une salle vide et obscure. Le noir qui habite les locaux de cette salle n'a rien de fonctionnel. Il s'agit de l'obscurité qui sévit les endroits abandonnés. L'unique lueur est celle de la bougie que tient Bouchaib : 34 ans, au chômage depuis que le Paris a fermé ses portes.

« J'ai commencé à fréquenter Paris Ciné depuis l'âge de 12 ans. A 16 ans j'y travaillais comme aide régisseur. Tout ce que je sais du cinéma, c'est ici que je l'ai appris avec Essaissi, l'ex-régisseur. Aujourd'hui, je suis très nostalgique... » Confie ce dernier.

De Paris Ciné, il ne reste qu'une carcasse vide : ni chaises, ni écran. « Les machines sont encore fonctionnelles, mais ne servent plus à rien. De toutes les façons, il faut faire autre chose que le Cinéma aujourd'hui. Il faut être fou pour investir là dedans. Ceux qui travaillaient avec moi sont tous partis : le caissier est à la retraite et le placeur travaille comme serveur dans un café. Moi je suis sans emploi depuis qu'ils ont fermé », affirme Bouchaib.

Dans la cabine technique, le cinémascope poussiéreux semble tenir tête au passage du temps. « On ignore ce qu'il adviendra des machines après la démolition du bâtiment» indique Bouchaib.

Au bord de la faillite, les propriétaires préfèrent investir dans une autre forme de commerce. En consultant les registres d'inscription des recettes brutes journalières de Paris Ciné, on remarque une chute considérable du nombre de places entre les années 80 et la fin des années 90. Alors qu'en 1985 on comptait une moyenne de 678 tickets vendus, en 1992 on en compte seulement 77. C'est à ce moment là que la crise se déclanche. Les locaux sont ruinés et la salle ne peut plus s'accorder le luxe de diffuser de grosses productions hollywoodiennes telles que « Danser avec les loups ». Elle se rabat principalement sur des films indiens, jusqu'à s'essouffler.

Les unes après les autres, les salles obscures subissent le même sort à El Jadida. Le Marhaba a laissé place à un vaste centre commercial portant le même nom. Monsieur Kaoumi, l'ex-propriétaire du foncier Marhaba clame : « Cinéma Marhaba n'existe plus, on en parle plus ! Pleurer après les morts n'est qu'une perte de temps ».

Une construction, renfermant un ensemble de magasins incohérents, a remplacé le Cinéma Rif. Seule demeure une petite salle de quartier à Derb Ghellef, communément appelée « Cinéma Bouhalloufa » nommée également Cinéma Malaki, dont les habitants de la ville ignorent l'existence. Fermée, cette salle risque autant que les autres.

Manifestement, mutisme et cécité semblent être le lot du 7ème art à El Jadida. Zéro salle de cinéma pour 1 128 098 habitants : constat déplorable pour l'un des pôles industriels et touristiques les plus prometteurs du royaume. La nouvelle génération est contrainte à se déplacer aux grandes métropoles pour goûter aux plaisirs du grand écran.

En posant la question à quelques nostalgiques anonymes : « à quand remonte la dernière fois que vous avez fréquenté une salle de cinéma ? », vous serez surpris d'entendre que pour certains, cela remonte à plus de vingt ans. « en 1950, j'ai vu « la Salaire de la peur » avec Yves Montand, dans cette salle même. J'ai vu aussi « les maudits du château fort », « la lettre inachevée » et bien d'autres. On avait alors deux moyens pour se distraire : le cinéma ou la plage. Aujourd'hui le DVD et le home cinéma ont tout exterminé. » Confie Monsieur El Maizi, ancien cinéphile.

Cinéma Dufour pour les intimes, n'a pas souffert d'atteindre un siècle. Epuisé et dévasté, il rend l'âme au regret des amateurs du grand écran. Si l'on tient pour vrai que les morts ressuscitent au cinéma, alors à quand la résurrection ?

