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HISTOIRE :"La question du Maroc"1/3

25 Mai 2009 , Rédigé par saladin Publié dans #Histoire et socièté

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WWW^^W-



THÈSE



LE DOCTORAT









La Faculté n*entend donner aucune approbation ni
iniprobation aux opinions émises dans les thèses ; ces
opinions doivent être considérées comme propres à
leurs auteurs.



^^■'S*^*^- — -i^'^jak .„-.-. •"■



v-^






FACULTÉ DE DROIT DE L'UNIVERSITE DE PARIS



LA (LC



QUESTION DU MAROC



THÈSE POUR LE DOCTORAT

Soutenue le mercredi 22 Juin 4904, à 8 h. 4/2.
PAR

R. BOURASSIN



Président : M. ESTOUBLON, professeur.
s„/r^«^»«^e . i ^- LESEUR, professeur.
Suffragants: | m. PERREAU, aU^e.



PARIS
A. PEDONE, ÉDITEUR

LIBRAIRE DE LA COUR d'aPPEL ET DE l'oRDRE DES AVOCATS

13, Rue Soufflot, 13

1904



BIBLIOGRAPHIE



Bulletin du Comité de l'Afrique française.
Années 1901 à 1904 ; janvier-avril 1904. — Articles concer-
nant le Maroc et le Sud-Algérien.

Revue politique et parlementaire.
10 juillet 1901. — La question du Maroc (Lorin).
10 janvier 1903. — Nos frontières de l'Afrique du Nord (R.

Millet).
10 août 1903. — La politique française au Maroc (Pène-

Siefert).
10 janvier 1904. — La pénétration pacifique et le Maroc

(C. Sabattier).
10 février 1904. — L'œuvre de la France au Maroc.
10 mars 1904. — France et Angleterre. Sir Charles Dilke

et l'entente cordiale (Jean Darcy).

Archives diplomatiques.

Mars 1903. — Discussion des interpellations sur la poli-
tique extérieure.

Avril 1903. — Protocole du 20 avril 1902.

10 juillet 1901. — Evolution de la question marocaine (A.
Bernard).

Revue des questions diplomatiques et coloniales.
1897. — Cinquante ans de politique anglaise au Maroc

(B. d'Attanoux).
15 janvier 1897. — La frontière marocaine et Figuig (Man-

deville).
— La situation politique à la frontière marocaine (H.

Pensa).
15 juin 1897. — Notes sur le Maroc (C*® de Couronnel).
15 août 1897. — Lettre d'Algérie.



- 6 -



!<»' d^cenibre 1897. — Les piralt's du Hi(t.
l" scpteoibre 1898. — L'Anglelerre au Maroc (Usborné).
1*"* déceoibre 181)8. — La Franco el le slaiu t/rio iimrueaiiî.
l^r février 1899. — L'Algérir iiiéridioiiak* el le T<»yaL (Miin>

devilîe).
15 novembre 1899. — Le Maroc français (L. Kryszunowski).
1"' janvier 19414. — Discours de M. Del cassé au Sénat.

— nenseiiriienienLs pulili<îues.

— Chemins de fer de Tleiiicerj n la tri^tiUère marocaine.

Grande Hevtn'
Juillcl-seplenjlire I9(t3. ^ Le Maroc inconnu (M. Lanii),

lie vue de Paris,

15 janvier 1891. — Lettres du coniniandant Lauiy à El

Golcaîi.
l" février 1891. - Le Snllaii du Maroc.
15 février I89L — Le Marne (V. Bérard).
15 octobre 1903. — Latlaiiiie de TaiLdHL
l*' janvier llMU. — Cumbal tïE\ ^tuunga^,

fletme des Deux-Mondes.

15 septembre 1894. — Le réunie de Mnulai-el-Hassan (H. de
La Martinière).

15 avril 1897. — La corni'ntinn de La! la ^iarnia et Uï fin li-
tière aiv'^rienne de l'Ouest (H. de La Martiaicre).

15 sepleriibre 1811B. - LLslainisnie el les confréries reli-
gieuses au Maroe (Ed, Cul).

J5 janvier 1902. — Les marches sahariennes (H. Pi non)-

15 février 1902. - Le Maroc cl les puissances européennes
(R. Pinon).

l^' mars 191^3. — Les événements du Maroc (R. Pinon).

1«' octobre 1903. — Figuig el la politique française au
Maroc.

Bntfefîn de la Réunion d'élndea nlfjénetîne.^.
Novembre-décembre 1903. — Conférence sur le Maroc (Ja-
queton).

ftemic de Droit inlernaiionai,
T. XVL p. 213 (1884). — Le Maroc (Castonnet des Fosses).
T. XX VL p. 2^9 (1894). — La question de Melilla et la poli-
tique internationale de l'Espagne (Torres-Campos).



— 7 —

Journal Officiel.

12 mars 1903, 19-24 novembre, 17-18 décembre 1903.
Moniteur universel.

Numéro du 10 juin 1844.
Revue politique et littéraire.

13 janvier 1894. — Espagnols et Maures (Ordéga).
Matin,

25, 26, 27 et 30 janvier, P' février 1904.
Journal (2 décembre 1903).
Eclair (10 et 12 mars, avril 1904).
Temps {1-n avril 1904).

Revue algérienne et tunisienne de jurisprudence.

Février 1904. — Protocole du 20 juillet 1901.
Lois et décrets (Duvergier).

Convention de Tanger (10 septembre 1844).

Traité du 18 mars 1845.

Recueil des traités (De Clercq).
T. I, p. 96. — Traité du 28 mai 1767.

— Convention du 17 mai 1824.

— Convention du 26 mai 1825.

T. XV. — Convention du 26 mai 1863.

La Terre à vol d'oiseau {Berbérie) (E. Reclus).

Grande Encyclopédie. Maroc (H. de La Martinière).

Traités entre la France et le Maroc (Rouard de Card).

La frontière franco-marocaine et le traité de 1901 (Rouard de
Card).

L'empire de la Méditerranée (R. Pinon).

La question du Maroc en 1901 (Sartay).



ff i F i Bir'^ftf B-^



LA QUESTION DU MAROC



CHAPITRE I

Rapports entre la France et le Maroc
DE 1830 A 1880.



Ainsi que Tont avec juste raison fait remarquer, à
la Chambre des Députés, M. Delafosse (séance du 10
mars 1903, Discussion des interpellations sur la poli-
tique extérieure) \ et M. Etienne (séance du 23 no-
vembre 1903) ^ la question marocaine ne date pas,
pour la France, comme on pourrait le croire, de ces
dernières années, mais bien du jour où les troupes
françaises chargées de châtier le dey d'Alger, débar-
quèrent à Sidi-Ferruch, et où nous prîmes pied en
Algérie. Quand nous eûmes résolu de nous installer
à Alger, et sur quelques points du littoral, nous



1. Archives diplomatiques (avril 1903).

2. Journal Officiel (24 novembre 1903). Discussion sur le
budget des affaires étrangères.



1



— 10 —

fûmes obligés, pour assurer la sécurité de ces posses-
sions, de nous enfoncer de plus en plus dans Tinté-
rieur, de passer de l'occupation restreinte à l'occupa-
tion étendue jusqu'au mome.nt où, après bien des
tâtonnements, des demi-mesures, du sang et de l'ar-
gent répandus, nous en vinmes à la conception d'un
grand empire français dans le nord et l'ouest de l'A-
frique ; nous fûmes alors obligés d'occuper la Tunisie,
les oasis sahariennes, de chercher à relier nos colo-
nies du Sénégal et du Niger avec l'Algérie, et main-
tenant il apparaît comme absolument nécessaire pour
le compléter, de nous installer d'une façon ou d'une
autre, dans le Maghreb et Aksa (le couchant ex-
trême, nom arabe du Maroc).

En effet, les frontières entre le Maroc, l'Algérie et
la Tunisie sont absolument artificielles, et tous les
géographes et explorateurs (Gérard Rohlf, E. Reclus)
ont constaté que ces pays forment au point de vue
géographique un tout que les Arabes ont surnommé
l'île du Maghreb ou de l'Occident, séparée du reste
de l'Afrique par cette mer de sable qui est le Sahara,
dont les oasis sont les îles : « Formés, d'une même

ride énorme du sol, l'Atlas, ils se ressemblent

du tout au tout » ' dit Onésime Reclus, climat à peu
près semblable, même système orographique, même.



1. La terre à vol d'oiseau, Berbérie.



— Il —

division en Tell (plaine), hauts plateaux et Sahara,
mais parallèle à la Méditerranée, tandis que les
frontières lui sont perpendiculaires, même flore,
même faune, mêmes races d'hommes, Arabes et Ber-
bères, de même religion, et ayant des rapports cons-
tants entre eux, qu'il s'agisse de guerre ou de com-
merce. Sans le Maroc, l'Algérie-Tunisie « a quelque
chose d'inachevé » \ et tous les peuples qui voulu-
rent s'y établir par l'est ou par l'ouest. Phéniciens,
Romains, Vandales, Byzantins, Arabes, furent for-
cés d'entreprendre la conquête de la Berbérie tout
entière ^. C'est la même nécessité géographique et
politique qui nous pousse aujourd'hui à acquérir au
Maroc une situation prépondérante, et si elle ne
semble dater que de quelques années, c'est parce que
jusque-là, nous avons hésité à agir par crainte de
complications internationales, et que nous n'avons
véritablement que depuis peu de temps la vision nette
de notre rôle politique et économique dans l'Afrique
du nord-ouest. Nous sommes les maîtres incontestés
de l'Algérie, de la Tunisie et du Soudan ; nous avons
mis ces territoires en valeur et nous avons compris
que d'une part la conservation sur notre flanc occi-
dental d'un empire féodal et anarchique, comme est



1. H. de La Martinière, Revue des Deux-Mondes, 15 avril
1897.

2. R. Millet, Revue politique et parlementaire, janvier 1903.



1



— 12 —

actuellement, et de plus en plus le Maroc, est un dan-
ger perpétuel pour la sécurité de notre colonie (et les
événements récents en ont montré Tévidence à To-
pinion publique en France) et, d'autre part, que
l'occupation par une puissance forte, de ce pays plus
riche que l'Algérie, étant mieux arrosée, occupant
une situation merveilleuse au point de vue straté-
gique et commercial à la fois sur l'Atlantique et la
Méditerranée, serait la ruine économique et l'anéan-
tissement de notre empire colonial africain. Donc,
faire cesser l'état d'anarchie du Maroc, le réorganiser
et nous y établir, telle actuellement se pose à nos
yeux la question marocaine. Malheureusement, nous
ne nous sommes pas pénétrés assez rapidement de
cette idée, et nous avons commis, dès nos premiers
rapports avec le Maroc, des fautes qui ont exercé une
influence déplorable sur notre action dans le Magh-
reb.

Jusqu'à la conquête de l'Algérie, nous avions eu
des rapports avec le Sultan du Maroc. La France,
dès le XVP siècle, époque où elle installa un consul
à Tanger (1577), exerça son action au Maghreb
comme dans les autres pays musulmans, elle y fut
la gardienne des intérêts de la chrétienté ; mais,
comme dit M. Pène-Siefert ', c'étaient <( des relations



1. Revue politique et parlent enl aire, août 1903. La poli-
tique française au Maroc.



- 13 -

d'affaires, de bon vouloir réciproque d'où la politique
proprement dite était absente ». Le gouvernement
français fit des expéditions contre les pirates de Salé,
signa des capitulations, traités de commerce, d'a-
mitié, qui contenaient également des clauses concer-
nant la juridiction des consuls et la condition des
Français et protégés français au Maroc, il y eut des
ambassades, dont la plus célèbre fut celle envoyée
par Moulay-Ismaïl sous Louis XIV ; notre influence
y fut prépondérante pendant le XVIP siècle et aussi
sous Louis XVI et Napoléon I", mais s'y trouva dès
cette époque en conflit avec l'influence anglaise qui
finit par l'emporter. Lors de la prise d'Alger, de bons
rapports s'étaient renoués entre les deux pays, et des
traités renouvelant ceux de 1682 et de 1767 avaient
été signés le 17 mai 1824 et le 28 mai 1825. La con-
quête de l'Algérie allait nous mettre dans une posi-
tion spéciale vis-à-vis du Maroc dont nous devenions
des voisins territoriaux (frontière commune de 1.200
kilomètres).