 



Par saladin
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Mardi 6 janvier 2009

 

الفكر اليهودي بين تأجيج الصراعات وتدمير الحضاراتد. عبد الحليم عويس



 

كتاب هام للدكتور عبد الحليم عويس يكشف عن:<o:p></o:p>

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دور المصادر المنحرفة في تشكيل الضمير الصهيوني<o:p></o:p>

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التوراة والتلمود والبروتوكولات أهم مصادر الانحراف.<o:p></o:p>

الوثنية والدموية والانحراف أهم مفردات الأخلاق التوراتية.<o:p></o:p>

استمد (ميكيافيللي) مبادئه اللاأخلاقية من العهد القديم.<o:p></o:p>

لماذا أغفل (هنتجتون) الصراع بين الإسلام والصهيونية؟!<o:p></o:p>

في التلمود: قتل النصراني واجب؛ لأنه قربان من اليهودي إلى الله!!<o:p></o:p>

(البروتوكولات) وثيقة صحيحة النسبة لليهود، وقد حسمت بنفسها الخلاف عليها.<o:p></o:p>

الفكر اليهودي أفرز الكثير من النظريات الفاسدة في القرن العشرين.<o:p></o:p>

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الكتاب: الفكر اليهودي بين تأجيج الصراعات وتدمير الحضارات.<o:p></o:p>

المؤلف: د. عبد الحليم عويس.<o:p></o:p>

الناشر: مركز الإعلام العربي.<o:p></o:p>

الطبعة الأولى (1423هـ-2003م).<o:p></o:p>

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ياسر محمد غريب<o:p></o:p>

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ليس ثمة ما يدعو إلى حشد المبررات وإبراز الضرورة الملحة إلى قراءة الفكر الصهيوني، فليس هناك مجتمع في عالمنا المعاصر – ولا أقول عالمنا الإسلامي فقط – إلا وقد تأثر بشكل أو بآخر بالجهود الصهيونية العنصرية والاستعمارية للسيطرة سواء في دنيا السياسة أو الاقتصاد أو الفن.. الخ.<o:p></o:p>

ولما كان الورم الصهيوني يقع في قلب العالم العربي الإسلامي، فإن علينا أن نحاول دراسة هذا المرض وتشخيصه تشخيصا دقيقا، حتى يتم التعرف على كيفية التعامل معه حتى يتم بتره –إن شاء الله-، وإذا كانت الحركة الثقافية الصهيونية تترجم وتطبع سنويا أكثر من مئتي كتاب من العربية إلى العبرية، فإننا أحوج منها إلى ذلك في هذا التوقيت العصيب.<o:p></o:p>

وفي هذا الكتاب الذي بين أيدينا يحاول الدكتور عبد الحليم عويس - كأستاذ للتاريخ الإسلامي وفلسفته- الغوص في دهاليز التاريخ... تاريخ المعركة الدائرة الآن بين الضعفاء في العالم والأقوياء الذين يمثلون قوة غير مرئية، تديرها أصابع اليهود والصهاينة الذين نصبوا أنفسهم لحكم العالم، والسيطرة عليه من خلال مخططاتهم المرحلية وبروتوكولاتهم الخبيثة وقواهم الشيطانية.<o:p></o:p>

كما يمثل الكتاب دعوة لدراسة المصادر الفكرية لهذه القوى (التوراة، التلمود، بروتوكولات حكماء صهيون، الماسونية) كمقدمة لمواجهتها بالقوى العالمية الإنسانية المتدينة والخيرة من الباحثين عن النور والحق في رحاب الإسلام.<o:p></o:p>

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التوراة المحرفة كتاب وثني دموي: <o:p></o:p>

ويشير الدكتور عويس إلى أن اليهودية بسبب الميل اليهودي الثابت للوثنية والنفعية- تعرضت في كثير من العصور لغلبة الوثنية عليها، وهذا مكن لمدارس التحليل الأنثروبولوجي والسيكولوجي (الفرويدية) أن تجد فيها مجالاً خصبا لدراسات منحرفة.<o:p></o:p>

ويعتمد الفكر اليهودي على ثلاث مصادر رئيسة؛ هي: التوراة، والتلمود والبروتوكولات. أما التوراة فإن الانحرافات التوراتية تتجاوز حدودها عندما تتعامل مع آلهة متعددة، أو عندما تتعامل مع إله ضعيف يحزن ويبكي ويندم... الخ هذه الصفات التي لا تليق بالألوهية، في حين لم تقف التأثيرات السلبية للتوراة- عبر التاريخ وحتى يوما هذا-عند حدود تشويه صفات الله –تعالى-، وتصويره بصورة غامضة مغلوطة تمزج بين الوثنية والتعددية والتثليث والوحدانية العنصرية، بالإضافة إلى دموية هذا الإله الذي يتندر بعضهم فيقول عنه: إنه إله عجيب لم يسمع عن الرحمة والرأفة واللطف والعفو والمغفرة والعدل والكرم، فكل مفردات القاموس الذي يستعمله ينتمي إلى لوحة الإبادة الجماعية والاستئصال والعنف، والنظر إلى البشر جميعا – ما عدا اليهود- على أنهم مخلوقات خلقتها آلهة أخرى، فهم بالضرورة أعداء له، أو كما تقول التوراة: إنما خلقهم إله اليهود على شاكلة الآدميين ليحسنوا خدمة اليهود، حتى ولو كان هؤلاء الآدميون من أصحاب الأديان السماوية الذين ينتمون لعيسى أو لمحمد عليهما الصلاة والسلام.<o:p></o:p>

 وقد كان تأثير التوراة خطيرا أيضا ومفسدا كل الإفساد في تصويرها لذوات الأنبياء والمرسلين عليهم الصلاة والسلام... فلقد بدت صورة كل الأنبياء الذين تحدثت عنهم التوراة صورة كريهة هابطة، لا تليق بالبشر الأخلاقيين الأسوياء العاديين، فكيف يوضع فيها الأنبياء قدوة الإنسانية ومثلها العليا، والنموذج الذي يجمع بين النبوة والعصمة البشرية في آفاقها السامية.<o:p></o:p>

إن الأنبياء في التوراة دمويون زناة يرتكبون الفواحش ليل نهار، بل ويسكتون عن عبادة الأصنام... وأحيانا يعبدونها!!<o:p></o:p>

ويخلص المؤلف إلى أن تصوير الله أولا ثم الأنبياء ثانيا على هذا النحو الزري كان له تأثيره الخطير والتدميري في التاريخ البشري؛ فمنه نبعت أنواع التدمير الأخلاقي والمعنوي، ممثلة في نظريات الإباحية والأصل الحيواني للإنسان، ونظرية شيوعية الجنس، وتيسير الزنا واللواط، ونظريات الدمار المادي؛ ممثلة في نظريات البقاء للأقوى، وصدام الحضارات... والحروب العالمية القائمة على الإبادة الجماعية!<o:p></o:p>

ويضيف الدكتور عبد الحليم عويس قائلا: لعل هذه الأفكار والرؤى عن الله ورسله هي التي عملت عملها في الوعي الأمريكي والأوروبي، فصبغت الحياة بصبغة مادية دموية صراعية، وأصبح قرن كالقرن العشرين – كما سماه جارودي- قرن (الانحطاط وحروب الإبادة) مع أنه قرن التقدم التكنولوجي.<o:p></o:p>

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الأثر التدميري للتوراة في العالم المعاصر:<o:p></o:p>

إن كتاب العهد القديم مثال صادق لفكرة اليهود عن الأخلاق والقيم... وإذا كان الناس يتهمون السياسي الإيطالي (ميكيافيللي) بأنه صاحب مبدأ (الغاية تبرر الوسيلة)، فالحق أنه ينقل فكرته عن أسلوب العهد القديم، في تنفيذ الأغراض بأي خطة، وأقصر طريق.. أما الشرف فلا مجال له عنده.<o:p></o:p>