Aussi, lorsque le gouvernement français eût résolu
d'entreprendre l'expédition d'Alger, elle le notifia au
Siiltan Abder-Rhaman en l'assurant des bonnes dis-
positions de la France à son égard, et le sultan pro-
testa à son tour de son désir de rester en paix avec
nous.

Cependant la prise d'Alger causa une vive émotion



1



^ 14 -

dans l'Afrique musulmane, mais, malgré les prédica-
tions des marabouts, contre les Roumis, le sultan
n'osa s'engager dans une guerre contre nous ; son
attitude fut d'ailleurs assez équivoque ; quand il vit
que nous avions l'intention de rester en Afrique, il
chercha à profiter du renversement du dey d'Alger et
des beys turcs pour s'emparer de Tlemcen qui, à .
diverses reprises, avait été occupé par les sultans
marocains ; il y envoya son neveu Moulay-Ali, qui ne
s'en retira que sur les sommations du général Clau-
zel. Des agents marocains se répandaient dans toute
la province d'Oran, et même à Milianah et à Médéah.
Aux observations de notre consul général à Tanger,
Abder-Rhaman répondit que « depuis Constantine
jusqu'à Tlemcen, les Arabes l'avaient reconnu pour
leur empereur, et que la religion lui commandait de
prendre sous sa protection tous les musulmans ». M.
de Mornay lui fut envoyé en ambassade, et le sultan
consentit à renoncer à des prétentions sur l'Algérie
(( pourvu que les Français puissent s'y maintenir ».
En 1836, il s'engagea encore vis-à-vis du baron de
La Rue à reconnaître nos droits sur la régence d'Alger
et à rester neutre. "^

Abdel-Khader et aussi, il faut bien le dire, l'An-
gleterre qui, furieuse de n'avoir pu nous empêcher
de prendre pied en Afrique, cherchait à nous y sus-



- 15 ~

citer des difficultés, allaient amener la guerre \ Tra-
qué par Bugeaud, Abd-el-Khader s'était réfugié au
Maroc, et cherchait à s'y recruter des partisans pour
refaire son armée détruite. Pour obtenir la coopéra-
tion du Sultan, il fît vibrer la corde religieuse, si
sensible dans ce pays fanatique, et, sous peine de se
montrer à ses sujets conmie traître à l'Islam, le sul-
tan dut se mettre à la tête de la guerre sainte. D'autre
part, l'Angleterre croyant que nous n'oserions pas
nous résoudre à une action énergique, et que nous
nous bornerions à de simples notes diplomatiques,
l'encourageait en lui laissant entendre qu'elle inter-
viendrait. Mais quand elle vit que nous déclarions la
guerre ^ et quand les brillantes et rapides victoires
de risly, Tanger et Mogador eurent mis le Maroc à
notre merci, elle effectua un revirement brusque dans
sa politique, et n'eut plus qu'une idée : arrêter la
guerre et empêcher toute cession de territoire à la
France. Lord Aberdeen, ambassadeur d'Angleterre à
Paris, fit part à M. Guizot des feintes inquiétudes du



1. A une question du comte de Clarendon, demandant que
le gouvernement anglais désavoue toute participation à la
guerre franco-marocaine, pour faire taire les accusations de
la presse française, le comte d'Aberdeen répondit très éva-
sivement qu'il y avait de part et d'autre des griefs {Moniteur
universel, n° du 10 juin 1844).

2. Le Sultan voulut nous faire évacuer Lalla-Marnia et fît
attaquer traîtreusement Bedeau et Lamoricière pendant
qu'ils conféraient avec le pacha d'Oudja.




M



f

premier minisire, sir Robert Peel : le gouvernement
français se hâta de le rassurer en déclarant qu'il n'a-
vait aucune intention d'annexer une portion quel-
conque de l'empire marocain ; cette condescendance
vis-à-vis des désirs de l'Angleterre est un des actes
les plus néfastes de cette politique d' (( entente cor-
fliale ^ï, qui a exercé une si fâcheuse influence sur
noire expansion coloniale pendant les règnes de
Louis-Philippe et de Napoléon III. Le ministère
anglais oiïrit alors ses bons offices à Moulay Abder-
raman et lui conseilla d'accepter les propositions de
paix que lui faisait notre ambassadeur, M. de Nion.
Il y eut deux traités, l'un signé à Tanger, le 10
septembre 1844, l'autre, destiné à compléter le pré-
cédent, à Lalla-Mamia, le 18 mars 1845. — En
plus des clauses concernant la cessation des hostili-
tés, ils contenaient des articles déterminant la fixa-
tion d'une frontière entre nos établissements et l'Em-
pire marocain ; mais étant donné la nature du
pays, elle ne fut réellement déterminée que de la mer
à un point nommé Téniet el Sassi. L'embouchure
d'une petite rivière, l'Oued Kiss, fut choisie comme
point de départ, ce qui a depuis soulevé de vives
polémiques. On a prétendu que, d'après les précé-
dents historiques, la limite aurait dû être la rivière
la Moulouya qui, du temps des Romains, séparait les
deux Mauritanies, mais en réalité, ainsi que le dé-



— 17 -

clarent MM. Augustin Bernard ' et deXa Martinière ^
il n'y a jamais eu de frontière historique entre les
états musulmans du Maghreb, le royaume de Tlem-
cen a sans cesse été disputé entre les souverains d'Al-
ger et de Fez, et Oudja avait été conquise en 1795,
ainsi que la ligne de la Moulouya, par le Sultan Mou-
lay Sliman. Mais des considérations géographiques
et stratégiques auraient dû nous faire accorder cette
frontière d'où nous pouvions à volonté menacer Fez
et le cœur du Maroc. — Au delà de ce point, le traité
se contentait de partager assez arbitrairement entre
le Maroc et la France des Ksours et des tribus dont les
territoires de parcours étaient absolument enchevê-
trés, et nous reconnaissions comme marocains, les
Ksours d'Ich et de Figuig qui, géographiquement,
dépendent de l'Algérie et, historiquement, étaient, à
part quelques tentatives marocaines, restés totale-
ment indépendants. Quant à l'extrême-sud, les deux
contractants renonçaient à en opérer le partage sous
prétexte qu' « il ne contenait qu'un désert inhabité » \
— Enfin, Abd-el-Khader et ses partisans devaient
être mis hors la loi ; les indigènes isolés prouvaient
se transporter librement d'un pays dans l'autre, mais



1. Augustin Bernard, Evolution de la question marocaine
{Archives diplomaliques, avril 1903).

2. H. de La Martinière, Grande Encyclopédie, Maroc.

3. Traité de 1845, art. 5.

Bourassin. 2



- 18 -

chaque état avait le droit de police sur les tribus qui
lui avaient été attribuées, même lorsqu'elles se trou-
vaient dans des régions occupées également par les
tribus appartenant à l'autre Etat ; c'est ce qui a été
appelé le droit de suite.

Tout a été dit contre ce malheureux traité et son
négociateur ; il est certain qu'il est assez peu satis-
faisant, et que le comte de La Rue, notre plénipoten-
tiaire, a été absolument trompé par Ahmida ben Ali,
le plénipotentiaire marocain. — Nous aurions dû
garder Oudja, que nous occupions alors, avec la ligne
de la Moulouya comme frontière ' et déclarer dans
la zone d'influence française Ich, Figuig et les autres
Ksour du Sud-Algérien. M. Guizot ne voulut même
pas, comme le proposait le prince de Joinville, faire
payer au Maroc une contribution de guerre de douze
millions. Il répondit que la France était assez riche
pour payer sa gloire.

Mais il faut faire la part des circonstances ; le gou-
vernement voulait être modéré pour ne pas mécon-
tenter l'Angleterre et une partie du Parlement et de l'o-
pinion opposée à la politique coloniale, qui ne voyait
dans la conquête de l'Algérie qu'une source de sacri-
fices onéreux et inutiles. Le traité fut conclu avec
trop de rapidité. Guizot donna à notre plénipoten-



1. C'est ce que demanda en vain le maréchal Bugeaud.



— 19 —

tiaire des instructions lui enjoignant de demander
pour la France les mêmes droits territoriaux que les
Turcs, mais, comme nous les ignorions, et qu'ils
n'avaient d'ailleurs jamais été bien déterminés, le
comte de La Rue s'en remit aux Marocains et les
laissa seuls juges de ces droits sans même chercher
à reconnaître si leurs prétentions étaient fondées, ni
consulter les indigènes intéressés. « Enfin, il apparaît
jusqu'à l'évidence que la reconnaissance des points
assignés par la convention n'a pas été faite sur
place ». On a également critiqué le silence absolu du
traité sur le Sahara algérien, mais nous ne les con-
naissions guère à ce moment, et nous ne songions
qu'à nous débarrasser d'Abd-el-Khader et à assurer,
par la pacification des Hauts Plateaux, la sécurité de
nos établissements naissants du Tell : nous voulions
seulement faire reconnaître notre domination sur nos
nouveaux sujets et constituer un rideau protecteur
de tribus soumises pour nous garantir contre les
tribus pillardes du désert '. — Les traités entraînaient
la reconnaissance formelle par le Sultan du Maroc
de notre occupation de l'Algérie, ce qui était un ré-
sultat important vis-à-vis des indigènes, étant donné
son prestige religieux. Enfin, si les limites qu'ils don-



I. H. de La Martinière, La convention de Lalla-Marnia et
la frontière algérienne de l'Ouest {Revue des Deux-Mondes,
15 avril 1897).




- 20 -

naient manquaient de précision, ils présentaient du
moins l'avantage de nous laisser le champ libre, de
réserver l'avenir et surtout la possibilité d'une action
ultérieure.

« La convention fut à peu près ce que les circons-
tances permettaient alors qu'elle fût. S'il y a eu faute
elle est sortie tout entière de la situation poli-
tique et militaire que nous avions à cette époque en
Afrique » '. — Les traités n'étaient donc pas si mau-
vais qu'ils le semblaient, mais, par malheur, l'exé-
cution, qui aurait pu corriger ce qu'ils avaient de
défectueux, fut déplorable et aggrava au contraire
les erreurs contenues dans leurs dispositions.

D'abord, nous n'obtînmes pas immédiatement
qu'Abd-el-Khader nous fût livré, et, en 1845, Bu-
geaud fut même sur le point de recommencer à ce
sujet la guerre avec le Maroc. Ce n'est qu'en 1847 que
le Sultan, sur les conseils d'un Français, M. Léon
Roches, commençant d'ailleurs à être inquiet de la
popularité de l'émir, et se sentant menacé par ses
intrigues, se décida à envoyer contre lui une armée
commandée par ses deux fils, ce qui le força à rentrer
en Algérie où, traqué par Bugeaud, il dut se rendre
à Lamoricière (23 décembre 1847), ce qui entraîna la
soumission de l'Algérie presque tout entière.



1. H. de La Martinière, id.



:^'^^s:?î^--^



— 21 —

Ensuite, ce qui peut paraître contradictoire, la
France agit de telle façon qu'elle fut gênée autant par
l'existence d'une ligne frontière de l'Oued Kiss à ïé-
niet et Lassi que par son absence au delà. Car là où
il y avait une frontière, elle fut perpétuellement vio-
lée par les pillards marocains qui, leurs razzias ache-
vées, rentraient sur leur territoire où nous n'osions
les poursuivre, et dans les régions où aucune limite
n'était fixée, les autorités françaises, désireuses de
déterminer d'une façon précise le territoire de l'ordre
duquel elles étaient responsables, établirent une ligne
idéale qu'elles respectèrent au point qu'elle fut bien-
tôt regardée comme réelle, même par les puissances
étrangères, et qu'il en résulta bientôt des complica-
tions diplomatiques toutes les fois que nos troupes la
franchirent.

Cependant, malgré les demandes des généraux,
comme Pélissier en 1849, et Cérez en 1879, le gouver-
nement français refusa toujours d'entamer avec le
gouvernement marocain des négociations pour créer
une frontière précise dans l'espoir de rattacher à
notre influence les tribus parcourant ces régions. Il
y eut toujours à ce sujet des divergences d'opinion
entre les officiers, les administrateurs et les diploma-
tes. — Il est vrai qu'il était impossible de délimiter
véritablement ces steppes où n'avaient jamais dominé
réellement ni les beys turcs, ni les sultans marocains ;




— 2-2 —

mais il ne fallait pas non plus que Tordre soit sans
cesse troublé par les tribus pillardes qui les habi-
taient, il aurait fallu une action combinée énergique
des troupes françaises et marocaines, un condomi-
nium : chacun des deux Etats aurait dû profiter de
son droit de suite. Mais le Sultan qui, à cette époque,
pouvait déjà si difficilement se faire respecter dans
l'intérieur de son empire, était totalement impuissant
dans ces régions qu'il s'était si délibérément attri-
buées : donc, pas plus que les puissances europé-
ennes, il ne devait avoir le droit de protester lorsque,
la France se basant sur la nécessité d'assurer la sécu-
rité de ses nationaux, ferait seule la police des zones
frontières, limitées ou non. — Ces expéditions fré-
quemment répétées auraient eu le résultat qu'espérait
le gouvernement quand il refusait de fixer des limites
d'accord avec le Sultan ; elles auraient établi notre
prépondérance sur toutes ces tribus, et le Maroc n'au-
rait pu que s'incliner devant le fait accompli. Mais,
de peur de mécontenter l'Angleterre, Louis-Philippe
et Napoléon III n'osèrent jamais autoriser cette
expansion bien légitime de notre influence, ni même
exercer le droit de suite avec toute l'étendue que nous
accordaient les traités. — Nous ne nous décidâmes
que trois fois à en user : en 1846, Cavaignac fit une
expédition contre Abd-el-Khader, en 1859, le géné-
ral de Martimprey opéra contre les Mehaia, Angad



L *i:'%(jmi."H?%Xi-P,J



— 23 —

et Beni-Snassen des environs d'Oudja, el en 1870, le
général de Wimpfen poursuivit les Ouled-sidi-Cheikh,
Doui Menia el Oulad Djerir jusqu'à Aïn-Chaïr, au
delà de Figuig. Par respect pour les traités, nous
n'occupâmes pas ce Ksar, mais nous aurions dû gar-
der ceux de Kenadsa et El Bahariat, dont nous nous
étions emparés ; nous aurions pu ainsi nous protéger
efficacement contre toutes les attaques des tribus
sahariennes, et les traités de 1844 et 1845 auraient
tourné absolument à notre avantage.

Mais par malheur éclata à ce moment la guerre de
1870, et les désastres qu'elle occasionna compromi-
rent gravement le prestige de la France et arrêtèrent
momentanément notre expansion coloniale. Après
avoir réprimé l'insurrection de Kabylie, nous adop-
tâmes en Algérie une altitude passive absolument
néfaste, dont le Sultan Moulai-Hassan profita pour
établir son autorité sur les régions où la nôtre ne se
faisait plus sentir. Nous en arrivâmes à les considérer
nous-mêmes comme marocaines et en 1877, ce fut le
Sultan qui, à son tour, demanda à notre ambassa-
deur, M. de Vernouillet, la fixation des limites dans
le Sud. — (( Il finit par apprendre de nous à tirer
parti du traité de 1845 pour rendre effective la souve-
raineté assez vague qu'il avait exercée jusqu'alors
sur les tribus des régions frontières. C'est ainsi que
par une conception maladroite de notre politique




^ 24 -

africaine, nous avons fini par élever contre nous-
mêmes ries obstacles qu'il nous a fallu, plus tard,
renverser à grand peine jj ' (R. Pinon).

Les h'ibus limitrophes ile l'Algérie purent donc
impuaéHient muUi]>lier les coups de main sur notre
territoire, nous prîmes Tli altitude au lieu de les pour-
suivre, de demander des indemnités au Sultan par
voie diplomatique : celui-ci commençait par chica-
ner sur la somme l'échimce, puis faisait piller par son
armée une tribu faible quelconque, car le plus sou-
vent il n^élail pas assez puissant pour attaquer les
vrais coupables, et se procurait ainsi l'indemnité dont
le paicmenl le consacrait maître à nos yeux et à ceux
des puissances d*une région où son autorité s'exer-
çait peu ou point. Bien plus, quand les troupes fran-
çaises avancèrent de nouveau dans le Sud, il protesta
par voie diplomatique et il trouva des échos en
Angleterre et en Hspagne contre ce qu'il qualifiait de
violation de frontière et d'occupation de territoires
relevant de son empire. Ainsi donc, non seulement
nous avions créé au Maroc une frontière avanta-
geusCj reconnu comme relevant de son souverain
des régions où il n'exerça if aucune influence, mais
nous en arrivâmes à nous persuader et à persuader



L Les marches sahariennes (Revue des Deux-Mondes, 15
janvicT 1902).




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l^lLNU«IIJ«ll..l



— 25 -

les autres états qui ne demandaient d'ailleurs pas
mieux, que des territoires qui ne relevaient politi-
quement de personne, et géographiquement de l'Algé-
rie, appartenaient au Sultan. C'est ainsi que pendant
vingt ans fût entravée notre expansion dans le sud de
nos possessions et que fût créée ce qu'on a appelé la
question du Touat.



\



\




CHAIMTHE II
La question du Touat



On donne le nom général de Touat au chapelet
d'oaï^is qui s'éfend le long de Toued Saoura, d'Igli à
In-Salah, dans la dirertion nord-ouest sud-esl, elcom-
]>ï'enanl en réalité trois gioupes : le Gourara, le plus
septenfrional, le Tonal, au c entre, et le Tidikelt, au
sud. Géogï'aphiquemeiit, il n' y a pas d'hésitation à
avoir, ces oasis sont sur les méridiens des provinces
ilOran et d'Alger, dont elles constituent l'hinterland.
Hisioriquemenl, ce pays fut conquis et occupé tempo-
raireoient par le Sultan Moulay Ahmed el Mansour
en 1588, et en 1808, par Moulay Sliman, mais les Ma-
rocains n*y étaient pas reparus depuis, et le traité
de 1845 n'en faisait aucune mention, Ahmida ben Ali
ayant déclaré, probahlement pour soustraire à notre
influence des pays où son maître espérait revenir
opérer quelques pillages, qu'ils étaient absolument
inhabitables et '* que la (îé limitation en serait super-
flue H. En réalité, ces oasis sont peuplées d'environ
100.000 habitants qui, au moment du traité de 1845,



— 27 —

étaient nominalement vassaux des Touaregs Ahag-
gar, donc absolument indépendants des Marocains ;
à peine le Sultan y avail-il une vague influence reli-
gieuse. Les Turcs, au temps de leur domination, ne
s'étaient jamais avancés aussi loin ; les habitants,
Ksouriens et nomades, étaient berbères ou nègres,
mais étaient en rapports commerciaux avec les villes
des hauts plateaux. Le pays était donc bien res nul-
lius et, comme il dépendait géographiquement et
commercialement de nos possessions, qu'aucun traité
n'en disposait au profit d'une autre puissance, il sem-
ble bien qu'il nous appartenait sans contesté. Il n'a-
vait pas grande valeur par lui-même, on a reconnu
qu'on s'était fait beaucoup d'illusions sur la richesse
des oasis et le commerce du Soudan, mais leur im-
portance stratégique est très grande pour la tranquil-
lité de nos possessions d'Algérie et de Tunisie, et
leur liaison possible avec le Sénégal et le Soudan.
Pourquoi, cependant, faut-iLparler du Touat, même
d'une question du Touat, à propos de la question
marocaine? Comment a-t-on pu craindre des com-
plications internationales à propos des oasis de l'hin-
terland algérien? C'est un curieux mélange d'igno-
rance, d'illusions et de maladresses dont le résultat
fut de retarder l'occupation de ces pays et d'en rendre
la conquête plus difficile lorsque la France l'entre-
prit.



— 28 —

Après avoir occupé le Tell, puis les Hauts Pla-
teaux (seules contrées visées par les traités de 1844-
184o), il nous fut nécessaire de nous étendre dans le
Sahara algérien, toujours pour assurer la sécurité
de nos établissements : c'est une loi fatale pour tous
les conquérants. Nous nous alliânfies avec la tribu
des Ouled-Sidi Cheikh, puissants alors dans le Sud-
Oranais ; un de leurs chefs, Si Hamza, s'empara
pour nous d'El Goléah, et le commandant Colonieu
s'avança, en 1860, jusqu'au Touat où il fut d'ailleurs
assez mal reçu par les Ksouriens, qui lui répondirent
qu'ils ne voulaient pas plus dépendre du Maroc que
de la France (cependant en 1857, quelques oasis
avaient fait des propositions de soumission). Une
nouvelle mission, dirigée par le général de Colomby,
fut envoyée en 1862. Malheureusement, notre rup-
ture avec les Ouled-Sidi-Cheikh qui s'insurgèrent en
1864, notre inaction à partir de 1870 (sauf la visite
d'El Goléah par le général de Galiffet en 1873), arrê-
tèrent notre expansion dans le. Sud dont la consé-
quence logique aurait été la prise de possession des
oasis sahariennes.

Les années 1880 et 1881 allaient être fatales pour
nous : au Maroc, l'Espagne allait obtenir la réunion
d'une conférence internationale, dont le plus clair
résultat allait être de limiter le nombre de nos proté-
gés, la plupart du temps excellents agents de pro-



mm^



— 29 -

pagande française. D'autre part, nous allions com-
mencer à souffrir des fautes de notre politique mu-
sulmane en Algérie. A cette époque, sous prétexte
d'idées de liberté et d'égalité, avec cette tendance a
la généralisation et à l'abstraction si fâcheuse en
manière de politique coloniale, cette ignorance des
« réalités locales » ' qui nous poussent à vouloir con-
sidérer tous les hommes comme ayant un intellect
semblable au nôtre, nous avions donné les droits de
citoyen aux juifs d'Algérie ; certains demandaient
qu'on les donnât à tous les indigènes ; d'autre part,
les grands chefs indigènes étaient écartés des fonc-
tions administratives sous prétexte que nous ne pou-
vions tolérer plus longtemps une « féodalité », que
nous devions émanciper la plèbe algérienne ; enfin,
l'armée d'Algérie, et surtout les bureaux arabes qui,
malgré quelques erreurs, avaient rendu d'immenses
services à la colonisation, qui avaient véritablemenl
établi le contact entre nous et les indigènes, étaient
tenus en suspicion par les démocrates avancés, qui
attaquaient violemment le « régime du sabre » dans
ce pays où il est pourtant si nécessaire d'être fort
pour être respecté. Les grands chefs furent rempla-
cés par des indigènes qui, pour n'être pas d'aussi
illustre naissance, n'en furent pas moins rapaces et



1. R. de Caix, La marche vers le Touai {Bulletin du Comité
de VAfrique française, avril 1900).






— 30 -

concussionnaires, et la plupart des officiers des bu-
reaux arabes le furent par des fonctionnaires civils
généralement inexpérimentés. Le résultat fut un mé-
contentement général : les grands chefs pour être
écartés du pouvoir, le peuple pour être exploité par
les fonctionnaires indigènes ou mal gouvernés par
des administrateurs civils sans prestige ; aussi quand,
en 188], un marabout surnommé Bou-Hamama, se
mit à prêcher la guerre sainte dans le Sud-Oranais,
il y trouva de nombreux partisans, et naturellement
il fut appuyé par les soi-disant Marocains de Figuig.
Heureusement, une répression énergique empêcha
l'insurrection de s'étendre, mais nous n'osâmes pour-
suivre les insurgés ni à Figuig, ni dans les oasis saha-
riennes où leur chef Bou-Hamama s'était réfugié. Ces
oasis ne tardèrent pas à devenir, comme l'était déjà
Figuig, la citadelle et l'asile de tous ses adversaires ;
à l'instigation de Bou-Hamama, établi à Deldoul, se
produisirent des agressions continuelles contre nos
soldats et sujets indigènes ; déjà, le massacre de la
mission Flatters (envoyée pour reconnaître le tracé
du Transsaharien), accompli par les Touaregs en
1881, avait été conseillé par les Ksouriens.