ومن هنا يكون شيئا طبيعيا أن تتحول الحياة إلى مسرح فوضوي عبثي أو كوميديا أو تراجيديا تفتقد المعنى والغاية والقيم الثابتة الصالحة لإكمال مسيرة التاريخ!! ويكون طبيعيا أن تتحول الحياة إلى مستنقع عفن حافل بالدمار والخراب.. وهذا ما تقودنا إليه التوراة!!<o:p></o:p>

وفي حديثه عن الأثر الحضاري المعاصر لدعوة التوراة إلى الجنس والعنف يقول المؤلف:" إن هذه اللوحة التوراتية تفسر لنا الكثير من الحروب الجماعية التي أخذت أشكال حروب عالمية بعد ذلك.. تلقى فيها القنابل على المدن والقرى، فلا تفرق بين شيخ وطفل ومدني وعسكري، وكلما انتهت حرب بدأت أخرى، وكلما انتهت حرب مباشرة ظهرت حرب غير مباشرة، وإذا لم يكن هناك أعداء حقيقيون بحثوا عن أعداء غير حقيقيين وفرضوا عليهم أن يكونوا أعداء حقيقيين.<o:p></o:p>

ولهذا فقد وقف الكاتب الأمريكي اليهودي (صمويل هنتنجتون) - والذي يعد مجرد كاتب في العلوم السياسية، ولا علاقة له بفلسفة التاريخ- وتقدم فور انتهاء حرب الخليج بمنشور سياسي عسكري موجه إلى العالم الإسلامي ينذره فيه بأن يستعد للصراع الحضاري القادم الذي ينتظره؛ لأن عقلية النظام الدولي الجديد قد انتهت إلى اعتماد (العالم الإسلامي) الخصم الذي ستعلن حربها العالمية القادمة عليه، بعد سقوط الشيوعية وغياب خصم تتصارع معه. <o:p></o:p>

إن هنتنجتون يرى حتمية الانسياق إلى صراع جديد بين الحضارات من خلال عدد من المناطق المتشابكة، ويعين هنتنجتون هذه المناطق المتشابكة بأن أهمها (شمال البحر المتوسط بإزاء جنوبه)، وهنا تحل المشكلة الجزائرية مكانا مهما، وجمهوريات الاتحاد السوفيتي المسلمة بإزاء الجمهوريات المسيحية، وهنا نجد أن الحرب الحقيقية دائرة مثلا بين الأذربيجان والأرمن، وبين الروس والطاجيك، أو بين الروس والشيشان.<o:p></o:p>

لكن هنتنجتون – لأنه يهودي متعصب- يهمل التحدي الأكبر المفروض على المشرق الإسلامي، بسبب توسع الدولة الصهيونية، على حساب أراض عربية كثيرة، وتطلعات إسرائيل لأدوار استراتيجية واقتصادية وعسكرية وثقافية، تجعل - في نظرنا – المعركة بين الإسلام وإسرائيل (الصهيونية) أخطر مواطن صراع الحضارات.<o:p></o:p>

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التلمود.. وهمجية التعاليم الصهيونية:<o:p></o:p>

ولم يكتف اليهود بالجرعة الدموية التدميرية المنتشرة بين جوانب التوراة؛ فهي لم تكن بالنسبة لهم كافية لتحقيق أهداف اليهود في تدمير العالم معنويا وماديا للسيطرة عليه؛ فلليهود – كما يقول المؤلف- (أجنحة ماكرة) أخرى تقول ما لا تستطيع التوراة قوله، وتتجه إلى اليهود وحدهم.. ولن يتم إيمان اليهودي إلا بإيمانه بها.. بالتلمود الشارح والموجه الفكري والتربوي والعملي لعموم اليهود، فالتلمود يمثل مرحلة متقدمة بعد التوراة، وأكثر خطورة ومباشرة منه في تحقيق الأهداف اليهودية العالمية.<o:p></o:p>