Il devenait absolument nécessaire d'agir, et cepen-
dant l'occupation du M'Zab en 1882 marqua la fin de
notre marche vers le Sud. La politique coloniale
était en défaveur complète dans une partie du pays.



- 31 —

J, Ferry qui, lui, avait la compréhension du rôle que
devait jour la France dans FAlrique du Nord, qui
voyait à juste titre dans la créa lion d'un empire colo-
nial, le moyen de nous relever de nos désastres d'Eu-
rope, était violemment attaqué pour avoir fait occu-
per la Tunisie complément nécessaire de TAlgérie
à Test ; el nous refusions, à la même époque, de coo-
pérer à l'action en Egypte de TAngleterre {à la grande
satisfaction de celle-ci d'ailleurs). La situation intolé-
rable du Sud-Algérien passa donc inaperçue en
France, et les pillards du désert purent perpétrer en
paix leurs attentats. Bien mieux, la plupart des Fran-
çais, ignorant la géograpiiie, confondant Figuig eî
le Touat, y virent, les uns des possessions marocai^
nés dont Toccupation serait une atteinte au statu quo
de celte puissance, et par conséquent serait la cause
des graves difficultés internationales, les autres des
territoires contestés entre la France et le Maroc, sur
lesquels les deux parties avaient des droits.

Au Maroc, régnait alors (depuis 1873) Moulay-
Ilassan, sultan intelligent et énergique^ qui, après
avoir guerroyé contre toutes les tribus rebelles de
son empire, était parvenu à y établir une certaine
unité et rêvait alors d'étendre son empire. Il jeta les
yeux sur ces oasis que ses ancêtres avaient occu-
pées. Comme, d'autre part, les Ksouriens ne pouvant
croire à Tinaction de la France, craignaient d'être un




- 32 -

jour punis de leurs attentats et cherchaient des pro-
tecteurs contre nous, ils se tournèrent vers le Sultan
du Maroc qui, jusque-là, leur avait été complètement
indifférent et se rappelèrent alors qu'il était leur ché-
rif, le défenseur de la foi du Prophète et de ses fidèles.
Tant qu'à ne plus être indépendants, ils préféraient
être sous la domination du Sultan, qu'ils espéraient
d'ailleurs devoir être moins effective que celle de la
France. Donc, erreur et inaction du côté français.
Manœuvres d'abord cachées, puis au grand jour, du
côté marocain. Telle allait être la question du Touat
qu'on peut dire créée par notre politique qui, vou-
lant (( avoir peur quand même », s'ingénia à trouver
partout des prétextes pour ne rien faire et inventa
des Marocains jusqu'au Touat, où leur présence ne
tarda pas à devenir une réalité. On avait déjà vu
des preuves de cette illusion quand il fut question de
demander le passage au Sultan du Maroc pour cons-
truire le Transsaharien, et de faire représenter par un
marocain les quelques Ksouriens établis en Tunisie,
mais cela fut plus apparent encore en 1883 lorsque
les dissidents Ouled-Sidi-Cheikh ayant obtenu le par-
don (aman), et étant rentrés en Algérie, voulurent
faire preuve de zèle en nous proposant de reprendre
la politique de leurs ancêtres et de conquérir pour
nous le Gourara. Le gouvernement français refusa




^mmmmmmm^m



- 33 -



v\



de peur « d'éveiller la susceptibilité du gouverne-
ment marocain » \

Celui-ci n'allait d'ailleurs pas avoir cet excès de
scrupules. Comme nous l'avons dit précédemment,
les Touatiens étaient en grande partie disposés à in-
voquer la protection du Sultan, et un parti marocain
se constitua dans les oasis. Bou-Hamama prit la
direction du mouvement, et après le meurtre du lieu-
tenant Palat, en 1886, qui fit de nouveau craindre une
intervention française, ils se décidèrent à envoyer
une mission à Moulay-Hassan (1887). Celui-ci était
-^ioui dispose a profiter de la situation et à établir sa
suzeraineté sur le pays, mais à ce moment, le minis-
tre français, M. Féraud, inquiet de cette mission, lui
ayant fait des observations, le Sultan, auquel l'expé-
dition de Tunisie avait donné à réfléchir, nia absolu-
ment tout projet d'intervention au Touat. Il se con-
tenta d'encourager les Ksouriens dans leur hostilité
contre la France, mais sans agir, et il parvint ainsi à
endormir la méfiance de notre diplomatie. En 1888
et 1889, il se décida à envoyer officieusement quel-
ques marocains dans les oasis pour tâter le terrain,
mettre à profit les divisions locales et les passions
religieuses *.



1. R. de Caix, La marche vers le Touat {Bulleiin du Comité
de VAfrique française, avril 1900).

2. En 1889, assassinat de C. Douls à In Salah.
Bourassin. 3



^ 34 ^

En Algérie, les aulorités civilei^ el militaires n'igno-
raient rien des inenées marocaines, commençaient à
s*en inquiéter et étaient (Favis d'agir, ^t Malheureu-
seraenl, dil \L Sarlay \ il se créa un antagonisme
complet enlre les provinces d'Alger el d'Oran. Le
manque d'autorité et de décision aux degrés élevés
de la hiérarchie, les rivalités d'ambition et les diver-
gences d'opinion en bas, empêchaient tous les projets
d'aboutir n. Il semble, en effet, que chacun a cherché
à compliquer à plaisir cette question si simple au
début ; presque tous voyaient la nécessité d'une
prompte solution ; mais tandis que le pouvoir civil
voulait la conquête des oasis par les indigènes pour
notre compte et la forma ï ion d'un empire arabe vas-
sal, la direction du 19" corps voulait une grande expé-
dition, et le service des afïaires indigènes, la con-
que te par la création de postes et des raids accomplis
par les goums indigènes dirigés par des officiers
français ; le gouvernement de la Métropole recevait
les rapports contradictoires sui* la question, redoutait
des dépenses trop fortes, et, d'autre part, notre diplo-
matie craignait des difïicultés de la part du Sultan
soutenu en sous main par l'Angleterre et l'Espagne,
qui, pour entraver notre action en Afrique, ne ces-
saient de dénoncer nos prétendus desseins de noua



1. Sarlay, La question du. Maroc en Î90î.



— 35 —

emparer non seulement du Toual^ mais encore du
Maroc.

M. Tirman, alors gouverneur de l'Algérie, était
partisan d'une action au Touat avec le concours des
Ouled-Sidi-Cheikh, et voulait lui-même prendre la
direction de cette « conquête pacifique », Mais le mi-
nistère -de la guerre et l'état-major en décidèrent au-
trement : MM. de Freycinet et de Miribel firent le plan
d'une expédition comprenant 3.000 hommes qui de-
vait s'avancer par la Zousfana et la Saoura, et occu-
per les oasis (le plan était logique, parce qu'on sépa-
rait ainsi immédiatement le Touat du .Maroc) : M. Tir-
man fut rappelé, on fit des préparatifs militaires,
mais le 13 décembre 1890 l'expédition fut conti^man-
dée par décision du conseil des ministres, par crainte
de complications diplomatiques. Mais alors les Ksou-
riens, ayant vent de ces projets, eurent véritablement
peur 4e nous voir arriver, et le parti marocain devint
encore plus puissant. Bou-Hamama noua des rela-
tions avec les Derkaoua du Tafilelt et fit envoyer une
nouvelle députation au Sultan alors à Mequinez (ou
Meknès). Celui-ci, fort de l'appui secret de nos ri-
vaux européens, des illusions de certains hommes
d'Etat français sur des droits à la possession des
oasis, de notre indécision et de notre politique timo-
rée ressemblant singulièrement à de l'impuissance,
n'hésita plus, il émit catégoriquement ses prétentions



r



I



- 36 -

sur la région, déclara le Touat possession marocaine
et y envoya ou y nomma des caïds.

Cependant, un mouvement d'opinion avait lieu en
France, en faveur de la pénétration dans le Sud-Al-
gérien, tous ceux qui s'intéressaient à notre avenir
colonial ne cessaient de montrer les dangers que pré-
sentaient, pour la sécurité et l'expansion de l'Algérie,
les agissements du Maroc, et de ses conseillers euro-
péens ; ils insistaient pour une action prompte et
décisive. La seule satisfaction qui leur fût donnée fût
la création d'un poste permanent à El Goléah (mai
1891), commandé par un officier énergique et expé-
rimenté, le capitaine Lamy. Celui-ci, dans ses lettres
écrites en juin et juillet 1891, fait connaître que des
renseignements lui arrivent du Gourara où nous
avions quelques partisans, lui annonçant l'arrivée de
cavaliers du maghzen et regrette de n'avoir pas cent
hommes de plus pour occuper les oasis et en finir
avec les intrigues marocaines. A son avis, il n'y avait
aucun lien entre les différents ksours, la majorité de
la population était hésitante, ne tenait pas plus à la
domination française qu'à celle du Maroc, mais se
résignerait à se soumettre à celui des deux qui arri-
verait le premier en force. — Il ne fut pas non plus
écouté, et le gouvernement continua à laisser le
champ libre à Bou-Hamama et au parti marocain.
Le 14 novembre, M. Yves Guyot présenta un projet



-^^7^



— 37 -

de loi tendant à porter à 600 hommes la garnison d'El
Goléah, et à prolonger le chemin de fer d'Aïn-Seïra à
Djenien-bou-Resk ; ce fut tout ce que fit le gouverne-
ment. C'est alors qu'une mission marocaine compre-
nant le fekhi el Rachidi, secrétaire d'un vizir du Sul-
tan, le caïd Bou-Aza et un chérif de la famille trOuez-
zan, hostile à la France, accompagnée de quelques
soldats, organisa une véritable campagne contre
nous, convoquant des notables, construisant des kas-
bah (fortins), réquisitionnant et molestant tous ceux
qu'on supposait favorables à la France. La garnison
de Figuig (mai 1891) était renforcée et on parlait de
l'arrivée du Sultan.

Ces agissements eurent leur écho à la Chambre des
Députés en France, où AI. Deloncle, le 26 octobre
1891, posa à M. Ribot une question sur la politique
française au Touat ; M. Ribot lui répondit que l'ar-
rangement franco-anglais qui avait été signé Tannée
précédente ' (5 août 1890) avait consacré rinfluencc
de la France sur ces régions où la suzeraineté maro-
caine n'existait plus depuis longtemps, et qui avaient
été laissés en dehors du traité de 1845. Il ajouta qu'il
n'y avait dans l'action au Touat qu'une simple ques-
tion de <( police algérienne ».

C'était une vue très nette de la situation qui mon-



1. « Art. 2. — Le gouvernement de S. M. Britannique re-
connaît la zone d'influence de la France au Sud de ses pos-



— 38 —

Ira il bien que nous étions chez nous et, libres d'agir^
que personne, ni Maroc, ni Angleterre, n'avait le
droit de nous en demander tomple. Pourquoi, ayant
le droit et les (rai tés pour nous, alors que la sécurilé
non seulement du sud, mais de TAlgéne toul entière
était en cause, n'avons-nous pas terminé d'un coup
celle question que nous avions créée par nos craintes,
noire ignoran(x% nos hésitai ions cl nos demi-me-
sures ?