وفي التلمود لا يقف اليهود عند حدود أنهم شعب الله المختار، بل إنهم جزء من الله، كما أن الابن جزء من أبيه، واليهود مالكون لكل ما في الأرض من ثراء بالنيابة عن الله، وينص التلمود على أن من العدل أن يقتل اليهودي كل الأمم؛ لأنه بذلك يقرب قربانا إلى الله، ويحرم التلمود المسيحيين – بخاصة - من الدخول في اليهودية يوم انتصارها العالمي؛ لأن هؤلاء المسيحيين من نسل الشيطان، وأما المسيح (عليه السلام) – في نظرهم- فهو في لجات الجحيم بين القار والنار، وأمه مريم(البتول) أتت به من العسكري (باندارا)، والكنائس النصرانية هي مقام القاذورات، والواعظون فيها أشبه بالكلاب النابحة، وقتل المسيحي من الأمور المأمور بها.<o:p></o:p>

ويتسائل المؤلف بتعجب: إن هذه الأمور حقائق معروفة، فكيف يمشي العالم المسيحي كالأعمى، يسير معصوب العينين خلف المصالح الصهيونية؟! <o:p></o:p>

ويسلم الدكتور عويس لرأي الأب (بولس حنا سعد) في رأيه بأن التلمود من الكتب الباطنية عند اليهود؛ حين يقول "للمسيحي إنجيله يبشر به العالم، وللمسلم قرآنه ينشره بين جميع الشعوب، أما الإسرائيلي فله كتابان: كتاب معروف وهو التوراة لا يعمل به، وآخر مجهول عند العالم ويدعى التلمود، يفضله على الأول، ويدرسه خفيه، وهو أساس كل مصيبة".<o:p></o:p>

في حين يقرر الدكتور عبد الوهاب المسيري في موسوعته عن اليهود واليهودية أن التلمود ليس من الكتب الباطنية أو تلك التي تحيط بها هالة من السرية والغرابة والإخفاء (كما يتوهم البعض). فهناك نسخ منه في معظم المكتبات الجامعية المتخصصة في الولايات المتحدة وفي بعض مكتبات مراكز البحوث أو الجامعات في الدول العربية. ويُلاحَظ أن التلمود كتاب ضخم متعدِّد الأجزاء، مجلداته كثيرة وضخمة تصل في بعض الطبعات إلى ما يزيد على عشرين مجلداً. لكن هناك طبعة «إفري مانز تلمود Everyman's Talmud» المختصرة.<o:p></o:p>

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البروتوكولات تعلن عن نفسها عمليا:<o:p></o:p>

تعتبر (بروتوكولات حكماء صهيون) الأقنوم الثالث من أقانيم الفكر اليهودي الصهيوني، لكنها لا تتجه إلى عموم اليهود، وإنما تتجه فقط إلى الصفوة منهم، هؤلاء الذين يمثلون خلاصة العقل اليهودي، والذين يقدرون على إدارة دفة العالم وقيادة سفينته نحو الهلاك... كيلا يبقى على الأرض إلا اليهود وحدهم، فهم السادة والأصحاب الشرعيون لهذه الأرض.<o:p></o:p>

يقول المؤلف:" إن البروتوكولات تمثل (الآليات) التي من خلالها يتم الوصول إلى الأهداف العنصرية والاستعلائية في السيطرة على العالم وامتصاص دم أبنائه، وهذه الآليات قد صممت – بدقة- لتضع اليهود على عتبة السيطرة الكاملة على العالم.<o:p></o:p>

وهي قد وضعتهم – فعلا - وبالتالي فلا معنى للجدال السطحي الذي كان قائما بين بعض المثقفين حول مدى انتسابها لليهود... لقد حسمت البروتوكولات نفسها الخلاف، ففي كل يوم نكشف أثرا من آثارها، وخطوة عملية من خطواتها، وفي هذا المقام فإن التعامي عن الحقائق والثرثرة النظرية لن يضرا إلا صاحبهما، ومن يؤمنون بثرثرته".<o:p></o:p>