Cependant, M. Cambon, nommé gouverneur de
TAlgérie (18 avril 1891), continua la politirpje de son
prédécesseur, M. Tirman, et rhercba à agir du mieux
qu'il jull : puisque le gouvernemenl hésitait, ne ré-
pondait pas à ses demandes d'intervention, il mil tout
en œuvre dans la limite île ses pouvoirs, pour con-
trecarrer Taction marocaine dans les oasis et y éta-
blir rinfluence française.

La mission marocaine avail mécontenté beaucou|>
les Toualiens par sa rapacité, et son succès ne fut pas
si bi'illant que le Sultan l'aurait voidu : en réalité, si
le Tidikelt lui était favorable, le Gourara comprenait
pluiôt les partisans de la France^ et le Touat propre-
ment dit voulait rester indépendant. Le Sultan eut
cependant Tarrogance de déclarer e M. Souhard,
chargé d'affaires de France, ses prétentions sur les



sessions méditerranéf^nnes jusqu'à une ligne de Say sur ïe
Niger h Barroua sur ïe lac Tctiad &.



~ 39 —

oasis, s'engageant d'ailleurs à y faire la police et à
écouter les griefs de la France contre eux. Mais, M.
Souhard refusa formellement d'entrer en pourpar-
lers au sujet de ces régions que la France regardait
comme dépendant d'elle.

M. Cambon résolut alors d'envoyer à son tour dans
les oasis une mission composée d'indigènes dévoués
à la France ; il eut à Alger, puis à El Goléah, une
entrevue avec le Chérif marocain d'Ouezzan, Si-el-
Hadj-Abdessalam, protégé français depuis 1884,
l'Agha de Géryville ; des délégués des Oluled-sidi-
Cheick et de quelques Ksours du Touat, où les mara-
bouts Ouled-sidi-Gheick et le chérif d'Ouezzan avaient
des ressortissants religieux. Ces personnages se ren-
dirent en mission au Touat (décembre 1891-janvier
1892), mais n'obtinrent que peu de succès ; il leur
aurait fallu l'appui de goumiers indigènes ; seules, les
petites tribus de Khénafsa et de Meharza se décla-
rèrent favorables à la France : c'était l'échec de la
politique de pénétration pacifique en faisant agir seu-
lement l'influence religieuse ; elle ne pouvait être
qu'une préparation à une action finale et décisive.

L'année 1892 fut marquée par l'envoi d'une nou-
velle mission marocaine, cette fois avec des caïds
nommés par le Sultan ; les Anglais annoncèrent
même que la prise de possession des oasis était un



"Tnsw^psE^sw^^




— 40 —

fait accompli, et que la France y avait consenti \ M.
Cambon en revint alors au projet de conquête par les
indigènes et de création de fortins qui serviraient
de bases d'opérations à une action ultérieure plus
décisive. Le service des affaires indigènes prépara
d'une façon progressive et judicieuse le jalonnement
des voies d'accès des oasis. Il fit construire un bordj
à Hassi-Hinifel, à 80 kilom. au sud d'El-Goléah. Un
envoyé du caïd marocain d'In Salali voulut faire ces-
ser les travaux, il fut éconduit, ce qui n'empêcha pas
le Sultan de faire ré[)andre le bruit qu'il avait arrêté
une colonne française en marche sur les oasis. Il
eût même l'audace de nous faire à son tour des obseï'
vations sur nos empiétements dans le Sud. Sidi Mo-
hammed Torrès, son délégué à Tanger, et Si-Fed-
doul-Gharnit, son ministre, protestèrent contre la
construction de nos bordjs qu'il assimila à une viola-
tion de frontière. M. Souhard lui répliqua par un re-
fus absolu de discuter avec lui sur une question
purement algérienne (nous aurions semblé alors lui
reconnaître une apparence de droits). M. Loubet,
alors ministre, déclara « qu'il fallait considérer le
Touat comme relevant de la France, et que nous
pourrions régler cette affaire au moment qui paraî-
trait le plus opportun et par des moyens dont nous



1. Bulletin du Comité de VAfrique française, septembre
1892.




U ■!» 1 II ■■il I



^^B^rm^Êmmfmfi^^



— 41 —

n'avions à rendre compte à pei'soune ^k Mais une
occupation effective valail mieux que les affirma lions
de droil les plus solennelles. Le Sultan, qui le com-
prenait mieux que nous, se décifla alors à frapper
un gr"an<i coup pour assurer la prépondérance maro-
caine encore mal établie malgré lous les efforts ; il
vint avec son armée dans le rafilell en juillet 1893,
après avoir soumis des tribus jusque-là hostiles,
comme les Derkaoui du Medaghara. Le but avoué de
son expédition était de faire un i>éierinage sur les
tombes de ses ancêtres les t^boiia Filali, mais le but
réel élail de grouper autour de lui par le sentiment
religieux, f^eul lien de toutes ces tribus *< le faisceau
jiiHque-là im peu cpars et relâché des diverses influen-
ces dont il disjïor^ail dans le Sahara et le Sud de son
emjiire ?> '. Celait une politique hardie el dangereuse
[>our nous ; ce voyage eut un relcnlissement énorme
dans tout le Suri, même chez nos indigènes algériens,
le Sultan usa habilement de sa suzeraineté religieuse,
de sa qualité de descendant du Prophète el il est pro-
bable que par nos hésitations, le Touat allait être
perdu pour nous, que la route du Sahara allait nous
être définitivement coupée, quand une diversion inat-
tendue nous sauva.

A la suite d'un incident de frontière à Melilla
(octobre 1893), l'Espagne déclara la guerre au Ma-



1» Bulletin du Comité de P Afrique française, septembre 1903.




— 42 —

rrn' ; le Sultan dut abandonner précipitamment le
Tiifilelt avant d'avoir pu recueillir les fruits de son
iv\|if*dilion, d'avoir établi définitivement son autorité,
iTLivoir rallié toutes les tribus hésitantes ou rebelles.
Cependant, M. Cambon continuait par la constnic-
liMii des forts Mac-AIahon et Miribel, au sud d'El-
*Hileah, du chemin de fer d'Aïn-Sefra à Djenien-bou-
Hk -kj la création de troupes sahariennes, l'extension
'l< - f-elalions par caravanes avec le Gourara et le
I sililelt (malgré l'opposition d'El Amrani que le Sul-
laii y avait laissé comme gouverneur), à user de tous
Ir- jnoyens en son pouvoir. Mais dans la Métropole,
N m jours mêmes Icrgiversalions sans résultat, même
iiH riie. M. Cambon alla à El Goléah, mais fut rappelé
A Atger, le gouvernemeni ayant jugé dangereux son
pff^jet d'expédition par les Ouled-Sidi-Cheikh. On
ilr^tutait mainlenant un vaste projet d'expédition en
huis colonnes qui, sous le commandement du colonel
Ihilier, devait marcher sur In-Salah, Timinimoun et
f iiiimi. Les ordres du mouvement furent donnés,
iiifiis des considérations de politique extérieure firent
iih ore une fois arrêter cette occupation de terres dé-
rlrirées françaises trois ans auparavant par un mi-
(ii>-fie à la tribune de la Chambre. On laissait ainsi
- ;i' (l'éditer la légende que nous allions occuper des
Irr res marocaines, commencer le partage de l'empire
'!h Chérif, et nous nous exposions à une intervention



— 43 —

collective amenant un partage dans lequel nous nous
serions « fait offrir uniquement comme part, ce qui,

était déjà notre bien Et, pour avoir reculé devant

une opération militaire des plus simples, qui sait si
nous n'allions pas courir le danger d'une action mili-
taire longue et coûteuse », disait alors Harry Alis \
Nous eûmes la chance à ce moment que Moulay-
Hassan mourut (6 juin 1894). A un sultan énergique
qui était parvenu à soumettre presque tout son em-,
pire, succédait un enfant, Abd-el-Aziz (le frère aîné
Moulay Mohammed ayant été écarté du trône), et le
gouvernement marocain avait assez à faire à l'inté-
rieur pour que le jeune empereur fût reconnu ; il
dut abandonner momentanément ses visées sur le
Sahara. Notre situation politique, un moment si com-
promise, même chez les tribus sud-oranaises, s'amé-
liora dans ces régions ; un officier français, le com-
mandant Godron, pénétrait dans le Gourara avec des
Goumiers Ouled-Sidi-Cheik, et allait jusqu'à Tabel-
kosa, mais faute d'ordres, n'osait s'avancer plus



1. Bulletin du Comité de VAfrique française, janvier 1894.

A cette époque se passa un' fait qui prouve bien que les
Musulmans de l'Afrique Occidentale considèrent encore le
Sultan comme leur défenseur contre les infidèles : une délé-
gation d'habitants de Tombouctou, où les Marocains n'avaient
pas paru depuis 400 ans, alla demander à Moulay Hassan
protection contre les Français. En 1896, Si Ma el Aïn, mara-
bout de Chemguit, dans l'Adrar, fit également un voyage à
la cour chérifienne.



— 44 —

loin ; nous avions un agent à Salah ; notre adver-
saire, Ba-Hassoun Badjouba, qui se prétendait caïd
marocain du Touat, était assassiné, le fort Lallemand
était construit et les relations augmentaient entre les
Ksouriens et nos tribus ; des marchés francs furent
créés dans les villes du sud pour les marchandises à
destination des oasis (décret du 17 décembre 1896).
Nous cherchions à nous concilier les Touaregs (mis-
sions Foureau et d'Attanoux subventionnées par le
gouvernement général de l'Algérie ; mais les intri-
gues d'un chérif marocain de la famille des Abédinc
qui servait la politique saharienne du Sultan firent
échouer ces missions). Les Chambaas, protégés fran-
çais faisaient des razzias dans le Tidikelt et le soi-
disant caïd marocain de Timmimoun implorait contre
les entreprises françaises l'aide du Sultan qui ne
pouvait le soutenir, ayant de terribles révoltes à
réprimer chez lui. Cependant, nous n'occupions tou-
jours pas les oasis, l'attention de la France était
tournée vers l'expédition de Madagascar, dont la
conduite soulevait de vives critiques dans le parle-
ment et le pays. M.Cambon fit un voyage à Djenien-
bou-Resk et à El-Abiod-sidi-Cheick, revenant sans
cesse à son idée d'expédition indigène, mais il se
heurtait toujours à l'hostilité du chef du 19® corps qui
ne relevait que du ministre de la guerre, alors que
les généraux des divisions d'Alger, Oran et Constan-



]



- 45 —

tine dépendaient du gouverneur comme administra-
teurs des territoires militaires, ce qui constituait une
situation fausse et paralysait autant notre action que
les mesquines compétitions entre les ministres fran-
çais \

M. Cambon agissait par le service des affaires
indigènes dont la direction relevait de lui, alors que
le chef de corps voulait l'emploi des troupes directe-
ment sous ses ordres. Les capitaines Germain et
Laperrine firent un raid dans le Gourara en 1896, et
la mission Flamand allait reconnaître la route du
Meguiden et le plateau de Tadmaït. Cependant, le
lieutenant Collot était massacré le 31 octobre par les
Chambaas dissidents au sud d'El Goléah, et le gou-
vernement marocain, qui était parvenu à dompter à
peu près les révoltés, à l'intérieur de l'empire, recom-
mençait ses manœuvres avec une ténacité et une per-
sévérance admirables. L'action marocaine reprit au
Gourara en 1896. Le gouverneur du Tafilelt, Moulay
Rechid, oncle du Sultan, fait une expédition chez les
Ghenamena et sur Timmimoun, pour venger la mort
de Ba-Hassoun ; les Marocains s'appuyaient sur le
clan fanatique des Yahmed et persécutaient celui des



1. M. Cambon était partisan de la création d'un grand
commandement dans le Sud, dépendant du gouverneur de
l'Algérie et non du chef du 19® corps, qui donnerait à notre
politique du Sud l'unité de direction qui lui avait tant man-
qué jusque-là.




- 46 -

Sofiari qui, plus modérés, étaient plutôt partisans
lie fa France. En juillet 1897, fut nommé un nouveau
tu 1*1 uu Gourara, El-Hadj-Allal-Driss-el-Cherardi.

Ia\ situation allait redevenir dangereuse et de plus
v\\ |iliH l'occupation des oasis finissait par s'imposer
it nuiiH comme une absolue nécessité et comme la con-
dition 4n maintien du prestige de la France dans le
Sud lI de la tranquillité de l'Algérie. Le groupe colo-
Uiu\ <lc la Chambre fit une démarche inutile auprès de
\L Ijerlhelot, ministre des affaires étrangères, pour le
j t'^dement de la question du Touat, en lui représentant
i|ii tdlr ne devait regarder que les administrations de
I Algtqje et de la guerre.

ï 'est alors que M. Cambon fut nommé ambassa-
deur {i Washington. — Les partisans de l'action mili-
Iciiit; avaient violemment critiqué sa politique de
I périr Iraiion par les indigènes « sa chimère d'une
t(niqii(He pacifique »\ particulièrement par les Ouled-
Sjdirtieik qu'il aurait pu rendre trop puissants, ce
()ui aurait été fort dangereux. Il est certain qu'il faut
su dfdier de cette tribu ambitieuse et versatile, tour à
liMir soumise et rebelle qui, de 1864 à 1884, avait
géiU' ni fortement notre expansion dans le Sud algé-
j ieii : que ceux-ci voyaient leur intérêt dans la con-
qtiole par eux des oasis sahariennes, où ils auraient



I. Mandeville, L'Algérie Méridionale et le Touat {Ques-
tfiftiii diplomatiques et coloniales, 1®' février 1899).



^1? r,-»--v».«-^'.3, -^j --^•';'-'i'': ■-''-?'!' :-^ •.' -r^-" ' ",' ^ • -*'.V-'-' •^•.•'5'•; J«J^7'«'^|.'W5^WIÎ^



-47-

ensuite recueilli de fructueuses aumônes ; il est cer-
tain aussi que leur influence n'y était pas si grande
qu'ils le disaient, de même que celle du chérif d'Ouez-
zan. Mais il ne faut pas oublier que, dans l'idée de M.
Cambon, la création d'un empire arabe vassal dans le
sud devait être contrebalancée par celle d'un grand
commandement militaire dans ces régions. M. Cam-
bon n'avait pas le choix des moyens et on peut lui
rendre cette justice qu'au milieu de l'inertie et de
la mauvaise volonté générales, il a fait tout ce qui
était en son pouvoir pour annihiler l'influence maro-
caine au Touat, et établir celle de la France.

M. Lépine, qui lui succéda arriva dans un moment
de crise politique et s'occupa plutôt de la répression
des désordres antisémites que des affaires du Sud.
Il augmenta cependant la puissance des Ouled-Sidi-
Cheik, en reconnaissant leur suzeraineté sur les
Chambaas, ce que Si Kaddour-ben-Hamza tentait
depuis 1891 {Lettres du commandant Lamy, 15 jan-
vier 1891).

Heureusement, il en fut autrement sous le gouver-
nement de M. Laferrière. Le colonel Lugan fit, le 20
décembre 1898, une reconnaissance à Ouargla, le
capitaine Pein fonda un bordj à Temassinin, et M.
Laferrière organisait une nouvelle mission Flamand
qui devait explorer les oasis et tâcher d'y nouer des
relations plus solides. Cette mission toute pacifique




- 48-

amena re que depuis vingt ans nous hésitions à faire,
1 ( lalili^-urnenl de la France à In-Salah. Le 27 décem-
liir \su\K les Ksouriens intimèrent à M. Flamand, au
nom ([n Sultan, l'ordre de ne pas avancer plus loin ;
In luis-tuii était attaquée au Tidikelt, et le lendemain,
II' (';i|Mhnrie Pein dont le goum accompagnait M. Fla-
iMLiniL - ùtablissait dans la Kasbah d'In-Salah. I^
jL^nimcrriniient français dut s'incliner devant le fait
a<« tMM|>l). et le conseil des ministres approuva M.
Lalci I ifre (9 janvier 1900). Il y eut encore bien des
iaiih > r<)mmises, bien des difficultés inattendues,
uiai^ r rn fut fait de la légende des droits du Maroc,
«fr la rnnl'usion fâchcuse d'une question de police
alui nrniie et d'une question de politique extérieure ;
la rura|iîète du Touat était engagée et il fallait coûte
qiio rn(]|(î la terminer.

f.!( [Mise de possession des oasis par la France
1 au*^a il ailleurs moins d'émotion que nous ne Tau-
rinn^ |iiiisé. En Angleterre, M. Brodrick déclara à
la ( liiuiibre des Communes que la France n'avait
|ia- I nikintion de modifier par cette occupation le
^laln (fiio marocain, et que les intérêts britanniques
jj'iHaienl par conséquent pas menacés. D'ailleurs,
r.Vnglck'rre avait assez à faire à ce moment au
licHiswaal pour susciter des ennuis à la France au
TiMial. Nos droits étaient si évidents qu'aucune puis-
tau rc ne protesta et on vit la vanité de toutes ces



-J492-

craintes de complications internationales qui nous
avaient paralysés si longtemps. Tant que la France
avait hésité, l'Angleterre, TEspagne et même Tltalie
avaient poussé le Sultan contre nous, provoqué une
« émotion factice » \ mélangé habilement la question
du Touat à celle du statu quo marocain : mais elles
cessèrent leurs menées quand elles virent la France
décidée enfin à agir et à en finir avec cette irritante
question. La presse anglaise y vit « un acte parfai-
tement naturel et légitime » (Westminster Gazette),
et la protestation platonique du gouvernement ma-
rocain resta sans écho, il renonça facilement à son
semblant de suzeraineté.

Mais la prise d'In-Salah était un coup de main
heureux, une aventure plutôt que le résultat d'une
expédition conduite avec méthode, avec un pro-
gramme précis ; nous avions abordé les oasis par le
point le plus éloigné de nos possessions en traversant
un véritable désert alors que, comme il a été dit plus
haut, il aurait fallu opérer par l'oued Zousfana et
Toued Saoura, dont la proximité de nos établisse-
ments du Sud Ol-anais aurait permis une occupation
progressive des oasis en les coupant immédiatement
du Maroc et en ayant sans cesse des points de ravitail-



1. R. Pinon, Les marches sahariennes {Revue des Deux-
Mondes, 15 janvier 1902).

Bourassin. 4



— 50 —

trriicnt. Les projets d'expéditions avaient écarté cette
\<ïi« pour éviter d'ouvrir la question marocaine, mais
Jiuuî^ vîmes bientôt que, sous peine de dépenses exa-
gii'ées, nous étions obligés de nous emparer de cette
ligne normale de communications ; d'ailleurs, la coa-
i[ui'te des oasis fut plus difficile que nous ne Favion^
il abord pensé, le parti marocain y était puissant.
" [ aute de faire les choses à leur heure, dit à ce
,*^uj{3l M. René Pinon, d'oser prendre une détermina-
lum^ nous attendons, pour nous décider à agir, d'être
arrfilés à des difficultés sans issue ; nos entreprises
liîiissent quand même par réussir, mais elles réus-
sissent moins complètement et à plus de frais » \

Vous allions nous trouver en contact avec les tri-
bus pillardes de la Zousfana et du ïafilelt qui, plus
i\\iv le Sultan auquel elles n'obéissaient guère, allaient
nnifs causer des difficultés graves et rendre absolu-
iiiuiit nécessaire la solution de la question des fron-
l 'libres du Sud-Ouest algérien non réglée par le traité
ili/ 1845 ; malgré nous, la conquête et la pacification
\iv- oasis sahariennes nous entraînait à un conflit
avec le Maroc. Il était fatal que nous en arrivions
liL mais en retardant le moment du contact, nous
renions rendu plus dangereux, nous avions, sans
iiilii venir, laissé les Marocains s'établir dans les



1, Les marches sahariennes {Revue des Deux-Mondes, 15
janvier 1902).



— 51 —



oasis, notre expédition allait se heurter à des tribus
que nous avions considérées nous-mêmes comme
marocaines ; il ne pouvait plus être simplement ques-
tion d'une affaire de police intérieure, mais d'un litige
qu'il fallait régler avec le Sultan lui-même.



CHAPITRE III
La frontière de l'Ouest-Algérien



La conquête du Touat allait en effet rendre plus
difficile encore la situation créée sur la frontière algé-
rienne de rOuest entre la France et le Maroc, par les
traités de 1844 et 1845. Nous avons vu qu'ils ne déter-
minaient la frontière que de l'embouchure de l'Oued
Kiss à Teniet et Sassi et, qu'au delà de ce point, ils
se contentaient d'opérer un partage de tribus en ne
reconnaissant au Maroc que les Ksours d'Ich et de
Figuig ; que les prétentions du Sultan du Maroc sur
ces régions étaient à cette époque assez peu fondées,
qu'il n'y exerçait aucune autorité temporelle effec-
tive, mais seulement un vague pouvoir spirituel, et
que les Français, mieux renseignés sur l'état exact
de ces régions, auraient dû s'annexer les deux
Ksours (ainsi d'ailleurs que la ville d'Oudja). Ils fu-
rent à peu près en sécurité sur cette frontière, tant
que la police fut faite par eux : l'expédition de Wimp-
fen entre autres eut un effet très grand et empêcha
les tribus marocaines de soulever le sud en 1871,



— 53 —

mais quand ils eurent renoncé à ce système pour le
remplacer par celui des demandes d'indemnités au
Sultan, les troubles des régions frontières augmen-
tèrent dans de notables proportions. Qu'importait à
ces tribus pillardes, Berabers, Beni-Guill, Doui-
Menia et Oulad Djérir, que le Sultan payât une in-
demnité. Comme il n'osait pas venir avec son armée
la prélever chez eux, et qu'il la demandait aux tribus
soumises, ils étaient assurés d'une complète impunité.
Ils méprisaient autant la France que le Sultan du Ma •
roc tant qu'ils les virent loin d'eux ; en 1882, ils de-
mandèrent notre protectorat parce qu'ils croyaient
que nous allions nous installer à Figuig ; ils se sou-
mirent à Moulay-Hassan en 1894, quand il vint au
Tafilell, mais redevinrent indépendants dès qu'il fût
parti, et jamais Moulay Aziz n'avait été assez puissant
pour revenir leur imposer son autorité. L'occupation
d'In-Salah produisit dans ces régions l'effet d'un coup
de tonnerre en temps calme. Pour ces tribus, les
oasis sahariennes étaient un excellent champ d'opéra-
tions ; ils le pillèrent à maintes reprises, entre autres
en 1835 : l'arrivée des Français allait les gêner sin-
gulièrement et, après quelques mois de stupeur, ils
résolurent de s'opposer par tous les moyens à notre
marche en avant. La confrérie fanatique des Der-
kaoua, et Bou-Hamama, notre éternel ennemi, qui,
de Deldoul, s'était établi près de Figuig, prirent la



- 54 ~

têle du mouvement ainsi que les prétendus caïds ma-
rocains et leurs partisans qui voyaient gravement
compromise leur puissance dans les oasis. Comme
nous avions abordé le Touat par le sud-est, prenant
la route la plus difficile, au lieu de l'aborder par le.
nord-ouest, la Saoura, méthode qui, comme il a été
dit au chapitre précédent, aurait présenté l'avantage
d'isoler de suite le Touat du Maroc, et d'avoir plus
de facilités de ravitaillement, il fût facile aux tribus
marocaines d'aller soutenir les Ksouriens, et la con-
quête du Touat fut, par suite de cette première faute,
plus longue et plus onéreuse.

Le gouvernement français avait toujours reculé
devant une expédition par la Saoura, pour ne pas
avoir de difficultés diplomatiques. De même que la
question du Touat, celle de la délimitation du Sud-
Ouest de l'Algérie a été confondue avec la question
marocaine proprement dite. Les traités ne nous enga-
gi.^ant que pour Ich et Figuig *, nous ne commettions
aucun empiétement en nous avançant sur des terri-
foires qui n'appartenaient pas plus au Maroc qu'à
nous ; quant à ceux sur lesquels le Sultan prétendait
exercer quelque pouvoir, il était libre, étant pleine-



L M. Bourrée, notre ministre à Tanger, disait, en 1850 :
Œ Le traité de 1845 permet toujours d'établir à des tiers que,
quoique chose que nous fassions en dehors de Toccupation
de Figuig, nous restons dans la lettre et l'esprit du traité ».