ويقول المؤلف مدللا على صواب رأيه: " كل الذين يراقبون ويكتبون عن الآثار الخبيثة والمدمرة للمخابرات المركزية الأمريكية (CIA) ليس لديهم أي وثائق جاهزة تدل على أعمالها، بل إنه لمن السذاجة انتظار تلك الوثائق(!!) في ظروف فعاليتها وتأثيرها...<o:p></o:p>

ويضيف: عندما اكتشفت الكاتبة البريطانية "فرانسيس سونرز" صلة الحداثة بالمخابرات المركزية الأمريكية، كان ذلك بعد أن أصبحت الحداثة سرطانا دخل إلى كل مجالات التأثير الإعلامي والتربوي والثقافي مع أن المخلصين جميعا كانوا يشعرون بصلة الحداثة بجهات مشبوهة، أما البروتوكولات فهي لم تنتشر هذا الانتشار العالمي إلا بعد أن صار الأمر يقينا بالنسبة لصحتها، ليس عن طريق العين المجردة والوثائق المخطوطة، بل عن طريق الآثار الناطقة الملموسة.<o:p></o:p>

ويعرض المؤلف في فصل خاص لأهم أهداف البروتوكولات، كما يحاول الربط بين الأهداف المدونة بها والنتائج الملموسة التي تحصل عليها اليهود منذ اكتشفت البروتوكولات في سنة 1917م وحتى اليوم.<o:p></o:p>

<o:p> </o:p>

اليهود والعلو الكبير:<o:p></o:p>

استعرض الدكتور عبد الحليم عويس الجهود الصهيونية لامتلاك العالم والسيطرة على مقدراته، ويمكن أن نوجز ذلك في أن اليهود قد حددوا طريق الوصول إلى أهدافهم من خلال مرحلتين:<o:p></o:p>

الأولى: مرحلة الحكم السري، وهي غالبا ما قبل وصولهم إلى حكم العالم أي قبل 1997، وبعد مؤتمر بال1897، والذي يعد النقطة الفاصلة في هذه المرحلة.<o:p></o:p>

الثانية: مرحلة الحكم الظاهري العلني (ما بعد مائة التأسيس.. أي بعد 1997)<o:p></o:p>

أما المرحلة الأولى فقد تم معظمها، وقد استغلوا في ذلك تشردهم في أنحاء العالم، وسيطرتهم على الاقتصاد، والذهب، وباقي الثروات التي ينقلونها إلى فلسطين، ومنها ينطلقون إلى العالم.<o:p></o:p>

وأما الثانية: فيهدف اليهود من ورائها إلى إعلان الحكومة العالمية التي يرأسها ملك من نسل داود (عليه السلام)، ولعله – كما يقول المؤلف- أعلن فعلا في المحافل الماسونية، وهو فقط قيد الإعلان العلني الرسمي.<o:p></o:p>

<o:p> </o:p>

جمعيات صهيونية تخدم أهداف البروتوكولات:<o:p></o:p>

يذهب المؤلف إلى أن ثمة مؤسسات كثيرة جامعية واجتماعية وثقافية تحقق لليهود أهدافهم، وتعد جمعيات الوتاري، وشهود يهوه، واليوجان وبناي برث، والليونز –إخوان الحرية- منظمات ماسونية علنية تعمل وحدها في البلاد التي يصعب إدخال الماسونية إليها، وتعمل مع الماسونية مساندة لها في البلاد التي يسمح للماسونية بالظهور فيها، وهي على أية حال تعمل كأرضية تقف الماسونية عليها، وتأخذ منها معلوماتها، وتلتقط من بين رجالها الذين ترفعهم في درجاتها ليكونوا أكبر الخدم والعبيد، وأقربهم إلى صانع القرار السري في (الحكومة الخفية الماسونية الصهيونية).<o:p></o:p>