]



— 55 —

ment souverain sur son empire au point de vue diplo-
matique, d'en disposer, de les céder ou les échanger
avec la France. Il y aurait traité de délimitation et
non partage, atteinte au stalu quo marocain ; nous
ne lésions les intérêts d'aucun tiers, pour la rai-
son qu'il n'en existait pas dans cette région. Aucune
puissance n'avait donc prétexte d'intervenir : c'était
affaire entre la France et le Maroc seuls.

Or, nous n'avions pas su profiter des avantages
que nous contestait l'indécision des traités de 1845,
du vague des frontières, qui aurait dû être « au détri-
ment du plus faible », comme le disait M. Wadding-
ton, et devait nous servir à établir notre influence sur
les tribus de ces régions, nous ne faisions qu'en su-
bir les inconvénients, même nous allions plus loin
que les traités et considérions comme terres maro-
caines non seulement Ich et Figuig, mais tous les
Ksours situés au sud de ceux-ci sur le Guir, la Zous-
fana et la Saoura, alors que le Sultan ne dominait pas
plus dans les uns que dans les autres. Nous avions
repris même un moment l'idée jusque-là repoussée de
fixer une frontière entre le Maroc et nous à partir
de Teniet et Sassi ' : M. Albert Grévy, gouverneur
de l'Algérie, en 1880-1881, voulait établir une fron-
tière entre Ich et Sfissifa ; de même, son succes-



1. On se rappelle les demandes des officiers français et des
sultans à ce sujet.



r



- 56 —

seur, M. Tirman ; le général Marmet conclut avec
Moulaï-Arafa, frère flu Sultan, une convention à Ich
pour fixer la fronlière en 1844. Mais le ministère des
affaires étrangères s'y opposa en 1886, et M. Cambon
décirna les proposilions du Sultan à ce sujet en 1891.
En dépit de toutes les agressions, non seulement
nous avions respeilé sn upuleusement Figuig, mais
nous avions poussé les scrupules diplomatiques jus-
qu'à pi'endre un moment au sérieux les réclamations
du Sultan, au sujet de noire établissement à Djenien-
bou-Resk (1885) : depuis, nous avions repris notre
marche en avanl, mais avec trop de lenteur, nous
ne revcnion.s à Djcnicn-bou-Resk qu'en 1888 ; nous
comnicnrions en 1893 (loi du 22 février 1892) un che-
min de fer de.^liné à la [icnétration dans le Sud-Ora-
nais, mais, (aule de crédits, nous n'étions encore
parvenus qu'à 50 kilomètres de Figuig après avoir
runslruit 28 kilomèlres en huit ans. Heureusement,
M. J.afcrrière donna une impulsion plus énergique
à notre pénétration dans le sud-ouest. Quand la ques-
tion du Toual fut ouverte par la prise inattendue d'In-
Salah (en décembre 1899), le gouvernement français
hésita comme en 1890 à envoyer des troupes sur la
Zousi'ana cl la Saoura. Il se contenta de concentrer
J des troupes à Duveyrie]^ alors point terminus du

chemin de fer du Sud-Oranais, mais ne donna pas
Fordre de marcher ; d'ailleurs, il semble bien qu'il



— 57 —

n'avait approuvé qu'à contre-cœur la prise d'In-Sa-
lah, et qu'il eût même des velléités de l'évacuer oiT de
s'en tenir à la conquête du Tidikelt. Malgré M. Lafer-
rière, M. Etienne et le groupe colonial de la Chambre,
M. Waldeck-Rousseau refusa de faire occuper Igli, ce
qui aurait coupé la route du Maroc au Touat. Les ré-
sultats de cette politique ne se firent pas longtemps
attendre, et les événements se chargèrent de démon-
trer que quoi qu'en ait dit M. André Berthelot à la
Chambre (séance du 2 juillet 1900), il y avait un
« lien nécessaire, une concession logique entre l'oc-
cupation du Touat et celle d'Igli ».

Les prédications de Bou-Hamama annonçant la
marche d'une armée de 40.000 hommes sur l'Algérie
et l'inaction des troupes françaises de Duveyrier (dont
le rassemblement faisait d'ailleurs craindre aux Ma-
rocains et au Sultan lui-même une expédition contre
eux) firent que El DrissbenNaïmi, se prétendant gou-
verneur marocain du Gourara, pût s'installer à In-
Rhar avec 3.000 Marocains et organisa la résistance
dans les oasis où personne, depuis la prise d'In-Sa-
lah, n'avait bougé : Igli ne fut occupé que le 5 avril
1900, alors qu'il aurait dû être le premier acte de la
conquête si elle avait émané d'un programme rai-
sonné au lieu d'être fortuite. Il fallut une longue et
pénible campagne en plein été, engagée par les trou-
pes algériennes régulières, qui, par suite des difS-



— 58 —

cultes de notre voie de ravitaillement, fut extrême-
ment onéreuse (35 millions), pour terminer une con-
quête que nous aurions pu faire avec quelques goums,
et une dépense de 2 ou 3 millions en agissant de suite
par la Zousfana et la Saoura, et en construisant rapi-
dement le chemin de fer. Mais quand le gouverne-
ment se résolut à faire occuper la rive gauche de la
Zousfana, il eut l'air d'admelire que la rive droite
appartenait au Maroc, les ordres les plus sévères
furent donnés aux chefs de j)osles qui furent alors
créés à Djenane-ed-Dar, Taghit et Igli, de ne pas
franchir la rivière, et, dit M. René Pinon ', M. Wal-
deck-Rousseau, dans son discours à la Chambre (où
d'ailleurs il laissa clairement paraître que l'expédi-
tion n'avait été aucunement voulue et préparée),
parla, « comme on parlerait de la rive gauche du
Rhin, de la rive gauche de la Zousfana que nous ne
dépasserions pas ».

Ainsi, après soixante-dix ans de lutte, en Algérie,
de contact avec les indigènes, le gouvernement fran
çais retombait dans la même erreur qu'en 1845 pour
la ligne de l'Oued Kiss à Teniet et Sassi, où elle était
encore excusable ; il voulait que les Musulmans aient
comme nous la notion d'une ligne frontière séparant
deux nations et dont la violation constitue un grave



1. La conquête du Touat. L'empire de la Méditerranée,
p. 240.



— 59 —

incident, alors que chez eux l'idée de nationalité ne
se confond pas avec l'idée territoriale, qu'il n'est pas
question de patrie dans le Coran, que c'est la race, la
•religion et les mœurs qui constituent à leurs yeux
le seul véritable lien entre les hommes. Les Musul-
mans n'ont pas en effet la conception territoriale,
mais ethnique d'un empire. L'élément principal chez
eux n'est pas l'idée de limite d'un territoire, mais de
sujétion d'une population ; il y a un [us soli et non
un ius originis \

De plus, le gouvernement semblait se défier de nos
chefs militaires, craindre qu'ils ne commissent des
imprudences dont les conséquences pouvaient être
dangereuses pour notre situation diplomatique. Mais
ces appréhensions ne constituaient pas une raison
suffisante pour ne pas agir de façon à garantir effica-
cement les territoires nouvellement occupés contre
les incursions des pillards marocains. Il fallait occu-
per les deux rives de la Zousfana si nous voulions
être maîtres de sa vallée, et il était absolument fau-
tif au point de vue stratégique de laisser la route des
oasis sans aucune protection sur un de ses flancs, et



1. Le traité de 1845, qu'on a tant blâmé, tenait parfaite-
ment compte de cette conception des indigènes, mais mal-
heureusement, le partage des tribus était trop délicat à opé-
rer la région des Hauts-Plateaux, car jamais les Turcs ni
les suftans marocains n'y avaient exercé une autorité effec-
tive et permanente.




— 60 —

exposée ainsi à toutes les attaques. Sans doute, le
Sultan n'osa ouvertement pas prêcher la guerre
sainte contre nous, mais les Berabers et Doui-Menia
ne se gênèrent pas pour franchir cette frontière fic-
tive et livrer des combats à nos troupes à Sahela Me-
tarfa, à Duveyrier (30 septembre 1900), et même à
Timmimoum (18 février), ce qui prouvait bien l'insuffi-
sance de notre action sur la Zousfana et le manqu
de prudence d'une politique qui voulait en avoir trop.

Nous avions perdu un an dans cette région par
notre respect d'une frontière que nous avions créée
nous-mêmes ; nous nous étions condamnés à Timpuis-
sance et nous n'osions pas poursuivre plus loin que
cette ligne les bandits qui attaquaient sans cesse nos
convois et nos postes. Il fut bientôt avéré que les mi-
nistres du Sultan, poussés probablement par l'Angle-
terre dont l'influence était alors très forte à* la cour,
intriguaient contre nous, et qu'on nous représentait
comme méditant une conquête du Maroc. Il est vrai
que certains journaux parlaient imprudemment d'une
expédition et d'un partage de l'Empire chérifien
pour venger les attentats des tribus marocaines contre
nos troupes.

Il était urgent d'en finir avec celte situation qui
pouvait devenir réellement dangereuse, et de bien
montrer au Sultan et aux puissances européennes
que nous ne voulions qu'assurer la tranquillité de



-^ 61 -

notre domaine algérien par une entente avec le gou-
vernement marocain. Il est certain qu'il aurait été
fort imprudent de sembler vouloir porter atteinte au
statu quo marocain, de risquer de mélanger la ques-
tion du Maroc qui, étant une question internationale
par suite des int���rêts en jeu, ne peut être résolue que
par la voie diplomatique. Nous avions nous-mêmes
créé la fiction des frontières de l'empire du Maroc,
c'était une grave faute, mais il était trop tard pour
faire abroger le traité de 1845 « dont une longue tra-
dition et une pratique de plus de cinquante années
ont consacré aux yeux de l'Europe la validité » '. La
confusion de ces deux questions aurait amené, ce que
nous redoutions tant, l'intervention des puissances
rivales. L'ouverture de la question marocaine aurait
été probablement partagé et nous aurait laissé les
Ksours sahariens qui n'ont pas grande valeur au
point de vue économique et peut-être la médiocre
vallée de la Moulouya, tandis qu'elles se seraient
appropriées les riches vallées du Riff et du littoral de
l'Atlantique. Or, comme il sera dit plus tard, il im-
porte que la question marocaine soit résolue au pro-
fit de la France seule.

Le gouvernement français prit prétexte de l'assas-
sinat d'un français, M. Pouzet, par les Riffains, pour



1. R. Pinon, L'empire de la Méditerranée, p. 255,



1



— 62 —

ilunumder satisfaction au Maghzen non seulement au
sujeï de ce meurtre, mais de son attitude et de celle
ih' SCS sujets, dans les oasis. Nos réclamations furent
HiL'soîïlées d'une façon plus énergique que de cou-
liujjr, accompagnées de l'envoi de navires de guerre :
lu Sultan se rendit alors bien compte que si nous ne
jjicuu* ions pas l'indépendance de son empire, nous
lîliuus résolus à nous faire respecter et à ne plus tolé-
IV V \v rôle louche qu'il y jouait dans les affaires du
SluI ; il envoya à Paris une mission dirigée par un
[folili(iue consommé et connaissant bien l'Europe, Si
Aljd v\ Kérim ben-Sliman, pour régler les questions
liligîijuses avec la France. M. Delcassé signa avec lui
un protocole le 20 juillet 1901 (( dans le but de conso-
lidur les liens d'amitié existant entre les deux gouver-
ïiumcnts ti de développer leurs bons rapports réci-
l»r(Nnies en prenant pour base le respect et l'intégrité
i\v lempire chérifien d'une part, et, d'autre part,
l'amôlioration de la situation du voisinage immédiat
qui existe entre eux par tous les arrangements parti-
culiers que nécessitaient le dit voisinage » \ Ce proto-
roi e déclarait maintenir en principe le traité de 1845,
mais le gouvernement marocain avait la faculté d'é-
tnlilit' une ligne de postes de garde et de douanes de
1 eu ici et Sassi à Figuig sur la rive occidentale de



I Tftxia du protocole de 1901.