وهي لكثرتها وانتشارها تقوم بما تعجز عنه الماسونية، أو بتعبير آخر ما لا تريد (الحكومة الخفية) عدم الانشغال المباشر به من نشر الوشايات ضد الأديان ورجالها، ومن نشر السموم الأخلاقية، وزراعه الإيديولوجيات اللادينية والقوميات العنصرية والوطنيات الضيقة، التي تتنكر للدين وللحضارة واللغة والهوية الخاصة.<o:p></o:p>

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وهي لكثرتها وانتشارها تقوم بما تعجز عنه الماسونية، أو بتعبير آخر ما لا تريد (الحكومة الخفية) عدم الانشغال المباشر به من نشر الوشايات ضد الأديان ورجالها، ومن نشر السموم الأخلاقية، وزراعه الإيديولوجيات اللادينية والقوميات العنصرية والوطنيات الضيقة، التي تتنكر للدين وللحضارة واللغة والهوية الخاصة.<o:p></o:p>

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الإسلام والمعركة المفروضة عليه:<o:p></o:p>

لقد خلص المؤلف إلى أن الصهاينة كانوا وراء مصائب كبيرة في القرن العشرين، وسوف يكونون - إذا ظلوا يتمسكون بالتوراة كما هي دون غربلة أو تصحيح- وراء كل الأزمات الإنسانية التي ينتظرها القرن الواحد والعشرون(!!) وأنهم قد دفعوا واحدا من فلاسفتهم وهو (صموئيل هنتنجتون) ليضع التنظير الفكري والتخطيط الاستراتيجي لملحمة بشرية قادمة تساق إليها القوة الأمريكية- الغربية الرعناء، ويضطر المسلمون لمواجهتها بعد أن يتأكدوا أنه لا مناص من هذه المواجهة، وإلا فالإبادة الجماعية التوراتية في انتظارهم.<o:p></o:p>

ويرى الدكتور عبد الحليم عويس أن مأساة الإنسانية الآن تتجسد في موقفين:<o:p></o:p>

الأول: هو موقف أهل التوراة القوي أو المنظم والفاعل والمؤثر العالمي، والأخذ بكل أسباب القوة والهيمنة.<o:p></o:p>

والثاني: موقف المسلمين المنهزم والمتخاذل والمتآكل داخليا، والمتصارع بين أجزائه سياسيا وفكريا.<o:p></o:p>

وهذا يجعل أصحاب الموقف الأول يمتدون في فراغ دون مقاومة تذكر، ودون وجود حقيقي للطرف الآخر يلفت إليه أنظار العالم الذي يشعر بالأزمة الإنسانية المعاصرة ويكتوي بنارها، ويكاد يبصر آفاق المستقبل المظلم الذي ينتظره.<o:p></o:p>

ولذا فإن الدكتور عبد الحليم عويس يقدم استغاثته إلى الإنسانية وإلى الباحثين عن الحق والخير بضرورة العودة إلى تعاليم الإسلام السامية؛ فليس ثمة أمل في إنقاذ سفينة البشرية إلا بيقظة إسلامية تكفل وعي المسلمين بذاتهم وحقيقتهم ورسالتهم، كأمة شاهدة على الناس ابتعثها الله لتخرج الناس من الظلمات إلى النور، ومن عبادة العباد إلى عبادة رب العباد، ومن جور الأديان إلى عدل الإسلام، ومن ضيق الدنيا إلى سعة الدنيا والآخرة.<o:p></o:p>

وهو يقول: "وليت أبناء الإسلام يصطلحون – مبدئيا - على الحوار بالحسنى والعدل، حتى يراهم الناس أهلا للحوار معهم فيعرفون الإسلام من مصادره؛ لأنهم لا يبصرون الآن للأسف إلا من واقع المسلمين المشوه. ومن ثم قد يستبدل الله قوما غيرهم، يحملون راية الإسلام- فقها وتطبيقا - بعد أن تنكر أصحابه له، ثم لا يكونون أمثالهم، فتبحر سفينة الإنسانية المشرفة على الغرق إلى شاطئ النجاة".<o:p></o:p>

http://www.aklaam.net/aqlam/show.php?id=8867

Par saladin
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