— 63 —

rOued Guir, tandis que la France pouvait en établir
sur le Djebel-Bechar qui domine la rive droite de la
Zousfana. On devait envoyer une mission aux Doui-
Menia et aux Ouled-Djerir dont les territoires étaient
situés entre les postes des deux pays pour leur faire
opter entre les deux nationalités ; ceux qui voudraient
être marocains devraient se retirer sur le territoire
marocain, mais pourraient garder leurs biens. La
liberté réciproque de circulation et de propriété était
accordée aux ressortissants des deux états. Des com-
missaires spéciaux français établis à Oudja et Figuig,
et marocains à Lalla Marnia et Djenane ed Dar, de-
vaient régler au mieux et sans retard avec l'appui des
autorités locales, toutes les questions litigieuses qui
pouvaient s'élever entre les sujets français et maro-
cains. Cet accord était satisfaisant : ainsi que le cons-
tate M. Etienne, dans son discours à la Chambre, du
20 novembre 1903 : « Jusqu'en 1901, à chaque pas en

avant que nous faisions dans le Sud-Oranais le

Sultan disait : vous empiétez sur mon territoire ; des
notes étaient envoyées à Londres, à Berlin, à Ma-
drid. A la suite de l'accord de 1901, nous avons fait
comprendre au Sultan que, pour qu'il ait lui-même
la sécurité, et pour que nous l'ayons, nous, à notre
tour, il fallait que nous vivions en contact avec ses
propres tribus ».
Cet accord rendit bien nette notre situation vis-à-




— 04 -

vis du Maroc : comme le disait M. Revoil, le 25 octo-
bvc 1901, dans un discours prononcé à Djenane ed
Uor : (( Si quelque doute a pu subsister encore sur la
légitimité de l'œuvre de la France dans ce pays, le
récent arrangement conclu avec le Maroc, les sanc-
liuns que vont apporter ici même les émissaires du
Sultan achèvent de lui donner leur vrai caractère de
[)acilication, de bon voisinage, et non de conquête ».
\.ij Sultan était ainsi rassuré sur nos intentions,
jKMis nous présentions en collaborateurs et nonen
i uiHjuérants et en ennemis, comme l'avaient insinué
lio^ jjvaux européens, au lieu de commettre la faute
ili' plus de vouloir établir une ligne frontière trop
notte dans un pays où cela n'était pas possible, nous
déridions d'une action commune destinée à assurer
Ici sécurité des pays du Guir et de la Zousfana. Cette
l^olilique très sage fut vivement attaquée par les par-
li>iiiis d'une action militaire qui prétendaient que cet
tu rangement était un leurre pour nous, que jamais
Ui Sultan ne pourrait assurer l'ordre dans ces pays
(|in ne reconnaissaient pas son autorité, qu'il vaudrait
oiioux agir par nous-mêmes et occuper tout le pays,
et, au besoin Figuig. Les événements semblèrent leur
tJonner raison. Sans doute, le jeune Sultan avait mis
un empressement inusité à ratifier le protocole, et
clierchait à éviter tout conflit avec nous dans le Sud,
on exhortant au calme les chefs religieux et notables



t



I



■ :r''-i^^'r'.'\Z'^i''~'



- 65 -

de Tafilelt ; il nomma des commissaires qui, de con-
cert avec les nôtres, devaient régler sur place les
détails de Texécution de la convention, mais les tribus
du sud-ouest montrèrent bien qu'elles étaient assez
peu disposées à accepter la souveraineté de la France
ou du Sultan. Le 19 janvier 1902, jour où les délé-
gués marocains arrivaient à Alger, et étaient reçus
par x\I. Revoit, gouverneur de l'Algérie depuis mai
1901, deux capitaines de Duveyrier en excursion
étaient assassinés. Le 10 février, la mission franco-
marocaine \ accompagnée d'une forte escorte, arriva
à Zenaga (Ksar de Figuig), où elle fut reçue avec
courtoisie, mais froideur ; elle procéda cependant à
l'installation d'un commissaire à Figuig et El Gueb-
bar, tenta d'organiser l'administration marocaine qui
n'avait jamais pu être établie jusqu'à ce moment.

Elle assista à l'inauguration du chemin de fer de
Duveyrier à Beni-Ounif, village destiné à être la
gare de Figuig (P"" mars 1902), où nous venions de
créer un poste, puis se rendit à Bechar où les habi-
tants refusèrent de les recevoir en prétendant qu'ils
voulaient rester indépendants ; il en fut de même à
Kenadsa quoique la réception ait été plus courtoise ;
enfin, le 13 février, menacée d'une attaque par les
Doui-Ménia, elle devait rétrograder ; en dépit des



1. Elle était dirigée par Si Mohammed el Guébbas pour le
Maroc, et le général Cauchemez pour la France.

Bourassin. 5



— 66 -

explications des journaux officieux, il était bien évi-
1' ut quelle n'avait abouti qu'à un insuccès.

<• Sans doute, la mission franco-marocaine était
|iiij venue à liquider quelques questions et à prendre
quelcjues mesures secondaires, mais elle avait échoué
(lyjH la partie la plus importante de son programme,
file n'avait obtenu ni l'option des Ksouriens, ni la
^niimission des nomades » \

l.e gouvernement persista dans sa politique d'en-
lifile avec le Sultan, mais reconnut la nécessité d'or-
gtmiser plus solidement les territoires nouvellement
<M i (îpés. Il reprit en partie le projet de M. Cambon,
au sujet d'un grand commandement dans le Sud.
1j' 28 décembre 1901, il déposa un projet tendant
y la création de territoires du Sud (Aïn-Sefra, Oasis
siihariennes, Laghouat, Ouargla), avec budget et
tiihiiinistration distincts de ceux de l'Algérie, com-
ju.iudésparun officier supérieur relevant directement
(lu général commandant le 19^ corps et du Gouverneur
g( néral de l'Algérie. Un décret subordonna pour
lu u Les les affaires purement algériennes le comman-
ilriiicnt du 19* corps au Gouverneur de l'Algérie.
' \insi disparut cette dualité de pouvoirs qui avait
vive tant de difficultés lors de la campagne du Touat »



I. Houard de Gard, La frontière marocaine et le protocole
dn 20 juillet 1901,



— 67 —

(R. Pinon)'. Cette proposition fut convertie en projet
de loi du 25 mars 1902. On décida la création de com-
pagnies sahariennes formant de petits corps autono-
mes composés de fantassins, cavaliers, méharistes,
artilleurs et convois. Celte organisation très simple
et peu coûteuse laissait une certaine indépendance
aux commandants de cercles ; nous renoncions au
système de la grande guerre qui nous avait coûté si
cher lors de la conquête des oasis, et nous formions
des forces mobiles capables d'assurer plus efficace-
ment la sécurité du Sud Algérien. Il y eut des polé-
miques engagées à ce sujet ; on a accusé le service des
affaires indigènes de vouloir former une armée indé-
pendante et d'amener une dangereuse dualité d'ac-
tion. Cela ne se produira pas si l'on sépare bien leur
rôle : en destinant l'armée régulière à assurer la dé-
fense de l'Algérie contre un ennemi extérieur et le
service des affaires indigènes à faire la police du
Sud. On a douté de la solidité des goums. Sans doute
il faut moins compter sur eux que sur les troupes
régulières, mais ils ont donné de très bons résultats
quand ils étaient conduits par de bons officiers et
ceux-ci ne manquent pas dans notre armée d'Afrique.
Le 20 avril 1902, fut signé, à Alger, où était retour-



1. R. Pinon, La conquête du Touai, p. 245. L'empire de la
Méditerranée,



I




- 68 -

née la mission franco-marocaine, un nouvel accord
pour compléter le précédent. Il y était dit qu'il avait
pour but d' « affennir définitivement l'entente et le
double et mutuel appui que se prêtent la France et le
Sultan dans les conditions spéciales qui correspon-
dent à leur situation respective pour assurer la pros-
périté et le développement des deux pays ». En plus
des dispositions commerciales (établissements de
ports de douanes et marchés), ce protocole contenait
l'engagement par le gouvernement français de conso-
lider l'autorité du Sultan sur les tribus frontières, et
des clauses concernant l'établissement de postes ma-
rocains de l'Oued Kiss au Teniet el Sassi, à Figuig,
et d'un Kalifa de Tamel de Figuig au Béchar, et la
police mixte dans le Djebel des Beni-Smir entre Te-
niet el Sassi et Figuig.

Le 24 décembre 1902, fut votée la loi créant les ter-
ritoires du Sud et les compagnies sahariennes, orga-
nisation qui a produit depuis d'excellents résultats.
La paix du Sud-algérien était assurée par des raids
comme ceux des lieutenants Cottenest et Guillo-Lohan
et du commandant Laperrine. Les dépenses, qui s'é-
taient élevées à 28 millions pour les années 1900 et

1901, ne se montaient plus qu'à 3 ou 4 millions en

1902, et nous pouvions considérer comme suppri-
mées ces « questions du Touat » et (c question Toua-
reg » qui avaient si longtemps paralysé notre expan-



— 69 -"

sion dans le Sud et qui, par suite d'une déplorable
confusion, avaient un momenl embarrassé la question
marocaine.

Toutes les difiîcultés qui surgirent en l'année 1903
allaient nous venir du sud-ouesl, une a question de
Figuig » allait se greffer à son tour sur la question du
Maroc.

L'attribution de Figuig au Maroc, par le traité de
1845, est une des fautes qui nous causa le plus de
difficultés par la suite. Ainsi qu'il a été dit précédem-
ment, cette oasis se considérait comme indépendante :
la preuve est qu'en 1856, lor^ de lexpédition du com-
mandanT d'Hastugue contre les Hamyan, elle fit de
même qu'Icli des propositions de soumission à la
France, mais elles ne furent pas acceptées ^ ; Texpédi-
tion de Wimpfen, en 1870, la reîi^pecta scrupuleuse-
ment. Après la révolte de Bou-Ilaniama et Tallaque
de la mission topographique de Castries (1881-1882),
le général Saussier, commandant le 20' corps, et M.
Tirman, gouverneur de l'Algéi'ie, demandèrent que
notre diplomatie obtint pour nous de la part du Sul-
tan le droit d'occuper temporairement Figuig, pour
en finir avec Tinsurrection. Au Parlement, MM. Thé-
not et Ballue réclamèrent même Toccupalion défini-
tive, mais M. de Freycinet, alors ministre des affaires



1. Malgré les demandes des généraux Deligny (1867) de
Colomb et du colonel Colonieu (1868).



'^"W



— 70 —


solide qui nous permet de surveiller les Berabers du
Tafilelt, et d'empêcher leurs incursions.

Le résultat^ de cette occupation et de cette organi-
sation a été la pacification de la région. Il n'y a plus
eu depuis que des attentats isolés, comme celui du
3 mars contre les courriers, et le 21 mars, contre les
chameaux des Doui-Menia, ralliés près de Ben-Zireg.
D'une façon générale, les Ksouriens et les Berabers
ont senti notre force et compris qu'il valait mieux
commercer avec nous que nous attaquer, et des rela-
tions commencent à se nouer entre nos postes et les
oasis marocaines, non seulement du Figuig, mais
d'Aïn-Chair, et du Tafilelt. Le marché de Beni-Ounif
est très prospère et est devenu le centre commercial
de la région. Ce mouvement ne fera que s'accroître
quand sera terminé le grand instrument de pénétra-
lion pacifique, le chemin de fer qui reliera les oasis
sahariennes avec l'Algérie. Après avoir été longtemps
délaissé, (ayant été commencé en 1893, il n'avait en



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